Heh., XI
- 4. f,un., XX. :)9.
'■i. lien., xvir. 7. — .S. Malt/i., xxn.31.
LA DERNIERE SEMAINE DU SAUVEUR
XLIIc JOUR.
Le grand commandement de la loi, l'amour de Dieu et du prochain. (Matth., XXII. 34, 36; Marc, xii. 28, 30; Luc, x. 27.)
Quel est le grand commandement dans la loi ' ? On ne sait si c'est encore pour le tenter qu'on lui fit cette demande, en saint Matthieu et en saint Marc; ou si c'est de bonne foi , pour être instruit : car nous voyons en saint Luc, dans une autre occasion qu'un des docteurs de la loi lui fit une demande approchante 'pour le tenter-, et qu'après avoir ouï de la bouche du Sauveur la même réponse qu'il fait aujourd'hui, il continua son discours, en voulant se justifier lui-même.
Je ne sais s'il en est de même en cette occasion ; car le docteur de la loi qui l'avait interrogé, parait si satisfait de sa réponse, qu'il mérita de recevoir cet éloge du Sauveur ; Vous n'êtes pas loin du royaume de Dieu^. Par où, s'il lui montrait qu'il n'y était pas encore arrivé, il lui faisait voir en même temps qu'il était dans le chemin : comme la suite le fera peut-être connaître.
Il semble aussi que les pharisiens qui firent faire cette demande au Fils de Dieu% furent bien aises qu'il eût confondu les sadducéens; et que reconnaissant en lui par ses admirables réponses une doctrine supérieure à tout ce qu'ils avaient jamais entendu, ils furent bien aises d'apprendre sa résolution sur la plus importante question qu'on pût faire sur la loi : Quel est le grand commandement de la loi'"? ou comme saint Marc le rapporte : Quel est le premier de tous les commandements^?
Jésus, qui était la vérité même , allait toujours et d'abord au premier principe. Il était clair que le plus grand commandement devait regarder Dieu. C'est pourquoi il choisit un lieu de la loi qui portait ainsi : Ecoute, Israël : le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu, le seul Seigneur'. Par là la grandeur de Dieu était établie dans sa parfaite unité. De là il s'ensuivait encore qu'il lui fallait consacrer celui de nos sentiments qui le faisait le plus régner dans nos cœurs, et réunissait davantage en lui toutes nos affections, qui était l'amour. Ce qui montrait encore que l'amour qu'il fallait donner à un être si parfait, devait aussi être parfait. C'est ce qui fait choisir au Sauveur l'endroit de toute l'Ecriture , où la perfection de l'amour de Dieu , et la parfaite réunion de tous nos désirs en lui, était expliquée. Mais de peur que quelque ignorant ne soupçonnât qu'en réunissant en Dieu tout son amour, il n'en restât plus pour le prochain , il ajoute au premier précepte le second qui lui est semblable^ : et il porte l'amour du prochain à sa perfection, en montrant encore dans la loi , qu'il faut aimer son prochain comme soi-même : où il met le mot de prochain, au lieu de celui d'ami, qui est dans la loi^. Parce que le nom d'ami eût semblé restreindre l'amour à ceux avec qui on avait des liaisons, et une conliance particulière : au lieu que le mot de prochain, plus général, retendait sur tous ceux qui nous louchaient par la nature qui nous est commune, ainsi que le Fils de Dieu l'avait déjà expliqué'".
Voilà donc toute la loi rappelée à ses deux prin-
1. MaClk., XXII. 3G. — 2. Luc, x. 25, 29. — 3. Marc, xii. 32, 31. - 4. Malth., xxii. 31. — 5 Idem, .36. — 6. Ibid., xii. 28. — 7. Deul.,yi. 4. Marc. xii. 2<J. — 8. Mnlth., xxii. 39. — 9. /.eti.,xix. IS — 10. Luc, X. 29, .37.
