Act., IV. 16. — 2. Joini., xi. '>0, 53; xii
des Juifs. Celui des impies et des hérétiques est à peu près de même genre : les secrètes dispositions de tous ces gens-là, devaient être découvertes. C'est que l'effort qu'il faut faire contre ses sens et contre soi-même, pour se donner tout entier à la vérité et à Dieu, est si grand, que plutôt que de le faire, ils aiment mieux étouffer la grâce et l'inspiration qui les y porte , et s'aveugler eux-mêmes.
Nous sommes aussi de ceux pour qui Jésus-Christ est un signe de contradiction; et une de ces pensées du cœur humain, que Jésus-Christ venu au monde devait découvrir, c'est la prodigieuse insensibilité de ceux qui, élevés dans la foi, et au miheu des lumières, préfèrent encore leurs sens et les plaisirs qui les enchantent, à la vérité qui luit dans leur cœur; et ne craignent pas de vivre comme les impies et les infidèles.
Vile JOUR.
Fausse et aveugle politique des Juifs dans la mort de Jésus-Christ, figure de la politique du siècle. (Joan., xi. 48, et suiv.)
» Les Romains viendront, et ils détruiront notre ville, notre temple et toute notre nation*. » C"est le prétexte dont ils couvraient leur intérêt caché et leur ambition. Le bien public impose aux hommes; et peut-être que les pontifes et les pharisiens en étaient véritablement touchés; car la politique mal entendue est le moyen le plus sûr pour jeter les hommes dans l'aveuglement, et les faire résister à Dieu.
On voit ici tous les caractères de la fausse politique , et une imitation de la bonne , mais à contresens.
La véritable politique est prévoyante,' et par là se montre sage. Ceux-ci font aussi les sages et les prévoyants : « Les Romains viendront. » Ils viendront, il est vrai, non pas comme vous le pensez, parce qu'on aura reconnu le Sauveur; mais au contraire, parce qu'on aura manqué de le reconnaître. « La nation périra : » vous l'avez bien prévu; elle périra en effet; mais ce sera par les moyens dont vous prétendiez vous servir pour la sauver : tant est aveugle votre politique et votre prévoyance.
La politique est habile et capable : ceux-ci font les capables. Voyez avec quel air de capacité Caïphe disait :« Vous n'y entendez rien, » Il n'y entendait rien lui-même. « Il faut qu'un homme meure pour le peuple 2 ; » il disait vrai; mais c'était d'une autre façon qu'il ne l'entendait.
La politique sacrifie le bien particulier au bien public : et cela est juste jusqu'à un certain point. « Il faut qu'un homme meure pour le peuple : » il entendait qu'on pouvait condamner un innocent au dernier supplice, sous prétexte du bien public : ce qui n'est jamais permis. Car au contraire le sang innocent crie vengeance contre ceux qui le répandent.
La grande habilité des politiques, c'est de donner de beaux prétextes à leurs mauvais desseins. Il n'y a point de prétexte plus spécieux que le bien public, que les pontifes et leurs adhérents font semblant de se proposer. Mais Dieu les confondit; et leur {)olilique ruina le temple, la ville, la nation qu'ils faisaient semblant de vouloir sauver. El Jésus- Christ leur dit à eux-mêmes : Vos maisons seront
l. Joan., XI. 43. -- 2. Idem, xi. 49, 50.
MKDITATIONS SUll L'ÉVANGILE.
abandonnées, vous et vos enfants porteront votre iniquité': et tout périra par les Romains que vous faites semblant de vouloir ménager.
