‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 230 sur 851 · Exod., XXI. 4. - 2. Mnllh · texte numérisé non relu

Exod., XXI. 4. - 2. Mnllh

39, et seq. — :i. Llem, v.

cordial, ni plus véritable, que ce qu'on présente à celui qui voit tout jusqu'au fond du cœur.

XVIIIe JOUR.

Etendue de la perfection chrétienne. (Matth., v. 46, 47, 48.)

ExAMiNEz-vous sur ces trois degrés : aimer, faire du bien, prier. « Qu'est-ce qu'aimer ceux qui vous aiment? Les publicains le font bien. Qu'est-ce que saluer ceux qui vous saluent? Les païens le font bien. » Ce n'est pas pour rien qu'on vous propose un héritage éternel , et une immuable félicité : ce n'est pas pour vous laisser demeurer à l'égal, ou même au-dessous des païens. Dites-vous la même chose , ô chrétiens ! dans tout le reste de votre conduite? Quelle récompense méritez-vous, femmes chrétiennes, si vous méprisez les vaines parures? Les païennes l'ont bien fait. Quelle sera votre gloire , si vous méprisez les richesses? Les philosophes l'on bien fait. Dites-vous la même chose sur la chasteté; les vestales l'ont bien gardée : sur la cordialité; les païens, les sages du monde en ont fait gloire. Portez donc plus haut vos pensées, et soyez parfaits*. Mais comme qui? Comme les philosophes, comme les païens, comme les Juifs, ou comme les pharisiens, et les docteurs de la loi, qui étaient les plus parfaits d'entre les Juifs? Non : Jésus-Christ vous a dit, que « vous n'aurez point de part à son royaume, si votre justice ne surpasse la leur^. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait^. » Et comme vous ne pouvez jamais l'égaler, croissez toujours pour vous approcher de celte perfection. L'entreprise est grande; mais le secours est égal au travail : Dieu qui vous appelle si haut, vous tend la main : son fils , qui lui est égal, descend à vous pour vous porter. Dites donc avec saint Paul : Courage , mon âme : Je puis tout avec celui qui me fortifie •^ .

0 chrétien t qui es si loin de la perfection de ton état , quand commenceras-tu à surmonter la nonchalance ?

Que chacun se dise à soi-même dans le fond du cœur : Gà, je veux apprendre à être chrétien. Arrêtez-vous partout à ces mots : On a dit aux anciens : et moi je vous dis. Qui est celui qui nous a donné cette loi nouvelle? Jésus-Christ, le Fils de Dieu en personne , la lumière et la vérité éternelle, le maître qui nous est envoyé du ciel pour nous enseigner; mais en même temps le Sauveur qui nous aide, et qui, comme on vient de voir, mesure ses grâces au travail qu'il nous impose. Disons donc avec saint PauU. « Si la loi qui a été donnée aux anciens Juifs par le ministère des anges, est demeurée ferme; et que toute transgression cl désobéissance contre celle loi aient reçu un juste châliment; comment l'éviterons-nous, si nous négligeons une doctrine aussi salutaire que celle qui nous esl enseignée par Jésus-Christ , qui , ayant pris son commencement par l'explication qu'il en a faite lui-môme, nous a été confirmée par ceux qui l'ont ouïe de sa propre bouche : Dieu y rendant témoignage par tant de signes, par tant de miracles, par tant de prodiges : et enfin par l'eH'usion manifeste de son Saint-Esprit? » Et encore avec le même saint Paul» : « Si, lorsqu'on avait violé la loi de Moïse, »

1. Malth., V. 48. — 2. Idem, 20. — 3. Ihid., 48. — 4. Philip., IV. 13. — 5. ]l.'b., u. 2, 3. 4. — G. Idem, x. 28, 29, 30, 31.

MEDITATIONS SUR L'KVANGILE.

qui n'élait que le serviteur, « on périssait, sans miséricorde, sur la déposition de deux ou trois témoins . quel supplice mériteront ceux qui ont foulé aux pieds le Fils de Dieu ; qui ont tenu pour profane le sang de l'alliance par lequel ils ont été sanclitiés, et qui auront fait outrage à l'esprit de la grâce '? Car nous savons combien puissant est celui qui dit : A moi appartient la vengeance , et je la saurai bien faire. Et encore : Le Seigneur jugera son peuple. Il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. »

XIXe JOUR.