cipes généraux; et l'homme est parfaitement instruit de tous ses devoirs : puisqu'il voit en un clin d'œil ce qu'il doit à Dieu son créateur, et ce qu'il doit aux hommes ses semblables. Là est compris tout le Décalogue ; puisque dans le précepte d'aimer Dieu , toute la première table est comprise ; et dans celui d'aimer le prochain, est renfermée toute la seconde. Et non-seulement tout le Décalogue est compris dans ces deux préceptes, mais encore toute la loi et tous les prophètes', puisque tout aboutit à être disposé comme il faut envers Dieu et envers les hommes ; et que Dieu nous apprend ici non-seulement les devoirs extérieurs, mais encore le principe intime qui nous doit faire agir, qui est l'amour. Car qui aime ne manque à rien envers ce qu'il aime. Nous voyons donc la facilité que Jésus-Christ apporte aujourd'hui à notre instruction; puisque sans nous obliger à lire et à pénétrer toute la loi, ce que les faibles et les ignorants ne pourraient pas faire, il réduit toute la loi à six lignes : et que pour ne point dissiper noire attention, s'il nous fallait parcourir en particulier tous nos devoirs, il les renferme tous, et envers Dieu et envers les hommes, dans le seul principe d'un amour sincère, en disant qu'il faut aimer Dieu de tout son cœur, et son prochain comme soi-même. De ces deux préceptes, dit-il, dépendent toute la loi et tous les prophètes^.
Adorons la vérité éternelle dans cet admirable abrégé de toute la loi. Que je vous suis redevable, ô Seigneur! d'avoir tout ramassé en un; en sorte que sans avoir toujours à me fatiguer dans une immense lecture, je tiens en sept ou huit mots toute la substance de la loi. Et lorsque pour donner à mon esprit un exercice convenable, je lirai avec affection et attention le reste de votre Ecriture : vous m'avez mis en main dans ces deux préceptes, le fil qui me conduira dans toutes les difïîcuUés que je trouverai dans une lecture si profonde; ou plutôt la résolution et le dénouement de toutes les difficultés : puisque je suis assuré qu'en entendant ces deux préceptes , je n'ignore rien de ce qui m'est nécessaire. 0 Dieu ! je vous loue : ô Jésus I soyez béni : ô Jésus! je vais m'appiiquer à méditer cet admirable abrégé de la doctrine céleste. Je me veux parler à moi-même sans paroles, de ces paroles si pleines de lumières : c'est-à-dire, je veux tâcher de les pénétrer plutôt par l'afTection que par le discours. J'en contemplerai la vérité, alin d'en sentir la force et de m'en remplir tout entier au dedans et au dehors. 0 Jésus! donnez-m'en la grâce : ô Jésus! répandez dans mon âme votre Saint-Esprit, qui est l'amour éternel et subsistant de votre Père et de vous : afin qu'il m'apprenne à vous aimer tous deux, et à aimer avec vous comme un seul et même Dieu, l'Esprit qui procède de l'un et de l'autre.
Et personne n'osait plus l'interroger'^. Celle réflexion de saint Marc fait soupçonner que ceux qui lui firent faire celle dernière demande, ou du moins quelques-uns d'eux, ne le consuUaient que pour le tenter. Car s'ils eussent consulté, pour s'instruire de bonne foi, un maître dont la doctrine était si remplie de vérité et de grâce , il y avait à l'interroger jusqu'à la fin. Mais comme ils l'inlerrogeaient dans le dessein de le surprendre, et pour voir s'il
1. Matth., XXII. 40. — 2. Idi-m , .37, .38, 39 - 3. M-irr., XII. 34.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
répondrait mal , ou s'il iloineurerail court duiis quelque question, ils cessent de le consulter aussitôt qu'ils sentent qu'ils n'ont aucun avantage i\ tirer contre lui de ses n^ponses.
