‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 255 sur 851 · I. An' n. t, 7 5. Lue., X.- Ci zi · texte numérisé non relu

I. An' n. t, 7 5. Lue., X.- Ci zi

-2. J;an., vi. 41; xii. 32. — 3. //. Tim., 4. MnUh., XXII. aux f. U, 15J, 13, «4. —

nez, vous clés lavées; le feslin nuptial vous est i)réparé; et non-seulcmenl le feslin, mais encore le lit nuptial : car toute ;\me lavée de celle sorte est épouse, et le fils du roi s'unit à elle. Mais je ne vous bannis pas de ce festin, ô pécheurs, ô épouses infidèles! qui avez manqué à la foi donnée : revenez, revenez, el je vous recevrai, dil le Seigneur : vous rentrerez au feslin; mais pourvu que vous ayez repris votre première robe, et que vous portiez dans l'anneau qu'on vous met au doigt , la marque de l'union où le Verbe divin entre avec vous.

Apportons donc l'innocence et la sainteté à la table de l'Epoux. C'est l'inimortelle parure que nous demande celui qui est en même temps l'époux, le convive et la victime immolée, qu'on nous donne à manger dans le feslin. Autrement nous serions ces pourceaux devant qui on jetterait des perles el des pierreries.

Les riches habits sont une marque de joie : et il est juste de se réjouir à la table du roi , lorsqu'il célèbre les noces de son fils avec les âmes saintes; lorsqu'il leur en donne le corps, pour en jouir, et qu'elles deviennent un même corps et un même esprit avec lui parla communion. Car ce qui s'appelle ici le feslin nuptial , est aussi en un autre sens la consommation du mariage sacré, où l'Eglise et toute âme sainte s'unit à l'Epoux corps à corps, cœur à cœur, esprit à esprit : et où s'accomplit cette parole : Qui me mange, vivra pour moi\ Venez donc avec vos habits les plus riches : venez avec toutes les vertus : venez avec une joie digne du festin qu'on vous fait, et de la viande immortelle qu'on vous donne : « Ce pain est le pain du ciel : ce pain est un pain vivant qui donne la vie au monde ^. Venez, mes amis, mangez et buvez; enivrez-vous, mes très-chers, de ce vin^, qui transporte l'âme, et lui fait goûter par avance les plaisirs des anges.

Si nous étions toujours avec l'Epoux , il n'y aurait pour nous que de la joie. Mais écoulons ce qu'il dit lui-môme : « Les amis de l'Epoux; » les enfants des noces, comme on les appelait dans la langue sainte; ceux qui sont conviés au banquet nuptial, « ne peuvent pas jeûner et s'alïliger pendant que l'Epoux est avec eux : le temps viendra que l'Epoux leur sera ôté, ils s'affligeront et ils jeûneront dans ces jours*. » Nous sommes maintenant dans ces jours où l'on entendait sur la terre la voix de l'Epoux céleste, qui faisait dire à saint Jean-Baptiste : « L'ami de l'Epoux se réjouit d'une grande joie, à cause de la voix de l'Epoux qu'il entend. Cette joie, » poursuit-il, « s'accomplit en moi'"*. » Nous ne sommes plus dans ce temps : Jésus est retourné à celui qui l'a envoyé : et l'Epoux ne paraît plus parmi nous. Nous ne voyons plus ce jour qu'Abraham et tous les prophètes avaient désiré; l'Epoux a disparu : la nuée nous l'a enlevé : et il ne nous reste plus qu'à crier nuit et jour avec l'épouse : Revenez, revenez, mon bien-aimé^. Nous devons donc apporter au feslin royal une joie mêlée de tristesse. L'habit nuptial riche et magnifique par la grâce de la sainteté, ou conservée, ou rendue, doit tenir quelque chose du deuil. Il faut jeûner, il faut s'afTliger dans le festin nuptial en la forme où nous avons à le célébrer. Car le feslin qu(! nous célébrons,

1. Joan., VI. M. — 2. Mem, 32, 3.'), 41, 51. — 3. Cant., v. 1. — 4. Maith., IX. 15. —5. Jo'ni., m. 2'J. —0. Cnul., ii. 17.

est la commémoraisoii de la mort de l'Epoux. Revètons-nous donc d'un deuil spirituel à ce festin : apportons-y le jeûne et la mortification des sens : c'est ce que nous signifie le jeune du carême, par lequel nous nous préparons au festin pascal.

L'Eglise jeûnait autrefois toutes les semaines deux ou trois fois , en mémoire de la douleur que la retraite de l'Epoux lui avait causée. Le vendredi qui était le jour de sa mort, le samedi qui était le jour de sa sépulture, étaient de ces jours consacrés au jeûne. L'abstinence nous en reste, pour marque de l'abstinence où nous devons vivre durant l'absence de l'Epoux, en renonçant à la joie, et annonçant sa mort jusqu'à ce qu'il vienne. C'est peut-être une des raisons qui nous obligent à ne manger pas avant la communion : c'est une espèce de jeûne que nous célébrons par ce moyen; et il faut entendre par-là qu'il se faut préparer au pain de vie, en nous refusant toute autre nourriture, et en cessant de vivre selon les sens. Ainsi la mortification des sens doit faire une des parties de notre habit nuptial; et il faut se mortifier pour célébrer la mort du Sauveur.

XXXIVe JOUR.

Entrer au festin des noces sans l'habit nuptial. Beaucoup d'appelés et peu d'iilus. Petit troupeau chéri de Dieu. (.Maltli., XXII. li-14.)

