‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 218 sur 851 · Luc, II. 49. — 2. Idem · texte numérisé non relu

Luc, II. 49. — 2. Idem

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KLÉVATIONS SUR LES MYSTÈReS.

avait appris le mystère : ce qu'elle ne conrut pas aussi profondonient qu'il le niérilail , o'olaieiit ces alTaires de son Père dont il fallait qu'il lïu occupé. Apprenons que ce n'est pas dans la science, mais dans la soumission que consiste la perl'eclion. Pour nous empêcher d'en douter, Marie même nous est représentée comme ignorant le mystère dont lui parlait ce cher Fils. Elle ne fut point curieuse; elle demeura soumise; c'est ce qui vaut mieux que la science. Laissons Jésus-Christ agir en Dieu , faire et dire des choses hautes et impénétrables : regardons-les comme ilt ^L1^ie avec un saint étonncment, conservons-les dans notre cœur pour les méditer, et les tourner de tous côtés en nous-mêmes, et les entendre, quand Dieu le voudra, autant qu'il voudra. Jésus préparait la voie dans l'esprit des Juifs k\a sagesse dont il devait être le docteur : il posait de loin les fondements de ce qu'il devait prêcher; et accoutumait le monde à lui entendre dire qu'il avait un Père dont les ordres le réglaient, et dont les affaires étaient son emploi. Quelles étaient en particulier ces alTaires, il ne le dit pas, et il nous le faut ignorer jusqu'à ce qu'il nous le révèle, selon la dispensation dont il use dans la distribution des vérités éternelles, et des secrets du ciel. Plongeons-nous humblement dans notre ignorance ; reposons-nous-y; et faisons-en un rempart à l'humilité. 0 Jésus! je lirai votre Ecriture; j'écouterai vos paroles, aussi content de ce qui me sera caché que de ce que vous voudrez que j'y entende. Tournons tout à la pratique, et ne recherchons l'intelligence, qu'autant qu'il le faut pour pratiquer et agir. « Crains Dieu et observe ses commandements : c'est là tout l'homme*. Celui qui fera la volonté de celui qui m'a envoyé, connaîtra si ma doctrine vient de Dieu^. »

Ville ÉLÉVATION.

Retour de Jésus à yazareth : son obéissance , et sa vie cachée , avec ses parents.

Et il partit avec eux, et alla à Nazareth^. Ne perdons rien de la sainte lecture; le mol de l'évangéliste est, qu'il descendit atec eux à Nazareth. Après s'être un peu échappé pour faire l'ouvrage cl le service de son Père, il rentre dans sa conduite ordinaire, dans celle de ses parents, dans l'obéissance. C'est peut-ôlre mystiquement ce qu'il appelle descendre; mais quoi qu'il en soit, il est vrai que remis entre leurs mains jusqu'à son baptême, c'està-dire, jusqu'à l'âge d'environ trente ans , il ne fit plus autre chose que leur obéir.

Je suis saisi d'étonnement à celle parole : est-ce là donc tout l'emploi d'un Jésus-Christ, du Fils de Dieu? Tout son emploi, tout son exercice est d'obéir à deux de ses créatures. Et en quoi leur obéir? dans les plus bas exercices, dans la praliquo d'un art mécanique? Où sont ceux qui se plaignent, qui murmurent, lorsque leurs emplois ne répondent pas à leur capacité; disons mieux à leur orgueil? Qu'ils viennent dans la maison de Joseph et de Marie, et fpj'ils y voient travailler Jésus-Christ. Nous ne lisons point que ses parents aient jamais eu de domestiques, semblables aux pauvres gens dont les enfants sont les serviteurs. Jésus a dit de lui-même qu'il ^tait venu pour sertir*. Les anges furent obligés,

