‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 247 sur 851 · oan., XII. 19. —2. Idem · texte numérisé non relu

oan., XII. 19. —2. Idem

gentils le désir de le voir avec celui de le perdre dans les Juifs, voit en même temps dans cet essai, commencer le grand mystère de la vocation des uns, par l'aveuglement et la réprobation des autres. C'est ce qui lui fait dire : « L'heure est venue, que le Fils de l'homme va être glorifié'. » Les gentils vont venir, et son royaume va s'étendre par toute la terre.

Il voit plus loin ; et il voit, selon les anciennes prophéties , que c'était par sa mort qu'il devait acquérir ce nouveau peuple , et cette nombreuse postérité qui lui était promise. C'est après avoir dit : « Ils ont percé mes pieds et mes mains, » que David avait ajouté- : « Toutes les contrées de la terre se ressouviendront, et se convertiront au Seigneur. » C'est après qu'il aurait livré son àme à la mort , qu'Isaïe lui promettait, « qu'il verrait une longue suite d'enfants^. » Et encore : « Qui racontera sa génération? qui pourra compter sa postérité, parce qu'il a été retranché de la terre des vivants? Je l'ai, frappé pour les péchés de mon peuple'' : » Et encore : « Je lui donnerai la dépouille des forts, et il en partagera le butin , parce qu'il a donné son âme à la mort^. » Il voyait donc que c'était à ce prix qu'il devait acheter ce nouveau peuple : il lui en devait coûter la vie. Plein de cette vérité , après avoir dit : « L'heure est venue, que le Fils de l'homme va être glorifié; » il ajoute : « Si le grain de froment ne tombe et ne meurt, il demeure seul; mais s'il meurt, il se multiplie^. »

C'est ainsi que dans les paroles de Jésus nous voyons le vrai commentaire et la vraie explication des prophéties. Mais il nous en doit à notre manière arriver autant qu'à lui. Nous sommes le grain de froment , et nous avons un germe de vie caché en nous-mêmes. C'est par-là que, comme Jésus, nous devons porter beaucoup de fruit, et du fruit pour la vie éternelle. Mais il faut que tout meure en nous : il faut que ce germe de vie se dégage et se débarrasse de tout ce qui l'enveloppe. La fécondité de ce grain ne paraîtra qu'à ce prix. Tombons : cachons-nous en terre : humilions-nous : laissons périr tout l'homme extérieur; la vie des sens, la vie du plaisir, la vie de l'honneur, la vie du corps , la curiosité, la concupiscence, tout ce qu'il y a de sensible en nous. Alors cette fécondité intérieure développera toute sa vertu, et nous porterons beaucoup de fruit.

Xe JOUR.

Jésus-Christ est le grain de froment. Les memhres doivent mourir comme le chef. (Joan., xii. 25.)

Pour entendre la nécessité qui était imposée à tous les membres de mourir pour fructifier, il suffisait d'avoir aperçu cette vérité dans le chef. Mais de peur que nous ne vissions pas assez tôt cette conséquence, Jésus-Christ nous la découvre lui-même. Qui aime son âme, dit-il^, la perd. C'est la perdre que de l'aimer : c'est la perdre que de chercher à la satisfaire. Il faut qu'elle perde tout, et qu'elle se perde elle-même, qu'elle se haïsse, qu'elle se refuse tout , si elle veut se garder pour la vie éternelle. Toutes les fois que quelque chose de flatteur

1. Joan., XII. 23. —2. Ps.,xxi. 17, 28. — 3. Idem, i.iii. 10. — 4. Ibid.. 8. — 5. /i-.,uii 12. —6. Joan., xii. 23,21. —7. Idem,

MEDITATIONS SUR L'KVANGILK.

so i»rôSLMile à nous, songeons à ces paroles : Qui aime son ilme la perd. Toutes les fois que quclquo chose de dur se présonle, songeons aussiUH : Ilair son dme, c'est la sauver. Périsse donc tout ce iiui nous plait; qu'il s'en aille en son lieu en pure perte pour nous.

Uair son âme! Peul-on haïr son unie sans haïr tous ses avantages et tous ses talents naturels : et peut-on s'en glorilier quand on les hait? Mais peulon ne les pas haïr, quand on considère qu'ils ne servent qu'à nous perdre dans l'état d'aveuglement ou de l'aihlesse où nous sommes? Gloire, fortune, réputation, santé, heaulé , esprit, savoir, adresse, liahileté , tout nous perd : le goût môme de notre vertu : il nous perd plus que tout le reste.