Sans être dans les allaires publiques , chacun peut ici considérer ce que c'est que la fausse prutlence, ou la prudence de la chair : ses arlilices pour cacher aux autres, et souvent à elle-même ses mauvais desseins : les vains prétextes dont elle se sert pour cela : sa présonqiliou à faire riiabile, pendant qu'en effet elle est dans la souveraine ignorance : ses fausses maximes pour décider de ce qu'on appelle cas de conscience, et l'abus qu'elle fait des bonnes : l'abus qu'elle fait aussi de son autorité , lorsqu'elle en a; et même quelquefois de la grâce de son ministère, comme lit Caïphc de la prophétie-, en quelque sorte annexée au pontificat, comme saint Jean le remarque. Tout cela peut découvrir à chacun les fautes qu'il fait dans la conduite de sa famille, de sa communauté , de soi-même en particulier : comme on s'entête du bien des communautés à qui souvent on sacritie des particuliers innocents. Encore croit-on rendre service à Dieu; comme Jésus-Christ le dit distinctement des pontifes', et des autres ennemis de la vérité.
Pour venir à quelque chose de plus tendre, unissez-vous en esprit à « tous ces enfants de Dieu dispersés par tout l'univers, » que la mort du Sauveur devait « recueillir^ »
Le t. 53 nous fait voir le résultat du conseil, et la mort du Fils de Dieu résolue : ce qui l'obligea à se cacher jusqu'au temps qu'il avait résolu.
Cependant la pàque approchait, vers le temps de laquelle il devait mourir. Tout se préparait à celle pàque, et en même temps à la mort du Sauveur : puisque déjà l'ordre était donné à tous ceux qui sauraient où il était, de le déclarer, afin qu'on le prit.
Demeurez en attente de ce qui doit arriver à Jésus. Et en voyant comment on venait plusieurs jours devant la pàque pour s'y disposer, considérez la disposition que vous devez apporter à la pàque véritable, qui est la communion.
Ville .JOUR.
Profusion des parfums sur la têle et les pieds de Jésus, en différents temps (Joan., xii. 1, 12).
Comme le temps approchait , Jésus sort de sa retraite autour d'Ephrem^, et revient à Bclhanic , c'est-à-dire, comme on a vu , aux porlesdc Jérusalem , six jours devant Pâques.
Ce qui s'y passa d'abord de plus remarquable, ful'un festin, où Lazare était à table avec lui dans sa maison. Marthe gardait son caractère, et servait. Marie aussi, pour garder le sien, se mit scion sa coutume « aux pieds de Jésus , qu'elle oignit d'un parfum exquis, et les essuya de ses cheveux''. » Il est arrivé trois fois au Sauveur d'être oint par de pieuses femmes. Ce qui paraît non-seulement dans .saint Jean, comme nous venons de le voir, mais encore dans saint Luc, ch. vu, 37, et suiv.; dans saint Matthieu , ch. xxvi, 0, et suiv., et dans saint Marc , ch. XIV, 3, et Kuir.
En .saint Luc la femme n'est pas nommée : et il parait seulement que c'était une pécheresse péni-
I. M'itth., xxiif. ,%; Liic., XIX. «,4J; xxr. 20, 2.3, 2i. — 2. Jtyin., XI. ."il. — 3. t'Um, xvi. 2— 4. Ihid., xr. 52 ei n,-<i — . Ihid., XI. ."•>» — P, l'.i't., XII. 3. '
lente. Ses larmes, dont elle arrosait les pieds de Jésus, sont le caractère de sa pénitence; et Jôsus- Chrisl lui ayant donné expressément la rémission de ses péchés, confirme ce caractère. C'en est aussi une belle confirmation, d'avoir expliqué comme il a l'ail, la nature cl les devoirs de l'amour pénitent, et de montrer jusqu'où le porte la reconnaissance.
