‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 22 sur 851 · Jurieu , AccDrnji., p · texte numérisé non relu

Jurieu , AccDrnji., p

SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE

sentement unanime : mais secondement, les mêmes Pères, qui entendent l'empire romain par celui qui tient, entendent aussi par le jour du Seigneur et par l'éclatante apparition de Jésus-Christ , le jour du jugement universel, dont ce méchant devait être le prochain avant-coureur : tellement que s'ils joignent la chute de ce grand empire avec la venue de l'Antéchrist , ils joignent aussi la venue de l'Antéchrist avec le jugement dernier et la fin de l'univers; en un mot , ils présumaient que l'empire romain sur toute la terre ne finirait qu'avec le monde : ce qu'ils ont bien pu conjecturer avant que les choses fussent arrivées; mais ce qu'on ne peut dire sans folie , maintenant que l'expérience nous a fait voir le contraire.

51. Que le sentiinent des Pères est directement contraire au système protestant , en ce qu'ils reconnaissent l'Antéchrist pour un seul homme. — Il y a encore un autre endroit où l'interprétation protestante ne s'accorde en aucune sorte avec celle des Pères; c'est que tous unanimement, et sans exception d'un seul, ils ont cru que l'Antéchrist, dont saint Paul parle en ce lieu, serait un seul homme '. Car ils ont bien vu avec saint Jean qu'il y aurait plusieurs antechrists, parce que le dernier, comme on l'appelait, qu'ils attendaient à la fin des siècles , aurait plusieurs avant-coureurs; mais pour lui, tous l'ont pris pour un seul homme, et ils étaient naturellement conduits à ce sens par ces expressions de l'Apôtre ^ : L'homme de péché, le fils de perdition, l'eymemi, le méchant, celui qui viendra avec tous les signes trompeurs, celui que Jésus- Christ détruira, tous caractères individuels qui désignent un homme particulier, comme nous l'avons observé ailleurs ^.

On nous objecte que le Saint-Esprit nous représente souvent comme un seul homme, tout un corps et tout un étal; témoin le faux prophète de l'Apocalypse, que nous-mêmes nous avons pris pour une société de philosophes magiciens, encore que par trois fois il soit appelé en singulier et avec l'article, le faux prophète , comme l'Antéchrist est appelé le méchant, l'impie ''.

C'est la méthode perpétuelle des protestants : aussitôt qu'ils ont trouvé dans l'Ecriture une figure, ils l'outrent sans aucune mesure, en sorte qu'on ne sait plus par oîi distinguer ce qui se dit proprement. Que si les Juifs ou les libertins , qui ne reçoivent pas l'évangile, voulaient dire que les passages des anciens prophètes, où il est parlé du Messie, désignent aussi un certain corps et un certain état , et non pas un homme particulier , n'y aurait-il point de règle pour les confondre? et s'il doit y avoir un Christ, un homme particulier qui soit le Christ par excellence, devancé par plusieurs christs en figure, pourquoi ne voudra-t-on pas qu'il y ait un antechrist éminent , un homme particulier qui paraisse à la fin des siècles, que d'autres antechrists inférieurs en impiété et en malice, un Nabuchodonosor, un Antiochus, un Néron, un Simon le magicien ou d'autres pareils imposteurs, aient précédé?

La règle que nous donnons pour entendre les figures de l'Ecriture, est de consulter l'Ecriture

1. Xug., de Civ., xx, 29. sup. — 2. //. T/iess., u, 3, 4, 8, 9. — 3. Var., XII, 4. — 4. Apoc, xvi, 13; xix, 20; xx, 10.

même. Par exemple, si nous disons que le faux prophète désigné dans l'Apocalypse comme un homme particulier, peut être pris pour un corps entier et une société , c'est que dès le commencement il est appelé une bête : Et je vis, dit saint Jean \ une autre bête; terme consacré dans ce livre, pour signifier un corps de société , un grand empire , une ville dominante , ou quelqu'autre chose semblable , comme il est formellement expliqué par saint Jean «même ^; et cette idée venait de plus haut, c'est-àdire, de Daniel, où les quatre bêtes représentent quatre royaumes, comme il est distinctement expliqué par ces paroles précieuses : Ces quatre bêtes sont quatre royaumes qui s'élèveront de la terre ^.

