‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 283 sur 851 · I. Afatlh., XXVI. 25. — 2. Joan., xm. 27. — 3. Idem · texte numérisé non relu

I. Afatlh., XXVI. 25. — 2. Joan., xm. 27. — 3. Idem

t. Luc.. XXII. 21. —5.Joan.,\i. M, 08,60, 70,71.72.-6. Idem,

*"• *;^~ ' "'*'*' 5. 0. — 8. Matlh., XXVI. 13, 14; Marc, XIV. 10

cette table sacrée qu'il alla premièrement à la trahison , et de là au désespoir et au cordeau.

Jésus, qui fait tout pour notre salut, permit que Judas reçût le don sacré avec les autres; afin que nous vissions les elTels funestes d'une communion indigne. Voyez le bien-aimé disciple à la table du Sauveur, et y reposant sur sa poitrine; voilà l'image de ceux qui communient dignement. Ils se reposent sur la poitrine de Jésus : à l'exemple de saint Jean, ils apprennent à cette source les secrels célestes : comme lui ils sont honorés de la familiarité et des caresses de leur maître : et fidèles imitateurs de sa chasteté , de sa bonté, de sa douceur, qui sont les vrais caractères de saint Jean, ils sont dignes d'être, comme lui, ses disciples bien-aimés. Voyez de l'autre côté un Judas à la communion : la disposition où il est, celle où il entre : ô Dieu, quelle opposition! quel effroyable contraste! qui ne tremblerait à cette vue?

XXIJe JOUR.

Institution de l'Eucharistie.

Lisez les paroles de l'institution de la cène, en saint Matthieu , xxvi, 26, 27, 28 : en ajoutant les paroles des autres auteurs sacrés, qui sont du même sujet : Pendant qu'ils soupaient; comme ils mangeaient encore (suivant le grec) : Jésus prit du pain, le bénit, et après avoir rendu grâces*, le rompit, et le donna à ses disciples, en leur disant : Prenez, mangez; ceci est mon corps, donné pour vous : faites ceci en mémoire de moi^. Et prenant la coupe après le souper, il rendit grâces , et la donna à ses disciples, en leur disant : Buvez-en tous; c'est mon sang, le sang de la nouvelle alliayice, qui est répandu pour plusieurs en rémission de leurs péchés ; toutes les fois que vous le boirez, faites-le en mémoire de moi^. Voilà tout ce qui regarde l'institution. Seulement au lieu que saint Luc fait dire au Sauveur : Ceci est mon corps donné pour vous ; saint Paul lui fait dire : Ceci est mon corps rompu pour vous^ : toujours dans le môme sens; il est livré à la mort , il est froissé de coups, percé de plaies, violemment suspendu à une croix; en ce sens rompu et brisé : voilà le corps que Jésus nous donne ; le même corps qui allait bientôt souffrir ces choses, qui les a maintenant souffertes. Encore un mot sur le texte. Au lieu que la Vulgate traduit : le sang qui sera répandu pour vous; l'original porte : qui est répandu : qui se répand; en temps présent, dans saint Matthieu et dans saint Marc; et sur le corps, le môme original porte, dans saint Paul : le corps qui est rompu ; qui se rompt , pareillement en temps présent. Et, en effet, dans saint Luc, la version porte, aussi bien que l'original : qui est donné , qui se donne : quod datur, et non pas au futur, sera donné-'; dans le même sens que Jésus disait : Pâques sera dans deux jours , et le Fils de l'homme sera livré^; est livré, selon le grec : il le va être ; l'ouvrage est en train , on tient déjà le conseil pour trouver le moyen de le prendre et de le faire mourir'' : Et le Fils de l'homme s'en va, comme il a été écrit de lui : mais malheur à celui par qui le Fils de l'homme sera livré : est livré, selon le grec*. Il

1. /. Cor., XI. 21. —2. Luc, xxii. 19. — 3. Idem, 20; /. Cor , XI. 25. —4.1. Cor., xi. 21 : dans le f^reo. — 5. Iaic, xxii. 19. — 6. MoUh., XXVI. 2.— 7. I<l.em, 3. — 8. lijid., 24; Marc, xiv. 21 ,• Luc, XXII. 22.

LA GÈNE. - PREMIÈRE PARTIE

parle toujours en temps présent, à cause que sa perte était résolue, tramée pour le lendemain, et qu'on allait dans deux heures, commencer à procéder à l'exécution; et afin aussi qu'en quelque temps que nous recevrions son corps et son sang, nous regardassions sa mort comme présente.

Chrétien, te voilà instruit : tu as vu toutes les paroles qui regardent l'établissement de ce mystère : quelle simplicité? quelle netteté dans ces paroles? il ne laisse rien à deviner, à gloser : et s'il y faut quelque glose, c'est seulement en remarquant que selon la force de l'original, il faudrait traduire : Ceci est mon corps, mon propre corps; le même corps qui est donné pour tous : Ceci est mon sang , mon propre sang ; le sang de la nouvelle alliance : le sang répandu pour vous en rémission de vos péchés. Car c'est aussi pour cette raison que le syrien, aussi ancien que le grec, et fait du temps des Apôtres, lit : Ceci est mon propre corps : et que dans la liturgie des Grecs il est porté, que ce qu'on 7ious donne, ce qu'on fait de ce pain et de ce vin, c'est le propre corps de Jésus, son propre sang. Voilà la glose s'il en faut. Quelle simplicité, encore un coup ! quelle netteté! quelle force dans ces paroles! S'il avait voulu donner un signe, une ressemblance toute pure, il aurait bien su le dire : il savait bien que Dieu avait dit, en instituant la circoncision : Vous circoncirez votre chair : ce sera le signe de l'alliance entre vous et moi*. Quand il a proposé des similitudes, il a bien su tourner son langage d'une manière à le faire entendre; en sorte que personne n'en doutât jamais : Je suis la porte : celui qui entre par moi, sera sauvé^. Je suis la vigne , et vous les branches : et comme la branche ne porte de fruit qu'attachée au cep : ainsi vous n'en pouvez porter, si vous ne demeurez en moi^. Quand il fait des comparaisons, des similitudes; les évangélistes ont bien su dire : Jésus dit cette parabole; il fit cette comparaison. Ici, sans rien préparer, sans rien tempérer, sans rien expliquer, ni devant, ni après, on nous dit tout court : Jésus dit : Ceci est mon corps; Ceci est mon sang : mon corps donné; mon sang répandu : voilà ce que je vous donne. Et vous, que ferez-vous en le recevant? Souvenez-vous éternellement du présent que je vous fais en cette nuit : Souvenez-vous, que c'est moi qui vous l'ai laissé , et qui ai fait ce testament; qui vous ai laissé cette pâque, et qui l'ai mangée avec vous, avant que de souffrir. Si je vous donne mon corps, comme devant être, comme ayant été livré pour vous; et mon sang comme répandu pour vos péchés; en un mot, si je vous le donne comme une victime, mangez-le comme une victime; et souvenez-vous que c'est là un gage qu'elle a été Immolée pour vous. 0 mon Sauveur I pour la troisième fois , quelle netteté! quelle précision! quelle force! Mais en même temps, quelle autorité et quelle puissance dans vos paroles! Femme, tu es guérie'* : elle est guérie à l'instant. Ceci est mon corps ; c'est son corps : Ceci est mon saiig; c'est son sang. Qui peut parler en cette sorte, sinon celui qui a tout en sa main? Qui peut se faire croire, sinon celui à qui faire et parler c'est la même chose?

Mon àme, arrête- loi ici

l. Gen., XVII.

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