Ce caractère d'amour pénilcnl ne se trouve point dans ce chapitre de saint Jean, où il est dit seulement que Marie répandit son parfum sur les pieds de Jésus, cl les essuya de ses cheveux; mais sans y parler de larmes, ni des doux cl pieux baisers de la pénitente. Il n'y en a rien non plus en saint Matthieu, ni en saint Marc. Ces deux évangélisles marquent le parfum répandu sur la tôle, pendant que Jésus était à table : ce qui était très-facile en ces temps où les conviés étaient à table couchés. Il est dit dans saint Jean, que « la maison fut toute remplie de la bonne odeur du parfum*. » Les lieux comme les temps de ces onctions sont marqués. La pécheresse pénitente fil son onction longtemps avant la dernière pàque, dans la maison de Simon le pharisien , comme le raconte saint Luc. La seconde onction qui est clairement attribuée à Marie, sœur de Lazare et de Marthe, se fil à Bélhanie six jours devant Pâques, dans la maison de Lazare et de ses sœurs, selon saint Jean. El la troisième encore à Bélhanie, mais chez Simon le lépreux, et seulement deux jours avant Pâques, comme le marquent saint Matthieu et saint Marc 2. Dans la première et dans la troisième onction, la femme n'est pas nommée. Dans la seconde , il est porté expressément dans saint Jean, que celle qui la fil, fut Marie, sœur de Lazare. El soit que les trois différentes onctions aient été faites par différentes personnes, selon l'opinion de quelques-uns, ou par la même, selon quelques autres, en divers temps, et avec différentes circonstances, il faut profiler de chaque caractère qui nous y paraît.
Il faut aussi remarquer que ces profusions de parfums scandalisèrent deux fois les hypocril-es , et même les disciples qui n'en savaient pas le mystère; et que Jésus aussi prit deux fois la défense de ces pieuses profusions.
Parfumer Jésus, c'est lui donner des louanges : parfumer la tète de Jésus, c'est louer et adorer sa divinité : car la tête de Jésus-Christ , comme parle saint PauP, c'est Dieu. Parfumer ses pieds, c'est adorer son humanité et ses faiblesses. Essuyer les pieds de Jésus avec ses cheveux, c'est mettre à ses pieds sacrés son ornement, et sa tôle môme, avec toutes les vanités et la parure du siècle. Tout est sacrifié à Jésus : on ne veut plaire qu'à lui : des cheveux qui ont louché les pieds de Jésus, pourront-ils jamais servir à la vanité? C'est ainsi que Jésus veut être aimé. Il est seul digne d'un tel amour, et de tels hommages.
On ne répand pas seulement ces riches parfums sur Jésus : on rompt la boîte d'albâtre où ils étaient renfermés, dit saint Marc", afin qu'il ait tout. Sa tête et ses pieds ruisselèrent donc de ces admirables parfums : et toute la maison en fut embaumée. L'exemple de la piété do ces saintes femmes a rempli toute l'Eglise de sa bonne odeur.
1. .Joan., xii. 3. — 2. l'iem. 4; MnUh., xxvi. S; nfnrr., xiv. 8 -- 3. /. Cor., XI. 3. — 4 A/'irr., xiv. 3.
LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR
Quand la pécheresse approcha des pieds de Jésus, on disait' : S'il était prophète, il ne se laisserait pas toucher par cette pécheresse. Ici on ne lui reproche rien contre celles qui le louchent; soit qu'elles n'eussent jamais été pécheresses; soit qu'il y eût déjà si longtemps que la mémoire en fût effacée par leur pénitence. On leur fit ici un autre reproche , et c'est celui de leur profusion : « On pouvait vendre ces parfums trois cents deniers et plus : » tant ils étaient précieux, tant l'effusion en fut abondante : « et les donner aux pauvres^. » L'amour des pauvres fut le prétexte dont on se servit, pour condamner la piété de ces femmes qu'on appelait indiscrète; et pour couvrir l'envie qu'on avait contre Jésus, et des honneurs qu'on lui faisait : et Judas se signala parmi ces faux charitables , et ces faux dévots. Les plus méchants sont les plus sévères censeurs de la conduite des autres; soit par le dérèglement de leur esprit, soit par leur hypocrisie, ou par un faux zèle. Judas avait encore une autre raison, c'est qu'il gardait et volait ce qu'on donnait au Sauveur; et il croyait qu'on ôtait à son avarice, ce qu'on ne mettait pas entre ses mains. Que l'avarice parle haut, quand elle peut se couvrir du prétexte de la charité!