Il faudrait donc nous montrer que saint Paul nous eût parlé en quelqu'endroit de ce méchant, autrement que comme d'un homme particulier, ou qu'on ait jamais entassé tant de caractères individuels, pour signifier une suite d'hommes. Et si l'on dit que ce méchant est le même que le faux prophète de saint Jean, visiblement cela ne se peut; puisqu'outre les autres raisons par lesquelles nous nous réservons de le démontrer dans la suite , il suffît de dire à présent , qu'au lieu que le méchant de saint Paul se porte pour Dieu , et s'élève au-dessus de tous les dieux, le faux prophète de saint Jean'', qui est la seconde bête , ni ne se donne pour un dieu , ni ne se fait adorer, mais qu'il faut adorer la première bête.

52. Que les protestants ne s'accordent ni avec les Pères , ni avec saint Paul , ni avec eux-mêmes. — C'est donc pour cette raison que tous les Pères unanimement, et sans en excepter un seul, dès l'origine du christianisme , ont reconnu naturellement le méchant, l'impie, l'homme de péché, et l'enfant de perdition de saint Paul , et en un mot l'Antéchrist, pour un homme particulier qui devait venir à la fin du monde , pour faire la dernière épreuve des élus de Dieu , et l'exemple le plus éclatant de sa vengeance avant le jugement prochain.

Les protestants nous répondent , qu'aussi ne suivent-ils pas le plan des Pères : qu'il est bien vrai qu'avec eux ils prennent le méchant de saint Paul pour l'Antéchrist, et le font venir encore avec eux à la chute de l'empire romain; mais qu'ils ne les suivent pas en ce qu'ils joignent toutes ces choses au dernier jour, et encore moins en ce qu'ils font de l'Antéchrist un particulier. Voilà ce qu'ils nous répondent : d'où je conclus premièrement, qu'il ne faut donc plus, comme ils font, et comme fait encore en dernier lieu M. Jurieu^, s'autoriser des anciens, pour tout à coup les abandonner aux endroits les plus essentiels, et secondement, je leur demande ce que c'est donc, selon eux, que le jour du Seigneur, et l'éclatante apparition de Jésus-Christ.

Dumoulin, très-embarrassé de cette difficulté, et d'une si prompte exécution de son antechrist, qui devait durer douze à treize cents ans , paraphrase d'une étrange sorte ce verset de saint Paul : « El » lors le méchant sera révélé, lequel le Seigneur » Jésus dôconfira par l'esprit de sa bouche, et abo- )) lira par la clarté de son avènement. » Voilà le texte de saint Paul , selon la version de Genève , et

1. Apoc, XIII, 11. — 2. Idem, xviii, 9.18. — 3. Dan., vu, 17. — t. Apoc, XIII, V2. — ,">. PréJ., Accompl., Li:H. xii.

AVERTISSEMENT AUX PROTESTANTS

en voici la paraphrase selon le ministre' : « El J . quand col empire romain sera détruit, alors sera j . pleinement manifesté ce pontife, et le siège pa- | . y>a\ sera exhltè par la ruine de l'empire; lequel » ponlife Dieu abattra et akkaiblira, mais ne le . DETRUIRA point totalement qu'au dernier jour du • jugement, lorsque Jésus - Christ viendra en sa . gloire. » Ce que voulant expliquer plus amplement, il nous représente l'empire papal ébranlé par la prédication de Luther ^; il la réserve au jour, du jugement, dans cinq ou six cents ans , s'il plaît à. Dieu.

On voit bien ce qui le contraint à parler ainsi; c'est qu'enlin il n'a osé dire que Luther ait abattu el détruit ce prétendu antechrist de la réforme , comme il s'en était vanté • c'est pourquoi il a fallu ' • nguer deux temps, l'un où l'Antechrisl sérail :>li, et l'autre où il serait détruit tout à fait. .Mais ce n'est pas ainsi que saint Paul procède : il n'y a dans le texte aucun vestige de celte distinction; c'esl-à-dire , que le ministre a vu le mal , et n'y a point trouvé de remède qu'en falsiOanl le exle de saint Paul.

