Apoc, XVII, 3, 4. — 2. Idem. — 3. P
que ; car c'est là un dénoùment de tout le système , sans lequel il faut qu'il tombe par cette raison. C'est que saint Jean nous représente partout les persécutions dont il parle , comme devant durer seulement quarante-deux mois, autrement trois ans et demi, et douze cent soixante jours. De quelque sorte qu'il faille entendre ces mois, ces ans et ces jours, il est clair que le dessein de saint Jean est de marquer un temps court , la moitié d'une semaine, c'est-à-dire, un temps imparfait, à l'exemple de la persécution d'Antiochus , dont Dieu expressément réduisit le temps à un si court terme, pour épargner ses élus, selon sa coutume , comme nous l'avons démontré'. Et que ce soit là un des caractères des persécutions que saint Jean décrit , on le voit manifestement en ce qu'il le répète cinq fois en divers chapitres, et que notamment au douzième, il assure que le dragon avait peu de temps, quoiqu'il dût encore tenir dans le désert, c'est-àdire, dans l'oppression, la femme, qui est l'Eglise, durant trois ans et demi, t. 12, 14. Ce qui montre que dans saint Jean, quarante-deux mois , trois ans et demi , et douze cent soixante jours , c'est peu de temps; et que cet apôtre a voulu donner ce caractère aux persécutions qu'il prophétise : or est-il que les protestants ne songent pas seulement à trouver la brièveté dans leur prétendue tyrannie et persécution antichrétienne, puisqu'ils l'attribuent non pas à un pape particulier, mais à tous les papes , à commencer ou à saint Léon , ou à saint Grégoire, ou à Boniface III, ou à Grégoire VII, jusqu'à la fin du monde : par conséquent leur système a un caractère opposé à la prophétie de saint Jean.
Pour sortir de cet embarras , ils ont inventé leurs jours prophétiques, dont chacun fait une année : d'où ils concluent que les quarante-deux mois, ou les trois ans et demi, ou, ce qui est la même chose, les douze cent soixante jours de saint Jean, sont douze cent soixante ans; et il n'y a point d'autre dénoùment à cette difficulté; mais il est nul par ces raisons.
La première, c'est que nous avons démontré^ que cette invention de jours prophétiques n'a nul fondement dans les prophètes ; que comme les autres hommes, les prophètes prennent des jours pour des jours; que lorsqu'ils les prennent autrement, ce qui ne leur est arrivé que deux fois dans toute l'Ecriture , ils en avertissent expressément ; et qu'enfin , quand tous les autres prophètes auraient parlé au gré des protestants, il faudrait entendre saint Jean par rapport à l'original qu'il regarde, c'est-à-dire, à Daniel, où constamment et de l'aveu des ministres mêmes, les jours ne sont que des jours.
Secondement, cette idée de jours prophétiques est si contrainte ^ que les ministres eux-mêmes l'oublient, lorsqu'ils parlent naturellement, comme Dumoulin a fait dans le chapitre xii, où sur deux versets diiïérents du texte de saint Jean , il prend naturellement des jours pour des jours, et douze cent soixante jours pour trois ans et demi : mais ces douze cent soixante jours qui faisaient trois ans et demi en deux endroits du chapitre xii, venaient
1. Explic. du chap. xi; Réf.. n 2 el suiv. et sur le >. 2. — 2. Avcrl., n. 24 — 3. Idem, 25, 2o.
AVKUTISSEMENT AIX l'KDTESTANTS
de faire douze cent soixante ans on deux endroits • : ' "'"^ xi . el puis en sortant du xn, où ils . luis à leur naturel , tout ;\ eoup, et sans qu'on sache pourquoi, ils se tournent encore une fois en douze cent soixante ans : ce qui montre que les protestants n'agissent point jKir principes, mais par caprice et par haine.
Le ministre Jurieu n'est pas i)Ius constant à conserver ses jours prophétiques au chapitre xn , puisqu'encore que par tout son livre de VAccomplissemrnt dfs Prophéties, il veuille trouver dans ce chapitre les douze cent soixante ans de la perséculion papistique , il y renonce formellement à l'endroit de ce même livre que nous avons marqué' : de sorte qu'il n'y a rien de moins assuré que ces prétendus jours prophétiques; puisque de cinq endroits de saint Jean où ils ont un droit égal , il y en a déjà deux d'où ils sont exclus.