Apprenons de ceux qui consultent mal la vérité éternelle . comment il la faut consulter, c'est-à-dire, non pour la tenter, ou la contredire , ou même pour satisfaire une vaine curiosité : mais pour se nourrir de sa substance, y conformer tous nos sentiments , et vivre de la véritable vie , selon cette réponse du Sauveur : Faites ceci , et vous vitrez^. faites ceci : aimez Dieu de tout votre cœur, et votre prochain comme vous-même. Faites ceci : Ne vous contentez pas de discourir, et de faire une matière de spéculation de ce qui est la règle de votre pratique : Faites ceci , et vous vivrez : vous vivrez de la véritable vie qui ne meurt jamais. Car les prophéties s'éranouisseut dans le ciel : les énigmes se dissipent par la manifestation de la vérité: la foi se change en claire vue, et l'espérance en possession. Il n'y a que la charité qni consiste en ces deux préceptes; il n'y a , dis-je, que la charité qui ne finit pas et ne se perdra jamais , comme dit saint Paul'-. Commençons donc de bon cœur à entendre , et à pratiquer ce que nous pratiquerons éternellement. Amen. Amen.
XLIIIe JOUR.
Réflexions sur le même commandement dans la Loi. (Deut., VI. 4,5, 10.)
Ecoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu ; le seul Seigneur : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force^ : c'est ainsi que nous lisons dans la Loi. El l'Evangile interprète : de tout ton esprit, de toute ton intelligence, de toute ta pensée, de toute ta puissance*. Il ne se faut pas tourmenter l'esprit à distinguer la vertu de chacune de ces paroles; ni à distinguer par exemple le cœur d'avec l'Ame, ni l'un ni l'autre d'avec l'esprit et l'intelligence, ni loul cela d'avec la force de l'âme , ni la force d'avec la puissance : encore que tout cela se trouve expliqué par des paroles expresses et distinguées. Mais il faut seulement entendre, que le langage humain étant trop faible pour expliquer l'obligation d'aimer Dieu , le Saint-Esprit a ramassé tout ce qu'il y a de plus fort, pour nous faire entendre qu'il ne reste plus rien à l'homme qu'il puisse se résener pour lui-même; mais que tout ce qu'il a d'amour et de force pour aimer, se doit réunir en Dieu. Pesons donc toutes les paroles dans cet esprit, et par le cœur et l'alTection , plutôt que par la méditation et par la pensée. El lisons encore la suite de ce précepte divin dans le Deutéronome, d'où il • ' ■-. Ecoule donc, Israël : Ecoule du c<eur : ini, . ..ence à toute autre parole, cl à toute autre pensée. Ecoule, en un mol, comme il faut écouler Dion quand il parle; cl encore quand il parle de la principale chose qu'il exige de l'Iiomme. Ecoule, <) Trai Isra«'-1 : 6 chrétien, 6 juste, ù lidéle. Le Seigneur ton hieu eut le neul Seigneur : il n'y a pas plusieurs dieux on I-rard, comme dans les autres nations. Il n'y a pas aus^'i plusieurs objets entre les<|uels on puisse