Pour colorer une si indigne falsification, il a voulu s'imaginer que le mot grec qu'on a traduit à «jenève par le vieux mot déconfira, et celui qu'on y traduit par abolira, sont d'une vertu bien diiïérente : i^x/M'jti (a/miôsei), selon lui, ne signifie pas tuer, comme l'a traduit la Vulgate, mais une lUconfiture par certains progrès , comme qui dirait user, dissiper, consumer. Que veut dire ce faux savant avec son grec jeté en l'air pour éblouir le monde? Et qui jamais a conçu qn'analôsei, où il a traduit déconfira , suit plus faible que xocTapyrjaet {catarfjfsei), où il traduit abolira? Quel enfant, qui ait oui parler de la ruine de Troie, ne sait pas qu'elle s'appelle oÀwff'.î (alôsis) de la racine oXtuxo) (aliteo) qui a la même vertu; et que ce terme aXwci; signifie excidium , la destruction, la ruine, la perle totale , comme l'ar/xXojffEt (analôsei) de saint Paul gigoifie détruira, perdra, abolira tout à fait? Que si c'est là ce qu'a fait Luther, que fera de plus Jésus- Christ quand il viendra dans sa gloire. Mais qu'y a-t-il qui tombe plus vite que ce qu'on abat par un 80u(ne?ct qui ne voit plus clair que le jour, que ces doux expressions de saint Paul : Jésus-Christ perdra le méchant par son souffle , et le détruira par la qUiirt de vm arénement , ne signifient que la même cbosf: répétée deux fois, selon le génie de l'Hébreu?

Saint Chrysostome, qui assurément savait le grec, voulant expliquer la force du mot dvaXfdxew {analiêkei' ' - ' • sert saint Paul , el tout ensemble faire • .• n pronq^teraent l'Antéchrist serait

défait par l'éclatante apparition de Jésus-Christ, ce «^ra , dit-il', cf/inme un fi-u, qui tombant seulement tur de petit$ animaus , atanl même que de les toucher, et qw/if/u'iU soient enajre éloignés, les rend •' < de frageur, et les consume ('analiskeij;

'il ^ iU%-Chrinl, par son seul commandement et par «a teule présence , consumera l'A ntechrist (ana- Uti^iit) : r'esi auez qu'il paraisse, et tout cela péril auênUk.

L« cardinal iJellarrnin s'était servi Irèft-à propos de ces paroles de gaint ChrjHostome, trop pressantes

I 4f<. <Uê Proph.. p. 7-» - t. l.lem. \i. j,. lr,2. - n. In II. M Tk4$., c- Il , Hum. nr.n. I.

pour Dumoulin, quoiqu'alors faiblement traduites. Ce ministre les afi'aiblil encore davantage' : au lieu de celle frayeur qui rend ces animaux immobiles, il veut que le feu, contre sa nature, ne fasse que les assoupir; au lieu de cette prompte action du plus vif et du plus vorace des éléments, il lui donne une lenteur qu'il n'eut jamais; el non content de changer le sens de saint Ghrysoslome, il voudrait encore changer la nature même, pour faire vivre son Antéchrist plus que saint Paul ne le permet.

Le môme Dumoulin blâme la Vulgale^, qui traduit Vanalôsei de saint Paul, par le latin interficiet. Mais saint Jérôme traduit partout ainsi' : il dit partout : Le méchant que le Seigneur tuera, fera mourir, interficiet, par le souffle de sa bouche, et détruira par l'éclat de son avènement. Et voici comme il l'explique* : Le Seigneur, dit-il, le fera mourir, interficiet, par le souffle de sa bouche, c'est-à-dire, par sa diviyie puissance, et par un commandement absolu, puisqu'à lui, commander, c'est faire : ainsi ce ne sera ni par une armée , ni par la force des soldats, ni par les secours des anges, que l'A7itechrist sera tué; et de même que les ténèbres sont dissipées par le seul avènement du soleil , ainsi Jésus- Christ détruira l'Aiitechrist par le seul éclat de son avènement.

