‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 26 sur 851 · Avert,, etc ., n · texte numérisé non relu

Avert,, etc ., n

elle, xvn. 2; et dans l'autre, qu'il a été exercé, et que Dieu en reçoit les justes louanges dans le ciel , XIX. 1, 2, 3. Par conséquent, ces trois chapitres ont déjà été accomplis dans le sac de Rome; et ce que les protestants veulent qu'on y trouve de la ruine future de l'Eglise romaine , et de la nécessité d'en sortir, non-seulement par la suite des paroles de saint Jean , mais encore par les principes des protestants mômes , et encore par les principes où consistent les fondements de tout le système , n'est qu'un songe.

64. Seconde démonstration du chapitre xvm. Preuve par les protestants que l'Eglise rom^aine est la vraie Eglise. — Voici une seconde démonstration qui n'est pas moins évidente, et encore par les principes des protestants. Quand on leur aurait accordé, ce qui'démonstrativement vient de paraître impossible , que la Babylone des chapitres xvn , xvm et XIX, serait l'Eglise romaine, je conclus, selon leurs principes, que l'Eglise romaine est la vraie Eglise'. Car l'Eglise où est renfermé le peuple de Dieu, est sans doute la vraie Eglise. Or, la Babylone qui tombe, est celle où est renfermé le peuple de Dieu, puisque c'est de là qu'on lui ordonne de sortir : donc la Babylone qui tombe , et qu'il faut quitter, est en môme temps la vraie Eglise.

Si l'on dit que le peuple de Dieu y était au commencement, et avant que l'Antéchrist y fût tout à fait formé, tout le contraire parait par cette preuve : si Babylone est jamais abominable, si l'Antéchrist y est jamais tout à fait formé, c'est au temps où elle est punie pour ses abominations, et où elle tombe. Or, c'est en ce temps précis qu'il est ordonné d'en sortir, comme il parait par le texte : Elle est tombée, elle est tombée, xvm, 2. Et incontinent après : Sortez-en, mon peuple, de peur d'être enveloppé dans ses ruines, parce que ses péchés sont parvenus jusqu'aux deux. C'est donc en ce temps précisément que le peuple de Dieu y est , et qu'elle est par conséquent la vraie Eglise, la mère des enfants de Dieu.

C'est ce qui se confirme encore par les principes des protestants en cette manière : Les protestants veulent qu'on en sorte, non pas comme d'une ville qui va tomber en ruines , mais comme d'une Eglise corrompue, dont il faut fuir la communion : c'était donc dans sa communion que le peuple de Dieu était; et loin d'être une fausse Eglise, c'est la véritable.

Si l'on dit que le peuple de Dieu qui en doit sortir, est seulement le peuple de Dieu par la prédestination éternelle, quoiqu'il soit encore en effet le peuple du diable, M. Jurieu entreprend de détruire cette réponse, et la détruit en effet par deux démonstrations^ : la première, en faisant voir, ce qui est indubitable, que dans toutes les Ecritures, Dieu n'appelle point son peuple, des gens qui sont en état de damnation'-^ : donc le peuple dont il est parlé dans cet endroit de saint Jean, n'est pas en étal de damnation : ce n'est donc pas un peuple infidèle prédestiné à sortir de la damnation , mais un peuple justifié et croyant, qui en est actuellement délivré.

La seconde :. « C'est qu'il est, dit-il, plus clair » que le jour, que Dieu, dans ces paroles : Sortez

1. Avet-t., n. 41. — 2. Syst., p. 145; Var., xv, 56. — 3. Idem.

AVKIITISSKMENT AUX PROTESTANTS

» il

' ■. mon peuple, fail allusion aux Juifs .10 do Bahylone, qui en cet élat ne » cessèrent pas d'ôlre Juifs, et le peuple de Dieu : » doi ;\ qui sorlirenl de la Babylone mystique,

ser , 'uple de Dieu dans le même sens, el par

conséquent la >Taie Eglise.

' • voir ici en passant avec quelle bonne foi

le c.e s'est tant emporté sur ce que j'assure

qu'il a reconnu qu'on se sauvait dans noire communion, et que plusieurs saints y étaient actuellement renfermés. Il n'y a opprobre dont il ne me cliarge dans sa lettre xi pour l'avoir dit'. On voit maintenant si j'ai eu tort, et si j'avais mérité d'essuyer toute l'amertume du style de ce ministre, pour lui avoir montre dans son système un labyrinthe d'où il ne peut sortir.

Tout ceci se conlirnie encore, en ce que le même ministre nous assure* que • les cent quaranle-qua- » Ire mille marqués de l'Apocalypse , sont repré- » - - Te dans l'empire de l'Antéchrist, comme » i. -:. -lites étaient dans l'Egypte : » or les Israélites étaient dans l'Egypte comme le vrai peuple de Dieu : donc ceux <iu'on veut être sous l'Antéchrist, et dans la communion de son Eglise, sont le vrai peuple de Dieu.