I. Bcel., xu. 2:<. — 2 J<jan., vu. 17. — 3. Luc.ii. 51. — 4. MaUh., XX. ri

' pour ainsi dire, à le venir servir eux-mêmes dans le désert'; et l'on ne voit nulle part qu'il eût do serviteurs à sa suite. Ce qui est certain, c'est qu'il Inivaillait lui-môme à la boutique de son père^. Le dinii-je? Il y a beaucoup d'apparence qu'il perdit Joseph avant le temps de son ministère. A sa passion il laissa sa mère en garde à son disciple bienaimé , qui la reçut dans sa maison'; ce qu'il n'aurait pas fait, si Joseph son chaste époux eût été en vie. Dès le commencement de son ministère, on voit Marie conviée avec Jésus aux noces de Cana* : on ne parle point de Joseph. Un peu après on le voit aller à Capharnaiim, lui, sa mère, ses frères et ses disciples^ : Joseph ne parait pas dans un dénombrement si exact. Marie parait souvent ailleurs; mais depuis ce qui est écrit de son éducation sous saint Joseph , on n'entend plus parler de ce saint homme. El c'est pourquoi au commencement du ministère de Jésus-Christ , lorsqu'il vint prêcher dans sa patrie , on disait : N'est-ce pas là ce charpentier, fils de Marie'^. Comme celui , n'en rougissons pas , qu'on avait vu , pour ainsi parler, tenir la boutique, soutenir par son travail une mère veuve , et entretenir le petit commerce d'un métier qui les faisait subsister tous deux. Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie ? N'avons-nous pas parmi nous ses frères Jacques et Joseph , et Simon et Jude , et ses sœurs"^? On ne parle point de son père, apparemment donc qu'il l'avait perdu ; Jésus-Christ 1 avait servi dans sa dernière maladie. Heureux père à qui un tel fils a fermé les yeux ! Vraiment il est mort entre les bras, et comme dans le baiser du Seigneur. Jésus resta à sa mère pour la consoler, pour la servir : ce fut là tout son exercice.

0 Dieu! Je suis saisi encore un coup! Orgueil, viens crever à ce spectacle! Jésus , fils d'un charpentier, charpentier lui-même, connu par cet exercice, sans qu'on parle d'aucun autre emploi, ni d'aucune autre action. On se souvenait dans son Eglise naissante, des charrues qu'il avait faites; et la tradition s'en est conservée dans les plus anciens auteurs. Que ceux qui vivent d'un art mécanique se consolent et se réjouissent : Jésus-Christ est de leur corps : qu'ils apprennent en travaillant à louer Dieu, à chanter dos psaumes et des saints cantiques : Dieu bénira leur travail, et ils seront devant lui comme d'autres Jésus-Christs.

Il y en a eu qui ont eu honte pour le Sauveur de le voir dans cet exercice : et dès son enfance ils le font se jouer avec des miracles. Que ne dit-on point des merveilles qu'il fil en Egypte? Mais tout cela n'est écrit que dans des livres apocryphes. L'évangile renferme durant trente ans toute laviede JésustJhrist dans ces paroles : Il leur était soumis^ : et encore : C'est ici ce charpentier fils de Marie. Il y a dans l'obscurilé de saint Jean-Baptiste quelque chose de idus grand en apparence : il ne parut [)oint parmi les hommes : El, ie désert fut sa demeure^. Mais Jésus dans une vie si vulgaire, connu à la vérité mais par un vil exercice , pouvait-il mieux cacher ce qu'il était? Que dirons-nous, que feronsnous pour le louer? il n'y a en vérité qu'à demeurer dans l'admiration et dans le silence.

1. M'itlh., IV. 11. — 2. Id^m , xiir. 55; Marr.,vi. 3. — 3. Joan.. XIX. M, 27. — 4. Idem, u. 1. — 5. Ibid.,\2. — 6. M-trc, VI. 3. — 7. M'ftth., xiii. 55, 57. — «. Luc, il. 51. — 9. Idem, i. 80.

VINGTIÈME SEMAINE

IXe ELEVATION.

La vie de Marie.

Ceux qui s'ennuient pour Jcsus-Clirist, et rougissent de lui faire passer sa vie dans une si étrange obscurité, s'ennuient aussi pour la sainte Vierge, et voudraient lui attribuer de continuels miracles. Mais écoutons l'Evangile : Marie conservait toutes ces choses en son cœur* . L'emploi de Jésus était de s'occuper de son métier : et l'emploi de Marie, de méditer nuit et jour le secret de Dieu.

Mais quand elle eut perdu son fils, changea-t-elle d'occupalion? Où la voit-on paraître dans les Actes, ou dans la tradition de l'Église? On la nomme parmi ceux qui entrèrent dans le cénacle , et qui reçurent le Saint-Esprit ^ : et c'est tout ce qu'on en rapporte. N'est-ce pas un assez digne emploi, que celui de conserver dans son cœur tout ce qu'elle avait vu de ce cher Fils? Et si les mystères de son enfance lui furent un si doux entretien, combien Irouva-t-elle à s'occuper de tout le reste de sa vie! Marie méditait Jésus : Marie avec saint Jean, qui est la figure de la vie contemplative, demeurait en perpétuelle contemplation, se fondant, se liquéfiant, pour ainsi parler, en amour et en désir. Que lit l'Eglise au jour de son assomption glorieuse? L'Evangile de Marie sœur de Lazare, assise aux pieds du Sauveur, et écoulant sa parole'. Depuis l'absence du Sauveur, TEglise ne trouve plus rien pour Marie mère de Dieu dans le trésor de ses Ecritures : et elle emprunte pour ainsi dire, d'une autre Marie, l'Evangile de la divine contemplation. Que dironsnous donc à ceux qui inventent tant de belles choses pour la sainte Vierge? Que dirons-nous? si ce n'est que l'humble et parfaite contemplation ne leur suffit pas. Mais si elle a suffi à Marie , à Jésus même durant trente ans, n'est-ce pas assez à la sainte Vierge de continuer cet exercice? Le silence de l'Ecriture sur celte divine mère, est plus grand et plus éloquent que tous les discours. 0 homme ! trop actif et inquiet par la propre activité, apprends à te contenter, en te souvenant de Jésus, en l'écoutant au dedans , et en repassant ses paroles.