I. LiK..x.».-t //. Cor., XIII. 8. 12. — :{. Mur. vi. 4 .^ -- i Millh., XIII. 37 ; Marc. xii. fn); /.u^:., x. 27.
partager son cœur : en un mot, il n'y a pas plusieurs personnes ni plusieurs choses à aimer. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, ce Dieu, ce Seigneur unique, de tout loti cœur, de toute ton âme, de toute ta force : uniquement , comme il est unique : parfaitement , comme il est parfait; en consacrant à ce premier être, principe et moteur de tout, ce qui est aussi le principe et le moteur en toi-même de toutes tes afl'eclions. Je le veux, Seigneur : et si je le veux, je le fais : car le vouloir, c'est le faire : le vouloir imparfaitement, c'est le faire imparfaitement; le vouloir parfaitement, c'est le vouloir dans la perfection que vous voulez. Rien n'est plus facile; rien n'est plus présenta la volonté que le vouloir : Ce précepte n'est pas au-dessus de moi, ni loin de moi : il ne faut point monter au ciel, ni passer les mers pour le trouver. Mais la parole est fort proche de toi, dit le Seigneur, dans ta bouche et dans ton cœur pour l'accomplir'. Dans ta bouche, c'est encore trop loin; car pour cela il faut parler, el la bouche et le cœur sont deux : mais dans le cœur; le cœur te suffît : rien n'est plus proche du cœur que le cœur même : et ce précepte d'aimer, qui est le précepte du cœur, est vraiment fort proche de nous. Si je veux donner l'aumône, et exercer les œuvres de miséricorde, il faut sortir. Si je veux me réconcilier avec mon frère , et réchauffer en lui la charité éteinte, il faut le chercher. Si je veux chanter des psaumes , il faut du moins ouvrir la bouche. Mais pour aimer, que faut-il faire, sinon aimer? 0 Dieu ! que ce précepte est près de moi ! fais-le donc; accomplis-le dans ce moment, ô cœur humain! Il est vrai que pour l'accomplir j'ai besoin de vous, ô Dieu vivant, qui êtes le seul moteur des cœurs, qui seul y inspirez voire saint amour! Mais, ô Dieu! vous êtes présent, plus présent à moi-même que moi-même. 0 Dieu que ce précepte est encore proche de moi par cet endroit-hà! Qu'attends-tu donc, ô mon âme! Mon âme, bénis le Seigneur ; et que tout ce qui est en moi célèbre son saint nom^... 0 Seigneur, qui êtes ma force, je vous aimerai^. Mais, ô Seigneur! pourquoi dire, je vous aimerai? Disons dès à présent, je vous aime. Oh ! que ce précepte est proche de moi I j\Iais , ô Dieu , qu'il est loin de moi d'une autre manière : et quelle est ma maladie ! Mais nous n'en sommes pas encore là : nous avons à lire le précepte, ainsi qu'il est écrit dans la loi. Lisons, mais lisons du cœur, el non des yeux.
XLIVe JOUR.
Accomplissement du précepte de l'amour, en tout temps, en tout lieu. (Deul., vi. 4, 5, 10.)
Tu aimeras donc le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force. Et parce ([ue tu l'aimeras de cette sorte, les paroles qui le le commandent aujourd'hui, les préceptes que je te donne, seront dans ton cœur : car on veut toujours acconq)lir la volonté de celui qu'on aime. Et tu les raconteras à tes enfants ; et lu y mettras ta pensée, assis dans ta maison, et marchant dans les chemins, le couchant et te levant''. Car de quoi s'occupe-l-on durant tout le cours de sa vie, que de la volonté de celui qu'on aime, el du soin de lui
1. Deul., XXX. 11, 12, 13, 14. — 2. Px., vu. 1. — :?. rdem, xvit. 2. — 4. Deut., y\.f> l't suiv.
LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR
plaire? Pèse donc toutes ces paroles, ô vrai Israël! Songe à plaire à Dieu, et à lui obéir, allant et venant dans ton repos et dans ton travail, en t'endormant et en t'éveillant. Tu peux bien changer tes autres emplois : mais celui d'aimer Dieu et de lui plaire, est le soin perpétuel de ta vie. Et comme on ne lui peut plaire qu'en obéissant à sa loi, et en accomplissant sa volonté, il faut être continuellement occupé de ce désir. « Aie donc les commandements de Dieu toujours présents nuit et jour. Tu les tiendras attachés à ta main comme un mémorial éternel; et ils seront, et ils se mouvront continuellement devant tes yeux , et tu les écriras sur le seuil de ta porte, et à l'entrée de ta maison'. » Selon ce que dit le Sage : « Mon Fils, garde mes commandements, et cache-les en toi-même comme ton trésor : Mon Fils, observe-les, et tu vivras; garde ma loi comme la prunelle de ton œil, lie-la à tes doigts; qu'elle te guide dans tous les ouvrages, et écris-la sur les tables de ton cœur 2... Tiens mes commandements continuellement liés à ton cœur : mets-les autour de ton col comme un collier; quand tu marcheras , qu'ils marchent avec toi ; qu'ils te gardent quand tu dormiras; et aussitôt que tu seras éveillé , entretiens-toi avec eux : parce que le commandement est un llambeau , et la loi est une lumière, et la répréhension qu'elle nous fait de nos fautes, est la voie de la vie^. »
