XX TV JOUR
Par la communion, le fidèle consommé en un avec Jésus-Christ. (Matlh., XXVI. 26.)
Ceci est mon corps^ : c'est donc ici la consommation de notre union avec le Sauveur : son corps n'est pas à lui , mais à nous : notre corps n'est pas à nous , mais à Jésus-Christ. C'est le mystère de la jouissance : le mystère de l'Epoux et de l'Epouse. Il est écrit : Le corps de l'Epoux n'est pas en sa puissaiice, mais en celle de l'Epouse^. Sainte Eglise, chaste Epouse du Sauveur; Ame chrétienne, qui l'avez choisi pour voire Epoux dans le bapLème, en foi, el avec des promesses mutuelles; le voyez-vous ce corps sacré de votre Epoux; le voyez-vous sur la sainte table où on le vient de consacrer? Il n'est plus en sa puissance , mais en la vôtre : Prenez-le, dit-il , il est à vous : C'est mon corps livré pour tous* : vous avez sur lui un droit réel. Mais aussi votre corps n'est pas à vous : Jésus le veut posséder. Ainsi vous serez unis corps à corps : et vous serez deux dans une chair, qui est le droit de l'Epouse, et l'accomplissement parfait de ce chasle , de ce divin mariage.
L'usage passe, mais le droit demeure. On n'est pas toujours dans ce chaste cmbrasscment; mais on y est de désir, on y est de droit. Ainsi, dit notre Sauveur, qui me mange demeure en moi, et moi en lui^ : il n'y demeure pas pour un moment; cette jouissance mutuelle a un effet permanent : Qui me mnnfje, qui jouit de moi, demeure cm 7noi : mais l'union est réciproque ; demeure en moi, et moi en lui. Que cette union est réelle! Que l'efTel en est liermanenl ! Le corps de Jésus-Christ est en ma puissance; j'ai reçu ce droit sacré par le baptême; je l'exerce dans l'Eucharistie; mon corps est donc a» Sauveur, comme le corps du Sauveur est à moi. Il y faut joindre un chasle el parfait amour. Comme
1. Oal.. II. 1», 20; vi. 1». 2. Aïatlh., xxvi. 20. — .3. /. Cor , ru. 4. — i Ltir ixii Vj. I r.,,r. , vi. I«. h. .Joan., vi. ."i?.
mon Père est vivant, et que je vis pour mon Père : ainsi celui qui me mange vivra pour moi* : il ne respirera que mon amour; il n'aura de vie que celle qu'il recevra de moi.
C'est aussi à quoi nous conduit le souvenir de la mort de noire Sauveur. Dans ce tendre , dans ce bienheureux , dans ce cher souvenir, l'amour de Jésus-Christ nous presse, pendant que nous pensons que si un seul est mort pour tous, tous aussi sont morts; et un seul est mort et ressuscité pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour euxmêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux^.
Prenons donc ce corps sacré avec transport, avec ce bienheureux excès dont parle saint Paul dans le même endroit : Si, dil-\P, nous sommes transportés en notre esprit, et hors de nous-mêmes , c'est pour Dieu. Oui, à la présence de ce corps, je suis hors de moi; je m'oublie moi-même; je veux jouir de l'Epoux el de lui seul. Quoi! je prendrais ce qui est uni avec Jésus-Christ , jusqu'à faire un corps avec lui; pour l'unir à une impudique, et devenir avec elle un même corps! A Dieu ne plaise"* ! Mais tout ce qui partage mon cœur, tout ce qui en ôte à Jésus-Chrislla moindre parcelle, est pour moi celte impudique qui veut m'enlever à Jésus-Christ. Que tous les mauvais désirs se retirent : Mon corps uni au corps de Jésus n'est pas pour l'impureté , mais pour Jésus-Christ , et Jésus-Christ aussi est pour mon corps'. Voici le parfait accomplissement de celle parole : l'Eucharistie nous explique toutes les paroles d'amour, de correspondance, d'union, qui sont entre Jésus-Christ et son Eglise, entre l'Epoux et l'Epouse, entre lui et nous.
Dans le transport de l'amour humain, qui ne sait qu'on se mange, qu'on se dévore, qu'on voudrait s'incorporer en toutes manières, et comme disait ce poète, enlever jusqu'avec les dents ce qu'on aime, pour le posséder, pour s'en nourrir, pour s'y unir, pour en vivre? Ce qui est fureur, ce qui est impuissance dans l'amour corporel, est vérité, est sagesse dans l'amour de Jésus : Prenez, mangez, ceci est mon corps : dévorez, engloutissez, non une partie, non un morceau, mais le tout.
Mais il faut que l'esprit s'y joigne; car qu'est-ce aussi que s'unir au corps, si on ne s'unit à l'esprit! Celui qui est uni au Seigneur, qui lui demeure attaché, est un même esprit avec lui'^. Il n'a qu'une même volonté, un môme désir, une même félicité, un même objet, une même vie.
Unissons-nous donc à Jésus, corps à corps, esprit à esprit. Qu'on ne dise point : L'esprit suflîl : le corps est le moyen pour s'unir à l'esprit; c'est en se faisant chair que le Fils de Dieu est descendu jusqu'à nous; c'est par sa chair que nous devons le reprendre pour nous unir à son esprit, à sa divinité. Nous sommes faits participants , dit saint Pierre'', de la nature divine; parce que Jésus- Christ a aussi participé à notre nature. Il faut donc nous unir à la chair que le Verbe a prise, afin que par cette chair nous jouissions de la divinité de ce Verbe, el que nous devenions des dieux, en prenant des sentiments divins.
1. Joan., 58. — 2. //. Cor., v. 14, 15. —3. Idem . 13. — 4, /j Cor., VI. 15, 16. — 5. Idem, 13. — 6. Ihid., 17. — 7. //. Pet'
LA CENE