En troisième lieu, ce peu de temps qu'il a fallu faire cadrer avec douze cent soixante ans, les a lellemenl troublés à l'endroit des sept tètes ou des sept rois, qu'il y a fallu succomber visiblement^ : car en faisant de ces sept rois autant de formes de gouvernement de Rome , pour conserver à la papauté, qui est le septième, le caractère de durer peu, que saint Jean lui donne, quoiqu'il dure, non-seulement plus que chacun des six autres, mais encore plus que tous ensemble , l'on ne sait plus où l'on en est : autant de tètes, autant d'inlerprélalions : les uns établissent ce peu de temps du septième gouvernement , c'est-à-dire, de la papauté , par rapport à l'éternité, ce qui brouille tout , et fait une illusion d'une prophétie; les autres , comme Dumoulin , soutiennent que durer un peu', à ce septième gouvernement , c'est durer plus que tous les autres, et ne se sauvent que par ••••ite insigne falsification. M. Jurieu se détruit luim^^me : tantôt durer un peu de temps, c'est durer un long temps rM, exprimé sous la figure d'un temps court , en sorte qu'en elTet il soit fort long , cl r- -■■'• court que dans la pensée de ceux qui l'ei. il mal ; tantôt rebuté lui-même d'une
telle interprétation, il n'y sait plus de remède qu'en confondant la sixième tète , rlonl saint Jean ne dit [H^inl qu'elle durAi peu, avec la septième , qui est la <>eule dont il le dit.
Mais je veux hif»ri ajouter en quatrième lieu, que quand il serait permis à ce ministre de substituer le sixième roi au septième , et les empereurs aux il n'y trouverait pas mieux .son compte , , .. ,uo toujours les empereurs ayant duré si longtemps , ils ne peuvent pas être ceux qui durent peu. Le« protestants les font durer jusqu'au gouvernement papal ; les uns huit cents ans , comme Dumoulin , qui |fs pous.se jusqu'à Pépin et à Charlemajrne ; If. autn-s onze cents ans , en allant jus- ..... ..,..,. .., yjj ^j jijpj^.,, ,j,ji |f.,jp donne le
.'■<, puisqu'il ne les mène fjue jusrju'à «ami Léon , ne leur en peut refuser cinq cents ; et
' '' ■ ' "re la finesse rpi'il imagine
errqjereurs aux seuls empereurs chrèlienft , sans niison et sans fondement '-il que «ainl Jean ail voulu caracroi , par rap[»orl aux seuls empereurs chrétiens , plul<>l que par le total des empe-
l.4Mrf.,e. — s. /«Um, 11.10, 17,18. — 3. /bld , n. 19, 17, 18.
reurs)? quand , dis-je , on voudrait admettre cette mauvaise lincsse , pourquoi voudraiL-on que le caractère des empereurs chrétiens soit de durer peu, puisque selon les diverses interprétations des protestants , ils ont duré cinq et six cents ans, et tout au moins cent cinquante, selon M. Jurieu ; nombre qui ne peut être réputé petit dans un composé d'autres nombres , où il y en a qui ne contiennent que trente ans , d'autres que sept ou huit , et d'autres que deux , comme celui des tribuns , des dictateurs perpétuels , cl des décemvirs.
En cinquième lieu, quand nous aurions accordé aux ministres, contre toute l'analogie des Ecritures, et la suite môme du texte, que ce court temps de douze cent soixante jours, c'est-à-dire, de trois ans et demi, serait un long temps, et vaudrait douze cent soixante années, nous avons vu que leur embarras ne ferait que croître, puisqu'ils ne savent où placer ces douze cent soixante ans, et qu'en quelque temps qu'ils les commencent, les absurdités où ils tombent sont inexplicables.