Voilà donc ce que produit l'amour de Dieu; un inviolable attachement à sa loi, une application à la garder, un soin de se la tenir toujours présente, de la lier à ses mains, et de ne cesser jamais de la lire, de l'avoir toujours devant les yeux. Qu'elle n'y soit pas comme une chose morte, mais comme un objet qui se présente, et se remue continuellement devant nos yeux, pour exciter notre attention. Ecrivons-en les sentences à l'entrée de notre maison, alin qu'autant de fois que nous y entrons, le souvenir s'en réveille. Les Juifs le pratiquaient ainsi à la lettre, et ils écrivaient en effet des sentences choisies de la loi, non-seulement pour les mettre à l'entrée de leurs maisons, mais encore pour lesrouler autour de leur tète, en sorte qu'en se mouvant continuellement devant leurs yeux , ils n'en perdissent jamais la mémoire. Mais toi, ô Juif spirituel 1 accomplis tout cela en esprit; aie les préceptes de Dieu toujours présents à ton esprit, pour les méditer et les accomplir dans tous tes ouvrages. Et tout cela , parce que tu aimeras le Seigneur ton Dieu; parce qu'on ne peut l'aimer sans lui obéir, ni lui obéir sans l'aimer. Ce que le Sauveur explique en disant : Si tous m'aimez , gardez mes commandements; et réciproquement : Celui qui garde mes commandements, est celui qui m'aime''. Il ne suflit pas de garder l'extérieur de la loi : l'àme de la loi, c'est de la garder par amour : l'eiret de l'amour est de garder la loi. N'aimons pas en paroles, ni de la langue, mais e?i œuvre et en vérité^. De belles spéculations, de beaux discours, ce n'est pas là ce (jui s'appelle aimer; il faut venir à la pratique. Des prati<iucs extérieures, ce n'est pas là ce qui s'appelle observer la loi : l'àme de la loi est d'aimer et de faire tout par amour; le reste n'est que Técorce et l'extérieur de la bonne vie.
1 Veut., VI. 7,8, 9. - 2. Prou., VII. 1, 2, 3. — 3. hUm . vi. 21, 22, 23. —4. Joan.. xiv. 1.5,21. --5. /. Jotn.,iii. 18.
XLVe JOUR.
La loi inculque l'amour de Dieu avec une nouvelle force. (Deut., x. 12, et suiv.)
GoMTiNuOxN's à considérer le commandement de l'amour de Dieu, comme il est écrit dans la loi '. « Et maintenant, Israël! qu'est-ce que te demande le Seigneur ton Dieu , si ce n'est que tu le craignes , et que tu marches dans ses voies, et que tu l'aimes, et que tu le serves de tout ton cœur et de toute ton âme , et que tu gardes les commandements du Seigneur, et ses cérémonies que je te commande aujourd'hui , alin que tout bien t'arrive et que tu sois heureux. Regarde; le ciel et les cieux des cieux , ce que le ciel a de plus haut et de plus impénétrable , est au Seigneur ton Dieu , et la terre et tout ce qui y est contenu ; et toutefois le Seigneur s'est attaché à tes pères, et les a aimés; et il a choisi leur postérité après eux, c'est-à-dire vous, parmi toutes les nations, comme vous le voyez aujourd'hui. Circoncisez donc votre cœur, et n'endurcissez point contre Dieu votre col inflexible et indomptable, pour secouer le joug de sa loi ; parce que le Seigneur votre Dieu est le Dieu des dieux, et le Seigneur des seigneurs; le Dieu grand, puissant, terrible, qui n'a point d"égard aux personnes, ni ne reçoit les présents. Il fait justice au pupille et à la veuve; il aime l'étranger, et lui donne son vivre et son habillement partout où il va. Vous donc aimez aussi les étrangers, parce que vous avez été étrangers dans la terre d'Egypte. Vous craindrez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul; vous lui serez attaché, et vous jurerez en son nom, comme au seul nom qui est pour vous éternellement vénérable et saint. Il est votre gloire et votre Dieu, qui a fait les choses terribles et merveilleuses que vous avez vues. Vos pères sont entrés en Egypte au nombre de septante , et le Seigneur vous a multipliés comme les étoiles. »
Dieu explique par ces paroles , non-seulement l'obligation , mais encore les motifs de l'aimer. Pesez ces paroles : Et toutefois le Seigneur s'est attaché et collé à vos pères, et il les a aimés. Rendezlui donc amour pour amour, et atlachez-vous à lui. Pesez ce mot.
