Lett. xii, xiK. — 2. Dali., De Cuit, htiin
AVERTISSEMENT AUX PROTESTANTS
rer les reliques*. El après Unit, que pagnera-t-on , quand on aura emportt' qu'il n'y a ou df sainls, que de lelles jrons que rOrienl et lOccidenl onl dotestos? il y faut la persécution : or, on n'en trouve aucune en ces temps, que colle que les empereurs iconoclastes tirent soulTrir cinquante ans durant, aux chrétiens qui retenaient les images, menaçant jusqu'aux papes , cl no cessant de les tourmonîor par tous les moyens possibles; de sorte que contre le système , rAntechrisl aurait été persécuté , et non |>as persécuteur.
Quand .Milin il en faudrait venir au temps de Grégoire VII, c'est-à-dire, contre les principes de la secle . à une époque éloignée de six cents ans de la d !i de l'empire, on n'y trouverait non plus
la , .. :ulion, si ce n'est qu'en prenant ce pape pour l'Antéchrist, on prit aussi l'empereur Henri IV, qu'il liU'ha de déposséder, pour l'un de ces saints que la bote devait persécuter. Et si l'on a recours à Bérenger et aux bérengariens, qu'on nous donne pour les saints persécutés de ce Icmps-là, premièrement, les luthériens, la principale partie des protestants, n'y consentiront jamais; secondement , ces saints bérengariens , de tous les dogmes de l'Eglise catholique, ne contredisaient que celui de la présence réelle, que nos prétendus réformés trouvent le plus tolérable; et enfin nous avons fait voir' qu'il n'y eut point alors de persécuteur, puisque même les bérengariens ne se séparèrent jamais, et revinrent bientôt de leur erreur, à l'exemple de leur maître.
70. Cinquième et dernière démonstration , par les principes généraux. — Il nous reste encore à abréger une cinquième et dernière démonstration par les principes généraux; et je la forme en cette sorte. Rien ne revient plus souvent dans l'Apocalypse, que des Gentils persécuteurs et des saints p.- -:•.;, car c'est ce qu'on y trouve partout; mais !• - . -lants ne peuvent trouver, ni ces Gentils, ni ces saints, parce qu'ils sont les uns et les autres d'une espf'ce si particulière, qu'on ne les trouve nulle part dans l'Apocalypse, ni môme dans toute l'Ecriture.
l'our cf qni regarde les Gentils, ceux dont ils ont besoin pour établir leur système, sont des Gentils chrétiens, qui croyant en Dieu créateur, et en Jésus-Chrisl sauveur, professent avec cela une idolâtrie , dont les saints soient les défenseurs et les auteurs, et qui aussi devait régner dans l'Eglise durant douze cent soixante ans'. Si une telle idolâtrie a jarr;-- •'■■ . elle est si singulière et si essentielle, qi. -lint-Esprit, qui a révélé tant de choses bien moins importantes, a dû nous instruire d' * ' ' ■ ' '■ Il le ministre conclut, en termes f" , . ■ •; idol.ltrie ecclésiastique a été, elle a dû «re prédite*. Que si elle l'a du être, c'a Hk prio' ' -ni dans l'yVporalypse , puisqu'on suppose 'j livin livre a été écrit pour nous la fairr connaître et éviter; mais le ministre se tourment- 1 Ji la chercher dans tout ce livre , et il aTOUf. 1 . ..ri qu'il ne l'y voit pas,
D'aboffl il l'avait trouvée , en ce que saint Jean ^' '• une prostituée; mais nous
a. ,.., ... .,., . . „. expression lui a paru trop gêné-
I. Aei. Con<. Cotut. in Cône. .Sic. ii. L'thh , tom, vii — — t. A9rrt , «. flO. — a. l'Itm, rr. W .■< tutv. — 4 Ihiil. ;jo'.
rale\ parce qu'il fallait avoir spéciQé que c'était une adultère et une épouse infidèle, ce que saint Jean a évité.
Il croyait aussi avoir rencontré ce qu'il cherchait dans le passage, où le parvis du dehors était livré aux Gentils^; mais ce passage à la fin lui a paru trop obscur, n'y ayant rien de moins clair que de prendre le parvis du temple pour une fausse Eglise^, au lieu que c'est seulement le dehors de la véritable; ou de conclure que l'extérieur de la vraie Eglise devienne une fausse Eglise, parce qu'il est livré aux Gentils qui le profanent; ou que ces Gentils , profanateurs de l'extérieur de la vraie Eglise et du vrai temple, soient nécessairement de faux chrétiens, comme si on n'avait pas vu la vraie Eglise opprimée durant trois cents ans, dans ce qu'elle avait de visible, par de vrais Gentils adorateurs de Junon et de .Jupiter.
