PREMIERE PARTIE
lui servir à manger cotnine aux autres; et ce qui est au-dessus de tout, de lui donner, comme aux autres, son corps et son sang.
X 1 1 1 e JOUR.
Trouble de Jésus : «Un de vous me trahira. » (Joan., xiil. 21.)
JÉSUS ayant dit ces choses , se troubla en son esprit, et se déclara, en disant : Un de vous me trahira. Ce trouble dans l'àme sainte et dans l'esprit de Jésus, est digne d'une attention extraordinaire. Ce qui se présente d'abord à notre esprit, c'est la cause de ce trouble : Un de vous me trahira. Le crime, la trahison, la perfidie d'un des disciples de Jésus, c'est ce qui lui cause ce trouble intérieur. Ce qui le trouble donc, en général, c'est le péché : c'est, en particulier, les péchés de ceux qui lui étaient le plus unis, comme Judas , qu'il avait mis au nombre de ses apôtres. Quand il songeait que sa passion, par laquelle il venait détruire le péché, devait introduire dans le monde tant de nouveaux crimes, des crimes si énormes, si singuliers, si inouïs, la trahison d'un Judas, les inhumanités des Juifs, leur ingratitude, en un mot, le déicide : c'est là ce qui lui causait, plus que tout le reste, ce trouble intérieur; et on ne se trompera pas en croyant que c'était là la partie la plus amère de son calice.
Nous voyons trois endroits principaux, où il est parlé du trouble de la sainte âme de Jésus; celui-ci : au chapitre xn du môme Evangile, t. 27, lorsqu'il dit : Mon âme est troublée : et dans le chapitre xi , t. 33, où voyant les larmes des Juifs , et de Marie, sœur de Lazare , qui pleuraient sa mort , il frémit en son esprit , et se troubla lui-même.
Il n'y a nul doute, dans l'endroit où nous sommes, que le sujet de son trouble ne fût le crime de Judas, et de tous ceux qui devaient coopérer à sa mort. Car l'évangéliste le remarque, lorsqu'il dit qu'il se troubla, et qu'il dit en même temps : Un de vous me trahira. On doit croire aussi, que lorsqu'il dit à la veille de sa passion : Mon âme est troublée, c'était là principalement ce qui le troublait : c'était, dis-je, le péché; puisque rien ne méritait tant de l'émouvoir. Enfin , s'il a paru si troublé à la mort de Lazare, et aux larmes qu'elle fit verser; il ne faut pas croire que la seule mort du corps lui causât ce frémissement et ce trouble : c'est qu'il regardait la mort de l'âme dans celle du corps qui en était la figure. Il regardait, que c'est le péché qui a amené la mort dans le monde : Lazare était l'image du pécheur, et du pécheur dans son état le plus funeste et le plus afl'reux, qui est celui où l'on est par le péché d'endurcissement et d'habitude, lorsqu'on pouf rit dans son crime.
Ainsi ce trouble que Jésus ressentit ici dans son esprit , c'est l'horreur dont il fut saisi , en considérant le péché : c'est ce qui lui causa ce saisissement qu'il fit paraître en frémissant. Et s'il nous est permis de pénétrer dans ses sentiments les plus intimes , ce qui le troubla le plus vivement en cette occasion, c'est qu'il regarda le mauvais efl'ct que sa mort, et le mérite de son sang répandu, devaient produire dans les pécheurs, en leur étant une occasion de s'abandonner au péché, par l'espérance qu'elle leur donnait d'en obtenir le pardon. C'est là ce qu'il y a de plus horrible dans le péché, d'y faire
servir la bonté de Dieu et la grâce de la rédemption. Si c'est là ce que le péché a de plus horrible , c'est là aussi par conséquent, ce qui causait au Sauveur le plus d'horreur, le plus de saisissement, le plus de trouble.
Et pour venir au trouble qu'il ressentit aux approches de sa mort, il n'était pas seulement causé par les crimes, par les cruautés, par les injustices et les perfidies qui devaient le mener au dernier supplice; mais encore, parce qu'il voyait qu'il en serait en quelque façon l'occasion innocente. Car encore que bien éloigné de donner lieu à la jalousie et aux injustices des Juifs, il n'ait rien omis pour les corriger, et que leur malice seule fût la cause de leurs fureurs; néanmoins il ne laissait pas d'être véritable, que la sainteté de Jésus, sa doctrine, ses miracles, ses vives et pressantes répréhensions, qui devaient opérer leur salut, excitèrent cette jalousie, et cette haine implacable contre Jésus-Christ; et que Judas prit occasion de s'éloigner de lui, des paroles qu'il avait dites en faveur de Marie , lorsqu'elle avait épanché sur lui tant de parfums précieux.