Nous avons vu*, selon leurs principes, que le pape Antéchrist, persécuteur et blasphémateur, doit naître parmi les ruines de l'empire romain démembré; par conséquent au cinquième siècle, comme le tiennent Joseph Mède et M. Jurieu. Cette hypothèse, qui en elle-même est la plus suivie, et la seule soutcnable chez nos adversaires, est en même temps la plus absurde, puisqu'elle engage à reconnaître pour le premier Antéchrist formé, saint Léon; à lui attribuer les caractères essentiels de l'antichristianisme , qui sont l'idolâtrie et le blasphème , la persécution et la tyrannie; à faire du concile de Chalcédoine un des quatre que les chrétiens ont toujours le plus révéré, une assemblée anlichrétienne; et de la divine lettre de saint Léon, où le mystère de Jésus-Christ est expliqué si parfaitement, un ouvrage de l'Antechrisl; à faire enfin de toute l'Eglise catholique, qui était dans la communion tant de ce grand Pape que de tous ses saints successeurs, l'Eglise anlichrélienne, sans pouvoir du moins en montrer une autre où Jésus-Christ fût connu; et faire encore de tous les papes qui sont venus depuis saint Léon jusqu'à saint Grégoire, c'est-à-dire, siins difficulté, des plus saints et des plus doctes de tous les évèques qui aient rempli la chaire de saint Pierre, et des blasphémateurs, des idolâtres, des persécuteurs, en un mot, et plus que tout cela, des anlechrists.
En sixième lieu , pour connaître l'absurdité et l'impiété de ce sentiment, il ne faut que voir les contradictions où sont toml)és les ministres en le soutenant^; car ils lâchent d'abord de l'adoucir, en disant ([ue l'Antéchrist au commencement n'avait pas encore toutes ses mauvaises qualités, et, comme parle M, Jurieu', qu'il pouvait être homme de bien, du moins (pi'il n'était pas damné : mais tout cela n'est {[u'illusion; et il faut avaler la coupe jusqu'à la lie. Car nous avons vu'* expressément dans sainl Jean , (pie la bête qu'on veut être l'Antéchrist, avait été idolâtre, persécutrice, blasphématrice, ennemie déclarée de Dieu el de ses saints, des qu'elle est sortie de l'abîme, el le doit être sans discontinuer durant tous ses jours : elle le doit être par consô-
1 Ati-rl., n. 27 el auiv.— 2. Idem., n. 29, 30 elsuiv. — 3. Lell. XIII. — 1. Avert., n. 27. Apoc, xi, xii, xiii.
SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE
quent, selon les idées de la réforme, durant douze cent soixante ans, à commencer dès le temps de saint Léon , et toute l'Eglise de ce temps l'était avec lui.
Que répond ici le ministre? des contradictions manifestes : car après avoir vainement lâché de mettre à couvert saint Léon et tous les saints de ce temps, en disant que l'anlichrislianisme n'était encore que commencé en leurs personnes; à la fin il a bien senti que tout cela n'était que plâtrer; cl il avoue en termes formels dans une des lettres qu'il vient d'opposer aux Variations, que Vidolâtrie et la tyrannie du papisme se sont pleinement manifestées après le milieu du cinquième siècle , quand V empire romain a été démembré^ ; c'est-à-dire, selon lui-même, sous saint Léon. Esl-ce là un mal commencé? et n'est-ce pas au contraire, le mal nonseulement consommé, mais pleinement découvert et déclaré dans toute sa force? Et dans la xm" lettre, où ce ministre avait eu horreur de nier que saint Léon et ses successeurs aient été gens de bien, quoiqu"antechrists, il est enfin contraint d'avouer que c'est sous eux, et dès le temps de saint Léon, que le blasphème et l'idolâtrie ont commencé avec le culte des saints; que l'Eglise dès ce temps a été foulée aux pieds par les nouveaux païens^, c'est-àdire, par saint Léon et les autres : d'où il s'ensuit par la force du même passage de saint Jean, que la guerre a été dès lors déclarée à Dieu et à ses saints; en sorte que ce pape et ses successeurs, à cela près gens de bien, ont été blasphémateurs et persécuteurs; qui était ce qu'on n'osait dire, tant il était visiblement faux et détestable, et ce qu'à la fin on est contraint de passer.
Mais en septième et dernier lieu, il ne faut pas s'en tenir à saint Léon, puisqu'on a très-clairement démontré ^ que les Pères qui ont fleuri au quatrième siècle, saint Ambroise , saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome, saint Augustin, et les autres lumières de ce temps, n'ont point d'autres sentiments sur ce prétendu service des créatures, c'est-à-dire, sur les honneurs des saints, que celui de saint Léon , ne s'en sont pas exprimés en termes moins forts, et n'ont pas moins célébré les miracles que Dieu avait faits en confirmation de ce culte '* : ce qui aussi a obligé M. Jurieu à les mettre au rang des hommes abusés par les démons, et au rang même de leurs adorateurs, et d'assurer que dès leur temps l'idolâtrie régnait dans l'Eglise ^. Il faudrait donc en faire encore des blasphémateurs, des idolâtres, et en un mot, des antcchrisls, aussi bien que saint Léon; et rien ne les a sauvés des mains de la réforme, que le bonheur qu'ils ont eu de naître plus tôt : en sorte que les mesures que prennent les protestants, pour faire finir le règne anlichrélien, ne cadrent plus avec le temps de leur vie; ce qui dans le fond ne les empêche pas d'être autant antechrists que saint Léon.