Pesez ensuite , dans les versets 1 8 et suivants , les perfections de Dieu et ses bontés, que vous devez non-seulement aimer, mais encore imiter. Pesez encore la grâce de son élection : Il vous a choisis parmi toutes les nations, comme vous voyez. Qu'aviez-vous mérité de lui? Pesez enlin : Vous n'êtes entrés que septante dans la terre d'Egypte. Il n'entra dans le Cénacle environ que vingt-six hommes-. Voyez comme Dieu les a multipliés, et comme l'Eglise s'est étendue par toute la terre, pour vous recueillir dans son sein, pendant que tant d'autres nations périssent dans leur ignorance. « Mais le Seigneur votre Dieu ne vous a pas choisis pour votre mérite, ou parce que vous étiez le peuple le plus nombreux de toute la terre'. » Car vous étiez en si petit nombre, lorsqu'il vous a envoyé son Saint-Esprit; et vous êtes encore environnés de nations immenses qui ne connaissent point son nom : « Mais il vous a choisis, parce qu'il vous a aimés , et qu'il voulait accomplir le serment qu'il avait fait
1. Dcul., X. 12, W seif. — 2. Art., i. I."). — 3. /).«/., vu. 7.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
à vos pères', » Abraham, Isaac et Jacob : en leur promenant que toutes les nations de Ui terre seraient bénies on eux et en leur semence, en leurs nis , dans le Christ qui sortirait d'eux : « Et alin que vous appreniez que le Seigneur votre Dieu , est le Dieu Tort, et lidole dans ses promesses, qui garde son alliance et sa miséricorde à ceux qui lairaenl et qui observent ses commandements, jusqu'à mille générations-. »
Dieu est parfait. Dieu vous a choisis; il vous a choisis par pur amour, par pure bonté; il vous a comblés de biens. Pouvez-vous n'aimer pas celui qui vous aime avec cette immense tendresse? Venez au Sauveur, et à la grâce de la nouvelle alliance. 0 homme! o peuple racheté! il ne faut plus être
qu'amour.
XLVip JOUR.
Conclusion nécessaire d'aimer Dieu , el de garder ses préceptes- (Deut., XI. 1, 7, 18, 19, 20.)
Voyez ce que Dieu conclut de toutes ces choses : .•lime donc le Seigneur ton Dieu, ù chrétien ! ô vrai Israël! et garde ses commandements, ses cérémonies, ses jugements , ses préceptes^. Songez à toutes les choses qu'il a faites pour vous dans le désert, et combien ont été plus grandes celles qu'il a faites pour les chrétiens. Vos yeux ont vu les œuvres de Dieu ; les grandes œuvres qu'il a faites , les merveilles de Jésus-Christ et le grand ouvrage de la rédemption, t Mettez donc mes paroles dans votre cœur el dans votre esprit , et attachez-les à vos mains : » n'en quittez jamais la lecture : « mettezles entre vos yeux, et ne les perdez jamais de vue : enseignez à vos enfants à les méditer : et soyez-en occupés en marchant, en vous reposant, en vous couchant et en vous levant : écrivez-les sur les poteaux et aux portes de votre maison'' : » que tous vos sens en soient remplis et occupés, et que par là ils entrent dans le fond de votre cœur. Voilà les motifs, voilà la nature, voilà les effets et les fruits de l'amour de Dieu. En considérant sa perfection, sa bonté, ses immenses et continuels bienfaits, il faut tellement s'occuper de lui, que nuit et jour rien ne nous revienne tant dans la pensée , que le soin de le contenter et de lui plaire.