Il faut ajouter à tout cela, qu'il avait à soulTrir la mort, comme la juste punition de tous les péchés dont il était chargé; et il y allait en quelque façon comme coupable. Ainsi l'horreur du péché le saisissait; il s'en voyait tout environné, tout pénétré. Il voyait , ô cruel spectacle pour le Sauveur du genre humain ! il voyait croître le péché par le mauvais usage qu'on ferait de sa mort. Elle faisait dire à plusieurs, qu'il n'était pas le Fils de Dieu ; que tous les miracles par lesquels il l'avait prouvé, n'étaient qu'illusion. Elle était scandale aux Juifs, et folie aux gentils, et aux fidèles mêmes. Quelle occasion de vengeance! puisqu'on général tous ceux qui ne voudraient pas en profiter, en devenaient plus coupables, plus punissables, plus damnés. Combien était touché de leur malheur ce bon Sauveur, qui aimait si tendrement tous les hommes, particulièrement ses fidèles', et qui ne s'était fait homme que pour les sauver. 0 Jésus! c'est ce qui troublait principalement votre sainte âme : c'est ce qui lui causa cette émotion, et les autres que nous verrons dans la suite. Ayons donc horreur du péché; et voyons,. dans le trouble de Jésus, combien notre conscience en devrait être troublée.
XlVe JOUR.
Qu'est-ce que le trouble de Jésus ? (Ibid.)
Il me semble, ômon Sauveur! que vous me faites entendre en quelque façon ce que c'était que ce trouble, dont il est si souvent parlé dans votre Evangile. C'est déjà bien certainement un trouble dans l'intérieur; autrement l'évangéliste ne dirait pas : Il se troubla dans son esprit; ni lui-même : Mon âme est troublée. Mais qu'est-ce donc dans son intérieur, que ce trouble? si ce n'est l'horreur d'un grand mal, d'un mal extrême, du plus grand de tous les maux, qui est le péché, avec toutes les alïreuses circonstances qu'on vient de voir que Jésus avait en vue : horreur, qui excitée dans son âme sainte, rejaillissait sur le corps, et y causait des efTels à peu près semblables à ceux que nous éprouvons à la vue des objets les plus fâcheux; à quoi il faut ajouter au temps de la passion , ce que
MEDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
je vais lâcher de pénétrer avec le secours de l'Ecriture.
Le trouble de l'Ame consiste principalement dans la diversité des pensées qui nous monlenl dans l'esprit à l'occasion des objets extraordinaires. « Pourquoi étes-vous troublés, et pourquoi s'élève-t-il tant de dilïérentes pensées dans votre cœur"? » dit Jésus lui-même à ses disciples', lorsqu'il les vil si etVrayés, de ce qu'il leur apparaissait après sa mort. Ces pensées, dont l'âme est distraite et agitée, en sorte qu'elle ne sait quel parti prendre et à quoi se déterminer, c'est ce qni la trouble : elle ne se possède plus, elle n'est plus maîtresse d'elle-même.
Oserons-nous dire , qu'il y a eu quelque chose de semblable dans l'àme sainte de iésus'^ Maintenant, dit-il , mon âme est troublée : et que dirai-je? Diraije à mon Père : Mon Père, sativez-moi de cette /leurealTreuse , où j'aurai tant à souffrir? Mais c'est pour cette heure-là que je suis veiiu : mon Père, glorifiez votre norn^.
Voilà cette diversité de pensées : on voit une espèce de perplexité dans ces paroles : Que dirai-je? une espèce d'irrésolution dans celles-ci : Que demanderai-je à mon Père? qu'il me délivre de tant de maux? Mais tout se termine enfin par s'abandonner tout entier à Dieu, et n'avoir pour objet que sa gloire.
Y a-l-il eu une véritable irrésolution dans la sainte âme de Jésus? A Dieu ne plaise; car l'irrésolution ne venant que de la faiblesse de la raison , lorsqu'on ne voit pas assez clair pour se déterminer à ce qu'il faut faire, une telle disposition pouvait-elle se trouver dans l'âme du Sauveur, à qui la sagesse éternelle était unie, et ne cessait de la diriger dans tous ses mouvements? Mais encore qu'il n'y eût point une véritable irrésolution dans une âme si ferme et si éclairée, il y a eu quelque chose de semblable; puisqu'il a souffert en lui-môme ces différentes pensées, que causent d'un côté l'horreur naturelle d'une mort accompagnée de tant de terribles circonstances; et de l'autre, une parfaite détermination à s'y livrer, parce que Dieu le voulait ainsi.
XVe .JOUR.
L'horreur du péché , cause du trouble défaire Seigneur. (Ibid.)
Pour comprendre combien cet état est fâcheux cl afnigeant , il ne faut que se souvenir que ce qui faisait l'horreur de Jésus-Christ, n'était pas seulement la mort douloureuse qu'il avait à souffrir. Car encore que celte horreur de la mort cl de la douleur soit naturelle au genre humain, et que Jésus-Christ l'ait dû prendre avec toute sa vivacité en prenant noire nature tout entière, c'était le péché qu'il regardait comme l'objet qui lui était le plus opposé, et qui fai-sail son aversion. Il regardait la mort, ainsi qu'on l'a vu , comme l'effet, comme la peine du j^éché; la sienne était causée par mille énormes péchés : elle en augmentait la grièvelé et le nombre, ;i la manière qui a été dite. Ah! quel calice! combien (frande, combien excessive en est l'amertume!
'n ' '< Père raconte la disposition de trois solilai i'^ les injures (ju'on leur faisait. L'un
»e rcrufiliail en lui-même, et examinait en Irenihlanl, s'il ne s'était point emporté, s'il n'avait point