Rechutes (Luc. xi. 21. 2G; S. Paul, Hebr., vi. 4, 9; II. Pelr., II. 20, 21, 22.)

Pour nous atïermir contre les rechutes, appuyons sur ce qui est dit dans saint Luc du fort armé*.

Le fort armé, c'est le démon. Considérez ces paroles : Ce qu'il possède est en paix. Songez à la malheureuse paix dont jouissent les pécheurs. La conscience assoupie, on se voit périr de sang-froid, et sans s'émouvoir : les sens nous eachantent, et le démon règne tranquillement. Jésus-Christ a chassé ce fort armé , quand il a ébranlé ce cœur endurci , et qu'on a fait pénitence. Mais ce n'est pas tout, et il ne quitte pas prise : il revient avec sept démons plus méchants que lui. Pesez tout : ces esprits immondes souillent de nouveau la maison que la pénitence a nettoyée, et ils y établissent leur demeure : « Et le dernier état de cet homme est pire que le premier-. » Si toujours à chaque rechute, l'état devient pire, si le joug du démon s'aggrave, si l'on s'enfonce de plus en plus dans le mal , si les forces diminuent sans cesse, oîi en sera-t-on à la fin, et comment sortir de cet abime? Dieu peut nous en tirer; je le sais : mais s'il n'y a rien à désespérer, tout est à craindre.

Il est impossible à l'homme, dit saint PauP, selon le cours ordinaire des choses humaines, et il n'y a que Dieu qui le puisse faire par un eiïort, pour ainsi parler, de sa toute-puissance : « Il est impossible, " dis-je, « que ceux qui ont une fois été illuminés par la grâce du baptême; qui ont goûté le don céleste, et ont été faits participants du Saint- Esprit, et qui ensuite sont déchus, soient renouvelés. » Si saint Paul parle ainsi de ceux qui ont violé la sainteté du baptême, que doivent craindre ceux qui ont ajouté à celle profanation, celle de la pénitence, si souvent réitérée, et si souvent méprisée? " La terre qui boit souvent la pluie qui tombe ■sur elle, et qui ne produit que des épines et des chardons, est à la veiUc d'être maudite, et enfin on y met le feu*. »

Il n'y a rien à expliquer ici : les paroles sont assez claires, cl il n'y a qu'à les méditer les unes apr^s les autres avec attention. Après que ces paroles vous auront rempli de frayeur, relevez voire espérance par les suivantes; et croyez que toute l'Eglise vous dit avec saint Paul : » Nous espérons de vous de meilleures choses^. »

Après avoir ouï saint Paul, écoutons encore saint Pierre* : « Il vaudrait mieux n'avoir pas connu le chemin de la justice , que de retourner en arrière : comme un chien qui ravale ce qu'il a vomi; el

1. Lue, XI. 21. el «-■//. - j. Mem, 20. — 3. IfeO., vi i et iv. — 4. f'iem, 7, H. - .1. Ihid ,'.). - (S. II. Pel.,u. 21 , ti.

comme un pourceau qui se vautre de nouveau dans la boue. » Cela fait horreur seulement à entendre; cl ces expressions soulèvent le cœur : mais la chose est bien plus horrible, et ce qu'on voit faire à ces animaux est au-dessous de ce qui arrive au pénitent qui retombe.

XXe JOUR.

Vaine gloire dans les bonnes œxivres. (Mattli., vi, 1, 4.)

Après avoir porté la justice chrétienne au degré de perfection qu'on vient de voir, et jusqu'à nous donner pour modèle la perfection de Dieu même, Jésus-Christ voit que l'homme enclin à la vanité, voudrait tirer de la gloire des pratiques extérieures d'une justice si parfaite; et c'est ce qui donne lieu à ce précepte * : « Prenez garde à ne pas faire votre justice devant les hommes, pour en être regardé. » Il ne défend pas de pratiquer la justice chrétienne on toute rencontre pour édifier le prochain; au contraire, il a dit : « Que voire lumière luise devant les hommes , afin que votre Père céleste soit glorifié » dans vos bonnes œuvres : mais « Prenez garde de ne les pas faire pour être regardé des hommes : autrement vous perdez votre récompense^. « Demandez-la aux hommes pour qui vous agissez : mais n'attendez de Dieu que la punition qu'il a réservée aux hypocrites.

