Matth., VI. 21. — 3. //. Thess., m
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
délices. Nous demandons ce A quoi vous nous avez assujotis , parce que c"esl vous qui nous avez imposé celle servilude. Donnez-le-nous aujourdhui co pain nécessaire chaque jour : il ne sera pas moins nécessaire demain qu'aujourd'hui; mais je dois élre contenl , pourvu que je l'aie aujourdhui. Si vous me donnez davantage, à la bonne heure : mais je suis conlent d'aujourd'hui. A chaque jour su/fU son mal : ne vous laissez pas troubler ni inquiéter pour le lendemain*.
Donnez-nous le pain de vie : donnez-nous l'eucharislie. Donnez à notre Ame sa nourriture; nourrissez-la de la vérité et de votre volonté sainte. Car notre nourriture , comme celle de notre Sauveur, est de l'accomplir-. Nourrissez-nous donc de ce pain qui n'est pas moins nécessaire à l'ùmc que l'autre l'est au corps; que nous n'avons pas moins besoin de recevoir journellement de votre main. Donnez-lenous aujourd'hui; donnez-le-nous dans ce jour qui ne linit point. Que je commence aujourd'hui ce jour bienheureux! que je commence à vivre pour l'éternité !
Il fallait joindre à ces exercices de l'amour, celui de l'amour pi nitent. Et le voici : Pardonnez-nous. Que je puisse, comme la pécheresse, entendre de la bouche du Sauveur cette douce et consolante parole : « Plusieurs péchés lui sont remis , parce qu'elle a beaucoup aimé : celui à qui on remet plus, aime plus : celui à qui on remet moins , aime moins'. » C'est la vérité éternelle qui l'a ainsi prononcé. Pardonnez-moi donc; et faites que je vous aime autant que j'ai besoin de votre pardon.
Songeons aux larmes de celle sainte pénitente; songeons à ces baisers qu'elle ne cessait de donner aux pieds de Jésus. Le Publicain n'osait lever les yeux au ciel : celle-ci n'ose pas même tenir la tête levée. Prosternée de tout son corps aux pieds du Sauveur, elle ne met point de fin à ses regrets, parce qu'elle n'en niellait point à son amour. Disons dans le môme esprit et avec les mômes sanglots : Pa rdon nez-n ous.
Comme nous pardonnons. Afin que rien ne manque, voici encore la charité fraternelle. Rien n'empêche noire union avec nos frères , si les offenses mômes ne l'empôchenl pas. Nous les pardonnons, ô Seigneur! comme nous voulons obtenir notre pardon, avec la môme sincérité. Nous ne réservons rien, comme nous ne voulons pas que vous réserviez rien à noire égard. Nous lui rendrons notre amour, comme nous voulons que vous nous rendiez le vôtre.
Et ne nous induisez pas en tentation. On nous a donné le remède aux péchés passés, en voici un pour l'avenir. 0 Seigneur! ne nous livrez pas entre les mains du tentateur. O Seigneur! vous pourriez avec justice lui permettre tout sur nous, par une juste punition de nos péchés : ne le faites pas, nous vous en prions, à cause de voire bonté.
Il ne suffit pas dédire : que nous ne succombions [>a3 à la tentation. Prions que nous n'y soyons jamaitt induits. Car notre faiblesse est si grande, que si riou« étions tentés, nous succomberions; ou du moin.s si nous n'étions pas tout à fait vaincus, nous reciïvrions quelque blessure. C'est pourquoi le môme Sauveur qui a «lit : Veillez et priez , de peur que
l. Matth., VI. M. — 2. Joati., iv. 34. «. AT.
'■i. Luc, VII.
roits n'entriez en tentation*, nous fait demander ici, non pas sculemcnl que nous n'y succombions point; mais que nous n'y soyons points induits, que nous n'y entrions point.
Que nous sommes aveugles! hélas! si pendant que nous demandons à Dieu qu'il ne nous induise pas en tentation , nous nous y jetons nous-mêmes : si nous nous jetons dans ces occasions où notre chute a toujours été trop certaine ! Fuyons, fuyons; et nous pourrons faire sincèrement celle demande.
Délivrez-nous du mal : C'est notre parfaite délivrance que nous demandons. Délivcez-nous du péché, de ses causes, de ses effets, de ses peines. Ainsi , libres de tout mal , nous serons des enfants parfaits , et nous pourrons dire véritablement et parfaitement : Notre Père. En attendant celle parfaite délivrance, qui n'est autre chose que le salut éternel , délivrez-nous du péché ; qu'il ne règne point en nous. Délivrez-nous des mauvais désirs; que nous cessions de les combattre et de les vaincre. Délivrez-nous des peines du péché, de la mort, des maladies, des autres peines. Délivrez-nous de la crainte et de la servilude oii elles nous jettent. Délivrez-nous de leur malignité; et faites qu'elles nous tournent à remède. Délivrez-nous des maux de celte vie, ou donnez-nous la grâce qu'ils nous servent à l'autre, où nous serons parfaitement libres. Hâtezvous de nous délivrer : nous soupirons après cette bienheureuse délivrance. L'amour divin est notre liberté : c'est lui qui nous délivre de l'amour du monde. Régnez donc, ô amour divin ! je vous livre mon cœur : Délivrez-nous de tout mal..
Ainsi dans toutes ces demandes, on ne demande et on n'exerce que l'amour divin. Mais remarquons bien qu'on ne l'exerce que comme une chose qu'on demande à Dieu. Car, que lui demandons-nous, lorsque nous disons : Que votre nom soit sanctifié ; que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite; délivrez-nous du mal : que lui demandons nous, sinon dans un amour chaste, le saint et parfait usage de notre volonté? Et cela même doit encore redoubler notre amour, puisque notre amour étant un don de Dieu , il nous oblige toujours à une nouvelle reconnaissance; ce qui enfin le doit multiplier jusqu'à l'infini.
Certainement c'est un don de Dieu , que d'aimer Dieu : « Celui qui nous a aimés, lorsque nous ne songions pas à l'aimer, nous a donné la grâce de l'aimer, » dit saint Augustin. Aimons-le donc de tout notre cœur, sans fin et sans cesse.
On se tourmente à demander, quand est-ce qu'il faut exercer l'acte d'amour : la réponse est claire. Il faut l'exercer autant qu'on peut : autrement on n'aime pas de tout son creur. Quand l'amour est sincère, et dans le cœur, il s'exerce assez par hiirnème et il ne lui faut point d'autre loi que luimême pour son exercice. Il faut l'exercer toutes les fois qu'on dit le Pater; puisque si on l'entend, cl qu'on le dise en esprit, on ne le peut dire sans aimer.
Bien ne manque dans celle divine oraison : l'amour de Dieu et celui du prochain, où réside l'accomplissement de la loi , y sont accomplis dans leur perfection.
On demandera, pourquoi Jésus-Christ ne nous y