Et il ne faut pas nous dire que c'en soit seulement une partie, car saint Jean dit universellement : Sortez de Babylone , mon peuple. C'en est donc manifestement , ou la totalité , ou tout au moins le plus grand nombre, d'autant plus que les cent quarante-quatre mille marqués (}ue le ministre reœntulit être dans l'empire de l'Antéchrist, repréî l'universalité des 'saints : c'était donc aussi

. peuple saint qui devait sortir de Babylone.

De là ce raisonnement : Ou ce peuple était déjà sorti de la communion de l'Eglise romaine , ou il y était encore : s'il en était déjà sorti , on ne lui doit I»as dire , sortez-en; et s'il n'en était pas sorti , l'Eglise romaine est la vraie Eglise, qui jusqu'au temps de sa chute , renfermera en son sein les enfants de Dieu.

Cest encore une autre démonstration de dire , comme nous avons fait' : Selon vous, tout le dessein de l'Apocalypse est de vous faire connaître l'Eglise aniichrétienne, alin de vous obliger à en sorl'i" • • ' mil d.^nc à ce précepte, sortez de B" .. , Il peuple : or, ce précepte ne vient du ciel qu'au moment de la chute de IJabylonc : il y fa' ■ irer jusqu'à sa chute. Tous ceux

M" -■ ,- -:'--s avant ce temps-là, ont prévenu

le préc/îpte , et ne sont pas le peuple de Dieu, mais de« «c: -, qui se séparent de la vraie Eglise

saos i ,. .. , , . ..-haut.

Si l'on dit (\\M- tout cela est impie, absurde, conaussi ce que Je prétends; et c'est P"' lonlre que le système protestant a

UjuI- - . . . . .j.

fi.». Trouieme démonstration , en ce que la Babylone. la Wu, et Ui prostiluf'e de saint Jean ne peut paM ftre un^ EfjU$e corrompue. — Une troisième *•; ■',. Mui détruit de fond en comble, et

lut 'i'j3 i Ifjui le système pro-

lesUnt, - . ,rr(ie : pour soutenir le

«ytlème f ni, il faut que la Babylone, la bêle

.'<; des chapitres xni, xvii, xviii et

"•' — ' '''■'> . 1 P.P 1». — .'J. Avrrt.,n. 41.

Ir

et la

xix , soit une Eglise chrétienne corrompue : or cela nes't pas possible par une double démonstration*. La première en cette sorte : ce que saint Jean a voulu marquer, il l'a caractérisé si nettement, que personne ne le peut raéconnailre; par exemple, il a voulu caractériser Rome la païenne , et il l'a caractérisée par des traits si particuliers et si connus de son temps, par sa puissance, par ses sept montagnes, par ses violences, qu'on la reconnaît d'abord : donc si son dessein principal était de marquer une Eglise, nous en verrions partout des traits aussi vifs, au lieu qu'on n'en voit aucun, ni durant que Babylone subsiste, ni dans son débris : donc l'apôtre positivement n'a point eu en vue une Eglise corrompue , mais seulement une ville dominante.

On démontre en second lieu la même chose, en ce que saint Jean , non content d'avoir expressément évité toutes les marques que pourrait avoir une Eglise corrompue, nous donne une idée contraire, lorsqu'au lieu de choisir une Jérusalem ou une Samarie, il a choisi une Babylone, une Tyr, et en un mot tout ce qu'il y a de plus étranger^; donc ce qu'il a voulu représenter n'a jamais rien eu de commun avec le peuple de Dieu , el c'est toute autre chose qu'une Eglise.

Nous l'avons confirmé encore par un nouveau caractère de la Babylone de saint Jean^; puisque si c'était une Eglise corrompue, ce serait une femme adultère , une épouse répudiée, comme les prophètes ont appelé cent et cent fois Jérusalem et Samarie , Juda et Israël : or la prostituée de saint Jean n'a point du tout ce caractère , comme nous l'avons démontré ; et les prostitutions qu'on lui reproche, ne sont jamais appelées du nom d'infidélité el d'adultère , comme celles de Jérusalem et de Samarie, mais toujours, el avec un choix aussi manifeste que perpétuel, des fornifications el de simples impuretés : donc démonslralivement, la prostituée de saint Jean n'est pas une Eglise corrompue.

6(i. Que le ministre Jurieu a senti la force de cette démonstration, et par là le faible de sa cause.

— Cette preuve est si convaincante , qu'elle a fait sentir au ministre le faible inévitable de sa cause en deux endroits de ses ouvrages.