XLYIIe JOUR.
Second commandement semblable au premier : l'amour du prochain. (Matlh., xx.i. 39.)'
Revenez à la lecture de l'Evangile, et appuyez sur cette parole : Et voici le second qui lui est semhUible : Vous aimerez totre prochain comme vousmêmes^.
Quelle dignité de l'homrne! L'obligation d'aimer son frère est semblable à celle d'aimer Dieu.
Ces deux préceptes vont presque d'égal à la tôte de tous les ajmmandemenls, ou plutôt les rcnfermenl tous; mais le premier est le modèle de l'autre.
Comme l'homme est fait à la ressemblance de Dieu, ainsi le commandement d'aimer l'homme, est fait a la res.scmblance du commandement d'aimer Dieu : Le fécond qui lui eut semblable.
Il faut aimer l'homme , où Dieu a imprimé sa ressemblance, parce qu'on aime Dieu.
I. Drut., VII. H. — 2. Idem, \t. —3. IhU., xi. 1. — 4. Ihid., 7, U, I», ». — 5, Malih., XXII. :<i/ '
Parce qu'on aime Dieu, il faut aimer l'homme (jui est son temple, où il habite.
Parce qu'on aime Dieu, il faut aimer l'homme qu'il a adopté pour son fils, el à qui il se veut com-^ muniquer tout entier.
Avec quelle pureté, avec quelle sainteté, avec quelle perfection, avec quel désintéressement, faulil aimer l'homme, puisque l'amour qu'on a pour lui, est semblable à celui qu'on a pour Dieu !
Loin de cet amour, la chair et le sang : loin de cet amour, l'esprit d'intérêt, el toute corruption.
Il faut aimer tous les hommes, parce que tous sont cliers à Dieu : ils sont ses amis et ses enfants.
Comme vous-même : en leur souhaitant le môme bien, la même félicité, le même Dieu qu'à soimême. Nulle envie , nulle inimitié ne doit troubler cette union, ni la joie qu'on doit avoir de tous les progrès de son frère.
Lorsque la possession ou la recherche de quelque bien particulier nous divise , comme celui d'une charge, d'une dignité, d'une terre; il se faut bien garder d'en aimer moins notre frère. Ce qu'il faut moins aimer, c'est le bien qui nous fait perdre notre frère , qui doit nous être cher comme nousmêmes à nous-mêmes.
Vous aimerez votre prochain comme vous-même . Il ne dit pas vous aimerez Dieu comme vous-même; car il le faut aimer plus que soi-même , et ne s'aimer soi-même que pour Dieu.
Il ne dit pas aussi : Vous aimerez votre prochain de tout votre cœur, de toute votre pensée, de toute voire force : cela est réservé à Dieu. C'est un transport de l'âme qui sort d'elle-même tout entière pour s'unir à Dieu ; qui est heureuse de ce que Dieu est, el de ce qu'il est heureux; qui ne s'aime que pour Dieu, comme elle n'aime son prochain que pour Dieu. C'est s'aimer véritablement, que d'aimer Dieu de cette sorte.
Aimez comme vous-même : c'est un amour de société et d'égalité : c'est ainsi qu'on aime son prochain. L'amour de Dieu est un amour de sujétion el de dépendance; mais de dépendance douce, puisque c'est dépendre du bien, et s'unir à lui.
Il' faut s'aimer soi-même pour Dieu, et non pas Dieu pour soi. S'il fallait pour plaire à Dieu s'anéantir, cl qu'on sût que ce sacrifice lui fût agréable, il faudrait le lui oITrir sans hésiter.
L'amour est un consentement, et une union à ce qui est jute et à ce qui est le meilleur. Il est meilleur que Dieu soit, que nous.
