‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 289 sur 851 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

vez croire, dit-il, tout est possible à celui qui croit^ . Remarquez : si vous pouvez croire : toute la diiïicullé est de croire ; mais si une fois vous croyez bien, tout vous est possible. Dieu entre dans les desseins de votre zèle; et sa puissance vient à votre aide. L'obstacle que vous avez à vaincre, n'est pas dans les choses que vous avez à exécuter pour Dieu : il est en vous-même; il est en votre foi : Si vous pouvez croire. Mais Dieu nous aide à croire. Je crois, Seigneur! Aidez mon incrédulité^ .

XXVIIe JOUR.

Notre Seigneur avait promis sa chair et son sang dans l'Eucharistie. (Joan., vi. 32-59.)

Pour comprendre tout le dessein du Fils de Dieu dans l'Eucharistie, il faut encore écouter ce qu'il en dit en saint Jean, vi. Nous trouverons qu'il y fait trois choses. Il y explique premièrement ce qu'il nous donne; secondement, le fruit qu'on en doit tirer; troisièmement , le moyen d'en tirer ce fruit.

Ce qu'il nous donne , c'est lui-même , et c'est sa chair et son sang : et dès qu'il en parle, les hommes s'écrient : Comment cet homme nous peut-il doîiner sa chair à manger^? L'homme raisonne toujours contre lui-même, et contre les bontés de Dieu. Quand Jésus, pour nous préparer au mystère qu'il devait laisser à son Eglise au jour de la cène , dit qu'il nous donnerait sa chair à manger et son sang à boire, les Juifs tombèrent dans trois erreurs. Ils crurent qu'il leur parlait de la chair d'un homme pur, du fils de Joseph; voilà leur première erreur : d'une chaire semblable à celle dont les hommes nourrissent leur corps; voilà la seconde : d'une chair enfin , qu'ils consumeraient en la mangeant; c'était la troisième.

Contre la première : Je suis, dit-il, le pain vivant descendu du ciel''. La chair que nous mangeons, n'est donc pas la chair du fils de Joseph; c'est la chair du Fils de Dieu , une chair conçue du Saint-Esprit, et formée du sang d'une vierge. « Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre : et la chose sainte qui naîtra de vous, aura le nom de Fils de Dieu 5. » Quod nascetur ex te sanctum. Sajictum , au substantif, pour ceux qui savent un peu la grammaire, et qui entendent la force de ce neutre , c'est-à-dire, une chose substantiellement sainte : manière de parler qui fait voir que la sainteté est substantielle en Jésus-Christ? Pourquoi? Parce que sa personne est sainte par elle-même , par la sainteté essentielle et substantielle du Fils de Dieu. Et c'est pourquoi , continue l'ange , il sera appelé le Fils de Dieu. Qu'est-ce à dire, il sera appelé : est-ce qu'il ne le sera pas essentiellement; et qu'on lui en donnera le nom par quelque figure? A Dieu ne plaise : au contraire, il le sera appelé par excellence. Le Père qui l'engendre dans l'éternité, l'engendrera dans le sein de Marie : la vertu du Très- Haut la couvrira de son ombre, s'insinuera dans son sein; et la chair que prendra le Fils de Dieu dans le sein de cette vierge, sera formée par le Saint-Esprit. Ce sera donc une chair sainte , de la sainteté du Fils de Dieu, qui se l'unit : elle sera pleine de vie , source de vie , vivante et vivifiante

1. Marc, IX. 22.-2. Idem, 23. — 3. Joan., vi.5:^. —4. Hem, 32. 33. 34, 41, 42, 43. — 5. Lttc. , i. 35.

par elle-même. Ainsi la première erreur est détruite.