69. Que les protestants ne se sauvent pas en prejiant un autre système que M. Jurieu. — Si les protestants peuvent se sauver en désavouant M. Jurieu, qui fait de saint Léon un antechrist, et en mettant l'Antéchrist plus bas, en quelque temps que ce soit", ce ministre les convainc par leurs
1. Apoc.,\iii, p. 98. — "2. Lelt. xii, /). 89. — 3. Ave>-t.,n. 28, •29, 30, 31, 32, 33. — 4. Idem, n. 36. — 5. Ihid., 29. — 6. Ihid , 42.
principes ' : premièrement, parce qu'ils demeurent d'accord que la naissance de l'Antéchrist doit arriver du temps des dix rois, et au milieu du démembrement de l'empire, qui constamment est arrivé au cinquième siècle. Ils demeurent encore d'accori que le passage où saint Paul fait naître l'Antéchrist, après que celui qui tient sera ôté, s'entend de l'empire romain, et convient avec celui de saint Jean, où l'empire est donné en proie aux dix rois. Ainsi en toutes manières , l'Antéchrist doit naître en ce temps; et le reculer plus bas, c'est renverser de système protestant.
M. Jurieu les convainc secondement encore par deux autres de leurs principes, qui est que l'idolâtrie dans l'Eglise est un caractère antichrétien, et même le principal, et que le culte des saints est une vraie idolâtrie .• or, il leur montre ce culte dès le temps de saint Léon, et plus haut; et il n'y a pas moyen de le nier, Daillé même ayant fait un livre pour le prouver^. Il leur montre donc dès-lors le principal caractère antichrétien, et l'Antéchrist tout formé.
Par ces deux raisons concluantes, M. Jurieu a démontré que son système est le seul qui cadre avec les principes communs des interprètes protestants; de sorte que si on y trouve des impiétés, des inconvénients, des absurdités inévitables, ce sera parla nous avouer que le système protestant est insoutenable et contradictoire; qui est tout ce que nous pouvons souhaiter.
Mais d'ailleurs, si les protestants rejettent le système de ce minisire à cause qu'il ne convient pas avec l'histoire du temps , où l'on ne voit ni blasphème, ni persécution dans l'Eglise, quoi qu'ils fassent, ils tomberont dans les mêmes inconvénients.
S'ils descendent à saint Grégoire, ils n'y trouveront ni plus de persécution, ni plus de blasphème; s'ils en viennent à Boniface III, à cause, à ce qu'ils prétendent, qu'il a pris le titre d'Evèque universel, qui est un litre antichrétien, selon saint Grégoire, il est faux que ce pape ait pris ce titre; il est faux qu'il ait élendu sa primauté plus ou moins que saint Léon; il est faux qu'il ait honoré les saints ni plus ni moins; il est faux qu'on trouve de son temps la moindre ombre de persécution.
S'ils en viennent avec Dumoulin à l'an 755 , et au temps où les Romains, abandonnés à la fureur des Lombards, furent contraints d'avoir recours aux Français, ils trouveront bien alors la ville de Rome ôtée en quelque manière aux empereurs d'Orient, ou plutôt abandonnée par eux-mêmes, et laissée en proie à ses voisins; mais outre qu'ils n'y trouveront ni les dix rois, ni le grand démembrement de l'empire , qui a précédé celte époque de trois cents ans , ils n'y trouveront de saints opposés à la prétendue tyrannie du pape, que les iconoclastes; élranges saints, où pour toute marque de sainteté, on nous donne le renversement des images, réprouvé par les luthériens; esprits outrés, qui portent la haine des images jusqu'à détester la peinture et la sculpture, comme des arts réprouvés de Dieu; gens au reste si peu éloignés de l'idolâtrie, selon les principes des protestants, qu'ils prononcent des analhèmes contre ceux qui refuseront d'implorer le secours des saints , et d'en hono-