Prenons-y garde. L'amour-propre est le vrai fond que laisse en nous le péché de notre origine : nous rapportons tout à nous , et Dieu même , au lieu de nous rapporter à Dieu , et de nous aimer pour Dieu.
Qui n'aime pas Dieu, n'aime que soi. Pour aimer son prochain comme soi-même, il faut être auparavant sorti do soi-même, et aimer Dieu plus que soimême. L'amour une fois uni à celte source, se répand avec égalité sur le prochain. Nous l'aimons en société comme notre frère, cl non pas par domination comme notre inférieur.
L'amitié est la perfection de la charité. C'est une liai.son particulière, pour s'aider à jouir de Dieu. Toute autre amitié est vainc.
LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR
Autre est l'amitié de besoin, autre l'amitié de société : celle-là vient de l'intérêt, celle-ci de la chanté.
Les hommes doivent s'aimer les uns les autres , comme les parties d'un môme tout , et comme feraient les membres de notre corps, si chacun avait sa vie particulière. Ils s'aimeraient l'un l'autre en société, comme soi-même : les deux yeux et les deux mains auraient toutefois une liaison particulière, à cause de la ressemblance. C'est le symbole de l'amitié chrétienne.
Oui , mon frère, que je jouisse de vous en Notre Seigneur : Faites reposer mes entrailles en Notre Seigneur, disait saint Paul ' : C'est l'amitié chrétienne. Toute cette lettre à Philémon en est pleine.
Conclusion et abrégé. L'ordre est parfait, si on aime Dieu plus que soi-même : soi-même pour Dieu : le prochain non pour soi-même, mais comme soi-même pour l'amour de Dieu. 0 que cela est droit ! que cela est puri Toute vertu est là dedans.
XLVIIIû JOUR.
Réflexions sur notre amour pour Dieu et pour le prochain. (Malth., XXII. 39.)
Faisons réflexion sur nous-mêmes. Est-ce aimer Dieu de tout son cœur, que de partager son cœur entre lui et la créature? Peut-on aimer deux choses souverainement? ou peut-on aimer de tout son cœur, si on n'aime qu'à demi? Ne faut-il pas aimer parfaitement, et du tout le tout parfait? Peut-on avoir deux maîtres , et sertir Dieu et l'argent-, ou quelque autre créature que ce soit, contre la parole expresse du Fils de Dieu?
Si j'aime Dieu de toute ma pensée, et de toute mon intelligence, d'où vient que j'y pense si peu? Peut-on ne pas penser à ce qu'on aime? ce qu'on aime ne revient-il pas naturellement et continuellement à l'esprit? Faut-il se tourmenter pour s'en souvenir? mais du moins peut-il échapper, quand on se met exprès en sa présence, et pour avoir avec lui une douce communication? 0 mon Dieu! comment donc suis-je si distrait dans la prière? D'où vient que j'y ai si peu de goût? que mon cœur m'échappe, et que j'ai tant de peine à le retrouver, alin de dire avec David : 0 mon Dieu I votre serviteur a trouvé son cœur pour vous faire cette prière? 0 mon Dieu ! si je ne puis penser à vous , comment est-ce que je vous aime de toute ma pensée?
Mais comment est-ce que je vous aime de toute ma force et de toute ma puissance, pendant que je me trouve si faible et si languissant, si lâche, si découragé dans ce que je fais pour vous ! Pourquoi ai-je si peu de soin de vous plaire? A votre seul nom tous mes sens devraient se réveiller, et toutes les forces de l'àme et du corps se réunir pour faire votre ouvrage : cl si je ne le fais pas, comment est-ce que je vous aime de toute ma force?
0 Seigmiurl si je vous aimais de toute ma force, par la force de cet amour j'aimerais mon prochain comme moi-même. Mais je suis si insensible à ses maux, pendant que je suis si sensible au moindre des miens! Je suis si froid à le plaindre, si lent à le secourir, si faible à le consoler; en un mot, si indilTércnt dans ses biens et dans ses maux ! Où est cette ardeur et celte tendresse d'un saint Paul?