Toutes les fois qu'on vous loue, craignez celle parole du Sauveur: « En vérité, je vous le dis, vous avez reçu votre récompense^. » Parole si importante, que Jésus-Christ la répèle à chaque ac lion qu'il marque en particulier dans ce chapitre.

Souvenez-vous de ce qu'il a dit du mauvais riche : « Il a reçu ses biens en cette vie. » Et ailleurs dans la parabole du festin : « On vous a rendu ce qu'on a reçu de vous '*. «

Heureux donc ceux dont « la vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ, » comme dit saint Paul^; que le monde ne connaît pas; qui vivent dans le secret de Dieu; qui se contentent de ses yeuxl car quelle erreur et quelle folie de ne se pas contenter d'un tel spectateur? « Ils sont comme inconnus, » dit le môme saint Paul" : car ils ne sont point dans les vains discours des hommes : « Mais ils sont connus : » Dieu les regarde d'autant plus, que personne ne songe à eux, et qu'ils sont comme n'étant pas sur la terre. Heureux! heureux! « Si je plaisais encore aux hommes, » dit saint PauF, «je ne serais pas serviteur de Jésus-Christ. »

Il faut bien prendre garde ici à une certaine nonchalance, qui fait négliger les actions du dehors qui édifient le i)rochain. On dit : Que m'importe de ce qu'il pense? Comme qui dirait : Que m'importe de le scandaliser? A Dieu ne plaise. Dans les actions du dehors édifiez le prochain, et que tout soit réglé en vous jusqu'à un clin d'œil; mais que tout cela se fasse naturellement et simplement; et que la gloire en retourne à Dieu.

Gardez-vous bien aussi de vous contenter de vous régler à l'extérieur : il faut à Dieu son spectacle; c'esl-à-dire , dans le secret, un cœur qui le cherche.

« Que votre gauche ne sache pas ce que fait la

1. Matth., VI. 1, ':C seq. -- 2. Iiiem, v. 16. — 3. Ihid.,vi. 2, 5- — 4. Luc, XVI. 25; xiv. 12. — 5. Col., m. '■'.. —0. II. Cor., vi. s. - 7. Oal., I. 20,

SERMON DE NOTRE SEIGNEUR SUR LA MONTAGNE

droite'. » Cachez votre aumône à vos plus intimes amis : « Cachez-la dans le sein du pauvre, » dit le Sage^; que le pauvre même, s'il se peut, ne vous connaisse point. Il faudrait, s'il se pouvait, vous pouvoir cacher à vous-même le hien que vous faites : cachez-en du moins le mérite à vos yeux : croyez toujours que vous faites peu, que vous ne faites rien, que vous êtes un serviteur inutile : craignez toujours, dans vos bonnes œuvres, que votre intention ne soit pas assez pure, assez dégagée des vues du monde : laissez connaître à Dieu seul le mérite de vos actions : faites bien sans retour sur vousmême : occupez-vous tellement de la bonne œuvre en elle-même, que vous ne songiez jamais à ce qui vous en reviendra : laissez tout au jugement de Dieu; ainsi il vous verra seul : vous vous cacherez à vous-même.

« Ne sonnez pas de la trompette devant vous 3, » comme ceux qui parlent sans cesse de ce qu'ils font et de ce qu'ils disent. Ils sont eux-mêmes leur trompette , tant ils craignent de n'être pas vus.

XXIe JOUR.

Prière, et présence de Dieu dans le secret. (Matth., VI. 5, 6, 7, 8.)

« Entrez dans votre cabinet , •) dans le plus intime de la maison; mais entrez dans le plus intime de votre cœur. Soyez dans un parfait recueillement : « Fermez la porte sur vous; » fermez tous vos sens : ne donnez accès à aucune pensée étrangère. « Priez en secret : » épanchez votre cœur devant Dieu seul : qu'il soit le dépositaire de vos secrètes peines.