Voilà l'idée que met naturellement dans les esprits le passage de saint Paul : ce n'est pas un Antéchrist qu'on fasse périr d'une mort lente, et qu'on consume , pour ainsi dire, à petit feu; on n'en fait point à deux fois, si on me permet de parler ainsi, et il périt tout d'un coup devant Jésus-Christ, qui vient en sa majesté juger les vivants et les morts.

Le ministre Jurieu l'a pris autrement que Dumoulin^, et, par la clarté de l'avènement de Jésus- Christ, il entend, non pas le dernier avènement du Seigneur, mais celui par lequel il viendra longtemps avant la fin du monde, abattre le paganisme, le mahométisme , le papisme, etc. Nous ne connaissions jusqu'ici que deux avènements de Jésus- Christ; l'un avec la mortalité, qui est accompli; l'autre en gloire, qui est celui que nous attendons; mais le ministre en met trois. Les Thessaloniciens ne craignaient qu'un seul jour du Seigneur, dont saint Paul leur avait déjà parlé dans sa première épilre*'; el c'était le jour du jugement, capable de faire trembler les plus justes. C'est ce jour dont la prochaine arrivée, que quelques-uns leur annonçaient, les avait troublés : il n'y avait donc à attendre qu'un jour du Seigneur. Le ministre leur en montre deux; mais encore lequel des deux craignaient-ils ? celui où Jésus-Christ devait apparaître pour confondre l'Antéchrist avec le paganisme , le mahométisme, le papisme? Qu'y avait-il à craindre pour eux dans ce jour? et devaienl-ils être païens, rnahométans, ou papistes? Dans quel abîme se jette le ministre? Il faut être bien poussé à bout, lorsqu'on fait de telles violences au langage de l'Ecriture : mais avec tout cela on ne gagne rien, et la difficulté demeure toujours. Car enfin, quoi qu'on veuille faire du jour du Seigneur, et de la présence éclatante de Jésus-Christ, il est toujours très-conslant que saint Paul l'allache à la chute de celui qui

1 . In II. ad The»»., c. n, Hom. iv, n. 63. — 2. Idem. — 3. Kp. XI. ad A'jeruch. — 4. Ep. ad Alg., q. xi. — 5. Préj . lég.. 1. p., ch. IV, p. 89; Kcc. de» Proph., 2. p., eh xxin. — 0. /. Thess., v,2.

SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE

lient : Alors, dil-il, se découvrira le méchant que Jésus-Christ détruira par l'éclat de sa présence. El tout cela devait paraître aussitôt après la chute de celui qui tient , 1. 1 , puisqu'il n'y avait que cela qui retenait, t. 6. Que ce soit donc tout ce qu'on voudra, ou l'entier renversement du monde dans le jugement dernier, ou, dansquelqu'autre apparition de Notre Seigneur, la destruction de l'Antéchrist, si celui qui tient, c'est l'empire dont Alaric, ou quelqu'autre qu'on voudra, a commencé la dissipation, et que pour celte raison l'homme de péché ait dû paraître vers ce temps-là , on en doit avoir vu vers ce même temps , non-seulement les altenlats et les prodiges , mais encore la destruction éclatante , la prédiction de saint Paal nous menant si rapidement de l'un à l'autre , et ne laissant entre deux aucun intervalle.

Mais ce rapide accomplissement de la prédiction de saint Paul, qu'il explique avec des paroles si vives , n'a rien qui convienne à l'Antéchrist des protestants; car il leur faut douze cents ans pour en composer la fahle. L'Antéchrist qu'ils nous proposent, est un anlechrist dont on ne voit trois cents ans durant, ni les impiétés, ni les prodiges. C'est un saint durant quatre siècles, plus ou moins; et après qu'il a commencé à se déclarer, il faut encore huit ou neuf cents ans pour le détruire ; encore ne sait-on pas si on en viendra tout à fait à hout devant ce temps ; et on croit qu'on sera contraint de lui laisser une vie traînante durant quelques siècles. Tout cela, qu'est-ce autre chose que de changer les vives idées et les éclairs de saint Paul , en la froide allégorie d'une histoire aussi languissante qu'elle est d'ailleurs mal appuyée ?

