Joan., XIII. 10. — 2. Idem
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
faiblesses, ni les grandes tontalions donl la vie csl pleine. Nous pourrions nous rendre indignes de celle parfaite conimunicalion avec l'Epoux, et causer entre lui et nou^ sinon la rupture, du moins ces froideurs, qui sont dos dispositions à la rupture niùrae.
Seigneur! lavez-raoi les pieds, afin que je dise avec l'Epouse : « Je me suis lave les pieds; puis-jo les salir de nouveau? » La pureté est un attrait pour conserver la pureté : plus un habit est blanc , plus les taches qui sont dessus se font remarquer : plus on est net, plus on doit éviter de se souiller; dans le désir d'être rangé avec ceux dont il est écrit, qu'ils sont sans tache devant le trône de Dieu'. C'est à quoi il faut aspirer, et se souvenir de celle belle doctrine de saint Augustin; qu'encore qu'on ne puisse vivre ici sans péché, on en peut sortir sans péché, parce que, comme les péchés y abondent, les remèdes pour les guérir n'y manquent pas.
Xle JOUR.
Judas lavé comme les autres. (Joan., xiii. \Q, 11.)
« Vous êtes purs; mais non pas tous : car il savait qui était celui qui le devait trahir : et c'est pour cela qu'il dit : Vous êtes purs, mais non pas tous^. » El cependant, quoiqu'il le connût, et que le diable fût déjà entré dans son cœur^, pour lui inspirer le dessein de livrer son maître , il lui lave les pieds comme aux autres, et il l'avertit qu'il voit son crime, pour le porter à se corriger. Arrêtons-nous à considérer avec saint PauP, la bonté de Dieu qui nous attend, disons plus, qui nous intite à la pénitence, pendant quatec notre dureté et notre cœur impénitent, nous nous ainassons à nous-mêmes des trésors de haine. Telle était la disposition de Judas.
Que de Judas parmi les chrétiens ! Que de malheureux, que mille démonstrations des bontés de Dieu ne peuvent détourner de la résolution de mal faire ! Ne soyons point de ce nombre. Si nous en avons été, n'en soyons plus; songeons du moins qu'il nous voit ; qu'il voit celui qui le doit trahir : et cependant il lui lave les pieds : une eau sainte lui est présentée dans la pénitence : Jésus est prêt à le recevoir à son amour et à ses grâces, pourvu qu'il se lave, et se repente.
Xlle JOUR,
Lacement des pieds commandé. Bonté et humilité. (Joan., XIII. 12-16.)
Il fallait joindre l'instruction de la parole, à celle de l'exemple. Jésus reprit ses habits , et s'étaiit remis à table, avant que de reprendre le souper qu'il avait interrompu, avant que d'en venir au repas céleste, il y parla en cette sorte : « Vous voyez ce que je viens de faire : vous m'appelez votre maître, et voire Seigneur : et vous avez raison , car je le suis*. «Continuez la lecture, t. 14, 15, 16.
Vous y apprendrez que le Sauveur nous enseigne à rendre à nos frères le service que nous pouvons , m^me corporel, même sans y être tenus. Celui de laver les pieds était alors en grand usage, comme il parait • Toles de saint Paul, où il compte
parmi ns de la veuve qu'on devait choi-
sir pour servir les pauvres : « qu'elle ait élé hospi-
1 Apoc, »iT. 5 — 2. Joan., xiii. 10, 11. — 3. Idem, 2. i. Jicrm., II. 4,5. — 5. Joan., xiii. 12, 13.
taliôre, qu'elle ait lavé les pieds des saints'. » Choisissons à cet exemple , quelque service de cette nature, qui revienne à celui-là selon nos mœurs. Par exemple, allons servir les malades dans un hôpital, ou plutôt encore quelque malade qui soit sans secours, et qui ail besoin d'un tel service : et toutes les fois que nous le rendons à quelqu'un, rendons-le comme Jésus-Christ, le plus sérieux, le plus effectif, et par conséquent le plus humble qu'il se pourra : et que ceux qui rendent quelquefois aux pauvres de tels services par cérémonie, comme les princes, les prélats, les supérieurs des communautés, entrent dans l'esprit de cette cérémonie : qu'ils entrent dans une profonde et sincère humilité; qu'ils considèrent, que dans le fond, notre nature est servile; que nous sommes nés serfs par le péché , et que la différence des conditions ne peut pas effacer ce litre.
Ne servons pas seulement nos frères avec humilité, comme a fait le Sauveur; mais servons-les avec amour, en nous souvenant de cette parole : « Jésus ayant toujours aimé les siens, il les aima jusqu'à la fin^. » Ce ne fut donc pas seulement pour pratiquer l'humilité, et nous en donner l'exemple, qu'il lava les pieds à ses disciples; mais ce fut par un tendre amour, par le plaisir qu'il avait à leur montrer combien il les estimait; pour relever la dignité de la nature humaine tombée dans la servitude. Servons donc nos frères dans le même esprit, par estime, par tendresse, et pour honorer Jésus-Christ en eux.
Dans un sens moral , mais très-véritable et trèssolide , nous nous lavons les pieds les uns aux autres , lorsque nous prenons soin de nous avertir mutuellement de nos fautes; toujours prêts à les excuser; ne souffrant pas qu'on déshonore notre prochain dans les moindres choses , et le purgeant par ce moyen, jusque des plus petits défauts; et cela, non-seulement par humilité, de peur qu'en jugeant les autres, nous nous allirions à nousmêmes un sévère jugement pour nos défauts; mais par une sincère et véritable tendresse pour tous les chrétiens qui sont nos frères, et pour tous les hommes, qui sont notre chair.
Jésus-Christ, après avoir dit : « Faites comme je vous ai fait^, » et avoir montré aux hommes le service qu'ils doivent rendre à leurs semblables : afin de leur faire entendre , à combien plus forte raison ils doivent servir ses ministres , il ajoute : « Celui qui reçoit ceux que j'envoie , me reçoit moi-même : et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé^. » Le bel enchaînement : de remonter des ministres de Jésus-Christ, à lui-même, et de luimême jusqu'à Dieu son Pèrel Accoutumons-nous à regarder Jésus-Christ dans nos pasteurs, et dans Jésus-Christ toute la majesté de son Père.
En tenant ces discours à ses apôtres, Jésus-Chrisl y insère toujours quelque chose du traître Judas, pour les confirmer, non-seulement dans la foi, en leur faisant sentir qu'il savait tout; mais encore dans les sentiments de bonté et d'humilité; puisque connaissant, comme il dit, ceux qu'il avait choisis, et sachant les noirs desseins de ce traître, il n'avait ' pas laissé de lui laver les pieds; et non-seulement cela, mais encore de le faire mettre à sa table, de
1. /. Tim., V. 9, 10. — 2. Joan., xiii. 1. — 3. Idem, 15. — i 4. lbid.,20.
LA CÈNE