Mon ami, par la vocation; qui devenez mon ennemi en la méprisant; coinmeyit êtes-vous enlré ici sans avoir l'habit nuptial? Et il n'eut rien à répondre*. Car, que répondre au Sauveur qui nous reproche par la bouche de l'Apôtre , de n'atoir pas su discerner son corps , et de nous en rendre coupables^? Liez-lui les pieds et les mains, dit le roi : ôtez-lui la liberté dont il a fait un si mauvais usage : jetez-le dans les ténèbres extérieures^ . Il a voulu entrer dans l'intérieur de la maison avec des dispositions funestes, chassez-le : plus il a voulu entrer au dedans, plus il le faut pousser dehors. Mais qu'y trouvera-t-il , le malheureux? Loin de la maison de Dieu, où la lumière réside, où la vérité se manifeste, où Jésus-Christ luit éternellement, où les saints sont comme des astres : qu'y trouvera-t-il? sinon les ténèbres d'un éternel cachot. Voilà ces ténèbres extérieures dont Jésus-Christ parle si souvent. Là sera pleur et grincement de dents. Au lieu des chastes délices de la sainte table , il y aura un pleur éternel. La rage contre soi-même, contre sa témérité, contre les lâches confesseurs qui nous auront trop facilement introduits au banquet sacré , sera poussée jusqu'au grincement de dents. Avoir été appelé et mis au nombre des amis par le Sauveur, fera la partie la plus cruelle et la plus vive de notre supplice. La voix de l'époux et de l'épouse cessera : toute la joie sera bannie de ce triste lieu : la désolation sera éternelle.

Il y a beaucoup d'appelés, et peu d'élus^ : Jésus- Christ nous en a souvent avertis, et il avait déjà dit la même parole, Matth., xx, IG.

Cela est vrai, premièrement parmi les Juifs : Je suis venu , dit le Sauveur, pour les brebis perdues

1. Matth., XXII. 12. — 2. /. Cor., xi. 27, 29. — 3. Malth., xxn. 1.3. — i. Idem, XK. 10.

de la maison d'IsraéV . Jésus-Christ a prêché, et a fait éclater ses miracles par toute la Judée : il a passé en bien faisant , et guérissant tous les oppressés-. Les apôtres ont aussi rendu témoignage à sa résurrection devant tout le peuple , comme il leur avait été ordonné^; et néanmoins, dans ce nombre immense des Juifs, il n'y a eu que le résidu, c'està-dire, un très-petit reste de peuple qui ait été sauvé. Ainsi Israël n'a pas trouvé ce qu'il cherchait , c'està-dire , le Christ et son royaume : mais les élus en très-petit nombre l'ont trouvé : et les autres, dont la multitude était immense, ont été aveuglés^ pour leurs péchés par un juste jugement de Dieu : et voilà manifestement la parole de Jésus-Christ vérifiée sur les Juifs.

Mais le Sauveur ne parle pas seulement des Juifs à l'endroit que nous lisons la parabole. Car c'est après nous avoir fait voir les Gentils appelés en la personne de ces aveugles et de ces boiteux qui sont invités à son festin , qu'il conclut, « qu'il y a beaucoup d'appelés, et peu d'élus. » Efforçons -nous « donc d'entrer par la petite porte qui mène à la vie : car la voie qui mène à la mort est très-spacieuse , et plusieurs y entrent. Qu'il y en a peu, poursuit le Sauveur, qui entrent par la voie étroite^! » Il y en a donc beaucoup d'appelés, et peu d'élus. Mais la condition de ces appelés , qui ne persévèrent pas dans leur vocation , est plus terrible que celle des autres : car ils sont ces serviteurs, qui ont connu la volonté de leur maître sans la faire, qui seront les plus punis... Tyr et Sidon et les Ninivites s'élèveront contre eux : et le jugement de ces villes ingrates sera léger ^, à comparaison de celui que doivent attendre les chrétiens infidèles à la grâce qu'ils auront reçue. 0 Jésus, ô Jésus! sauvez-moi de l'iniquité du peuple pervers"^ : sauvez-moi; car l'iniquité s'est multipliée parmi les enfants des hommes, et on ne voit point de saint. Tout est plein de ces appelés qui ne veulent pas seulement penser à leur vocation, ni se souvenir qu'ils sont chrétiens.

Ne vivons pas comme la plupart; car il y a longtemps qu'il est écrit : Il n'y en a pas un qui fasse le bien, il n'y en a pas un seul^. Ne disons pas : Tels et tels font ainsi, à qui on le souffre : et ne nous excusons pas sur la multitude ; car la multitude elle-même est inexcusable. Si Dieu eût craint la multitude , il n'aurait pas consumé ces villes abominables par le feu , ni noyé tout l'univers dans le déluge. N'alléguons point la coutume : car Jésus- Christ a dit : Je suis la vérité^ : on ne prescrit pas contre Dieu. Chacun portera son fardeau *", ei on ne nous jugera pas par les autres. Rangeons-nous avec ce petit nombre d'élus que le monde ne connaît pas, mais dont les noms sont écrits dans le ciel; à qui le Sauveur a dit : Petit troupeau, ne craignez pas** : petit en nombre, petit en éclat, et la balayure du monde : qui est caché avec Jésus-Christ, mais aussi qui paraîtra avec lui. 0 petit nombre , quel que lu sois, et en quelque coin de l'Eglise que tu te caches, je me joins à loi en esprit, et je veux vivre à ton ombre !

1. Matth., XV. 21. — 2. Act., x. 38. — 3. Llem, ii. 22; iv. 19, 3; V. 29, 32. — 4. Ro»i., xi.3, 4, 7, 9. — 5. Matth., vu. 13, 14.— 6. Luc. XII. 45, 46, 47; x. 13; xi. 32. — 7. Ps., xi. 2. — 8. P.i., XIII. 1, 2. — 9. Joan., xiv. 6. — 10. Gai., vi. 5. — 11. Luc, x. 20; XII. 32.

méditathins sur l'évangile.

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