« Ne parlez pas beaucoup. » Il n'est pas ici question d'apprendre à Dieu par un long discours vos besoins secrets : « Il sait tout avant que vous parliez. » Dites intérieurement ce qui peut vous profiter à vous-même, vous exciter, vous recueillir en Dieu. Les prières des païens qui ne connaissaient pas Dieu , ne sont qu'une surabondance de paroles inconsidérées. Parlez peu de la bouche et beaucoup du cœur. Ne multipliez pas vos pensées : car c'est ainsi qu'on s'étourdit, et qu'on se dissipe soi-même. Arrêtez vos regards sur quelque importante vérité qui aura saisi votre esprit et votre cœur. Considérez , pesez, goûtez, ruminez, jouissez. La vérité est le pain de l'âme. Il ne faut pas engloutir d'abord, pour ainsi parler, chaque morceau : il ne faut pas sans cesse passer d'une pensée à une autre, d'une vérité à une autre , tenez-en une : serrez-la jusqu'à vous l'incorporer : attachez-y votre cœur plutôt que votre esprit : tirez-en, pour ainsi parler, tout le suc à force de la presser par votre attention.

« Dieu vous voit dans le secret. » Songez qu'il vous voit jusque dans le fond, infiniment plus que vous-même. Faites un acte de foi simple et vif sur sa présence. Ame chrétienne, mettez-vous sous ses yeux tout entière. Il est intime , il est présent : car il donne l'être et le mouvement à tout. Ne vous arrêtez pas néanmoins à cette présence, dont toutes les créatures animées et inanimées sont également capables. Croyez par une foi vive qu'il vous est présent, comme vous donnant au dedans toutes les bonnes pensées , comme tenant en sa main la source d'où elles sortent : et non-seulement les bonnes pensées , mais encore les bons désirs , les

1. Multh., VI. 3, 4. — 2. Eccli., xxix. 15. — 3. Matth., vi. 2.

bonnes résolutions et toutes les bonnes volontés, depuis le premier principe qui les fait naître jusqu'à la dernière perfection. Croyez encore qu'il est dans les justes, et qu'il y fait sa demeure, selon cette parole du Seigneur : « Nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure en lui'. » Il y est d'une manière stable et permanente : il y établit sa demeure. Souhaitez qu'il soit en vous de cette sorte : olTrezlui voire intérieur, afin qu'il y soit et qu'il en fasse son temple. Sortez quelquefois de vous-même, et avec la même foi qui vous le fait voir dans vousmême, regardez-le dans le ciel, où il se manifeste à ses bien-aimés. C'est là qu'il vous attend. Courez, volez , rompez vos liens , rompez toutes ces attaches qui vous lient à la chair et au sang. 0 Dieu , quand vous verrai-je? Quand aurai-je ce cœur pur, qui fait qu'on vous toit en soi-même, hors de soimême, partout? 0 lumière qui éclairez tout ! ô vie qui animez tout ! ô vérité qui nourrissez tout ! o bien qui rassasiez tout ! ô amour qui unissez tout ! Je vous loue, mon Père céleste, qui me voyez dans le secret.

XXIIe JOUR.

Oraison dominicale : Notre Père. (Matth., vi. 9.)

Regardez dans toutes les demandes, un exercice d'amour.

Notre Père : Dès ce premier mot de l'Oraison dominicale , le cœur se fond en amour. Dieu veut être notre Père par une adoption particulière. Il a un Fils unique qui lui est égal , en qui il a mis sa complaisance : il adopte les pécheurs. Les hommes n'adoptent des enfants que lorsqu'ils n'en ont point : Dieu qui avait un tel Fils nous adopte encore. L'adoption est un effet de l'amour; car on choisit celui qu'on adopte : la nature donne les autres enfants : l'amour seul fait les adoptifs. Dieu qui aime son Fils unique de tout son amour, et jusqu'à l'infini, étend sur nous l'amour qu'il a pour lui. C'est ce que dit Jésus-Christ dans cette admirable prière qu'il fait à son Père pour nous : « Que l'amour dont vous m'aimez soit en eux, et moi je suis en eux^. » Aimons donc un tel Père. Disons mille et mille fois : notre Père, notre Père, notre Père, ne vous aimeronsnous jamais? Ne serons-nous jamais devrais enfants pénétrés de vos tendresses paternelles?

Encore une fois, notre Père. Qu'est-ce qui nous fait dire, notre Père^ Apprenons-le de saint PauP : « Parce que vous êtes enfants, Dieu envoie en vous l'esprit de son Fils, qui crie en vous : Père, Père. » C'est donc le Saint-Esprit qui est en nous : c'est lui qui forme en nous ce cri intime de notre cœur, par lequel nous invoquons Dieu, comme un Père toujours prêt à nous entendre.