Il n'y a rien que Jésus ait tant répété, et tant inculqué que ce précepte : « Qui trouve son âme, la perd : qui perd son ;\me, la trouve*. » C'est ce qu'il recommande encore en un autre endroit du même Evangile. « Qui cherche à sauver son âme, la perdra , » dit-il ailleurs : « qui la perdra , lui donnera la vie-. » Il se sert encore ailleurs du mot de haïr. « Il faut , » dit-il \ tout haïr, si on veut être mon disciple : père, mère, frères, sœurs, femme et enfants, et sa propre âme. »

Entendons la force de ce mot, haïr. Si les choses de la terre et de cette vie n'étaient que viles et de nul prix, il suffirait de les mépriser; si elles n'étaient qu'inutiles, il suffirait de les laisser là; s'il suffisait de donner la préférence au Sauveur, il se serait contenté de dire comme il fait ailleurs : « Si on aime ces choses plus que moi , on n'est pas digne de moi\ » Mais pour nous montrer qu'elles sont nuisibles, il se sert du mot de haine. De ce coté-là il faut tout haïr, en tant qu'il peut s'opposer à notre salut.

Entendons encore le courage que demande le christianisme. Tout perdre : jeter tout là. Celte vie est une lempèle; il faut soulager le vaisseau quoi qu'il en coûte : car que sert de tout sauver, si soimême il faut périr? Voyez ce marchand , qui dispute s'il jettera dans la mer ces riches ballots. Aveugle, lu les vas perdre, et te perdre encore loi-même par-dessus.

Xlc JOUR.

Suivre Jésus à l'humilialion, à la mort. (Joan., xii. 26.)

« Celui qui me veut servir, qu'il me suive '^; » qu'il m'imite, qu'il soit avec moi, qu'il passe par les mêmes voies : mon Père l'honorera à ce prix, comme il m'a honoré moi-même. Il a fallu tout perdre, tout abandonner, tout prodiguer, tout haïr. .Marche après moi, chrétien, si lu veux arriver où j'arrive. .Marchez, Jésus, je vous suis. En aurai-jc le courage? Hélas! vous me dites comme à Pierre : « Tu ne peux pas encore me suivre : mais lu me suivras dans la suiteo, » 0 Sauveur I je ne dirai pas que je vous suivrai partout : je n'ose le dire : je sens ma faiblesse. J'en al le désir : aidez ma volonté faible : inspirez-moi une volonté forte et courageuse.

Voyez comme Jésus donne lui-même à son entrée triomphanle le caractère de mort. C'était sa coutume : dans la gloire, il rappelait toujours la mort.

l.lf^HA. x..39;xv,. 23. -2. iur.,xvn. 33. -?.. Idem,r.iv . 10. — i. Mallh.,x. .n. -:,. Joan..xu. S6. - Q. Id,m,xm. 30.

Ainsi dans le Thabor même, où il fut enlevé et transfiguré d'une manière si admirable. Moïse et Elie qui étaient venus l'honorer en cet étal, cl s'entrclenaient avec lui, ne lui parlaient que de la manière dont il decait sortir de ce monde dans Jérusalem', en accomplissant toutes les anciennes prophéties, et toutes les figures de la loi. El en sortant de cette gloire, il n'est plein que de sa mort, et il défend à ses disciples de parler de ce qu'ils avaient vu , jusqu'à ce qu'il fût ressuscité des morts ^. Il fallait donc mourir : et c'est ce qu'il voulait que l'on comprît bien, afin qu'on vil le chemin qu'on avait à suivre après lui , pour arriver à la résurrection et à la gloire.

Accoutumons-nous, à l'exemple de Jésus, dans tout ce qui nous fialle, de rappeler toujours en notre esprit, le plus vivement que nous pourrons, la pensée de la mort. Mais accouluinons-nous à joindre toujours ces deux idées : gloire et plaisir de la lerre, éternelle confusion; et encore ces deux-ci, croix cl mortification , gloire et félicité éternelle. C'est à force d'y penser souvent, qu'on joint ensemble des idées qui paraissent si éloignées l'une de l'autre : mais plutôt c'est à force d'entrer dans celte pratique. Il faut faire autant qu'on peut violence aux sens, de peur qu'ils ne prévalent el ne nous séduisent.

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