PREMIERE PARTIE
l'erveur qui lui i'aisail dire : Jamais vous lie me laverez les pieds; il s'écrie : Ha, Seigneur! non-seulement les pieds , mais encore les mains et la tête*. Il ne savait pas encore, ce que c'était d'être lavé par Jésus, et dans quel baptême il fallait être plongé à son exemple : il n'avait pas encore pénétré cette parole de son Maître : J'ai à être baptisé d'un baptême-; il faut que je sois baptisé de mon propre sang; et je réserve ce baptême de souffrance à mes serviteurs : je leur laverai les pieds, je leur laverai les mains, je leur laverai la tête par ce baptême. Pierre ne savait pas encore tout ce mystère; il ne savait pas encore parfaitement combien nos pensées, combien nos actions étaient impures : ni combien nous avions besoin que notre tète et nos mains fussent lavées. Et néanmoins, possédé du désir d'être avec son maître, et d'avoir part avec lui, à l'abandon il s'écrie : Je vous livre tout, les pieds, les mains, la tète même; lavez-moi comme vous voudrez ; je veux être avec vous quoi qu'il en coûte; à quelque prix que ce soit, je veux vous avoir; faites ce que vous voudrez, non-seulement de mes pieds , mais encore de mes mains et de ma tète. Vous serez écouté, Pierre; vos pieds et vos mains seront lavés; vous serez crucifié comme votre maître; votre tète aura son partage dans votre crucifiement, et vous sere^ crucifié la tète en bas. C'est ainsi que votre maître vous lavera : voilà le bain qu'il vous prépare : Vous ne le savez pas encore; mais on vous le fera savoir en son temps. 0 Seigneur! non-seulement les pieds ^ mais encore les mains et la tête. Imitons saint Pierre; abandonnonsnous à notre Sauveur. Nous ne savons pas encore ce qu'il veut faire de nous : notre faiblesse ne le pourrait pas souffrir; mais quoi que ce soit, mon cœur est prêt : mon cœur est prêt, ô Dieu ^ ! encore un coup; je vous livre tout; pieds et mains, tout ce que je suis, la tète même , et l'âme dont elle est le siège.
Xe JOUR.
Se laver des moindres taches. « Vous êtes purs , mais non pas tous. » (Joao., xiii. 8-iO.)
En Orient, dans les pays chauds , l'usage du bain était fort fréquent, et après qu'on s'était lavé le matin, et pendant le jour, il ne restait plus sur le soir que de se laver les pieds pour se nettoyer des ordures qu'on amassait allant et venant. C'est le sens de cette parole de l'Epouse : « J'ai lavé mes pieds : pourquoi voulez-vous que je me lève pour les salir^ '? Jésus-Christ se sert de cette similitude, pour faire entendre à ses fidèles qu'après s'être lavé des grands péchés, il reste encore le soin de se purger de ceux que l'on contracte dans l'usage de la vie humaine , lesquels, bien que plus petits à comparaison des autres, ne laissent pas en eux-mêmes d'être toujours grands , parce qu'une âme qui aime Dieu ne trouve rien de léger dans ce qui l'offense ; et si elle négligeait de se purifier de ces fautes, elles la mettraient dans un état funeste , affaiblissant insensiblement les forces de l'âme ; en sorte qu'il ne lui resterait que très-peu de résistance contre les grandes tentations ; ce qui la ferait succomber trop aisément; parce que ces tentations violentes ne peuvent être vaincues que par une très-ardente cha-
1. Joan., xm. 7, 8, 9 —2. Luc, xii. 50. — 3. Ps., lvi. 8. — 4. Cant., V. 3.
rite. C'est ce que Jésus-Christ nous apprend par ces paroles : « Celui qui a été lavé n'a plus besoin que de laver ses pieds, et il est pur dans tout le reste; et vous, vous êtes purs, mais non pas tous*. » Jésus-Christ nous apprend donc, par cette parole, qu'il ne nous est pas permis de négliger ces moindres péchés : et c'est ce qu'il a voulu signifier par le lavement des pieds. Et afin de pénétrer tout le mystère , le soin qu'il prend de laver les pieds à ses apôtres , au moment qu'il allait instituer l'eucharistie et les y faire participer, nous apprend que le temps où nous devons nous appliquer à purger ces fautes vénielles, c'est celui où nous nous préparons à la communion , où il s'agit de s'unir parfaitement avec Jésus-Christ; à quoi ces péchés apportent un si grand obstacle, que si on mourait avant que de les avoir expiés, la vision bienheureuse en serait retardée, et peut-être durant plusieurs siècles. On doit donc se sentir d'autant plus obligé à purifier ces péchés avant la communion, que c'est par elle principalement qu'on s'en doit relever, les autres étant lavés par un autre sacrement; et la négligence de purger ces fautes pouvant aller à un excès qui rendrait l'attache à ces péchés nonseulement dangereuse, comme elle l'est toujours, mais encore mortelle. Car celui qui ne se soucie des péchés qu'à cause qu'ils damnent, montre que c'est la peine qu'il craint , mais qu'il n'aime pas véritablement la justice , c'est-à-dire, qu'il n'aime pas Dieu comme il y est obligé ; et il doit craindre de perdre bientôt , par son extrême langueur, tout ce qui lui reste de ce feu divin. Lavons donc soigneusement non-seulement nos mains et notre tête, mais encore nos pieds, avant que d'approcher de l'eucharistie ; autrement l'Epoux viendra à nous avec une espèce de dédain : et encore que ces péchés journaliers n'empêchent pas qu'il ne nous dise ainsi qu'aux apôtres : Vous êtes purs : il nous avertit néanmoins de nous en purger, quand nous voulons nous approcher de son corps et de son sang avec toute la pureté requise. Et il fait bien voir combien est grande cette obligation , lorsqu'on lavant les pieds à ses apôtres, pour leur inspirer le soin de se purifier de ces péchés , il leur dit : Si je ne vous lave, c'est-à-dire, si je ne lave ces taches des pieds : vous n'aurez point de part avec moi"^; non-seulement à cause qu'elles retardent, comme on vient de voir, la vision bienheureuse, et la parfaite union avec Dieu; mais encore à cause que la négligence de les nettoyer peut causer de dangereuses froideurs entre l'âme et Jésus-Christ , et môme dans un certain degré devenir mortelle. Lavez-vous donc, chrétiens, lavez-vous de tous vos péchés, jusqu'aux plus petits, lorsque vous devez approcher de la sainte table. Lavez vos pieds avec soin, renouvelez-vous tout à fait, de peur qu'il ne vous arrive de manger indignement le corps du Sauveur; puisque vous voyez si clairement que ce péché, qui peut-être ne serait que véniel par sa nature, deviendrait mortel par l'attache que vous y auriez. Et quand môme vous ne seriez pas tout à fait indigne, de celte indignité qui nous rend coupables du corps et du sang du Sauveur, nous pourrions nous rendre indignes des grandes grâces , sans lesquelles nous ne pouvons vaincre les grandes