‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 24 sur 851 · L: . de sorte que n'y ayant, selon le ministre · texte numérisé non relu

L: . de sorte que n'y ayant, selon le ministre

que le peu de distinction et de considération de la secte qui ait empêché saint Paul de la prévoir, on voit au contraire qu'il n'y en a poinl qui par son nombre, par sa durée, par ses illusions, par son hypocrisie , par ses prestiges, et par les antres circonstances que j'ai remarquées, méritât plus d'être prédite : outre que le fait est constant , et qu'il est plus clair que le jour, que saint Paul parle d'une '• ■ : :i attaquait directement le Créateur, en trou- \ impuretédansles viandes qu'il avait créées,

el en réprouvant le mariage qu'il avait établi. Nous avons d" ' onlré les jirofanalions de la réforme dans Wju. - ..; prophéties fju'ellc tourne contre nous; el il ne reste qu'à faire voir qu'elle délruil ••' :irof)r<-s explications.

- / , . testants Ifjujours trompés par leurs

prop — On trompe toujours aisément ceux

qu'on a - trompés en llatlant leurs passions.

Nous avwM- ,.,-,uU'. ailleurs^ que Luther, enivré du

wrr^ i]t- i.a réforme naissante , prit ses propres

is pour un instinct pro[djéli(|ue. Les

i ':'!t alors furent merveilleux. A r<!n-

' allait tomber; haiiifl el sainl l'aul

' f.a prédication de Luther était ce

'" <' ' dont j)arlait cet apôtre, par

'" i ■ . à hé .s<Tait «létruit en un mo-

.1 : il n y avait que peu de temps à .souiïrir sous

'il n'avait que deux ans à vivre;

'•'être renversé en même temps.

'• J-» avons marqué le» endroil.«j où l'on trouve ces

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prophéties de Luther, el la sérieuse croyance qu'on y avait dans tout le parti : mais ce qu'il y eut de plus remarquable, c'est que tout devait s'accomplir, sans qu'il t'ùl permis de prendre les armes; penilanl (lue Lulhor boirait sa bière tranquillement au coin de son feu avec ses amis, avec Amsdorf et Mélanchlhon , l'ouvrage se devait accomplir tout seul'.

Que des hommes se hasardent^ à trancher sur l'av^enir, soit qu'ils veulent tromper les autres, ou qu'ils soient eux-mêmes trompés par leur imagination ôchautrée, il n'y a rien de fort merveilleux; qu'un peuple entêté les croie, c'est une faiblesse assez commune; mais qu'après que leurs prédictions sont démenlics par les effets , on puisse encore vanter leurs prophéties, c'est un prodige d'égarement qu'on ne peut comprendre. Mais de quoi la faiblesse humaine n'est-elle point capable? A la honte du genre humain, Luther demeura prophète après qu'il fut convaincu de faux par l'événement : il n'en fut pas moins écouté; il n'en décida pas moins sur l'avenir, quoique les deux ans qu'il avait donnés au Pape se poussassent loin, et que toutes les prophéties s'accomplissent maP. Alors, contre le premier projet, il fallut avoir recours aux armes pour en hàler l'accomplissement. On n'avançait pas davantage; et pendanl qu'on se moquait hautement et des prophéties de Luther, et de la crédulité de ceux qui s'en laissaient fasciner, il fallut se contenter de la vaine défaite de Calvin , qui répondit que si le corps de la papauté subsistait encore , l'esprit et la vie en étaient sortis ; de manière que ce 7i était plus qu'un corps morl^.

