Maiik., XIV. 1.3, 21 ; Joan., vi
point ces chevaux fougueux, attelés à un chariot, dont la lierlé attirait les regards. On ne voyait ni satellites, ni gardes, ni l'image des villes vaincues, ni leurs dépouilles, ou leurs rois caplifs. Les palmes qu'on portait devant lui marquaient d'autres victoires; tout l'appareil des triomphes ordinaires était banni de celui-ci. Mais on voyait à la place, les malades qu'il avait guéris, et les morts qu'il avait ressuscites. La personne du roi, et le souvenir de ses miracles faisaient toute la recommandation de celle fête. Tout ce que l'art et la llalterie ont inventé pour honorer les conquérants dans leurs plus beaux jours, cède à la simplicité et à la vérité qui paraissent dans celui-ci. On conduit le Sauveur avec celte pompe sacrée par le milieu de Jérusalem jusqu'à la montagne du temple. Il y parait comme le seigneur et comme le maître, comme le fils de la maison, le Fils du Dieu qu'on y sert, ainsi que nous verrons. Ni Salomon qui en fui le fondateur, ni les pontifes qui y officiaient avec tant d'éclat, n'y avaient jamais reçu de pareils honneurs.
Arrêtons-nous ici; et donnons le loisir de considérer le détail de ce grand spectacle.
Ile JOUR.
Le règne de Jésus-Christ sur les esprits et sur les cœurs, par ses miracles , par ses bienfaits et par sa parole. (Joan., xii. 12, 19 ; Malth., xxi. 1 , 17 ; Marc, xxi. 1, 18 ; Luc, xix. 8, 48.)
Ce qui attira au Sauveur toute celle gloire, ce fut le bruit de ses miracles, et en particulier celui de Lazare ressuscité, qui venait d'être fait à la porte de Jérusalem. « Car toute la troupe qui était avec lui lorsqu'il le fit sortir du tombeau , » où il pourrissait, « lui rendait témoignage : et c'est pour cela que la troupe » de ceux qui étaient venus à Jérusalem pour y célébrer la fêle de Pâques, « accourut au devant lui, parce qu'ils avaient appris qu'il avait fait ce miracle'. » On célébrait aussi ses autres miracles, dont la répulalion avait rempli toute la Judée. « El pendant qu'il descendait la montagne des Olives, les troupes de ses disciples, saisies d'une joie subite, se mirent à louer Dieu » de toutes les guérisons, « et de toutes les merveilles qu'ils avaient vues^. »
Sa doctrine demeurait aussi confirmée par ses miracles, car il les avait faits expressément en témoignage de sa mission, et de la vérité qu'il annonçait. « Mon Père, » avait -il dit en ressuscitant Lazare, « je sais que vous m'écoutez toujours; mais je parle ainsi devant tout ce peuple , afin qu'ils croient que vous m'avez envoyé'. » Et dès le commencement de sa prédication, il avait dit aux docleurs de la loi : « Lequel est le plus facile de dire à un paralytique : Tes péchés le sont remis, ou de lui dire : Lève-toi , prends Ion lit sur tes épaules, et marche? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés : Lève-toi, mon fils, » dit-il au paralytique, a et va-t-cn en ta maison '. » C'est pourquoi il joignait ensemble la prédication de l'Evangile et la guérison des maladies. « Il allait par toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, et prêchant l'Evangile du royaume, et guérissant toute
1. Joan., xii 17, 18. -- 2. Luc.,%i\. 37. —3. Joan., xi. 4], 42. — 4. Matlh., ix. 5; Marc, ii. 9, 10, 11; Luc, v. 23,
LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR
maladie et toute infirmité parmi le peuple'. » C'est aussi ce qui lui attirait cette grande réputation , et amassait tant de monde autour de lui; car, ajoute le même évangéliste, « sa réputation se répandit dans toute la Syrie, et plusieurs troupes le suivaient de la Galilée , et de la Décapole, et de Jérusalem, et de la Judée , et du pays d'au delà le Jourdain-. » Ce furent donc ces troupes qui le suivaient qui commencèrent ces cris de joie , auxquels tout Jérusalem et tout le reste du peuple applaudit.
Sa doctrine ainsi confirmée , lui attirait cette admiration , et la réputation d'un grand prophète; et il y avait aussi dans ce qu'il disait, un caractère d'autorité, et une eflicace qu'on n'avait pas encore vue parmi les hommes. « Car il les enseignait comme ayant autorité et puissance, et non comme leurs docteurs et les pharisiens^. » Tout le monde l'appelait Seigneur et Rabbi'' ; c'est-à-dire, maître, quoiqu'il n'eût étudié sous aucun docteur de la loi, et qu'il n'eût fait aucune des choses qui donnaient ce titre parmi les Juifs. « Tout le peuple était suspendu, et ravi en admiration- en l'écoutant^ : » et on ne pouvait douter qu'il ne fût celui à qui le Psalmiste avait chanté : « 0 le plus beau des enfants des hommes! la grâce est répandue sur vos lèvres^. » On quittait tout pour l'entendre, tant le charme de sa parole était puissant, et tant on était non-seulement louché , « mais ravi de l'agrément de ses discours, et des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche; car tout le monde lui rendait ce témoignage'^. » Et ce n'était pas seulement ses disciples qui lui disaient : « Maître , à qui irons-nous ? Vous avez les paroles dévie éternelle^ : » mais encore ceux qui venaient avec ordre, et dans le dessein de le prendre, « étaient pris eux-mêmes par ses discours, et n'osaient mettre la main sur lui^ : » en sorte que les pontifes, et les pharisiens qui les avaient envoyés, leur demandant : « Pourquoi ne l'avez-vous pas amené, ils leur répondirent : Jamais homme n'a parlé comme cet homme "^ : » ce qui fit que les pharisiens étonnés leur demandaient : « Ne voulez-vous pas aussi vous laisser séduire comme les autres"? y Mais ces docteurs et ces pharisiens eux-mêmes, qui méprisaient tant ceux qui croyaient en lui, et ne lui parlaient que pour le surprendre , ne savaient euxmêmes que lui répondre ; car il leur fermait U\ bouche par des réponses précises et décisives , et ils n'osaient plus l'inlerroger '^.
Voilà donc ce règne admirable prédit dans le Psaume; et tous les peuples gagnés au Sauveur par le charme de sa parole , et par la grâce répandue sur ses lèvres. Le prophète y ajoutait celle de la ve'rité qu'il annonçait, de la justice dont il était le parfait modèle, de la douceur*^ et de la bonté avec laquelle il guérissait tous les malades; ne faisant servir sa puissance que pour le soulagement des malheureux et de tout le genre humain.
Qui jamais avait régné de cette sorte? Mais c'est ainsi que Jésus régna. Ainsi sa doctrine et ses miracles firent tout l'efi^et extérieur qu'ils devaient faire naturellement sur tous les esprits. On le suivait, on l'admirait, on lui applaudissait, on le re-