Pour réfuter la seconde, qui consistait à s'imaginer que la vie que Jésus-Christ promettait par sa chair, serait celte vie commune et mortelle; il répète, il inculque, dans tout son discours, que c'est la vie éternelle, tant de l'àme que du corps, qu'il nous veut donner : La volonté de mon Père est, que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés , et que

je les ressuscite au dernier jour Qui mange de

ce pain , de cette viande céleste , de ma chair que je donnerai pour la vie du monde , vivra éternelle ment\

Pour détruire la troisième erreur des Juifs, qui s'imaginaient une chair qu'on consumerait en la mangeant, il leur dit : Celavous scandalise? Vous serez donc bien plus étonnés , quand vous verrez le Fils de l'homme monter au lieu d'où il est venu^. Comme s'il disait : On mangera ma chair, je l'ai dit; mais je n'en demeurerai pas moins vivant et moins entier. D'où il conclut : Ne vous imaginez donc pas que je vous parle d'une chair humaine à l'ordinaire, ou de la chair du fils de Joseph; ni que je vous parle d'une chair qui doive vous être donnée pour entretenir cette vie mortelle , ni par conséquent d'une chaire qui doive être mise en pièces et consumée en la mangeant ; La chair ^ en ce sens, ne sert de rien : c'est l'esprit qui vivifie : les paroles que je vous dis sont esprit et vie^. Quoiqu'il n'ait parlé, pour ainsi dire, que de sa chair, que de son sang, que de manger celle-là, que de boire l'autre; tout ce qu'il a dit est esprit, c'est-à-dire manifestement que dans sa chair, dans son sang, tout est esprit, tout est vie, tout est uni à la vie et à l'esprit ; parce que sa chair et son sang sont la chair et le sang du Fils de Dieu.

Autant donc que nous désirons la vie, autant devons-nous désirer celte chair qui nous la donne, qui la contient, qui est la vie même. Il est sorti de moi une vertu ; je l'ai senti sortir*. C'était une vertu pour guérir les corps : combien plus en sortira-t-il pour vivifier les âmes? Approchons-nous donc de celle chair, touchons-la, mangeons-la : il en sortira une vertu qui portera la vie dans nos âmes, et qui dans son temps la donnera à nos corps.

Il en est de même du sang de Jésus : ce sang est plein de vertu pour nous vivifier; car c'est le sang du Fils de Dieu : le sang du Nouveau Testament, comme il l'appelle lui-même; et c'est-à-dire, comme rinlerprèle saint PauP, le sang du Testament éternel, par lequel le grand pasteur des brebis a été tiré de la mort. Il est donc lui-même ressuscité des morts par la vertu de son sang; parce qu'il devait entrer dans sa gloire par ses souffrances. C'est par ce même sang, par ce sang du Testament et de l'alliance éternelle, que nous devons aussi hériter de son royaume , et avoir la vie éternelle. Mangeons , buvons, vivons, nourrissons-nous, unissons-nous à la vie par cette chair, par ce sang vivifiant. Il les a pris pour s'approcher de nous. Ce n'est pas aux anges qu'il a voulu s'unir ; c'est la postérité d'.ibraham, c'est la naUirchnmamG qu'il a voulu prendre. Et parce que les hommes sont composés de chair et de sang ; il a voulu aussi être composé de l'un et de

1. Joan., VI. 39, 52 et 59. — 2. Idem, 62, 63. — 3. /6id., t>4. — 4. Luc, VIII. 46. -- 5. Ilebr., xiii. 20.

MKDIÏATIONS SUR L'ÉVANGILE.

l'autre* : c'est par là qu'il s'unil à nous, et c'est par là qu'il nous sauve. Nous l'avons dit souvent , et il ne se faut point lasser de le dire : celle chair el ce sang sont devenus le lien de notre union avec lui, l'instrument de notre salut, la source de notre vie; parce qu'il les a pris pour nous; parce qu'il les a ort'erts pour notre salut; parce qu'il nous les donne encore pour nous vivifier. Allons avec une sainte avidité à celte viande céleste : tout y est esprit cl vie.

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