Jamais nation ne fut si crédule que la réformée. Toutes les fois qu'il est arrivé à ce parti quelque chose de favorable, ils ne manquent jamais de s'imaginer qu'ils vont devenir les maîtres, el ils prennent un air menaçant. On se souvient encore parmi nous des espérances que leur inspirèrent les victoires de Gustave-Adolphe, roi de Suède. Les Calvinistes, pour y prendre part, firent leur décret d'union avec les Luthériens; et à ce coup Babylone allait tomber. Que ne dit-on point de ce grand libérateur de la réforme? Nous avons vu'' qu'on lui adressa les mêmes paroles que le Psalmiste adresse en esprit au Messie futur, lorsqu'il en vit la gloire et les victoires; il fallut bien le trouver dans l'Apocalypse. Josejjh Mède y eut de la peine : mais enfin, à l'effusion de la quatrième fiole ^, il vit que le soleil allait être obscurci ; chose rare et difTicile à trouver dans les prophètes! Il n'en fallut pas davantage pourvoir périr l'empire d'Allemagne, qui est le soleil du pai)e. Je le veux : mais où était donc ce libérateur venu du Nord? Il n'y en paraît pas un mot : n'importe, il fallait bien qu'il y fût ; car enfin le soleil de Rome ne s'éteindrait pas tout seul; et peut-être que les nuages qui l'obscurciraient, devaient venir de dessus le pôle. Ainsi les hommes se trompent, et. deviennent le faible jouet de leurs espérances.

.')!). Jiidicules interprétations de Dumoulin. Pourquoi il s'arrHe à l'année 1089. — Sans chercher les autres exemples de semblables illusions, je ne veux plus parler ici que de celle de nos jours.

\. Vnr.Jiv. I, n. 21, 30; i;, n 9, 44 ; iv, m. 1, 2; v, n. .'«, 33. —

Oralul. ad Vnn. Presh. opu.ir. , xm, .'JS. — f). Apor. ,

Id'-m, liv. I, n,2r>; viir. i. —3.

p. 331; V'ir., l. xm. ». 2. — 4. Var., XVI, 8.

SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE

Elle était réservée au ministre Dumoulin et à sa famille , puisque et lui et son pelit-fils tiennent aujourd'hui tous les protestants en attente de cette fatale journée 1689 où nous entrons. Quelque vaine que soit cette prédiction en elle-même, il n'est pas permis de négliger ce qui séduit tant d'âmes, et ce que Dieu semble avoir permis, ou pour punir les ennemis de la vérité, en les livrant à l'erreur, ou plutôt, comme je l'espère, pour les faire revenir au bon sens par l'excès d'un égarement si manifeste. En l'an 1614 ou environ, Dumoulin, ministre de Paris, le plus autorisé de son parti, et le plus mêlé dans les troubles du règne passé, fit un livre qu'il intitula V Accomplisseme7it des Prophéties, qui fut imprime à Sedan .en 1624. Nous avons déjà vu quelques traits de ses rares interprétations, et nous avons vu, entre autres choses, les bizarres, et différentes manières dont il a pris les douze cent soixante jours de l'Apocalypse ^ tantôt pour années, et tantôt pour de vrais jours naturels, sans qu'il y ait dans le texte de saint Jean la moindre occasion de cette diversité. Ce ministre est aussi demeuré d'accord que le pape ne se trouvait point dans le chapitre xn^, où tous ses confrères le mettent, quoiqu'il faille également, ou le mettre là, ou l'ôter partout. Mais s'il met le pape à couvert du chapitre xii, en récompense il le fait paraître magnifiquement dans le xni. Il est la septième tète de la première bête, c'est-à-dire, comme la réforme l'explique toujours^, le septième gouvernement de Rome; il est encore la seconde bête qui fait adorer la première, qui est lui-même, puisque ce n'est plus qu'en lui seul qu'elle subsiste; il est encore l'image de la première bête que la seconde fait adorer : et bien que l'Apocalypse ne marque point qu'on adore la seconde bête qui fait seulement adorer la première et son image, le pape est tout ensemble ce qui fait adorer, ce qu'on adore, et ce qu'on n'adore pas. Les deux cornes de la seconde bête, c'est la mitre du pape\ Le feu que le pape fait descendre du ciel, le croirait-on? c'est le feu Saint-Antoine; ce sont bien aussi les anathèmes et les foudres que le pape lance : car il faut, pour soutenir l'interprétation de la reforme, que les conciles les plus vénérables et les plus saints, à cause qu'ils ont prononcé dès les premiers temps des anathèmes si authentiques et si marqués, portent un caractère de la bête; et je ne sais si saint Paul en sera exempt, puisque c'est de lui qu'on a appris ce grand Anathema sit^, que nul n'a jamais méprisé que les impies. Au surplus, la marque de la îîète, c'est à Dumoulin comme aux autres, la croix de Jésus-Christ, imprimée sur le front de ses fidèles par la Confirmation. La faculté qu'on reçoit du pape pour tendre et pour acheter^, regarde les bénéfices que le pape permet de vendre et d'acheter tant qu'on veut, encore qu'il n'y ail rien de plus anathématisé dans tout son empire. Le nombre d'homme qu'il faut trouver dans le nom du pape, n'est pas le nombre du nom d'un homme''; c'est c'est un nombre usité parmi les /lommes, comme s'il y en avait d'autres. Le nombre de six cents soixante-six, outre le mystère déjà connu du mot