Voilà les deux passages allégués; et ensuite désavoués par le ministre. Les autres ne sont pas plus clairs : la femme s'enfuit au désert; la prostituée est une religion qui a ses mystères; le peuple de Dieu est dans Babylone : donc il y aura des saints' qui seront idolâtres , et une Eglise chrétienne qui aura l'idolâtrie dans son sein : on n'entend rien à ces conséquences.
Ne nous amusons plus à répéter ce que nous avons dit pour les détruire ■*; puisque le ministre ' qui s'est voulu fonder dessus, sent à la fin qu'il n'a rien fait, s'il ne trouve celte idolâtrie en quelque texte plus formel, en quelque oracle plus clair et moins général^ : mais cet oracle moins ambigu, ce texte plus clair et plus formel , il ne le trouve que hors de l'Apocalypse; de sorte qu'il faut sortir de la prophétie de saint Jean , pour y trouver celte idolâtrie qui en fait le principal sujet.
Mais ce qu'il donne pour clair, par malheur, se trouve encore plus ambigu, ou, pour mieux dire, plus visiblement faux que tout le reste; puisque c'est le passage de saint Paul, où il dit, qu'il y aura dans les derniers temps des hommes, qui en s'adonnant à des esprits abuseurs et à la doctrine des démons , condamneront le mariage et certaines viandes : passages , où loin de parler de la prétendue idolâtrie des chrétiens, il n'est même en aucune sorte parlé d'idolâtrie, comme on voit.
Car de prendre dans ce passage la doctrine des démons, non plus pour celle qu'ils inspirent, comme tout le monde, et les protestants avec tous les autres, l'avaient toujours entendu, mais pour celle qui apprend à les adorer, comme Joseph Mède l'a imaginé le premier"; cl ne trouver que là ce texte formel, qu'on cherche depuis si longtemps : c'est à M. Jurieu , au lieu d'un texte formel , de démêler une obscurité par une obscurité encore plus grande, et montrer manifestement qu'on n'a rien à dire.
Concluons que la prétendue idolâtrie ecclésiastique n'a été prédite nulle part. Or, dit M. Jurieu , si elle a été, elle a été prédite'' : elle n'a donc jamais été; et ce n'est qu'une invention pour mettre non-seulement tous les catholiques, mais encore tous les saints du quatrième siècle au rang de ces
'A. Avert., n. 3.5. — 2. Idem, Ace, 2. p., p. 179. — 3. rhid. — 4. Avrt., n. r>. 0, 10, 3.5, etc. — 5. Idem, p. 179, n. liô, .36, 37. — 0. Ihid., n -M. — 7. Ihid.. 35.
SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE
idolâtres, qui en adorant les saints, selon M. Jurieu, ont adoré les démons.
Il ne sert de rien d'entamer ici avec le ministre , un vain raisonnement sur les démons, que les païens reconnaissent pour des esprits médiateurs : il s'agit de nous faire voir par l'Apocalypse , ou du moins par quelque autre endroit de l'Ecriture, qu'une semblable idolâtrie ait dû régner dans l'Eglise, et y régner un aussi long temps que douze ceiit soixante ans : et nous pourrions démontrer sans peine, s'il en était question, que ces démons, médiateurs chez les païens , étaient médiateurs de la création; Dieu jugeant indigne de lui de faire l'homme de sa main, et jugeant aussi la nature humaine indigne par elle-même de lui être réunie comme à son principe : médiation inconnue aux Pères aussi bien qu'à nous, et qui loin d'avoir jamais régné dans l'Eglise y a toujours été détestée.
71. Quels saints et quels martyrs les protestants ont trouvés dans l'Apocalypse, et qu'à la fm ils sont obligés de les dégrader. Passage exprès du ministre Jurieu. — Si les protestants n'ont pu trouver dans l'Apocalypse les chrétiens idolâtres et persécuteurs qu'ils y cherchaient , ils n'y ont non plus trouvé les saints persécutés dont ils ont un égal besoin ; et ils ne nous les produisent qu'en nous donnant pour des saints les Albigeois , les Vaudois , un Viclef, un Hus , et leurs sectateurs, jusqu'aux Taborites, gens que nous avons convaincus par des faits constants des crimes et des erreurs que je n'ai plus besoin de répéter'.
