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] manqué de patience. L'autre regardait celui par (pii il élail outragé, comme un homme qui s'allirait à lui-môme de grands maux parles justes jugements de Dieu; cl il en était atlendri jusqu'à en ])leurer. Mais les larmes du dernier étaient bien plus abondantes, et bien plus amères; parce qu'il s'attachait â considérer que les outrages qu'on lui faisait étaient autant d'offenses contre Dieu, dont encore il avait élô l'occasion, quoiqu'innocente. Laissons la première disposition, qui ne peut convenir au Sauveur; mais les deux autres étaient en lui d'aulanl plus vives, qu'il avait plus de tendresse pour les hommes , une impression beaucoup plus forte des jugements de Dieu , et une horreur du péché audessus de tout ce qu'on peut penser.
Quand donc il lui plaisait, quand il était convenable, et il l'était principalement dans le temps de sa passion, de se livrer tout entier à ce sentiment de compassion pour les pécheurs, et d'horreur pour le péché môme; ce qu'il souffrait est inexplicable : et il ne faut pas s'étonner de lui avoir entendu dire : Mon âme est troublée*, ni de lui entendre dire bientôt : Mon âme est triste jusqu'à la mort^.
Mon Sauveur! ce trouble de votre sainte âme était nécessaire d'un côté, pour exciter et pour guérir l'insensibilité de la mienne, qui loin d'être troublée de son péché , n'en sent ni le poids ni la blessure; et de l'aulre, pour expier ce trouble de mes sens émus par les diverses passions qui me tyrannisent tour à tour. Seigneur, guérissez-moi de tant de maux; que je cesse d'être insensible au péché; que je cesse d'être si sensible aux plaisirs et aux douleurs qui viennent du corps, où je me trouve plongé par l'acquisition et la perte des biens périssables.
XVIe JOUR.
Ce trouble était volontaire en Notre Seigneur el nécessaire pour nous. (Ibid.),
Comment s'accordent ce trouble , celte agitation , et pour tout dire à la fois, celle profonde tristesse de l'âme de notre Sauveur, avec la parfaite union du Verbe, et la bienheureuse jouissance qu'elle attirait avec elle? C'est un mystère, qu'il ne faut pas espérer de pénétrer en celte vie. Il nous suffit de penser que comme l'union de l'âme avec le corps a ses règles, qui font que l'âme, selon ses divers rapports el ses différents objets, a des sentiments, reçoit des impressions , forme des pensées contraires en quelque façon les unes aux autres, ce qui donne lieu non-seulement aux philosophes , mais encore à l'Apôtre môme, de distinguer l'âme d'avec l'esprit^, c'est-à-dire de distinguer l'âme comme en deux parties, et la partie animale d'avec la spirituelle et la raisonnable; ce qui souffre encore plusieurs aiTtres subdivisions, en sorte qu'il semble quelquefois qu'il y ail plusieurs hommes dans un seul homme, tant ■ ces sentiments différents sont véritables et vifs des ! deux côtés : ainsi l'union du Verbe avec l'âme, el I par l'âme avec le corps, et encore celle du Verbe fait homme avec les fidèles qui sont ses membres, et avec tout le genre humain qu'il porte en luimôme, ont leurs règles prescrites par le Verbe mérne , (\m demeurant toujours immuable, excite dans l'âme qui lui est unie el appropriée de celle admirable manière qui la fait être véritablement