1. Accomp.des Prop/i-, p. 216. — 2. Idem , cfiap. ni, p. 175. — 3. Ibid., chap. iv,/>. 182. — 4. Ibid., chap. iv, p. 18t. — 3. 1. Cor., XVI, 22. — 6. Apoc, xni , 17. — 7. Idem, xiii, 184, 238.

Lateinos, à compter depuis le temps de saint Jean, signifie encore l'année précise, à laquelle le pape a commencé à être proprement l'Antéchrist' : mystère inconnu à cet apôtre, qui ne s'avisa jamais de marquer par ce caractère la naissance de l'Antéchrist, ni de personne; mais seulement qui serait celui dont l'Eglise aurait à souffrir tout ce qu'il raconte. Je n'ose dire le mystère infâme que ce ministre a trouvé dans le nom de Rome^, à cause que dans Roma, si on en renverse les lettres, on trouve amor, ce qu'il appelle l'amour renversé. Au reste, nous avons vu^ comme ce hardi interprète n'épargne pas le texte de saint Jean , et l'artifice dont il s'est servi pour faire endurer plus que toutes les autres tètes , celle que cet apôtre fait durer le moins.

Voilà quel était le premier auteur de la prédiction de 1689; mais apparemment on voudra savoir comment il en est venu à un compte si précis. Il est aisé de l'entendre. C'est, en un mot, que tous les ministres ne songent qu'à trouver dans l'Ecriture de quoi abréger le temps des souffrances, et à précipiter l'empire de Rome. La nouvelle Église n'était pas fâchée d'avoir à vanter ses persécutions; cela n'était pas capable d'éblouir les simples : mais on y voulait voir bientôt une fin : cependant il fallait donner au pape douze cent soixante ans d'empire; autrement les jours prophétiques et tout le système protestant allait en poudre. Avec un si long empire, pour faire finir les persécutions, Dumoulin a trouvé un expédient; son petit-fils, M. Jurieu en invente un autre et il les faut expliquer tous deux.

60. Raisonnement de Dumoulin improuvé par M. Jurieu. — Selon le ministre Dumoulin , le règne du pape commence en l'an 755, à peu près dans le même temps que les empereurs d'Orient perdirent Rome\ Ce terme ne semble pas mal trouvé. Il est vrai que les dix rois qui signifiaient le démembrement de l'empire , n'y conviennent pas; ce démembrement avait précédé, il y avait plus de trois cents ans, comme M. Jurieu en est d'accord, et la date en est constante. Mais quoi, tout ne peut pas cadrer si juste dans un système fait à plaisir. Trouver aussi en ce temps, c'est-àdire, au temps de Pépin, dix royaumes qui fissent partie de l'empire du pape, Dumoulin l'espère si peu , qu'il en recule le temps d'autres trois cents ans bien comptés, et ne pose les dix royaumes qui devaient servir au papisme, qu'en l'an 1074, sous Grégoire VII, où, dit-il ^, la papauté s'est élevée au comble de la grandeur mondaine. Trois cents ans de plus ou de moins ne font rien à ces Messieurs; encore si à cela près tout allait bien : mais non. Je pourrais montrer, si je le voulais, autant de violence faite à l'histoire dans le temps de Grégoire VII, que dans les autres. Laissons tout cela et venons à la question curieuse, pourquoi, contre l'intérêt et les préjugés de la secte qui devait faire venir l'Antéchrist au milieu du débris de Rome , Dumoulin en a mis plus bas la naissance? C'est, en un mot, comme on l'a déjà touché, qu'il ne pouvait s'empêcher de respecter en quelque manière les siècles précédents.