Le même saint Paul dit ailleurs* : « Ceux qui sont mus, qui sont conduits par l'esprit de Dieu, sont les enfants de Dieu..., et » Dieu nous envoie « l'esprit d'adoption , par lequel nous crions : Père , Père. » C'est donc encore une fois le Saint-Esprit qui nous donne ce cri filial, par lequel nous recourons à Dieu comme à notre Père.

Pourquoi l'appelle-t-il cri? Un grand besoin fait crier. Un enfant ne crie que lorsqu'il souffre ou qu'il a besoin. Mais à qui est-ce qu'il crie dans son

1. Joau.,\i\'. 23. — 2. Idom, xvii. 2(j. — 3. Gnl., iv. 0. -. 4. Rom., VIII. 14, 1.").

MEDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

besoin : sinon à son père , à sa more , à sa nourrice, à tous ceux clans qui la nature lui fait sentir quelque chose de paternel ? Crions donc, car nos besoins sont extrêmes. Nous défaillons, le péché nous iragne, le plaisir des sens nous entraine. Crions, nous n'en pouvons plus, mais crions à notre Père. Qu'est-ce qui nous porte à crier? Le Saint-Esprit, le Dieu amour, l'amour du Père et du Fils : « Celui qui répand l'amour dans nos cœurs'. » Crions, crions donc avec ardeur, et que tous nos os crient : 0 Dieu , vous êtes noire Père !

t Abraham » et les autres Pères , dont nous venons selon la chair, « nous ont ignorés; et Israël ne nous a pas connus. Mais vous, 0 Dieu, notre vrai Père, » vous nous connaissez; et c'est vous qui nous envoyez du sein intime de votre cœur, et de la source intlnie qui est votre amour, cet esprit qui nous fait crier à vous comme à notre Père.

( Cet esprit, » ajoute saint Paul-, « rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » 0 Dieu, qui entendra ce témoignage du Saint-Esprit, qui nous dit intérieurement que nous sommes enfants de Dieu? Quelle voix, lorsque dans la paix dune bonne conscience, et d'un cœur qui n'a rien à se reprocher qui le sépare de Dieu; je ne sais quoi nous dit secrètement , et dans l'intime silence de notre cœur : Dieu est ton Père : tu es son enfant! Passons : cette voix est trop intime : trop peu de personnes l'entendent : Passons : une autre fois nous l'entendrons mieux : il faut être plus affermi, plus enraciné dans le bien. Le Saint-Esprit ne rend pas à tous ce témoignage secret. Quant à lui, il voudrait le rendre à tous; mais tous n'en sont pas dignes. 0 Dieu, faites-nous-en dignes! C'est bien fait de le demander à Dieu; car en effet c'est lui qui le donne : mais il nous répond : Agis avec moi , travaille de ton côté, ouvre-moi ton cœur, fais taire les créatures, dis-moi souvent dans le secret : Notre Père, notre Père.

XXIIIe JOUR.

So(re Père, qui êtes aux deux. (Mattli., vi. 9.)

Encore un coup : Xrjtre Père : mais ajoutons à celte fois : Xolre Père qui êtes dans les deux. Vous êtes partout; mais vous êtes dans les cieux comme dans le lieu où vous rassemblez vos enfants, où vous vous montrez à eux , où vous leur manifestez votre gloire, où vous leur avez assigné leur héritage.

Saint Paul nous disait' : « L'Esprit rend témoignage à notre esprit , que nous sommes enfants de Dieu. » Mais écoulons ce qu'il ajoute : « Que si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers. » Ce n'est pas tout : concevons le comble de notre bonheur : « Héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus- Christ, » nous aurons le même héritage, le môme royaume : nous serons assis dans son trùne : nous aurons part à sa gloire , nous serons heureux en lui, par lui, avec lui; cl c'est pourquoi nous crions : Notre Père qui êtes dans les cieux, afin de bien concevoir où il nous appelle.

Aimons celui qui nous fait ses héritiers, et les cohéritiers de son cher Fils Jésus-Christ. Qui pourrail ne l'aimer pas? Qui pourrait ne pas désirer ce bel héritage? Il n'esl donné qu'à ceux qui l'aiment. Notre héritage, c'est Dieu même : il est notre bien :

1. Rom., V. 5. - 2. J'Um, viii. 10. — 3. lOOl., viii. 10, 17.

il est lui seul notre récompense. Je suis , dit-il', ton protecteur et ta trop grande recompense. Trop grande pour tes mérites, mais proportionnée à l'immense bonté de ton Dieu.

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