‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 291 sur 851 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

XXXIo JOUR.

youveaux munnurateurs capharnaites. (Joan., vu. G4.)

Écoutons un peu nos murmuraleurs ; je ne dis pas ceux du peuple Juif, les Capliarnaites, el les autres dont il est parlé dans saint Jean. Ecoulons les murmurateurs chrétiens, qui font semblant de s'éloigner du sentiment des murmurateurs de Capharnaiun , et qui disent : Nous ne leur ressemblons pas. S'ils avaient compris que ce manger et ce boire, dont le Sauveur leur parlait, étaient la foi; ils n'auraient pas murmuré, ils n'auraient pas à la fin abandonné Jésus-Christ. Ainsi tout le dénouement, c'est qu'il faut avoir la foi, et que tout le reste ne sert de rien : conformément, disent-ils, à cette dernière explication du Sauveur : « C'est l'esprit qui vivifie : la chair ne sert de rien : les paroles que je vous dis , sont esprit et vie '. »

Mon Sauveur, je ne suis pas ici recueilli devant vous pour disputer, ni pour faire controverse; mais comme vous ne permettez pas en vain les hérésies, el que vous voulez tirer des contradicteurs un plus grand éclaircissement de vos vérités , j'écouterai les murmures des hérétiques, pour mieux entendre, pour mieux goûter votre vérité. Ils sont , Seigneur, je le crois, ils sont vraiment, quoi qu'ils disent, de nouveaux Capharnaïtes, qui viennent étourdir votre Eglise douce et modeste, et vos enfants qui ne sont pas disputeurs, ni contentieux, mais lidèles, du bruit de cette question : Comment celui-ci nous peut-il donner sa chair à manger^? Et ils répondent hardiment : Il ne le peut pas, au pied de la lettre : il faut entendre spirituellement, c'est-àdire, selon leur pensée , il faut entendre figurémenl tout ce discours. Qu'on est grossier, continuent-ils, de préparer autre chose que la foi et que l'esprit pour manger votre chair et votre sang! Ecoulons donc ces hommes si spirituels, si élevés, qui regardent avec dédain votre humble troupeau, parce qu'il croit simplement à votre parole, et ne cherche point à en détourner le sens ni la force , pour contenter sa raison. Donnez-moi la grâce, ô Seigneur ! de découvrir leurs vaines subtilités, et les pièges qu'ils tendent aux ignorants, qui en même temps sont superbes. Car ils passent jusqu'à cet excès de nous prendre pour de vrais Capharnaïtes, à cause que nous ne voulons pas croire avec eux, qu'avoir dit que c'est l'esprit qui vivifie, c'est avoir dit qu'on ne mange votre chair, et qu'on ne boit votre sang que par la foi. Voici donc leur explication : La chair ne sert de rien , c'est-à-dire , qu'il ne sert de rien de manger réellement votre chair : Mes paroles sont esprit et vie , c'est-à-dire, tout ce que j'ai dit de ma chair et de mon sang n'est qu'une figure. Voilà, Seigneur, ce qu'ils disent; mais je ne vois point tout cela dans votre Evangile. Je le vais re- 'ire , Seigneur, et en peser de nouveau toutes les paroles ; ©t j'espère non-seulement croire toujours d une ferme foi, «4»tanif; je le crois; mais encore entendre clairement, sTir^,*,^ j^^ que ces murmurateurs se trompent; HU n»"***.i,.Vn, ^|jj.g ^.f, que vous ne dites pas. Mais, Seigneuiv^ à un autre temps celle humble lecture : aujoun j'ai a?j-ez gagné de m'èlre humilié, el d'avoir soumis mon esprit à la foi de votre Eglise catholique.

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