1. Apoc, 260. —2. Idem, 361. — 3. Ci-dessus, n 18. — 4. Apoc, xiii, V. 147, 1S6, 21.5,240. —5. Idem, 2m.

AVERTlr^SEMKNT AUX PROTESTANTS

Gopendanl à commencer, selon Dumoulin , le règne de l'Anh-chrisl à Tan 755, et à le continuer douze oeni soixanieans.c'tMail |iousseroel empire jusqu'à l'an 0015. el laisser le peuple réformé quatre cent quatre ans dans loppression. A la vérité, elle était légère du temps que Dumoulin écrivait. Depuis le

' - le Fran<;ois H, la réforme persécutrice, plu-

. persécutée, était toujours prête à tirer l'épêe.ei à rappeler Tétranger : ses villes d'otage la raisaienl redouter ; ses assemblées générales étaient frétiuentes ; ses députés toujours plaintifs; et on avait lanl d'égards pour eux, qu'il était bien plus •ui de toucher à un protestant qu'à un prè-

;. ae dis rien qui ne soit connu , el cola passait

en proverbe parmi le peuple : mais parce que la réforrae ne dominait pas, elle se tenait pour opprimée ; et pour lui diminuer le temps de son allliclion, le ministre le lit venir en 89.

Son fondement était si léger, qu'on aurait peine à le croire. Il se fonde sur les trois jours el demi du onzième de l'Apocalypse, durant lesquels « les corps » des deux témoins demeurent gisants. dans la place'. £ette place, » dit Dumoulin-, « signilie l'E- » glise romaine ; et il est manifeste que saint Jean » par là met un temps durant lequel les trois jours » el demi sont la persécution de l'Eglise sous la liié- » rarchie romaine. » Passons cela ; trois jours el demi seront apparemment trois ans et demi , selon la glose des jours prophétiques ? Point du loul : trois ans et demi seront à ce coup six cent trente ans , et voici comment : « Trois jours el demi sont » la moitié d'une semaine ; ce qui nous donne à

• coDDaitrc que le Saint-Esprit comprend ici tout le

• temps de la domination de la bôlc par une se- » maine , et qu'il nous avertit que la persécution

• d': — \ 'i moitié du temps de cette domination. » I' . - : que sa domination doit durer douze cent » soixante ans, il s'ensuit que la hiérarchie romaine » d ■ -••cuter les fidèles six cent trente ans : » a; , . a, la résistance qu'il fera sera sans effu-

• sioQ de sang, parce qu'il sera affaibli. »

<" " -■', il lui est aisé de venir à seize cent qua,. — .i-ncuf. « Car, » poursuit-il , « je ne trouve » point que le siège romain ait persécuté et usé de » cruauté généralement envers ceux qui se .sont , opr. ..;.. . .-. (joctrine, que depuis Bérenger, que » !• is II contraignit à se dédire par force

• l'an 105'J de Jésus-Christ; et depuis cela, les , P~. . . • ijours persécuté ceux qui ont tenu la » rii Jie. Si donc à mille cinquante-neuf » ans TOUS ajoutez six cent trente ans, vous trouverez

■' »n de l'Eglise sous les papes, doit

Tool est faux visiblement dans ce discours : ce

l'Ecriture, ce qu'on y dit de l'his-

f'iix encore une fois. L'histoire de

•ution est insoutenable. S'il faut

'ion ja rundamnation de ceux

'•-C réelle, ce n'est point en

qu'on a commencé : ces hé-

que le roi Robert condamna au

' '•' ! l'avis do Hérenger, et il

■ les [tremicrs persécutés

ponrccUe fiorinnn. (jue Ri l'on a. honte d'appeler

la;

lO.iO, cl par i.

-7 iJumoutn.p.X,. — 3. Act. Con.