Il l'a senti premièrement dans son Accomplissement des Prophéties'', où, après avoir proposé le nom d'adultère et de paillarde, pour preuve que la Babylone était une Eglise corrompue, il avoue que ce lieu ne contente pas, qu'il est trop général: à cause manifestement que l'adultère n'est pas spécifié, et qu'onn'allrijjue à lîabylone qu'une simple corruption, sans y joindre l'infidélité. Et c'est pourquoi en un autre endroit^ le ministre a lâché de fortifier sa preuve, en remarquant que saint Jean appelle la prostituée une femme, c'est-à-dire, comme il ajoute, wne fausse épouse, une épouse mfidèle. Mais ce lieu est encore plus général que le premier, puisqu'ici, très-constamment, le nom de femme ne signifie que le sexe, et ne signifie une femme mariée qu'au même cas où le nom de femme le signifie en notre langue, lorsqu'on y ajoute de qui on est femme. Témoin saint Jean, même dans l'Apocalypse : Viens, dit-il®, je te montrerai l'épouse,

l.Avert., n. 3 el suiv. - 2. Idem, n. 9. — 3. Préf., n, 8; Comm. xvir, V- 3; Avert.. n. 9. —4. 1. p., p. 179; Sup., n. 33.

— '.. A'». XIII, 1, W. — 0. Apoc, XXI, y.

SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE

femme de l'Agneau, toù apvi'ou Trjv YuvaTxa. Sans une telle addition, le mot de femme c[\ie saint Jean donne à la prostituée', yÙv/], yuvaTKa, ne signifie que le sexe; et quand le ministre ajoute du sien^, une fausse épouse , une épouse adultère , une fausse Eglise , premièrement , il fait voir qu'en sentant la difficulté, il n'y a vu de réponse qu'en ajoutant au texte de saint Jean; et secondement, il encourt cette terrible malédiction du même apôtre : Si quelqu'un ajoute aux paroles de cette prophétie, Dieu le frappera des plaies qui sont écrites dans ce livre, Apec, XXII, 18.

67. Nouvelle réflexion sur la preuve précédente, et confirmation de cette preuve. — Le raisonnement précédent se confirme encore , parce que saint Jean voulait consoler les fidèles sur les persécutions qui se commençaient alors , comme il paraît par toute la suite de son discours, plein de la gloire des martyrs , et de continuelles exhortations à la patience : or, une grande partie de celte consolation était de leur faire voir la juste vengeance de Dieu sur l'empire persécuteur, et enfin sa chute ; afin qu'ils ne fussent pas éblouis de la gloire des impies, ni étonnés de leur puissance : c'est donc là qu'il visait, et c'est le principal objet de sa prophétie.

Cela se confirme de nouveau, parce que pour parvenir à cette fin , il fallait donner à Rome persécutrice et à son empire les caractères qui étaient connus du temps de saint Jean; ce qu'il a fait aussi, comme on vient de voir, et l'a fait si vivement et si bien , que personne ne s'y est trompé , ni n'a douté de son dessein. Les saints Pères ont connu , comme on a vu, que la destinée de Rome la païenne, de Rome dominante et persécutrice, était renfermée dans l'Apocalypse ; et nous avons démontré qu'il y a sur ce sujet une tradition constante dans l'Eglise, Préf., n. 7. Or cette tradition regarde la ville de Rome : aucun n'a pensé à l'Eglise romaine ; et les Albigeois, c'est-à-dire, les manichéens, sont les premiers qui, plus de mille ans après saint Jean, ont commencé à tourner contre l'Eglise de Rome, ce que tous les siècles précédents avaient entendu de la ville; par conséquent l'idée naturelle, et la seule véritable est celle-là.

Au reste, il n'est pas permis aux protestants de mépriser, au moins en cette occasion, l'autorité des anciens , puisqu'elle fait l'un de leurs principaux fondements; si bien que M. Jurieu, qui les méprise souverainement , et plus que n'a jamais fait aucun ministre, est contraint ici d'y avoir recours dans tous ses livres , et en particulier dans sa lettre xiii^, où il reproche aux interprètes qu'il nomme nouveaux, qui sont entre autres ceux de la réforme, qui ne veulent pas reconnaître que le pape soit l'Antéchrist, qu'ils s'opposent à l'autorité de tous les Anciens.

08. Quatrième démonstration par les principes généraux. Les persécutions de V Apocalypse trèscourtes, selon saint Jean. Ce que c'est que le peu de temps des ministres , qui dure douze cent soixante ans. Illusion des jours prophétiques. Confusion, absurdité et impiété manifeste. — On fait une quatrième démonstration contre le système protestant, en détruisant ses jours prophétiques et ses douze cent soixante ans de prétendue persécution papisli-

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