Apor., XIX, 20; xx
SUR L'EXPLICATION DE L'APOGALTPSE
il a été remarqué, puisqu'elle sera l'effet du dernier déchainemet de Satan'.
Il ne faut donc point comparer avec le second chapitre de la seconde aux Thessaloniciens tout ce qu'il y a dans l'Apocalypse , depuis le chapitre iv^ jusqu'au xx^, comme si c'était la même chose; il n'y a de rapport précis du passage de saint Paul avec l'Apocalypse , que dans le chapitre xx^ et dans le feu tombé du ciel qui consume Gog et Magog , puisque ce feu, n'étant autre chose que celui du dernier jugement , il a le rapport qu'on voit avec la dernière et éclatante apparition de Jésus-Christ , comme il a pareillement été dit ailleurs^.
J'espère que les catholiques se rendront aisément à ces preuves; et pour ce qui est des protestants, qu'ils se désabuseront de l'erreur grossière qui leur fait imaginer leur Antéchrist dans plusieurs personnes et dans une suite de treize siècles; en sorte qu'après sa venue, il nous fasse attendre si longtemps le jugement universel : contre tout ce qu'a dit saint Paul, et contre toute la tradition qui l'a toujours entendu comme nous faisons, dès l'origine du christianisme.
56. Qu'il y a selon le ministre, un autre Antéchrist , à qui , malgré qu'il en ait , les paroles de saint Paul conviennent mieux. — On croira peutêtre que ce qui oblige les ministres à forcer le sens de saint Paul, sur le sujet de l'Antéchrist qui doit venir, et être détruit à la fin des siècles , c'est qu'ils tiennent pour bien assuré que cet Antéchrist ne viendra jamais, et que tout ce qu'en ont dit les Pères, est une fable : mais il n'en est pas ainsi. Le ministre Jurieu trouve vraisemblable qu'il y aura sur la fin des siècles, une dernière persécution qui durera trois ans et demi ^. Quoi, trois ans et demi à la lettre, sans que ce soit à ce coup des jours prophétiques? Le ministre le veut ainsi à cette fois; et après cette persécution, pourra venir, continue-t-il, V Antéchrist de saint Irénée , à qui, dit-il, je veux bien faire cet honneur de croire qu'il avait appris de quelques hommes apostoliques le mystère de cette dernière persécution. A cette fois il se rend traitable : saint Irénée a trouvé grâce devant lui , et le voilà réconcilié avec les martyrs et les docteurs des premiers siècles : enfin il leur accorde un Antéchrist qui sera le Messie, pour tromper les Juifs, qui régnera trois ans et demi devant la fin du monde, et qui sera détruit peu de jours devant le dernier jugement. Mais il n'accorde cela qu'à condition que cet homme, que Jésus-Christ détruira par sa dernière arrivée, ne sera qu'un diminutif de l'Antéchrist, qui est le pape; car surtout il se faut bien garder de croire que depuis le commencement jusqu'à la fin de l'univers, il y puisse jamais rien avoir de pis que lui, pas même celui qui se dira le Messie à la fin des siècles, qui néanmoins apparemment sera le plus impudent de tous les imposteurs, et qui par là mériterait bien d'être cru celui dont parle saint Paul. Mais le ministre ne l'endurera jamais : il ne faut point le confondre, dit-il, ni avec l'homme de péché de ce grand apôtre , ni avec aucune des bêles de l'Apocalypse. Mais pourquoi, en démêlant l'obscurité d'un passage aussi obscur que celui du n^ chapitre de la II« aux Thessaloniciens , ne vouloir pas nous permettre d'y placer ce
1. Voyez /es notes duch. xx. — 2. Idem. — 3. Ace, 2. p., p. 41G.
dernier Antéchrist ? Pourquoi ne vouloir pas croire que ce sera le plus méchant de tous, puisque Satan l'enverra à la fin des siècles pour faire les derniers efforts contre les élus , et que Jésus-Christ de son côté en réservera le châtiment à son grand et dernier jour, pour être le dernier coup de sa puissance? Il est vrai que le ministre le défend, et je n'en sais pas la raison; car de bonne foi, il n'en dit point; mais c'est qu'il faudrait effacer tout ce qu'il a dit du pape avec toute la réforme, et renverser tout ce beau système qui le fait passer parmi les siens pour le prophète de son temps.