. Lah.. I. V. Var., i 17

persécution, le juste supplice de ces impies légitimement convaincus de manichéisme, il faut encore rayer les porscculions des Albigeois, également coiivaincus de même crime. Quant au temps de Bérenger, où le ministre établit une persécution générale, tout cela est faux : on voit bien des particuliers irrités de ces nouveautés, assemblés sans ordre contre lui; mais on ne voit, ni sang répandu, ni décret publié, ni persécution générale; on ne voit aucune marque de violence dans les conciles où cet hérésiarque se rétracta; il a confirmé, en mourant, sa rétractation; on le laissa dans le ministère d'archidiacre; on l'honora de la sépulture ecclésiastique. Hildebert, évèquc du Mans , mit sur son tombeau un éloge, que, ni cet évoque constamment zélé défenseur de la présence réelle n'aurait fait, ni SCS confrères n'auraient enduré après la condamnation solennelle de Bérenger, si on n'avait cru qu'il était permis d'honorer sa pénitence. C'en est assez pour faire voir la fausseté de l'Histoire des persécutions, comme Dumoulin l'a bâtie, et par conséquent l'inutilité de sa prédiction prétendue, puisqu'elle est toute fondée sur cette date. Mais il nous sera bien plus aisé de convaincre ce ministre d'avoir abusé trop visiblement de l'Ecriture et du texte de saint Jean. Pour en venir à son compte, il faut supposer deux choses : l'une, que tout le temps de la bète est une semaine. Mais où cela est-il écrit? Une semaine assurément se compte par sept; une semaine de jours sont sept jours; d'années, sont sept ans; de siècles, si l'on voulait pousser jusquelà, sont sept siècles, et sept cents ans complets : mais douze cent soixante jours, soit qu'on les prenne pour des jours réguliers, ou pour des années, comme le veulent les ministres, et Dumoulin même, ne feront jamais une semaine; au contraire, douze cent soixante jours sont, selon saint Jean, trois ans et demi , c'est-à-dire la juste moitié d'une semaine d'années , mais jamais la semaine entière; et douze cent soixante ans se réduisent encore moins au nombre de sept ; en sorte qu'on ne peut comprendre comment le ministre en a fait une semaine, puisque c'est visiblement choquer le bon sens, le texte de saint Jean , le style et l'analogie de toute l'Ecriture. La seconde chose qu'il faut supposer, c'est que la bête, qu'on fait si cruelle, ne persécute que la moitié de son temps , contre le texte formel, où il est porté, non pas qu'elle durera, mais qu'elle persécutera douze cent soixante jours, que la sainte cité sera foulée aux pieds autant de temps ', c'est-àdire, quarante-deux mois; et que les témoins prêcheront douze cent soixante jours dans le cilice, c'est-à-dire, selon Dumoulin lui-même^, avec beaucoup d'affliction : d'où ce même ministre conclut que l'oppression de l'Eglise dure tout ce temps, selon saint .lean. Quel fondement y a-t-il donc de la réduire à la moitié, si ce n'est qu'on veut llatler un peiiplc impatient d'une plus i)rompte délivrance? Mais, dit-on, la persécution doit durer trois jours et demi ; ce n'est pas ce que dit saint Jean : la persécution doit durer douze cent soixante jours, en quelque .sorte (pi'oii les veuille prendre. De ces douze cent soixante jours, il y en aura trois et demi que les témoins paraîtront tout à fait morts, voilà

I 1. Apoc, XI, XII, XIII. — 2, Iflan, p. SIT>. Explic.

SUR L'EXPLICATION DE L'xiPOCALYPSE.

ce que dit saint Jean. Mais voici ce que conclut Dumoulin : donc ces trois jours et demi composent six cent trente ans, et la moitié de douze cent soixante. Je n'entends plus rien à ce compte : douze cent soixante sont sept, et trois et demi sont six cent trente : une pareille absurdité n'était jamais montée jusqu'alors dans une tète humaine : aussi l'at-on rejetée jusque dans la famille de Dumoulin, et le ministre Jurieu, son petit-fils, a décidé en deux endroits, que son aïeul s'était Irompé * : Que prendre, comme il a fait, trois jours et demi pour six cent trente ans, est une chose qui n'a pas d'exemple dans aucune prophétie; que ses hypothèses se détruisent elles-mêmes ; que le fondement sur lequel il a bâti, est tout à fait destitué de solidité : de sorte que ce serait une rencontre tout à fait casuelle , si la chose arrivait, comme il l'a dit. Voilà, selon M. Jurieu, ce que c'est que l'explication qui donne par toute la terre de si grandes espérances aux protestants, qu'ils se regardent déjà comme les maîtres de la chrétienté.

