‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 272 sur 851 · US · texte numérisé non relu

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MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

saint prophète. Il sentit d'aliord que la tenipMc était envoyée contre lui : il vil jeter tranquillement le sort , que les passagers jetaient entre eux , pour découvrir le sujet de la tempête : il le vit tomber sur lui sans s'elVrayer; car il avait toujours dans lespril que la mort lui était meilleure, que d'aller prophétiser pour èlre dédit, et faire blasphémer la prophétie' : et il dit hardiment aux naulonniers, qui le voulaient épargner : Jetez-moi dans la mer sans hésiter, et la tempête cessera ; car je sais bien que c'est pour moi qu'elle est excitée-. Cependant ils le respectèrent , étonnés de sa prodigieuse tranquillité, et encore plus de la grandeur du Dieu qu'il servait. Car comme on lui demanda, qui il était, « il avait répondu, qu'il était Hébreu, et que le Dieu qu'il craignait était le Dieu du ciel, et le Créateur de la terre et de la mer : » et ils faisaient les derniers efforts pour arriver à terre, sans qu'il en coûtât la vie à un si grand homme. Mais plus ils ramaient, plus la mer s'enflait : en sorte qu'ils furent contraints de jeter Jonas dans la mer, en prenant Dieu à témoin, que c'était à regret qu'ils le noyaient; et qu'ils étaient innocents de sa mort , et aussitôt l'agitation de la mer cessa^. Et voilà déjà, en figure de notre Sauveur, tout ce peuple sauvé par la mort , comme l'on croyait, du saint prophète, à laquelle il s'était lui-môme volontairement offert. Mais ce n'est pas là tout le mystère; et le reste nous est expliqué par le Sauveur même, lorsqu'il dit : « Cette mauvaise race demande un signe , et il ne lui en sera point donné d'autre, que le signe du prophète Jonas : car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans les entrailles de la baleine, ainsi le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre*. »

L'esprit de prophétie ne quitta point Jonas dans le ventre de cet énorme poisson : car il y chanta ce divin cantique^ : « J'ai crié du fond de l'abîme, et vous avez écouté ma voix : les eaux m'ont environné : tous vos gouffres et tous vos flots ont passé sur moi : et j'ai dit : je suis rejeté de devant vos yeui; mais je reverrai encore votre saint temple. » Il sent donc qu'il sortira de cet abîme; et il le recommence encore en cette sorte : « Les eaux m'ont pénétré jusqu'au fond : l'abime m'a entouré : la mer a couvert ma tête : j'ai descendu au fond de la mer, et jusqu'à la racine des montagnes : je suis enfermé pour toujours dans les soutiens de la terre". » Il n'y a point de ressource dans la puissance créée. « Mais vous, 6 Seigneur, mon Dieu, vous me relèverez « d'un si grand rnal , et vous mo préserverez « de la corruption. Au milieu de mes angoisses, je me suis ressouvenu du Seigneur, afin que ma prière parvînt jus^pi'à votre saint temple. Ceux qui mettent leur conliance dans de fausses divinités, abandonnent la miséricorde » qui les peut sauver, et renoncent à la sainteté : « mais moi je vous ai immolé par ma voix, un sacrifice de louange : vous me sauverez, et je rendrai an Seigneur les vœux que je lui ai faits pour ma délivrance. El le Seigneur commanrla au poisson, et il jeta Jonas sur la terrc^ » en figure de notre Sauveur, dont il est écrit; (\u'il fut libre entre les mort»'*, comirie Jonas l'avait élé dans cet

.. 'l■/»^' "• ?/ ~,^ ^'^""' '• '2, 13. - 3. lhid.,9, 13. 15. - 4 Matth . x„ .'.'J. ¥). - 0. Jon., „. 3. - C. Ue.a , i. G. - 7. IhU., 7, */ »*7. — ». f*., i.xxxvii. 6.

abîme vivant, qui l'avait englouti; et à qui David a fait dire au milieu des ombres de la mort : a J'avais toujours le Seigneur en vue, parce qu'il est à ma droite, pour m'empèchcr d'être ébranlé : c'est pour cela que mon cœur a tressailli, que ma langue a élé remplie de joie , et que mon corps s'est reposé en paix : parce que vous ne laisserez pas mon âme dans l'enfer, et que vous ne permettrez pas que votre saint éprouve la corruption. » Au milieu de la mort, « vous m'avez montré le chemin pour retourner à la vie , et vous me remplirez de la joie que donne la vue de votre face'. » C'est à peu près cl avec la force qui convenait au Sauveur plus qu'à Jonas , accomplir ce qu'avait dit ce prophète : « Je reverrai voire saint temple^. »

Il n'appartenait pas à Jonas , qui n'était que la figure, d'avoir tous les traits de la vérité, ni d'avoir parmi les morts, celte liberté qui était réservée au Sauveur, ni de prédire lui-même et sa mort et sa résurrection. Mais à cela près, il n'y avait rien qui ressemblât mieux à la mort et aii tombeau , que le ventre de ce poisson; ni rien qui représentai plus vivement une véritable et parfaite résurrection, que la délivrance de Jonas. Adorons donc celui qui n'a laissé aucun trait, ni aucun iotodans les prophètes, non plus que dans la loi, qu'il n'ait parfaitement accompli : et apprenons à ne perdre jamais l'espérance dans quelque abîme de maux où nous soyons plongés; puisque Jonas est sorti du ventre de la baleine , et Jésus-Christ notre chef du tombeau et de l'enfer, assurant ses membres, qui sont ses fidèles, d'une semblable délivrance.

CXIe JOUR.

Prédication de Jonas à Ninive.

Pour achever l'histoire de Jonas , puisque celle de notre Sauveur nous y a conduits; aussitôt que la baleine l'eût rejeté sur le rivage, le voilà de nouveau repris par l'esprit de la prophétie : le Seigneur lui ordonne d'aller prêcher à Ninive , qu'elle périrait dans quarante jours^. Dieu ne voulut point que Jonas y mît la condition : Si elle ne faisait pénitence. Celle ville la fil toutefois dans le sac et dans la cendre : et Dieu voulut faire voir, qu'il était toujours prêt par sa bonté, à rétracter sa sentence, sans même l'avoir promis. Ecoulons sur ce sujet la parole de Jésus-Christ : « Les gens de Ninive s'élèveront contre cette race dans le jugement, et la condamneront parce qu'ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas : et celui-ci est plus que Jonas''. » Faisons donc pénitence, puisque Jésus même nous y exhorte par son Evangile, par les pressantes et continuelles impulsions de son Saint-Esprit : et n'attendons pas que les Ninivites s'élèvent contre nous au dernier jour; car la conviction serait trop forte , la confusion trop inévitable.

Jonas ne résista pointa celle fois'' : la main de Dieu le serrait de trop près : mais après la miséricorde fiuc Dieu eut exercée envers Ninive, le prophète fut affligé d'une affliction extrême; et transporté de colère, il pria le Seigneur, cl il lui dit : « Je vous prie, Seigneur, n'est-ce pas là ce que je disais , pendant que j'étais encore en mon pays : que vous étiez bon el indulgenl juscju'à l'infini''' : »

1 . Ps., XV. 8; Act., II. 15. — 2. Jon., ii. 5. — 3. Idem, m. 1, 5. — 4. Mat th., XII. 41. — 5. Jon., m.'.i. — 0. Idem, iv. 2.

LA GENE

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