Xe ÉLÉVATION.

Comment nous devons imiter Jésus et Marie dans leur vie obscure.

Voici donc quel est mon partage : « Marie conservait ces choses dans son cœur"*. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée. Et : Il n'y a qu'une seule chose qui soit nécessaire 5. » Orgueil humain, de quoi te plains-tu avec tes inquiétudes? de n'être de rien dans le monde? Quel personnage y faisait Jésus? Quelle figure y faisait Marie? C'était la merveille du monde, le spectacle de Dieu et des anges : et que faisaient-ils? De quoi étaient-ils? Quel nom avaient-ils sur la terre? El tu veux avoir un nom et une action qui éclatent? Tu ne connais pas Marie , ni Jésus. Je veux un emploi pour faire connaître mes talents qu'il ne faut pas enfouir. Je l'avoue; quand Jésus t'emploie et le donne de ces utiles talents, dont il le déclare qu'il te redemande compte. Mais ce lalcnt enfoui avec Jésus-Christ, et caché en lui, n'esl-il pas assez beau

1. Luc , u. 51. — 2. Act., I. 13, 14; ii. 1,2.— 3. Luc, x. 39, 41. — 4. Idem, II. 51. — 5. IbUl., X. 39, 42.

à ses yeux? Va, tu es un homme rempli de vanité; et tu cherches dans ton action que tu crois pieuse et utile, une pâture à ton amour-propre.

Je sèche, je n'ai rien à faire; ou mes emplois trop bas me déplaisent : je m'en veux tirer, et en tirer ma famille. Et Marie et Jésus songent-ils à s'élever? Regarde ce divin charpentier avec la scie, avec le rabot, durcissant ses tendres mains dans le maniement d'instruments si grossiers et si rudes. Ce n'est point un docte pinceau qu'il manie : il aime mieux l'exercice d'un métier plus humble et plus nécessaire à la vie : ce n'est point une docte plume qu'il exerce par de beaux écrits : il s'occupe, il gagne sa vie : il accomplit, il loue, il bénit la volonté de Dieu dans son humiliation.

Et qu'a-t-il fait au seul moment ofi il s'échappa d'entre les mains de ses parents pour les affaires de son Père céleste? Quelle œuvre fit-il alors? si ce n'est l'œuvre du salut des hommes. Et tu dis : Je n'ai rien à faire, quand l'ouvrage du salut des hommes est en partie entre tes mains : n'y a-t-il point d'ennemis à réconcilier, de difierends à pacifier, de querelles à finir, où le Sauveur dit : Vous aurez sauvé votre frère* ^ N'y a-t-il point de misérable qu'il faille empêcher de se livrer au murmure, au blasphème, au désespoir? Et quand tout cela te serait ôté; n'astu pas l'affaire de ton salut, qui est pour chacun de nous la véritable œuvre de Dieu? Va au temple : échappe-toi, s'il le faut, à ton père et à ta mère : renonce à la chair et au sang, et dis avec Jésus : Ne faut-il pas que nous travaillions à l'œuvre que Dieu notre Père nous a confiée'-. Tremblons, humilionsnous de ne trouver rien dans nos emplois qui soit digne de nous occuper.

Xle ÉLÉVATION.

L'avancement de Jésus est le modèle du notre.

Peut-on dire d'un Jésus , du Fils de Dieu , d'un Homme-Dieu, h qui la sagesse même était unie en personne, qu'ii croissait en sagesse et en grâce, comme en âge, devant Dieu et devant les hommes^? N'avons-nous pas vu, qu'en entrant au monde, il se dévoua lui-même à Dieu pour accomplir sa volonté, en prenant la place des sacrifices de toutes les sortes*? N'est-il pas appelé dès sa naissance : Le Sage, le Conseil, l'Auteur de la paix''? N'avail-il pas la sagesse dès le ventre de sa mère? Et n'est-ce pas en vue de cette sagesse accomplie que le prophète avait prédit comme une merveille, qu'une femme environnerait un homme^ : Virum : enfermerait dans ses fiancs un homme fait. Entendons donc que la sagesse et la grâce qui étaient en lui dans leur plénitude, par une sage dispensation se déclaraient avec le temps et de plus en plus, par des a^uvres et par des paroles plus excellentes devant Dieu et devant les hommes.