Il est vrai que Dumoulin lui-même ne se donne pas pour un homme inspiré, et ne donne son explication que comme une conjecture-. N'importe, la conjecture d'un ministre de cette importance, quoique jetée en l'air au hasard contre le texte de saint Jean et toute l'analogie des Ecritures , et avec des fondements que M. Jurieu méprise lui-même, deviendra une prophétie, quand un peuple, qui veut se venger et vaincre, s'en enlclera : tant on se joue de l'Ecriture ! tant on écoute les hommes parmi ceux qui ne cessent de déclamer contre les inventions humaines !

61 . Commeyit M. Jurieu a tâché de revenir à Vinterprétation de son aïeul , après l'avoir méprisée. — Il y a une autre raison qui oblige M. Jurieu à rejeter l'exposition de son grand-père; c'est que ce bon homme s'est avisé de donner à chacune des sept fioles deux cent quatre-vingt-sept ans; de sorte qu'à les commencer, comme il fait , à l'origine du christianisme, elles mèneront les protestants jusqu'après l'an 2000; et au lieu de dominer, comme ils le prétendent, ils auraient encore à soufi"rir jusqu'à l'an 2015, c'est-à-dire, trois cent trente ans, n'y ayant aucune apparence, selon leurs principes, que le pape règne sans persécuter^. Ennuyé d'un si long délai, M. Jurieu a tranché plus court. A force de désirer, comme il le confesse, d'annoncer de bonnes nouvelles à ses frères, il a trouvé que leurs soulTrances et le règne de l'Antéchrist tiraient à leur fin''; et pour avancer la chute d'un règne qui l'importune, au mépris des anciens ministres et de Dumoulin , qui n'ont osé mettre l'Antéchrist dans saint Grégoire, celui-ci l'a fait remonter jusqu'à saint Léon.

Cependant, comme, selon sa supputation, le règne papal doit aller jusqu'à 1710 ou 1715, ce qui lui parait trop long pour ses réformés, et que l'hypothèse de Dumoulin, où la souffrance finit à 89, est plus favorable; quoiqu'il la méprise autant qu'on a vu, il n'en veut pas perdre le fruit; et il a mis à la tète de son Accomplissement des Prophéties, imprimé en 1686, que la persécution présente peut

1. Ace, 3. p., /). 71 ; 2. p., p. 185. — 2. Idem. — 3.Jur., Ace, l.p., p. 71; Dumoulin, Ace, p. 359. — 4. Jur , Ace, 2. p., p. 185.

finir dans trois ans et demi*, c'est-à-dire, comme disait son aïeul, en 89.

Ces termes, elle peut finir, empêchent de se tromper. Mais le ministre paraît encore plus tremblant dans le corps de son discours, où il parle ainsi ^ : Néanmoins, quoique Dumoulin ait bâti sur de si mauvais fondements , il n'est pas tout à fait hors d'apparence que la persécution ne puisse cesser en l'an 1689.

Pour cela il ne faut que présupposer que cette persécution est constamment la dernière; car les deux témoins sont morts, comme nous verrons^, et il ne leur reste plus qu'à ressusciter après trois jours et demi, c'est-à-dire, trois ans et demi. Au reste, le ministre avoue qu'il s'était bien trompé dans ses Préjugés légitimes'*, lorsqu'il avait mis cette mort des deux témoins dans tout le temps qui s'écoula depuis la totale ruine des Taborites, jusqu'à la prédication de Luther. Il était pourtant assez beau de voir ressusciter ces deux témoins en la personne de Luther et de Zuingle; et le ministre aurait persisté dans une idée si favorable aux réformateurs, si, depuis la publication des Préjugés, il n'était arrivé en France des choses qu'il était bon de trouver dans l'Apocalypse. C'est ce qui nous a produit dans le livre de l'Accomplissement des Prophéties, une nouvelle explication : mais voyons si elle sera plus heureuse que celle qu'on abandonne.

