PREMIERE PARTIE
Ijressamment, qu'il a fait son incarnation; nous enseignant clairement par là que nous devons aussi réellement manger sa chair et boire son sang, qu'il les a pris l'un et l'autre : et c'est là notre salut, c'est notre vie; car par ce moyen il ne prend pas seulement en général une chair humaine; il prend la chair de chacun de nous, lorsque chacun de [nous reçoit la sienne. Alors il se fait homme pour nous, il nous applique son incarnation : et , comme disait saint Hilaire, il ne porte , il ne prend la chair que de celui qui prend la sienne : il n'est point notre Sauveur, et ce n'est point pour nous qu'il s'est incarné, si nous-mêmes nous ne prenons la chair qu'il a prise. Ainsi l'œuvre de notre salut se consomme dans l'Eucharistie , en mangeant la chair du Sauveur. Il y faut apporter la foi; car c'est par là qu'il commence : il faut croire en Jésus-Christ, qui donne sa chair à manger; comme il faut croire à Jésus- Christ descendu du ciel, et revêtu de cette chair. Ce n'est pourtant pas la foi qui fait que Jésus-Christ est descendu du ciel , et a paru en chair : ce n'est non plus la foi qui fait que cette chair est donnée à manger. Croyons ou ne croyons pas, cela est : croyons ou ne croyons pas, Jésus-Christ est descendu du ciel en chair humaine : croyons ou ne croyons pas, Jésus-Christ donne à manger la même chair qu'il a prise; car il est dit absolument : Ceci est mon corps*; et non pas : Ceci le sera, si vous y croyez; comme il est dit absolument : Le Verbe a été fait chair-; le Verbe est descendu du ciel en terre; et non pas : Il est fait chair par votre foi; et il descend du ciel si cous y croyez. 0 vérité de la chair mangée ! je vous crois , comme je crois la vérité de la chair prise par le Fils de Dieu , la vérité du Fils de Dieu descendu du ciel. Mon Sauveur, avec quelle force vous me confirmez votre incarnation! Ah! celui qui ne croit pas qu'on reçoit réellement votre propre chair, en sa propre et véritable substance, ne croit pas comme il faut que vous l'avez prise; et il n'a point de part au pain de vie.
XXXIIP JOUR.
Présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. (Joan., VI. 54-57 ; Matlh., xxvi. 20-28.)
« Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme : Prenez , mangez : ceci est mon corps : Si vous ne buvez son sang : buvez-en tous : Ceci est mon sang. » De dire qu'il n'y ait pas un rapport manifeste dans ces paroles; que l'une n'est pas la préparation et la promesse de l'autre; et que la dernière n'est pas l'accomplissement de celle qui a précédé : c'est vouloir dire que Jésus-Christ, qui est la sagesse éternelle, parle et agit au hasard. Visiblement il a parlé en saint Jean , chapitre vi, pour préparer l'institution de l'Eucharistie. Il a dit en saint Jean : « Travaillez à la nourriture que le Fils de l'homme vous donnera; » et encore : « Et le pain que je donnerai, c'est ma chair que je donnerai pour la vie du monde'. » Il la donnera, dit-il; c'est visiblement une préparation, et une promesse, avec laquelle il ne faut pas s'étonner que l'institution et l'exéculion aient un rapport si manifeste : autrement on pourrait dire de môme, que lorsqu'il est descendu dans le Jourdain , et que le Saint-Esprit y est descendu sur