Ses insolents discours n'attaquaient pas seulement les femmes dont il accusait la profusion, mais encore Jésus-Christ qui la souffrait; mais il prit en main leur défense, en disant, qu'elles l'avaie^it fait pour l'ensevelir^, se considérant comme mort, à cause que l'heure approchait, et qu'il s'était rais dans l'esprit et dans l'état de victirae.
Il voulait en même temps nous faire considérer de quel honneur était digne ce corps virginal , formé par le Saint-Esprit, et où la divinité habitait; par lequel la mort devait être vaincue, et le règne du péché aboli. Quels parfums assez exquis pouvaient en marquer assez la pureté !
Il voulait aussi que les parfums qui servaient à la mollesse et au luxe, servissent à cette fois à la piété ; que la vanité fût sacrifiée à la vérité.
« Vous aurez toujours des pauvres avec vous; et quand vous voudrez, vous leur pouvez faire du bien''. »
Les onctions étaient salutaires au corps : on s'en servait non-seulement par délicatesse , mais encore par précaution et par remède. On faisait nager les corps morts dans le baume et dans les parfums, pour les conserver et en prévenir la corruption, môme après la mort : et c'était tout le bien dont le corps était capable alors. On pouvait toujours faire ces sortes de biens aux pauvres, disait le Sauveur : mais pour lui on n'aurait pas toujours son corps présent pour lui faire ce bien. Il fallait donc le lui faire pendant qu'on l'avait : et quand on ne l'aurait plus, se consoler en le faisant aux pauvres, dont il imputait le soulagement et le bien, comme fait à sa personne. Combien donc les pauvres nous doiventils cire chers , puisqu'ils nous tiennent la place de Jésus-Christ! Raisons leurs pieds; prenons part à leurs humiliations et à leurs faiblesses : versons des larmes sur leurs pieds; pleurons leur misère; compatissons à leurs souffrances : répandons des parfums sur leurs pieds, des consolations sur leurs
1. Z,uc., VII. 39. -- 2. Joan., xa. 5; Marc, xiv. 5. -- 3. Marc, XIV. 8; Joan., xii.7. — 4. Marc, xiv .7.
peines et sur leurs infirmités, un baume adoucissant sur leurs douleurs : essuyons-les de nos cheveux; donnons-leur notre superflu; et privons-nous des vains ornements pour les soulager.
En même temps parfumons Jésus; laissons exhaler de nos cœurs de tendres désirs, un amour chaste, une douce espérance, de continuelles louanges. Et si nous voulons l'aimer et le louer dignement, louons-le par toute noire vie : gardons sa parole.
Disons-lui dans l'épanchement de nos cœurs ce que lui disait saint Paul', qu'il nous est justice, sainteté, sagesse, rédemption, et toutes choses : comme il est dit aux Corinthiens. Disons-lui tout ce que dit le même saint Paul aux Colossienss. Chantons-lui tous les doux cantiques que lui chante dans l'Apocalypse, tout le peuple racheté : « L'Agneau qui a été immolé pour nous est digne de recevoir la vertu , la divinité, les richesses , la sagesse, la force, la gloire, la bénédiction'. » C'est ce que lui doit chanter toute créature : c'est là le parfum que nous répandons sur lui dans l'épanchement de nos cœurs.
LA DERNIERE SEMAINE DU SAUVEUR
Huit jours se sont passés à considérer les approches de Jésus vers Jérusalem. Nous voilà enfin parvenus à cette dernière seniaine , que nous nous sommes proposé de considérer.
Nous en partagerons les discours en deux. Premièrement , nous lirons ceux qui ont été faits depuis le dimanche des Rameaux jusqu'à la Gène. Secondement , nous lirons ceux que Jésus a faits à ce jour, qui est le plus remarquable , puisque ça été la veille de sa passion.