‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 290 sur 851 · XXVIII--' JOUR · texte numérisé non relu

XXVIII--' JOUR

La foi donne l'intelligence de ce mystère. (Joan., vi. 43-70.)

Ce n'est pas tout de savoir quel don nous recevons de Jésus-Christ, il faut encore apprendre de lui deux choses très-nécessaires , dont l'une est le fruit que nous en devons retirer, et l'autre est le moyen de le recevoir. Tout cela nous est expliqué dans le même chapitre vi que nous avons commencé. Mais ce qu'il y faut d'abord entendre , c'est que Dieu seul nous en peut donner l'intelligence ; conformément à cette parole « Ne murmurez point entre vous : personne ne peut venir à moi , si mon Père, qui m'a envoyé ne le tire^. » Alîn donc de venir à Jésus, el pénétrer ses paroles , il faut être tiré par le Père. Et qu'est-ce qu'être tiré par le Père, sinon être enseigné de Dieu comme ajoute le Sauveur : « Il est écrit dans les prophètes : Us seront tous enseignés de Dieu. Ceux qui ont ouï la voix de mon Père, et qui ont appris ce qu'il leur enseigne, viennent à moi^. » Ainsi être tiré de lui , c'est écouter sa voix , et être enseigné par la douce et toute-puissante insinuation et inspiration de la vérité. Quand on est instruit de celle sorte, on ne murmure point de ses paroles; on les entend ; on les goîile : et c'est pourquoi il dit à la fin : « Il y en a parmi vous qui ne croient point; et c'est pour cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s'il ne leur est donné par mon Père ''. » Celui-là donc est tiré à Jésus-Christ , à qui il est donné de croire. Le Père nous lire à Jésus-Christ, quand il nous inspire la foi. Je crois , Seigneur, je crois ; je ne suis pas de ceux qui veulent se retirer de vous, à cause de la hauteur de vos paroles : au contraire, je suis de ceux qui vous disent avec saint Pierre : « Maître, à qui irions-nous? vous avez des paroles de vie éternelle : nous avons cru et connu que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu'^. » Croyez donc el connaissez : croyez premièrement comme vrai enfant de l'Eglise, docile et soumis, et vraiment enseigné de Dieu. Après avoir été enseigné de Dieu , et avoir été doucement tiré à la foi, vous le serez encore à l'inlelligcnce, autant qu'il est nécessaire pour confirmer votre foi; et vous direz en tonte occasion, mais particulièrement dans la communion :.« Nous avons cru et connu que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu». » Ce n'est pas assez; au jour suivant nous irons plus loin s'il plaitàDieu. Prions le Père de Jésus-Christ, qui a bien voulu être le nôtre, qu'il nous lire, qu'il nous enseigne au dedans, qu'il nous fasse entendre sa voix el pénétrer sa parole.

I. ftrb.. II. U , Itt. — 2. Joan., vi. 43, 41. — '.i. Idn 4. IhU ,t&.(A. — T.. Ihid., ffJ.lO. — 6. /I4<1., 70.

m, iô. —

XXI Xo JOUR.

La Mie élernelle est le fruit de l'Eucharistie. (Joan., VI. 26, 35, 47.)

Le môme chapitre. Nous y devons Irouver deux choses : la première est le fruit spirituel que nous devons tirer de l'Eucharistie : la seconde est le moyen d'en tirer ce fruit. Pour le fruit, il est aisé de l'entendre : ce fruit est de nous détacher de la vie, et de nous attacher à Dieu. C'est sur quoi Jésus-Christ s'explique clairement par ces paroles : En vérité, en vérité je vous le dis : vous me cherchez, non point parce que vous avez vu des miracles; mais parce que vous avez mangé des pains que j'ai multipliés dans le désert, et que vous en avez été nourris. Travaillez , non point à la nourriture qui périt, mais à celle qui ne périt pas , que le Fils de l'homme vous donnera : car c'est celui que le Père céleste vous a désigné, en imprimant , sur lui son sceau et son caractère', el en confirmant sa doctrine et sa mission par tant ^e miracles. Vous vous expliquez, mon Sauveur! Voire dessein est de nous détacher de la nourriture et de la vie périssable, qui fait tous nos soins, à laquelle nous travaillons toute l'année; et transporter notre diligence et noire travail à la nourrilure el à la vie qui ne périt point. Enseignez-moi , mon Sauveur : tirezmoi de celle manière admirable, qui fait qu'on va à vous : dégoùtez-moi de tous les soins qui n'aboutissent qu'à vivre pour mourir : failes-raoi goûter cette vie où l'on ne meurt jamais.