53. Froideur des allégories des protestants. — Mais après tout , qui a dit à nos réformés que ces grands mots de saint Paul : L'impie qui s'élèvera au-dessus de tout ce qu'on appelle Dieu , qui se moyitrera dans le temple de Dieu comme étant Dieu luimême , et le reste : qui leur a dit , encore un coup , que toutes ces choses soient des caractères allégoriques ? Est-ce qu'il n'est pas possible qu'elles arrivent à la lettre ? mais nous avons cent exemples de rois orgueilleux, qui se sont fait rendre les honneurs divins; et sans rappeler ici les Nabuchodonosor et les autres rois impies que l'on connaît, on sait que Caligula se voulait faire adorer jusque dans le temple de Jérusalem; que Néron ne fut pas moins emporté, ni moins impie; que les césars avaient des temples, et qu'ils furent les plus respectés de tous les dieux. Ces choses étaient communes dans le monde au temps que saint Paul écrivait, et il parlait aux fidèles selon les idées qui étaient connues. Pourquoi veut-on y substituer des allégories, ou plutôt des calomnies manifestes de la papauté? Quand je fais ces objections à M. Jurieu', il me reproche sérieusement que je n'ai pas voulu voir les endroits qu'il a rapportés où le pape est appelé Dieu^. Quoi, il voudrait qu'on allât répondre à toutes les thèses et à toutes les épitres dédicatoires, à tous les mauvais compliments que lui et ses confrères ont ramassés, à cause qu'ils les débitent avec un air aussi sérieux , que si c'étaient autant de dogmes de l'Eglise catholique! Mais je vais donner beau jeu à ses vains reproches. Oui , je lui avoue

1 Var., liv. xiii, 3, 4, 7. — 2. Lell. xiii. B. — T. 11.

que le pape est un de ces dieux dont a parlé le Psalmiste, qui meurent com,me les hommes*, mais qui néanmoins sont appelés dieux, parce qu'ils exercent sur la terre une autorité qui vient de Dieu, et qu'ils en représentent la puissance, jusqu'au point que Dieu a voulu. Qui blâme cette façon de parler, n'a qu'à s'en prendre au Saint-Esprit qui l'a dictée à David , et à Jésus-Christ qui l'a approuvée^. Si les llalteurs en abusent, qu'ils aillent en perdition avec leurs lâches et profanes discours; mais peut-on dire sérieusement que le pape se fasse Dieu en un mauvais sens , pendant qu'il se reconnaît , non-seulement homme, mais encore pécheur, et que comme les autres fidèles, il confesse ses péchés aux pieds d'un prêtre? mais il se dit vice-Dieu , c'est-à-dire , lieutenant de Dieu : il n'est donc pas Dieu. Les rois sont à leur manière vicaires de Dieu. Le pape l'est d'une autre sorte et d'une façon plus particulière, comme établi spécialement par Jésus-Christ , le pasteur de tout son troupeau. Se moque-t-on , d'appeler cela un Dieu? Mais, dit M. Jurieu^, le pape se met au-dessus des rois qui sont des dieux. Qu'un homme ne rougisse pas d'objecter gravement de telles choses , et qu'on puisse les écouter sérieusement , c'en serait assez pour se détromper à jamais de tels docteurs. Que veut-on dire, le pape se met au-dessus des rois? Sans doute en un certain sens, et comme pasteur : qui le peut nier, puisque les rois chrétiens font gloire d'être compris au nombre de ceux dont saint Paul a dit : Obéissez à vos prélats? Si c'est là se faire Dieu, qu'on songe du moins que ceux dont le Psaume a dit : Vous êtes des dieux; et. Dieu s'est assis dans l'assemblée des dieux'', ce sont tous les juges; et parce qu'il y a des juges au-dessus des juges, des grands audessus des grands, et que le roi commande à tous , comme dit le Sage^, le roi sera un Antéchrist, et tout l'ordre du monde un antichristianisme ; les fanatiques le diront peut-être^. Mais le pape se dit infaillible. Si l'on demandait au ministre quel pape l'a dit, où en est la décrétale, et quel acte a jamais fait l'Eglise romaine pour établir ce dogme , il demeurerait muet; car je lui maintiens qu'il n'y en a point. Mais enfin, peut-on dire sérieusement que de croire, ou d'espérer avec quelques-uns, que Dieu ne permettra pas qu'un pape décide en faveur de l'erreur, ce soit en faire un dieu , et non pas un homme assisté de Dieu , afin que la vérité soit toujours prêchée dans l'Eglise par celui qui en doit être la bouche? Cessons de perdre le temps à résoudre des objections qu'on ne peut faire sérieusement. Que saint Paul ait eu en vue des choses si froides , quand il a écrit son Epître aux fidèles de Thessalonique, et qu'il ait voulu leur donner de si graves précautions contre des chimères de cette nature, c'est dégrader un si grand apôtre, que de le penser. Non , non , se faire passer pour Dieu , et s'élever au-dessus de Dieu, ce ne sera pas seulement l'impertinente exagération de quelque flatteur, ou quelque cérémonie mal interprétée, ou même quelque prétention excessive, mais ce sera dans le littéral se donner réellement pour dieu, et se faire bâtir des temples, comme ont fait tant de rois impies. De même, venir au monde avec toute