Aussi ai-je remarqué que les protestants ont honte de les mettre au rang des martyrs : car écoulons M. Jurieu sur le chapitre xx de l'Apocalypse. Là paraissent les âmes de ceux qui ont été décollés pour le témoignage de Jésus , et ce sont ceux qui n'ont point adoré la bête , ni son image , et qui n'en ont porté le caractère , ni dans leur front , ni dans leurs mains, t. 4. Ce sont ceux-là qui revivent et qui ressuscitent même corporellement avant tous les autres, selon M. Jurieu^. Si la bète, c'est le pape; si son image , c'est le pape encore ; si le caractère de la bète , c'est la profession du papisme, les martyrs , que saint Jean nous vient de décrire , sont ceux qui ont souffert sous la papauté; et, selon M. Jurieu , ce doivent être les premiers qui ressusciteront en corps et en âme; mais non, c'est tout le contraire. Il décide nettement que cette première résurrection ne sera que de très-peu de gens, c'est-à-dire, DES ANCIENS MARTYRS, et quc le rcstc des fidèles ne ressuscitera qu à la fin du monde. Ce n'est donc que des anciens martyrs , que saint Jean a voulu parler dans toute l'Apocalypse , c'est-à-dire, très-constamment des martyrs de l'ancienne Eglise, et des prémices du nom chrétien : ce sont ces anciens martyrs qui ont méprisé la bète et son caractère. Voilà comme on parle naturellement , quand on veut de bonne foi parler des martyrs, dont saint Jean exalte la gloire dans toute son Apocalypse. La bête n'est donc plus le pape; l'idolâtrie n'est plus le papisme; et ces faux martyrs, qu'on n'appelle tels qu'à cause qu'ils ont résisté à la première puissance qui soit dans l'Eglise, ne paraissent plus.
Ainsi la démonstration est achevée. Les ministres, en recherchant leurs idolâtres, nous ont montré les
, 1. Avert., n. 39. — 2. Accomp.. 2. p., rh. 23, p. 429.
saints; et pour comble d'aveuglement, en cherchant leurs saints , ils nous ont montré de faux martyrs qui échappent de leur mémoire, quand ils regardent de bonne foi les véritables.
72. Preuves tirées des chapitres particuliers. Abrégé de celles du chapitre xi , où l'on commence à comparer notre système avec celui des protestants. Illusions pitoyables du ministre Jurieu sur les deux ' témoins. — Voilà cinq démonstrations où l'on pouvait , comme on voit , en compter un bien plus grand nombre, si, pour les rendre plus intelligibles, on ne les avait réduites à certains principes généraux. Mais les preuves se multiplieront jusqu'à l'infini, si l'on descend en particulier aux neuf chapitres où il est parlé de la bête.
Par exemple, dans le chapitre xi, où elle paraît pour la première fois, et où elle fait mourir les deux témoins, les erreurs des protestants sont infinies. Nous avons déjà remarqué le court temps qui est désigné par douze cent soixante jours , changé en l'espace immense de douze cent soixante ans : nous avons aussi remarqué qu'on fait une fausse Eglise du parvis, qui n'est que l'extérieur de la véritable. On veut qu'une fausse Eglise soit nécessairement celle qui est livrée aux Gentils* ; et on ne songe pas que la cité sainte , qui sans doute n'est point une fausse Eglise , leur est pareillement livrée pour être foulée aux pieds : on donne donc pour marque d'une fausse Eglise , l'oppression que la vraie Eglise est contrainte de souffrir, et la croix de Jésus-Christ qu'elle porte. Les Gentils sont de faux chrétiens , sans qu'on puisse trouver ce nom appliqué à des chrétiens , pas même à des chrétiens hérétiques , ni à d'autres qu'aux vrais païens. Les deux témoins que la bète a mis à mort , sont les Albigeois , et les autres que nous avons convaincus d'impiété par des faits constants , et à qui aussi ceux qui nous les vantent , n'ont osé conserver leur rang parmi les martyrs. Il en est à peu près de même de Luther et de Zuingle : c'étaient eux , avec leurs disciples , qui étaient, dans les Préjugés, les deux témoins^, c'est-à-dire, le petit nombre des défenseurs de la vérité , ressuscites tout âcoup , et montés au ciel , c'est-à-dire , élevés au comble de la gloire , après avoir été morts pour un peu de temps par la totale ruine de ces grands saints, les Taborites. Cela était spécieux et honorale aux réformateurs : mais le ministre a bien vu que ressusciter et monter au ciel , devait être quelque chose de plus grand que ce qu'ont fait Luther et Zuingle : ainsi il les a tirés d'un si haut rang^, et il a renoncé publiquement à cette superbe interprétation dans son Accomplissement des Prophéties.
En récompense , il y dit que les deux témoins ne seront mis à mort que dans la France ; que les fidèles des autres royaumes n'ont point de part à cet endroit de la prophétie; et qu'avec des expressions qui regardent visiblement toute l'Eglise, saint Jean n'a eu en vue que l'Eglise prétendue réformée de ce royaume. Elle est si bien morte, dit le ministre, qu'il ne lui reste qu'à l'enterrer. C'est pour les morts le dernier honneur que celui de la sépulture; et saint Jean ne nous montrait les corps morts de ces deux témoins gisants à terre, privés du tom-