PREMIERE PARTIE
Purifions donc notre corps et notre esprit , puisque nous devons être unis à Jésus-Christ, selon l'un et selon l'autre. Rendons-nous dignes de recevoir ce corps virginal, ce corps conçu d'une vierge, né d'une vierge. Purifiez-vous, sacrés ministres, qui nous le donnez. Que votre main, qui nous le donne, soit plus pure que la lumière; que votre bouche, qui le consacre , soit plus chaste que celle des vierges les plus innocentes. 0 quel mystère! Avec quelle pureté doit-il être célébré I Le mariage est saint et honorable entre tous; et la couche nuptiale est sans tache' ; mais elle n'est pas encore assez sainte pour ceux qui doivent consacrer la chair de l'agneau. Par celte sainte institution de la continence que l'Eglise a toujours eue en vue , les doctes le savent , depuis le temps des Apôtres, qu'elle a enfin établie, quand elle a pu , dès les premiers siècles, partout où elle a pu , et d'une manière plus particulière dans l'Eglise d'Occident, et dans celle de Rome spécialement, consacrée et fondée par les deux princes des Apôtres saint Pierre et saint Paul; l'Eglise veut préparer à ce corps vierge, à ce corps formé d'une vierge, des ministres dignes de lui, et nous donner une vive idée de la pureté de ce mystère. Prenez, mangez , ceci est mon corps; purifiez votre corps, qui le doit recevoir; votre bouche, où il doit entrer. La pureté de la bouche, c'est qu'il n'en sorte que des paroles de bénédiction; la pureté de la bouche, c'est de modérer sa langue, la tenir le plus qu'on peut dans le silence; la pureté de la bouche, c'est de désirer le chaste baiser de l'Epoux : et renoncer à toute autre joie qu'à celle de le posséder : Amen, amen.
XXVc .JOUR.
L'Eucharistie est le gage de la rémission des péchés. (Matth., XXVI. 27, 28.)
BuvEz-EN tous; ceci est mon sang, le sang de la nourelle alliance ; le sang répandu pour tous en rémission de vos péchés^. C'est ici la partie la plus étonnante du mystère, et celle aussi, comme on voit, où Jésus parle avec plus de force. Qu'il nous donne à manger la chair de son sacrifice , la chair de la pàque ; c'est la coutume ; c'est le dessein de ce sacrifice : mais jamais on n'en a bu le sang, ni celui d'aucune victime, encore qu'on eût mangé les chairs. Moïse, dit saint Paul, ayant récité devant tout le peuple toutes les ordonnances de la loi, prit du sang des victimes avec de l'eau, et en jeta sur le livre même et sur tout le peuple, en disant : C'est le sang du testametit que Dieu a déjà fait pour vous^. Voilà, ce semble, tout ce qu'on peut faire du sang des victimes, en arroser tout le peuple, mais non pas le lui donner à boire. Jésus-Christ seul va plus avant. Moïse dit, en jetant le sang des victimes sur le peuple : Ceci est le sang de l'alliance; à quoi le Sauveur regarde manifestement, lorsqu'il dit : Ceci est mon sang de la 7iouvelle alliance. C'est donc du sang en l'une et en l'autre occasion. Tout le peuple en est louché, mais différemment; car il en est touché par aspersion sous Moïse; et l'aspersion qu'ordonne Jésus c'est de le boire : c'est la bouche , c'est la langue, qui en doit être arrosée par cette aspersion : Buvez-en tous, dit-il , car c'est mon sang , le sang de la nouvelle
1. Hehr.. XIII. 3. -- 2. Multh., xxvi. 28; Mnrc, xiv. 24; Luc, XXII. 20 -- 3. £.'a;od.,xxiv; Heb., ix. 19, 20.
B — T. II
I alliance; le sang répandu en rémission des péchés*. j Cette différence des deux testaments est pleine de j mystère. Une des raisons , qui était donnée aux anciens pour ne point manger le sang, c'est à cause ! qu'il était donné, dit le Seigneur, afin qu'étant réj pandu autour de l'autel, il soit en expiation de 7ios j âmes et en propitiation pour nos péchés; et pour j cela j'ai commandé aux enfants d'Israël, et aux . étrangers qui demeurent parmi eux , de n'en manj ger point^. On leur défend de manger du sang, à cause qu'il est répandu pour la rémission des péchés : et au contraire, le Fils de Dieu veut qu'on le boive, à cause qu'il est répandu pour la rémission des péchés.
C'est par la même raison qu'il était écrit : Toute victime qu'on immolera pour expier le péché dans le sanctuaire , ne sera pas mangée , mais elle sera consumée par le feu^ : et celle observance signifiait que la rémission des péchés ne pouvant pas s'accomplir parles sacrifices de la loi; ceux qui les offraient demeuraient sous l'interdit, et dans une espèce d'excommunication , sans participer à la victime qui était offerte pour le péché. Mais , par une raison contraire, Jésus-Christ ayant expié nos âmes, et ayant parfaitement accompli la rémission des péchés, par l'oblation de son corps et l'effusion de son sang, il nous ordonne de manger ce corps livré pour nous, et de boire le sang de la nouvelle alliance, versé pour la rémission des péchés; pour nous montrer qu'elle était faite , et que nous n'avions plus qu'à nous l'appliquer.