1. Ps. Lxxxi , 6, 7. — 2. Joan., x, 34. — 3. LetC. xiii. — 4. Ps. Lxxxi. — 5. Eccles., v, 7, S. — 0. Lell. xiii.

AVERTISSKMENT ATX PFxOTr: ETANTS

l'oprration de SiUan, et toutes sortes de signes et de l - frompeurs, jusqu'à faire iloscoiulrc lo feu

lit, i .c. . ol autre chose de celle iialurc , ce ne sera pas donner la conlirnialion, ou prononcer des anaihèmes, ni dire, ce qui est cerlain , que Dieu fait des miracles par ses siiinls. et durant leur vie, et après leur mort. Ce sera, connne les enchanteurs de Pharaon, imiter les miracles de Moïse: ce sera, comme dit .lésus-Christ . faire de si grands prodiges, des signes si surprenants, que les élus mêmes, s'il se pe%U, soient induits en erreur'-; en sorte que pour «'tre parfaitement confondu . il ne faille rien de moins que lapparilion éclatante de Jésus-Chrisl dans sa gloire, elle grand jour du Seigneur. Quand les papes entreprendront de tels prodiges, et qu'ils les entreprendront pour justilier qu'ils sont des dieux, et se faire dresser des autels, je reconnaîtrai l'ennemi dont parle saint Paul.

ô4. Ce que l'on peut dire de certain de l'Antéchrist. — Que sera-ce donc , dira-t-on , que cet ennemi ? Je réponds que si c'est quelque chose qui soit venu il y a longtemps, comme le prétendent les prolestants, c'est aussi quelque chose qui est détruit il ya longtemps, comme on a vu. C'est donc une manifeste absurdité de dire que ce soit le pape. C'ue si l'on entend par cet ennemi quelqu'un qui soil déjà venu et détruit, soit que ce soit Néron, selon quelques-uns, ou Caligula, ou Simon le Magicien, selon quelques autres, comme Grotius et Hammond , il n'y a rien là contre nous; la peine sera de faire cadrer les événements avec les paroles de saint Paul , et avec la date de son épilre, ce que j'avoue, quant à moi , que je n'ai pu faire. Que si, comme le veulent les anciens , et comme saint Augustin nous assure par deux fois', que tout le monde le croyait sans aucun doute; si, dis-je, ce méchant est quelqu'un qui ne soit pas encore venu, qui viendra à la lin des siècles, et qu'on nommera l'Antéchrist, qui peut dire ce que ce sera sans être prophète? Saint Augustin avoue du moins qu'il n'y connaît rien , et propose tout ce qu'il peut imaginer, laissant tout absolument dans l'incerlilude. Soil donc que ce soit quelqu'un, qui pour a' - Juifs, rebâtisse le temple de Dieu dans