On veut que la mort des deux témoins , qui doit éteindre la véritable religioii durant trois ans et demi, soit certainement la persécution présente^. Ils mourront donc enfin ; et puisque nous sommes à la fin de leur témoignage, et de la persécution antichrétienne, la véritable religion, c'est-à-dire, toute la réforme, va être éteinte. Non, le ministre a trouvé un expédient pour ne la faire mourir qu'en France. Ce sera là seulement que la bête tuera les deu^ témoins, et leurs corps seront gisants, non pas sur les places de la grande cité, mais sur la place, au singulier, qui est la France. Mais, poursuit le ministre", s'ils y sont tués, ils n'y seront pas eyisevelis; et Dieu, dans la France même, se conserve/a des fidèles qui empêcheront que les deux témoins ne soient ensevelis, et que la vérité ne périsse tout à fait. Ce n'est donc pas périr tout à fait que de mourir, en sorte qu'il ne reste plus qu'à être enterré? Nouvelle invention : mais elle va bientôt disparaître. Suivons'^ : « Tous les Etats où la réfor- » mation est la religion dominante , ne souffriront » pas de cette dernière persécution. Il y a longtemps » que ces Etats n'appartiennent plus à la bête; la » persécution ne se doit faire que dans l'étendue de » l'empire du papisme, où il est dominant; » les deux témoins « ne seront tués qu'où ils prophéti- » salent revêtus de sacs , » c'est-à-dire, dans la persécution et sous la croix. Quoi donc, ces pays heureux où la réforme domine, ne sont plus au nombre de ces deux témoins qui soutiennent la vérité persécutée? Il le faut bien, car autrement la nouvelle interprétation ne subsisterait plus. Mais enfin, eston du moins bien assuré que tous les pays , sans exception, où la réforme domine, n'auront point de persécution à souffrir? Pas trop. Dans le livre de

1. Tit)-e de VAcc. — 2. Acc, 2. p., p. 185. — 3. Idem, 184, 185 etsuiv. — 4. Préj., l.p.. chap. v, p. 97, 98. — 5. Acc. ,2. p., p. 185. — 6. Idem., ch. x, 175, 176, 200, 205; Ibid., 179. — 7. Ibid., 173, etc.

AVERTISSEMENT AUX PPxOTESTANTS

V Accomplissement des Prophéties\ rauteur aoulail encore un peu de l'Angleterre; et peut-être qu'i\ présent , que ses lumiiM-es sont auginonloes . il en parlera plus certainement. Sans iloute il devinera que l'Angleterre ne devait pastMre persécutée, mais persécutrice, eu conunonçant ses persécutions par son n>i , el le privant «le son tronc , après l'avoir reconnu et couronné unanimement , et lui avoir juré en particulier el en corps la fidélité qu'on a jurée à ses augustes prédécesseurs; voilà le bel endroit de la prophétie et de la réforme.

Pour la tin de la persécution , comme constaniment . selon l'auteur, elle ne doit durer que trois ans et demi, il y aurait vu clair dès lors, n'était qu'il ne sait pas bien s'il faut compter les trois ans et demi, depuis la suppression de l'édil de Nantes, ou bien à quelques autres termes-. Quoi donc, il n'est pas bien assuré que les deux témoins soient morts en France? Pour moi, conmic l'auteur en avait parlé, je les aurais cru tout à fait morts, puisqu'il ne leur manquait plus que la sépulture; mais l'auteur s'est réservé de nous dire en un autre temps s'ils sont morts ou non : « Dieu, s'il veut , • peut compter les trois ans et demi de la mort des » témoins , depuis la révocation de l'édit de Nantes, . faite en 1685 au mois d'octobre; mais que Dieu » le veuille ainsi, nous n'en avons aucune certi- » lude*. • Il a raison, et il fait très-bien de se réserver à compter comme il lui plaira : c'est de même que s'il disait : Nous saurons bien ajuster les choses , et faire croire tout ce que nous voudrons à un peuple, qui, en se vantant de tout voir par luimême , nous en croit aveuglément en tout et partout , mais toujours et à coup sûr, sur les prophéties.