Goûtons donc dans l'Eucharistie la grâce de la rémission des péchés, en disant avec David : Bienheureux ceux à qui leurs iniquités sont remises, et dont les péchés sont couverts. Bienheureux celui à qui le Seigneur n'impute point de péché, et qui ne s'impose point à lui-même'' , dans la pensée qu'il a qu'ils lui sont pardonnes. Et encore : Mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom. Mon âme, bénis le Seigneur, et n'oublie jmsses bienfaits. C'est lui qui remet tous tes péchés; c'est lui qui guérit toutes tes maladies.... Il ne nous a pas traités selon nos péchés ; il ne nous a pas rendu ce que méritaient nos fautes... Autant que le levant est loin du couchant, autant il a éloigné de nous nos iniquités^.
Quel repos à une conscience troublée de son crime, et alarmée de la justice divine qui le presse, de goûter dans le corps et dans le sang de Jésus la grâce de la rémission des péchés , et par là môme d'en effacer tous les restes !
Apprenons que l'Eucharistie est un remède des péchés. Si nous nous purgeons des grands, elle effacera les petits , et nous donnera de la force pour éviter et les pelits et les grands.
C'est le péché qui met la séparation entre Dieu et nous. Se purifier des péchés, c'est ôler tout empêchement , cl rendre les cmbrassemenls entre l'Epoux céleste et son Eglise, plus ardents plus purs, plus intimes.
XXVIe JOUR.
Jésus-Chrisl notre viclime et noire nourriture.
Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils
1. Matth., XXVI. 27. — 2. L<-vit., xvii. 11, 12. -- .1. Idem VI. 30. -• 4. Ps., XXXI. 1, 2 — 5. lUem, eu. 1, 2,3, 10, 11.
MKDITATIONS SUR L'KVANGILE.
unique , afin que celui qui croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle*.
Ou'osl-ce à dire, quil a tlonné son Fils unique? C'est qu'il l'a donné à la mort, ainsi qu'il avait dit auparavant : Comme Mohe a élecé le aerpent dans le désert; il faut de même que le Fils de l'homme soit életé^ :cùsl-i\-d\rù , qu'il soit élevé et mis en croix. C'est donc ainsi que Dieu a donné so)i Fils unique : il l'a donné à la mort, et à la mort do la croix.
Mais comment est-ce que Dieu a fait pour donner son Fils unique à la mort'? Le Fils de Dieu , en qui est la vie, et qui est lui-même la vie, peut-il mourir? Alin qu'il put mourir. Dieu l'a fait homme, l'a fait Fils de l'homme dune manière admirable, incompréhensible, très-véritable, très-réelle, mais singulière, qui étonne toute la nature; et par ce moyen s'est accompli ce que Dieu voulait, que le Fils de l'homme, qui est en même temps le Fils de Dieu , fut élevé à la croix , et donné à la mort pour la vie du monde.
Dieu donc a tant aimé le monde, quil a donné son Fils unique. Il l'a premièrement donné au monde , quand il s'est fait homme ; et il l'a en second lieu donné au monde , quand il l'a donné pour en être la victime. La môme chair qu'il avait prise, pour se rendre semblable à nous et s'unir à nous, il nous la donne de nouveau, en la donnant pour nous en sacrifice.
Voilà deux choses qui devaient être accomplies dans la chait de notre Sauveur : l'une que le Fils de Dieu devait venir en chair, pour s'unir à nous et nous être semblable : l'autre, que le même Fils de Dieu devait s'immoler dans la même chair qu'il avait prise, et l'offrir pour nous en sacrifice. Une troisième chose se doit accomplir en cette chair immolée; il faut encore qu'elle soit mangée pour la consommalion de ce sacrifice, en gage certain que c'est pour nous que le Fils de Dieu l'a prise et qu'il l'a offerte, et qu'elle est tout à fait à nous. C'est une troisième merveille qui doit s'accomplir dans la chair de Jésus- Christ. Comment le fera-t-il? Nous faudra-t-il dévorer sa chair, ou vive, ou morte, en sa propre espèce de nature? Et puisqu'il faut que son sang nous soit aussi bien donné à boire, que sa chair à manger; afin que donné ainsi, il nous soit en gage que c'est pour la rémission de nos péchés qu'il a été répandu; faudra-t-il avaler ce sang en sa propre forme? A Dieu ne plaise. Dieu a trouvé le moyen, que sans rien perdre de la substance de son corps el de son sang, nous les prissions seulement d'une manière différente de celle dont ils sont naturellement eiposés à nos sens. Parce moyen, nous avons toute la substance de l'un cl de l'autre; et Dieu, en nous les donnant dans une forme étrangère, nous sauve l'horreur de manger de la chair humaine, et de boire du sang humain , en leur propre forme.
Et comfnent a-t-il fait cela'? Il a pris du pain, el il a dit : Ceci est mon corps , mon vrai corps , mais sous la figure du pain ; il a pris une coupe pleine de Tin , el il a dit : Ceci est mon samj , mon vrai sang , sous la figure de ce vin dont j'ai rempli la coupe que je vous présente. Comme donc, afin que son nis éternel el immortel put mourir, il l'a fait Fils de l'homme : ainsi afin qu'on put manger œttc chair et lioire ce.«ang, il a fait ce corps, pain d'une certaine