J. , ., ... iii, ou qui en bâtisse quolqu'autrc au Dieu créateur, comme voulait faire Julien, on enlin il fasse rendre les honneurs divins, à l'exemple de tant de rois impies ; soit que ce méchant choisisse quelque ci-l.-br.; Kgiise des chrétiens, pour s'y faire adorer comme un Dieu; .soil que, scion une des iolcrf- ■ ■ ' 'inl .Vuguslin, ce soit un prince h*rti . , , ;ide que la société qui le suivra, toit la vraie Eglise, et qui par force, ou par illu- «ion, je un trèvgrand peuple, pour y pa-

raître l<ju. . ju'il voudra à ses sectateurs; soit que ce soil un faux Chri.st et un f;iux Messie , mais l peur, el plus remjdi de Satan que

•' qui se disant le F'ils de Dieu ,

f risl, et se mettant au-dessus de lui

* proportionnés à «a prétention , ac/-

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lani q.i.: ■ .11 ..iiTi'her à se tromper, que de fonder

un schisme sur celle énigme; et que tout ce qu'on en peut dire de plus assuré , si c'est celui dont parle saint Paul , c'est qu'il ne durera pas longtemps , et que sa chute suivra de près son audace.

Cependant on peut encore tenir pour assuré que ce sera quelque faux réformateur des erreurs et des corruptions du genre humain, et que le fond de sa mission sera une One hypocrisie, qui est proprement le mystère d'iniquité, dont saint Paul a dit qu'il commençait de son temps à se former. Mais si ce détestabre mystère se formait au commencement par tant de sectes qui se cachaient jusque dans le sein de l'Eglise sous le nom et l'extérieur de la piété , il se consommera à la fin des siècles d'une manière Wen plus trompeuse. La grande apostasie précédera , soit que ce soit la révolte contre quelque grand empire, soit que ce soit un grand schisme , peut-être encore plus étendu que celui de Luther et de Calvin, où des royaumes entiers se sont cantonnés avec une haine obstinée contre l'Eglise catholique. Et pour ces mots de saint Paul, que celui qui tient, tienne; soit que ce soit une exhortation à ceux qui tiennent la vraie foi à la défendre contre les prestiges et les violences de l'Antéchrist, ou, pour ne point répéter les autres interprétations, qu'il doive s'élever encore quelque grand empire, où saint Paul, à la manière des prophètes, nous ait voulu transporter en esprit, comme si la chose était présente : toujours est-il bien constant, parles preuves qu'on en a vues, que si c'était l'empire romain dominant sur tout l'univers, nous aurions déjà vu paraître, aussi bien que la chute de ce grand empire, non-seulement les blasphèmes, les faux miracles, et la ruine de l'Antéchrist, mais encore, dans celle de tout l'univers, le grand jour de Jésus-Christ.

55. Que le méchant de saint Paul ne peut être aucune des bêtes de saint Jean , et qu'il n'y a de rapport entre saint Paul et l'Apocalypse , que dans le chapitre XX de cette dernière prophétie. — Au reste, les prolestants se fondent beaucoup sur ce que la bête de l'Apocalypse, surtout la seconde, et le méchant de saint Paul sont la même chose ; et il est vrai qu'il y a quelques caractères semblables, par exemple, celui des faux miracles qu'on voit paraître dans la seconde bête de saint Jean, comme dans le méchant de saint Paul. Mais ce caractère équivoque leur est commun avec beaucoup d'autres, et nous avons remarqué entre eux deux dilTérenccs essentielles : la première, que la bête de saint Jean ne se dit point dieu , et ne se fait point adorer elle-même comme le méchant de saint Paul; mais au contraire, loin de s'élever avec ce méchant sur tout ce qu'on adore, elle fait adorer un autre : la seconfle , que le méchant de saint Paul vient et périt dans les approches du jugement universel, en sorte que sa séfluction sera la dernière de l'univers, comme celle que Jésus-Christ se réserve à détruire par son dernier avènement, au lieu qu'après le supplice fies floux bêles de saint Jean, et les mille ans (|ui le doivent suivre', quel qu'en puisse être le mystère, il reste encore à l'Eglise une dernière persécution à essuyer, qui est celle de Gog et de Magog, plus dangereuse que toutes les aulres, comme

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