LXVI« JOUR
Quel ett le trai prix de l'argent. Veuve donnant de son indigence. (Marc, XII. 41-44; Luc, xxi. 1-4.)
Jfesrs-CHRisT venait do parler des pharisiens, et de leur arlilice k tirer de l'argent des veuves : il va riiofilrer ce qu'il faut estimer dans l'argent, el quel en est le vrai prix.
Jésu» »'(usil , et regarde cfstix/iui mettaient dans
1. I.»r,xt. »7. 38, %, 5!, Mallh., xxiii. n \ Luc, xi. 44. — 3 llem. ir». — 4, /hi-l„ xi. — r,. Matllt., xtut.A\. — 0. Luc, xt. 411 — 7. J'Um, M. — 8. Ihl^l ., i% 54.
le Ironc ou dans le trésor : Une pauvre veuve donna deux petites pièces d'un liard : Elle a plus donné que tous*. Que l'homme est riche! Son argent vaut tout ce qu'il veut : sa volonté y donne le prix. Un liard vaut mieux que les plus riches présents. Manquez-vous d'urgent , un verre d'eau froide vous sera compté; et on ne veut pas même vous donner la peine delà chauffer. N'avez-vous pas un verre d'eau à donner? un désir, un soupir, un mot de douceur, un témoignage de compassion : si tout cela est sincère, il vaut la vie éternellcl 0 que l'homme est riche, et quels trésors il a en main!
Heureux les chrétiens d'avoir un maître qui sait si bien faire valoir les bonnes intentions de ses serviteurs t Aussitôt qu'il voit cette veuve qui n'a donné que deux doubles , ravi de sa libéralité, il convoque ses disciples, comme à un grand et magnifique spectacle.
Elle a donné plus que tous les autres; quoique tous les autres eussent donné largement : Mais les autres ont dominé le superflu, et le reste de leur abondance, sans s'apercevoir d'aucune diminution; au lieu que celle-ci a donné tout ce quelle avait , et tout son vivre^ : s'abandonnant avec foi à la divine Providence.
Voilà les aumônes que Jésus-Christ loue : celles où on prend sur soi : car de telles aumônes sont les seules qui méritent le nom de sacrifice.
LXYIIû JOUR.
Ruine de Jérusalem et du temple. (Matlh., xxiv. 1-32; Marc, XIII. 1-28; Luc, xxi. 5-29.)
Ce que Jésus-Christ avait prédit de la ruine de Jérusalem, est ici plus particulièrement expliqué, et Jésus-Christ y déclare ce qu'il n'avait pas encore dit : que le temple ne serait pas excepté d'un malheur si prochain , et périrait comme le reste. Il ne voulait pas laisser ignorer à ses disciples un événement si important; et il choisit pour s'en expliquer les jours prochains de sa mort, dont il devait être la punition.
Maître, voyez quelles pierres et quelle structure ^ I C'est ainsi que parlent les disciples en montrant le temple au Fils de Dieu : ces deux paroles en font la peinture ; Quelles pierres, de quelle beauté, de quelle énorme grandeur! Quelle structure, quelle solidité, quelle ordonnance, quelle correspondance de toutes ses parties! Saint Luc ajoute la richesse des dons, dont le temple était rempli'''. Il n'y avait donc rien de plus solide, ni de plus riche : el néanmoins il périra : tant de richesses, une si belle structure, tout sera réduit en cendres.
« Voyez-vous tous ces grands bâtiments? En vérité, je vous le dis : il n'y demeurera pas pierre sur pierre^. » Enorgueillissez-vous de vos édifices, ô mortels : dites que vous avez fait un immortel ouvrage, et que votre nom ne périra jamais. Ce grand politique llérode croyait s'être immortalisé, en refaisant tout à neuf un si admirable édifice, avec une magnificence qui ne cédait en rien , ])our la beauté de l'ouvrage, à celle de Salomon. Si quelque chose devait être immortelle, c'était un temple si auguste, si saint, si célèbre : tout semblait le pré-
1. M'irc.,xn. 43,44; Luc, xxi. 1 , 2, 3. — 2. Marc, idem, Luc. ,yi\i.'\. — 'A. Marc, y.ni. L — 4. //?«r., xxi. 5. — 5. il/rnv;., xiri 2.
LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR
server des injures du temps; sa structure, sa solidité. On épargne même dans les villes prises, ces beaux monuments, comme des ornements, non des villes, ni des royaumes, mais du monde. Mais sa sentence est prononcée : il faut qu'il tombe. En effet, Tlte avait défendu surtout , qu'on ne touchât point à ce temple : mais un soldat animé par un instinct céleste, comme Josèphe, historien juif, qui était présent à ce siège et qui a tout vu , le témoigne , y mit le feu; et on ne le put éteindre*. Les Juifs avaient voulu le rebâtir sous Julien l'Apostat : le feu consuma les ouvriers qui y travaillaient^. Il fallait que tout fût détruit et à jamais; car Jésus-Christ l'avait dit. Dieu voulait punir les Juifs , et en même temps par un excès de miséricorde leur montrer qu'ils devaient chercher dans l'Eglise un autre temple, un autre autel, et un sacrifice plus digne de lui. Ainsi les justices de Dieu sont toujours accompagnées de miséricorde; et il instruit les hommes en les punissant. Il instruit les Juifs en deux manières : il leur fait sentir leur crime en frappant jusqu'à sa maison : en la détruisant, il les détache des ombres de la loi , et les attache à la vérité.
Le temple avait accompli, pour ainsi parler, tout ce à quoi il était destiné. Le Christ y avait paru, selon les oracles d'Aggée et de Malachie^. Qu'il périsse donc, il est temps : quelque saint que soit celui-ci par tant de merveilles, et par le sacrifice qu'Abraham y voulut faire d'Isaac son fils : il faut qu'il cède aux temples, où l'on offrira, selon le même Malachie^ wi plus excellent sacrifice, depuis le soleil levant jusqu'au couchant.
LXVIIIe JOUR.
La ruine de Jérusalem, et celle du monde : pourquoi prédites ensemble?
DiTES-NOus, quand arriveront ces choses, et quel est le signe de votre avènement et de la fin des siècles ^. C'est la demande que firent à Jésus ses principaux apôtres , Pierre , Jacques , Jean et André , pendant qu'il était assis sur la montagne des Olives ®.
Remarquez que dans leur demande, ils confondaient tout ensemble la ruine de Jérusalem, et celle de tout l'univers à la fin des siècles. C'est ce qui donne lieu à Jésus-Christ de leur parler ensemble de l'une et de l'autre.
On demandera , pourquoi il n'a pas voulu distinguer des choses si éloignées. C'est , premièrement, par la liaison qu'il y avait entre elles; l'une étant figure de l'autre; la ruine de Jérusalem, figure de celle du monde, et de la dernière désolation des ennemis de Dieu. Secondement, parce qu'en effet plusieurs choses devaient être communes à tous les detix événements. Troisièmement, parce que, lorsque Dieu découvre les secrets de l'avenir, il le fait toujours avec quelque obscurité ; parce qu'il s'en réserve le secret; parce qu'il ne veut pas contenter la curiosité, mais édifier la foi; parce qu'il veut que les hommes soient toujours surpris par quelque endroit. C'est pourquoi en les averlissanl, pour les obliger à prendre des précautions, et encore pour leur faire voir que l'événement qu'il leur prédit est un ouvrage de sa main , préparé depuis
1. Joseph., lib. de Bel. Jud.,c. 16. —2. A mm. Marcell., lib. XXIII. init. —3. Ayg., n. 8, 10; Mali.ich.,\ii. 1. —4. Malnck., I. 11. — 5. MiiUh., XXIV. 3; Marc, xiii. 4; Luc, xxi. 7. —