‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 295 sur 851 · Lue., t. 45. — 2. Mauh., v. 30; Luc., viii · texte numérisé non relu

Lue., t. 45. — 2. Mauh., v. 30; Luc., viii

foi et selon l'esprit. C'est ainsi que pensent ceux qui disent : Manger le corps, boire le sang , par la bouche simplement, ce n'est rien ; et la vertu ne sort que lorsqu'on mange et qu'on boit avec foi : donc il ne faut entendre ici que la seule foi : et pour tirer la vertu qui est dans le corps et dans le sang de Jésus , on n'a pas besoin de joindre ces deux choses ensemble; c'est à, savoir, d'un côté, manger et boire selon le corps; et de l'autre, s'y unir avec la foi. Je me perds , mon Sauveur! je me perds, encore un coup; non point dans la hauteur de vos mystères; car je les crois sans les comprendre, et je ne vous demande pas , à l'exemple des incrédules, comment vous pouvez les accomplir. Mais je me perds dans l'égarement des hommes , et dans la perversité de leurs voies; parce que je vois qu'ils aiment mieux raffiner sur vos paroles, pour en éluder la force, que d'y croire simplement et de vivre.

XXX Ve JOUR.

Manger le corps , et boire le sang de Jésus-Christ , c'est y participer véritablement et réellement. (Ibid.)

Tout ceci , dites-vous, n'est que mystère et allégorie : manger et boire , c'est croire : manger la chair, et boire le sang, c'est les regarder comme séparés à la croix, et chercher la vie dans les blessures de notre Sauveur. Si cela est , mon Sauveur, pourquoi ne parlez-vous pas simplement, et pourquoi laisser murmurer vos auditeurs jusqu'au scandale et jusqu'à vous abandonner, plutôt que de leur dire nettement votre pensée?

Quand le Sauveur a proféré des paraboles , quoique beaucoup moins embrouillées que cette longue allégorie qu'on lui attribue, il en a si clairement expliqué le sens, qu'il n'y a plus eu à raisonner ni à questionner après cela : et si quelquefois il n'a pas voulu s'expliquer aux Juifs, qui méritaient par leur orgueil qu'il leur parlât en énigme, il n'a jamais refusé à ses apôtres une explication simple et naturelle de ses paroles ; après laquelle personne ne s'y est jamais trompé. Ici , plus on murmure contre lui, plus on se scandalise de si étranges paroles; plus il appuie , plus il répète, plus il s'enfonce, pour ainsi parler, dans l'embarras et dans l'énigme. Il n'y avait qu'un mot à leur dire; il n'y avait qu'à leur dire : Qu'esl-ce qui vous trouble? Manger ma chair, c'est y croire; boire mon sang, c'est y penser : et tout cela n'est autre chose que médiler ma mort. C'était fait; il n'y restait plus de difiîcullé; pas une ombre. Il ne le fait pas néanmoins; il laisse succomber ses propres disciples à la tentation et au scandale, faute de leur dire un mol. Cela n'est pas de vous, mon Sauveur; non cela assurément n'est pas de vous; vous ne venez pas troubler les hommes par de grands mots qui n'aboutissent à rien ; ce serait prendre plaisir à leur débiter des paradoxes seulement pour les étourdir.

Quand le Sauveur eut prononcé celte sentence : Ce qui enlre dans la bouche n'est pas ce qui souille V homme, mais ce qui en sort* : ses apôtres lui vinrent dire : « Savez-vous bien que celle parole a j scandalisé les pharisiens? » — Laissez-les, dit-il, ce I .<ionl des aveugles et des conducteurs d'aveugles. Mais pour ses apôtres, il leur expliqua tellement

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