Quel miracle faites-vous, api que nous croyions, en vous^? Que faites-vous de si merveilleux? Il est vrai, vous nous avez rassasiés de pain dans le désert. Mais ce pain est-il comparable à la manne que Moïse a donnée à nos pères, de laquelle il est écrit : Il leur a donné à manger le pain du ciel. Le pain que vous nous avez donné était le pain de la terre : et il y a autant de difi'érence entre vous et Moïse, qu'il y en a entre la terre et le ciel.

On voit clairement par ce discours, qu'ils ne songeaient qu'aux moyens de sustenter cette vie mortelle; et que ce n'était pas sans raison, que Jésus- Christ leur avait reproché leurs désirs charnels. Car ils ne portent point leur pensée plus loin que la manne, dont leurs corps furent nourris dans le désert; ni ils ne connaissent d'autre ciel, que les nuées d'où elle leur avait été envoyée; sans songer qu'elle n'avait été appelée le pain du ciel , et le pain des anges, qu'en figure de Jésus-Christ, qui leur devait apporter la vie éternelle. Il se sert donc de l'expression dont l'Ecriture se sert pour relever la merveille de la manne, à élever les esprits au vrai pain des anges, à la vérité qui les rend heureux, et (jui s'étanl incarnée s'est rendue familière et sensible aux hommes pour les faire vivre.

Il leur dit donc qu'il est descendu du ciel; que qui vient à lui n'a jamais faim, et que qui croit en lui n'a jamais soif; qu'il est par conséquent le vrai pain^, la vraie nourriture des âmes, qui viennent à lui par la foi; qu'il ne faut pourtant pas que les ! hommes espèrent de le pouvoir atteindre par sa divinité, ni de s'y unir en elle-même; que c'est un objet trop haut pour une nature pécheresse et livrée aux sens corporels; qu'il s'est fait homme pour

1 . Joan., VI. 26,27. — 2. Hem, 30, 31 . — 3. Ihid., vr. 33, 35, 48.

LA CÈNE. — PREMIÈRE PARTIE

s'approcher d'eux; que la chair qu'il a prise est le seul moyen qu'il leur a donné pour s'unir à lui; et que pour cela il l'a rempUe de la divinité même , par conséquent d'esprit et de grâces, ou, comme parle saint Jean , de grâce et de vérité , et ailleurs : l'esprit ne lui est pas donné avec inesure : et nous avons tous reçu de son esprit'; que de là donc il s'ensuit, que nous avons en lui la vraie vie, la vie éternelle, la vie de l'àme et du corps : et non pas précisément en lui comme Fils de Dieu, mais en lui comme Fils de l'homme : car c'est par là qu'il commence. Travaillez à vous préparer la nourriture qui vous sera donnée par le Fils de l'homme : pourvu que vous le croyiez en même temps le pain descendu du ciel, c'est-à-dire le Fils de Dieu; et que vous croyiez que sa chair, par laquelle il veut vous vivifier, est pleine d'esprit et de vie.

Ainsi la fin où il veut venir, est de nous faire vivre, mais de la vie éternelle, et selon l'àme et selon le corps : c'est, dit-il , la volonté de mon Père, que je ne perde rien de ce que mon Père m'a donné, et que, pour donner la vie au corps comme à l'àme, je le ressuscite au dernier jour; et encore : Vos pères ont mangé la manne , et sont morts : celui qui mangera de ce pain, vivra éternellement^.

C'est donc là le fruit de l'Eucharistie; elle est faite pour contenter le désir que nous avons de vivre : et cela, pour nous donner la vie éternelle, dans l'àme , par la manifestation de la vérité ; et dans le corps, par la glorieuse résurrection. Seigneur, qu'ai-je à désirer, de vivre : de vivre en vous , de vivre pour vous , de vivre de vous et de votre éternelle vérité, de vivre tout entier, de vivre dans l'àme , de vivre même dans le corps ; de ne perdre jamais la vie; de vivre toujours! j'ai tout cela dans l'Eucharistie; j'y ai donc tout, et il ne reste qu'à jouir.

XXXe JOUR.

Désir insatiable de rEucharistie. (Joan., vi, 34, 40, 47.)