r. --- ' nt, s'il arrive quelque chose de ce qu'on ava. rdé dan? ses prédictions, on se donne

hardiment un air de prophète. Ecoutons comme, le •• triomphe de ce qu'aujourd'hui toute l'Eu- : , inble conjurée contre la Erancc sa patrie'*. Permettez-moi , mes frères , de vous faire ressouvenir que ce fut prérisf'ment notre conjecture, il y a plus de trois ans , quand nous expliquions ces paroles du onzième chapitre de l'Apocalypse : ceux des tribus, langues et nations ne permettront pas que leurs corps morts soient mis au sépulcre... Il y a apparence, dision.s-nous, que toute l'Europe contribuera à empêcher que la France ne- xieiine à .bout de $fm dessein d'extirper la térilt'. Ne fallait-il pas être un grand jirofihète pour itrévoir f|ue la jalousie élevée depuis si longtemps contre un 'I a relevé par tant d'avantages, -.. . , .. -antes ligues, cl que la réforme il do s'en prévaloir? M, Jurieu a prévu tout *.'\Àpr (lin nouveau Jérérnie qui a

•MX .«ecs, les maux dont ses : l'-ent son pays, (is indignation cette horrible pro- 'm Saint-Esprit, et l'audace de :': , aussi bien que fie l'avenir quR l)ic» «0 re.Hene, et de la simplicité des peuple», ']'■' - ■• '- '• •- • .,'. ;,„j illusions de son rji-ur. . . funestes dispositions,

t'A tourner en bien le mauvais présage : il y a même

1 Aet.. t. p -4. h

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p. 17.-». 17» - r. p IW, IM. 3 j^cc , 2. P;

sujet d'espérer qu'il ne permet cet esprit de vertige dans les docteurs de la réforme, que pour enfin ramener ceux qui sont trompés de bonne foi. Pour ceux (jui s'endurciront contre la vérité manifeste , il n'y a pour les tromper qu'à les llalter dans leurs espérances, cl à faire un peu l'homme inspiré. Que M. Jurieu ne s'emporte pas, si je dis ici qu'il n'en joue pas mal le personnage, principalement à l'endroit où il parle ainsi' : Je puis dire que je ne me suis pas applique à l'étude des prophéties par choix ET AVEC LIBERTÉ; je m'y suis senti poussé par une espèce de violence , a laquelle je n'ai pu résister. Ce transport d'un homme entraîné avec une force invincible , sans liberté et sans choix , si ce n'est pas une fiction , ou c'est le transport d'une imagination échauiïce et une illusion de fanatique ; ou c'est une impression du malin esprit, ou c'est un coup de la main de Dieu; après quoi il ne reste plus qu'à dire tout ouvertement avec les prophètes : La main de Dieu a été faite sur moi. Déjà on ne doute plus dans le parti que le ministre Jurieu ne soit inspiré : ce n'est aussi qu'après avoir frappé deux, trois, quatre , cinq et six fois avec une attention religieuse et une profonde humilité, qu'il croit que la porte s'est ouverte^. Enfin , c'est le Daniel de toute la réforme; c'en est l'homme de désirs : déjà on frappe en Hollande , et on répand dans toute l'Europe des médailles où paraît sa tète. Il y en a de deux sortes ; la première , à la vérité , est équivoque : on voit d'un côté le puits de l'abîme ouvert avec toute l'épaisse fumée qui s'élève contre le ciel de cette fournaise infernale; et de l'autre, on voit paraître M. Jurieu comme si c'était lui qui vînt de l'ouvrir. Là on ne lui donne que ses qualités de ministre et de professeur en théologie : mais dans la seconde , on s'explique mieux : c'est d'un côté la bète de l'Apocalypse ; et de l'autre , M. Jurieu comme son vainqueur, avec cette inscription , qui fera l'élonnement de la postérité , et après laquelle aussi je n'ai rien à dire : Petrus Jurieu prophela.

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