57. Promesse de l'auteur sur Daniel. L'explication de saisit Paul, I. Tim., IV, 1, déjà donnée. Conclusion de la seconde partie de cet Avertissement. — De peur qu'on n'abuse encore de la prophétie de Daniel, comme de celles de saint Paul et de saint Jean, on en verra bientôt un commentaire, et je dirai en attendant , que la prophétie de Daniel , où l'on veut à présent trouver le pape, étant accomplie dans la persécution d'Antiochus, comme les ministres en conviennent , ils ne peuvent plus y trouver autre sens qu'avec le secours de la tradition qu'ils rejettent.
Pour la prédiction de saint Paul dans la F*' épitre à Thimothée , iv, outre ce qu'on en a vu dans cet Avertissement', on a pu voir clairement ailleurs^ qu'elle est accomplie dans les manichéens et les autres sectes impies qui , dès l'origine du christianisme, avaient mis certaines viandes, et en général le mariage, parmi les choses réprouvées de Dieu et mauvaises de leur nature. Mais voici ce que répond M. Jurieu^ : « Les théologiens papistes , pour » éluder ce passage, l'avaient voulu détourner, il » y a longtemps , du côté des manichéens : mais » M. Bossuet sentait bien que peu de gens de bon » sens seraient capables de donner là dedans, quand )) ils sauraient que les manichéens ont été dans tous » les siècles une secte obscure et peu nombreuse, et » qui n'a pas duré dans le monde avec éclat. Si » saint Augustin ne s'était laissé surprendre par ces » abuseurs , et après les avoir quittés ne se fût » donné la peine de réfuter amplement leurs rève- » ries , à peine seraient-ils connus. Ils périrent » dans le cinquième et le sixième siècles; et en » mourant ils laissèrent quelque germe de gens, » lesquels conservèrent quelques-uns de leurs dog- » mes, comme l'abstinence de certaines viandes, et » le mépris des sacrements de FEglise. »
Et un peu après : « On ne prouvera jamais qu'ils » aient composé une communion tant soit peu con-- » sidérable : il y en avait en beaucoup de lieux de » l'Orient et de l'Afrique; mais c'étaient de petites » sociétés , comme celle des illuminés d'Espagne et » de nos fanatiques. Aucune personne raisonnable » ne pourra donc se persuader que saint Paul ait » pensé à une secte qui ne devait jamais être d'au- » cune distinction dans le monde. » Autant de faussetés et d'illusions que de paroles. « Les théologiens » papistes ont détourné ce passage du côté des ma- » nichéeris'' ». Il fallait dire que tous les Pères qui ont entrepris d'expliquer cette prédiction de saint Paul, l'ont entendue unanimement de ces hérétiques, ou de ceux qui avant eux, et sous d'autres
l. Su}),n. 36, :i~. —2. Var.,liv.,y.i.— 3. Letl. \. — 4. Vm-., XI, 9, 35.
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noms, ensioijriiaieiil los m^mos onvurs. Sa»s saint Augusiin, cette secte serait à peine connue. Tous les èi-rils des saiiils Fèros et les canons on sont pleins : ni Ari-holaûs, ni Ori^one, ni Eusolto. ni saiiil Cyrille de Jérusalem, ni saint lUisile , ni sainl Kpiplume, el les autres qui ont écrit avec tant de soin contre ces hérétiques, ne les ont connus par sainl Augustin. qui est venu après eux; et colle nuuuiito seclo n'était que trop rononunée dans toute l'Eglise. Il y en arait en beaucoup de lieux de l'Orient et de l'Aprique. Il y en avait en Italie et îi Rome même j il y en avait dans tout l'Orient , el on n'y trouve guère de provinces où ce venin ne fut répandu. C'étaient J, , . '• \ qui n'i'taicntpas considérables, ni
ti ! ion dans le monde. Onu n\on[rc au
contraire, dans r7/js<ojre des Variations*, que les •'• !o celle sccle se trouvenl sous divers noms
d; . . .-'ine du christianisme ; que le zèle d'étendre la secte était incroyable ; qu'elle s'était en effet beaucoup répandue , et qu'elle était surprenante el éblouissante jusiiu'au prodige; que dans le temps où le ministre ose dire qu'elle élail tout à fait éteinte, on la trouve si multipliée en Arménie cl ailleurs, qu'elle se cantonna contre les empereurs, hàlil des villes et des forteresses où ils ne pouvaient la forcer, el se trouva en état de leur faire une longue guerre; qu'elle peupla la Thrace el la Bulgarie, d'où elle se répandit de tous cotés en Italie, en Allemagne, en France, où elle suscita de grandes guerres; qu'elle dura Irès-Ionglemps dans tous ces pays; el que même, dans son déclin, elle était si puissante en nombre, qu'encore que les parfaits de la secte Il ' !it que quatre mille, le reste était innom-