‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 281 sur 851 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ma pâque sera accomplie, parce que j'aurai passé du monde à mon Père. Mais ma pâque , c'est aussi la vôtre; et parce que je suis votre chef, et que vous êtes mes membres , il faut que vous fassiez le même passage. Mangez donc la victime du passage : mangez mon corps, et passez à Dieu avec moi : commencez à y passer en esprit : vous y passerez un jour en personne et selon le corps, lorsque vous ressusciterez par la vertu démon corps, qui aura sanctifié le vôtre. Alors la pâque sera accomplie en vous, comme elle le va être en moi : vous passerez à ma gloire : votre corps y passera comme votre âme , et il sera revêtu d'immortalité : et tous ensemble, le chef et les membres, nous jouirons de la gloire et de la félicité de notre passage; et il n'y aura plus rien à désirer pour le parfait accomplissement de notre pâque. Célébrons-en donc, en attendant, le sacré symbole dans l'Eucharistie, et mangeons avec Jésus-Christ la pâque si désirée.

Mon Sauveur, par combien de prodiges y signalez-vous votre amour envers nous? C'est vous qui nous donnez ce sacré banquet. Vous êtes la viande qu'on y mange : vous êtes celui qui la mangez, puisque ceux qui la mangent sont vos membres , c'est-à-dire, sont d'autres vous-mêmes. Remplissonsnous donc de Jésus-Christ : on lui est uni dans ce banquet corps à corps, âme à âme , esprit à esprit. Qui est digne de cette union ', [sinon celui qui peut dire avec l'Apôtre : Je vis, non plus moi; mais Jésus-Christ vit en moi^ : ] qui est déjà en quelque façon un Jésus-Christ , pour le devenir encore davantage en s'y unissant? Qu'il n'y ait donc plus rien d'humain en nous. Revêtons-nous , comme dit saint PauP , de Notice Seigneur Jésus-Christ, de sa bonté, de sa douceur, de son humilité, de sa patience , de son zèle , de son immense charité : ne respirons que le ciel, où Jésus-Christ est assis à la droite de son Père : qu'il n'y ait plus que notre corps qui soit sur la terre; mais que nous vivions dans le cieU , comme en étant citoyens. Soyons affamés de Jésus-Christ , de son royaume , de sa justice : car il est aussi affamé de nous : il désire d'un grand désir, de manger avec nous cette pâque; de nous unir à lui , et d'agir sans cesse sur nous et en nous par son esprit , pour nous rendre de plus en plus conformes à lui , jusqu'à ce qu'en nous mettant entièrement avec lui , nous lui soyons tout à fait semblables, en le voyant face à face, et tel qu'il est^. Et c'est là cette pâque çw'ii accomplira dans le royaume de Dieu , dans le texte que nous méditons. Amen, amen.

XIXe JOUR.

L'Eucharistie , mémorial de la mort du Sauveur.

Avant que de souffrir. Ce sont les dernières paroles du verset 15 du chapitre xxn de saint Luc. Cherchons avec humilité pourquoi il fallait que Jésus-Christ instituât et qu'il mangeât cette pâque avec ses disciples, avant que de souffrir, plutôt qu'après et lorsqu'il fut ressuscité.

Il avait dessein dans ce mystère , de nous rendre sa mort présente; de nous transporter en esprit au calvaire , où son sang fut répandu , et coula à gros

1. Les mots placés entre deux [ ] ne sont pas dans Toriginal.

2. Gai., II. 20. —3. liom., xiii. 14. — 4. Philip., ni. 10. — 5. /. Joan., m. 2.

bouillons de toutes ses veines. Ceci, dit-il, est mon corps donné pour vous , rompu pour tous , et percé de tant de plaies : Ceci est mon sang répandu pour vousK Voilà ce corps, voilà ce sang qui nous sont mis devant les yeux , comme séparés l'un de l'autre. Afin que tout cadrât à son dessein, il fallait que ce mystère fût institué à la veille de cette mort sanglante; la nuit même où il devait être livré, comme remarque saint Paul-; lorsque Judas machinait son noir dessein , et qu'il était prêt à partir pour l'exécuter. Que dis-je , prêt à partir? Il part de la table ^, où lui et les autres disciples mangeaient pour la dernière fois avec leur Maître , où il venait de leur donner son corps et son sang , et à Judas comme aux autres : il part à ce moment pour l'aller livrer : dans deux heures il le mettra entre les mains de ses ennemis. Jésus est lui-même déjà tout troublé de sa mort prochaine , du trouble mystérieux que nous avons vu : c'est en cet état; c'est parmi ce trouble, et la mort, pour ainsi parler, déjà présente, qu'il institue la nouvelle pâque.

Toutes les fois donc que nous assistons, que nous communions à son mystère; toutes les fois que nous entendons ces paroles ; Ceci est mon corps , ceci est mon sang ; nous devons nous souvenir dans quelles conjonctures, à quelle nuit, au milieu de quels discours, elles furent proférées. Ce fut en disant devant , ce fut en répétant après : « Un de vous me trahira : la main de celui qui me trahira, est avec moi à la tablée » L'institution de la cène est faite dans cette conjoncture : pendant que les apôtres , avertis de la perfidie d'un de leurs compagnons, se regardaient les uns les autres, et demandaient avec étonnement et avec frayeur : Sera-ce moi? que Judas le demandait lui-même, et que le Sauveur lui dit : Oui , c'est vous , vous l'avez dit^ : ajoutant encore, pour lui faire sentir qu'il lisait au fond de son cœur ses noires machinations : Va , achève , malheureux : fais promptement ce que tu as à faire^. C'est au milieu de ces actions et de ces paroles ; et pendant qu'il désignait des yeux et de la main, celui qui allait faire le coup; c'est, dis-je, parmi toutes ces choses, qu'il institua l'Eucharistie.

Ne la mangeons donc jamais, n'assistons jamais à la célébration de ce mystère , que nous ne nous transportions en esprit à la triste nuit où il fut établi, et que nous ne nous laissions pénétrer des préparatifs aiîreux du sacrifice sanglant de notre Sauveur : car c'est pour cette raison que saint Paul , en racontant cette institution, nous remet devant les yeux cette nuit affreuse : « J'ai, » dit-il, « appris du Seigneur ce que je vous ai enseigné ; que le Seigneur Jésus, la nuit où il devait être livré , prit du pain : » et le reste'. C'est dans celte nuit; songez-y bien, et remarquez celte circonslance.

Il pourrait sembler, que l'eucharistie étant un mémorial de cette mort , en devait être précédée. Mais non : c'est aux hommes , dont les connaissances sont incertaines , et la prévoyance tremblante, à laisser arriver les choses, avant que d'ordonner qu'on s'en souvienne. Mais Jésus, bien assuré de ce qui allait arriver, et du genre de mort qu'il devait souffrir, sépare par avance son corps cl

1. Mallli., XXVI. 2(5, 28; Luc, xxii. l'J, :ti). —2. /. Cor., xi.23. -- 3. Joan., XIII. 30. — 4. Matth., xxvi. 21; Luc, xxii. 21. — 5. MaUli., XXVI. 22, 25. — 6. Joan., xiii. 27. —7. /. Cor., xi. 23

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