Seigneur, donnez-nous toujours ce pain^ : ce pain dont vous avez dit, qu'il donne la vie éternelle. C'est ce que disent les Juifs : et ils expriment par là le désir de toute la nature humaine, ou plutôt de toute la nature intelligente. Elle veut vivre éternellement : elle veut ne manquer de rien; en un mot, elle veut être heureuse. C'est encore ce qu'exprimait la Samaritaine , lorsque Jésus lui ayant dit : 0 femme ! celui qui boit de l'eau qne je donne n'a jamais soif ; elle répond aussitôt : Seigneur, donnez-moi cette eau, afin que je n'aie jamais soif, et que je ne sois pas obligée à venir ici puiser de l'eau'', dans un puits si profond , avec tant de peine. Encore un coup, la nature humaine veut être heureuse; elle ne veut avoir ni faim ni soif; elle ne veut avoir aucun besoin , aucun désir à remplir, aucun travail, aucune fatigue : et cela, qu'est-ce autre chose, sinon être heureuse? Voilà ce que veut la nature humaine , voilà son fond. Elle se trompe dans les moyens; elle a soif des plaisirs des sens; elle veut exceller; elle a soif des honneurs du monde. Pour parvenir aux uns et aux autres, elle a soif des richesses; sa soif est insatiable : elle.jirmande toujours, et ne dit jamais : C'o<^* - „ „ . ,

*" *' , ... .19, 40, .59.-3. /tjd.,

1. Joan.,1. 14, 10; m. 34. — ?a,"15. ' VI. 34. — 4. IbiiL, IV '-

jours plus et toujours plus. Elle est curieuse; elle a soif de la vérité; mais elle ne sait où la prendre , ni quelle vérité la peut satisfaire : elle en ramasse ce qu'elle peut par-ci par-là, par de bons, par de mauvais moyens : et comme toute àme curieuse est légère, elle se laisse tromper par tous ceux qui lui promettent cette vérité qu'elle cherche. Voulezvous n'avoir jamais faim, jamais n'avoir soif? venez au pain qui ne périt point, et au Fils de l'homme qui vous l'administre; à sa chair, à son sang, où est tout ensemble la vérité et la vie; parce que c'est la chair et le sang, non point du fils de Joseph, comme disaient les Juifs, mais du Fils de Dieu. 0 Seigneur, donnez-moi toujours ce pain! Qui n'en serait affamé? qui ne voudrait être assis à votre table? qui la pourrait jamais quitter?

Mais pour nous piquer davantage du désir d'en approcher, Jésus-Christ nous dit, que ce n'est pas une chose aisée ou commune. Il faut être aimé de Dieu, louché, tiré, prévenu, choisi. Voyez combien de ses auditeurs s'en éloignent ! combien murmurent; combien se scandalisent! Ses disciples mêmes se retirent d'avec lui; il y en a même parmi ses apôtres, qui ne croient pas. Plus ces infidèles se rebutent, plus les vrais disciples doivent s'approcher. Venez; écoutez; suivez le Père qui vous tire, qui vous enseigne au dedans, qui vous fait sentir vos besoins , et en Jésus-Christ le vrai moyen de les rassasier. Mangez, buvez, vivez, nourrissezvous, contentez-vous, rassasiez-vous. Si vous êtes insatiables, que ce soit de lui, de sa vérité, de son amour : car la Sagesse éternelle dit en parlant d'elle-même : « Ceux qui me mangent auront encore faim , et ceux qui me boivent auront encore soif. » Hé! nous venons entendre de sa bouche : « Celui qui boit de l'eau que je donnerai, n'aura jamais soif^; » et encore : « Celui qui vient à moi, n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif ^. » Il n'aura jamais ni faim ni soif d'autre chose que de moi; mais il aura une faim et une soif insatiables de moi : et jamais il ne cessera de me désirer. En même temps qu'il sera insatiable, il sera néanmoins rassasié; car il aura la bouche à la source : « Les fleuves d'eau vive lui sortiront des entrailles. L'eau que je lui donnerai, deviendra en lui une source d'eau jaillissante pour la vie éternelle'*. » Il aura donc toujours soif de ma vérité; mais aussi il pourra toujours boire, et je le mènerai à la vie , où il n'aura plus même à désirer; parce que je le réjouirai par la beauté de ma face , et je remplirai tous ses désirs. Venez donc , Seigneur Jésus, venez; VEsprit dit toujours : Venez. L'Epouse dit toujours : Venez. Vous tous qui écoutez, dites : Venez; et que celui qui a soif, vienne : vienne qui voudra recevoir gratuitement l'eau vive'\ Venez; on n'exclut personne : venez : il n'en coûte rien, il n'en coûte que le vouloir. Vicndrp 'temps, qu'on ne dira plus : Vene7 'J^ement • Epoux tant désiré sera venu . p'- V-^ , , ;"« besoin de dire : Ven--^^ ^ccoiiiph ^.^^^f^ '^ ■ Amen il e=t - 'J'en fait toutes choses ; il a fait tout lonrirn 'avait promis; et il n'y a plus qu'à le louer.

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