Parlons donc, non par impatience, ni par faiblesse, ni par vanité, et pour nous faire paraître; mais quand Dieu le veut : car Jésus dans son berceau, n'a parlé ni aux bergers, ni aux mages qui étaient venus de si loin pour le voir. La sagesse humaine apprend beaucoup, si elle apprend à se taire. Aimons donc à demeurer dans le silence , quand Jésus est encore enfant en nous. Car s'il s'y formait

1. MiiUh., xvm. 15 —2. Joan., ix. 4. — 3. Luc, n. 52. — 4. II ■bi-., X. 5, 6, 7. — 5. Is., IX. 6. — O-^erem., xxxi. 22.

ELEVATIONS SUPx LES MYSTERES.

tout crun coup on son entier, son apôlre n'aurait pas dit : Mes petits enfants, que j'enfante encore jusqu'à ce que Jesus-Christ soit formé en vous\ Jusquà ce qu'il y soil formé, l'orlilions-nous avec Jésus : allons au temple interroger les docteurs : supprimons une sagesse encore trop enl'antine : apprenons de Jésus la sagesse même, que c'est souvent la sagesse qui fait cacher la sagesse.

Mais quel docteur pouvons-nous interroger, sinon Jésus, la sagesse môme? En toutes choses, en toute alTaire, en toute action, consultons la sagesse de Jésus, la lumière de sa vérité, la doctrine de son Evangile.

Le plaisir me trompe , et me fait croire innocent ce qui m'agrée : nous croyons en être quittes, pour dire avec Eve trop ignorante : Le serpent m'a dcçu^. Mais si nous consultons la sagesse et la raison éternelle, nous verrons qu'elle maudit ce serpent qui se glisse sous les lleurs, et nous en fait connaître le poison. Les grands du monde nous flattent parleurs vaines et artificieuses paroles : vous croyez être quelque chose; et tout rempli de leur faveur, votre cœur s'enfle : ouvrez les yeux : consultez Jésus qui vous fera regarder et ouvrir vos mains vides. Oîicst celle imaginaire grandeur, et cette enflure d'un cœur aveuglé? C'est Jésus qui vous répond : écoulez-le avec ses docteurs, et admirez ses réponses.

Vous vous mêlez dans les grandes choses ; vous croyez que tout le monde vous admire, et vous pensez devenir l'oracle de l'Eglise : consultez Jésus et la Sagesse éternelle ; examinez-vous sur ces grandes œuvres que vous aimez comme éclatantes , plutôt que comme solides et utiles : vous travaillez peutêtre pour votre ambition, sous prétexte de travailler pour la vérité. lié bien donc, je quitterai tout, et j'irai me cacher dans le désert. Arrêtez-vous , consultez .Jésus : la vanité mène quelquefois au désert aussi bien que la vérité : on aime mieux mépriser le monde, que de n'y pas être comme on veut, et au gré de son orgueil. Que ferai-je donc? Faites taire toutes vos pensées : consultez Jésus : écoutez la voix qui éclate sur la montagne : Celui-ci est mon Fils bien aimé : écoutez-le; et : Us ne trouvèrent que Jésus seul^. Quand Jésus reste seul, et que renonçant à vous-même , vous n'écoutez que sa voix, c'est lui qui répond, et sa réponse vous édifie.

Xlle ÉLÉVATION.

Recueil des mystères de l'enfance de Jésus.

E.v ramassant dans son esprit avec Marie ce qu'on vient de voir de l'enfance de Jésus-Christ, on y voit les profondeurs d'une sagesse cachée, et d'autant plus adniirable, que renfermée en elle-même, elle n'édale en Jésus-Christ par aucun endroit. Il se déclare avec mesure : il suit les progrès de l'j'ige : il parait comme un autre enfant. S'il a fallu une fois marquer ce qu'il était, ce n'est que pour un moluenl : un intervalle de trois jours n'est pas une inlerrupiion de l'obscurité de Jésus : au contraire, une si courte illumination ne fait que mieux marquer le dessein précis de se cacher.

Si Jésu.s s'abaisse lui-même en se plongeant dans l'humilité d'un art mécanique; en même temps il relève le travail des hommes, et change en remède l'ancienne malédiction de manger son pain dans la

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