‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 298 sur 851 · XXXVIII» JOUR · texte numérisé non relu

XXXVIII» JOUR

Scandale des disciples. (Joan., vi. 60, 61, 62, et seq.)

« JÉSUS dit ces choses à Capharnaûm dans la synagogue. Plusieurs de ses disciples dirent donc : Cette parole est dure : qui la peut ouïr. Et Jésus sachant en lui-même que plusieurs de ses disciples murmuraient, » il leur dit : « Ceci vous scandalise? Si donc vous voyez le Fils de l'homme remonter où il était auparavant? C'est l'esprit qui vivitie : la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous dis, sont esprit et vie : mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. Car dès le commencement, Jésus savait qui étaient ceux qui ne croyaient pas, cl qui était celui qui le devait trahir. El pour cela, » continuait-il, « je vous ai dit, que personne ne peut venir à moi, s'il ne lui est donné par mon Pôre^. »

Voilà les paroles où l'on prétend que Jésus tempère son discours. Vous croyez que vous me mangerez de votre bouche : mais il n'en sera pas ainsi ; car vous me consumeriez, et je ne pourrais pas retourner entier et vivant au ciel , d'où je viens. Vous vous attachez à ma chair et à mon sang; vous croyez, pour avoir la vie, qu'il la faut manger, qu'il le faut boire au pied do la lettre; mais c'est l'esprit qui vivifie, ce n'est point la chair : au contraire elle ne

\ . I. Cor., I. 2'). —2. Joon. vi. 00, cl seq.

LA CÈNE. — PREMIÈRE PARTIE

sert de rien. Les paroles que je tous dis, sont esprit et vie; ce n'est donc point chair et sang, comme vous pensez; tout est tigure et allégorie dans mon discours : et il n'y a rien à prendre au pied de la lettre. Ainsi tout est apaisé; le scandale s'évanouit, les murmures cessent. Lisons pourtant ce qui suit, et voyons.

« Dès lors plusieurs de ses disciples se retirèrent de sa suite, et n'allaient plus avec lui^ » Dès lors : nous avons lu ces paroles jusques au t. 66; et sans interruption, celles qui suivent dans le t. 67, contiennent ce qu'on vient d'entendre : dès loi^s : depuis ces paroles qui levaient, à ce qu'on prétend, la difficulté, et qui étaient le scandale, plusieurs de ses disciples se retirèrent, et n'allaient plus à sa suite. Les voilà perdus; qu'est-ce qui les obligeait à se retirer? Est-ce à cause qu'il avait dit : Personne ne peut venir à moi, s'il ne lui est donné par mon Père ^ ? Mais il l'avait déjà dit , sans que personne s'en fût allé; et il remarque lui-même, qu'il ne fait que le répéter. Est-ce à cause qu'il avait d'il : IL y en a parmi vous qui ne croieiit pas? ce n'est pas de quoi s'en aller; et il n'y a rien là de si incroyable ni de si rebutant : car il n'en blâmait que quelques-uns, et ce n'est pas là de quoi rebuter les autres. Ainsi, ce qui les rebute, c'est précisément ce qui précède : Que sera-ce, si je retourne dans les cieux^? et : C'est l'esprit qui vivifie. Voilà, dis-je, ce qui rebute : c'est ce qu'on veut qu'il ait dit pour prévenir le rebut , c'est cela précisément qui le cause; tant Jésus s'est bien expliqué; tant il a levé le scandale. Cela n'est pas, mon Sauveur. Ce n'est pas vous qui vous expliquez mal; à Dieu ne plaise; ce sont nos murmurateurs et nos incrédules, qui donnent un mauvais sens à vos paroles.

XXXIXe JOUR.

Quel est le sujet de ce scandale. (Joan., vi. 61, 62, 63).

Cela vous scandalise? Que sera-ce donc, si je m'en retourne au ciel, d'où je viens''? Vous vous scandalisez de m'entendre dire que vous mangerez vraiment ma chair, et que vous boirez vraiment mon sang; que sera-ce donc, si avec cela je vous dis encore que je retournerai entier et vivant au ciel où je suis? Il n'y a rien de fort merveilleux que celui dont on ne mange la chair et dont on ne boit le sang qu'en croyant en lui, et en méditant sa mort, s'en retourne au ciel tout entier et tout vivant. L'esprit n'a pas accoutumé de démembrer sa nourriture, c'est-à-dire son objet; la foi ne consume pas ce qu'elle s'approprie; c'est le manger qui fait cet elTel : et ce qui étonne les Capharnaïtcs, c'est de leur apprendre qu'il ne le fait pas à cette fois. Ils ne songent donc pas seulement que le manger et le boire , au pied de la lettre, soit retranché du discours du Fils de Dieu; ni que tout cela soit réduit à méditer et à croire. Car l'ascension du Sauveur n'y serait pas contraire ; et on ne s'avisera jamais qu'un manger et un boire métaphoriques, empochent un homme d'aller où il voudra, ni môme au ciel, s'il y peut parvenir. Mais de croire qu'on mange, au pied de la lettre, la chair de cet homme, et que cependant après cela, il monte au ciel tout entier;

1. Joan., VI. C7. —2. Idem, Gj, 60. — 3. Ibid., 03, 64. — 4. Ibid., 62, 63.

c'est ajouter au discours une nouvelle difficulté qui passe toutes les autres. On peut bien s'imaginer qu'on dévore un homme et qu'on vive de sa chair. Mais qu'on la mange et qu'on en vive , et qu'elle demeure entière jusqu'à être avec cela portée dans le ciel, c'est dire que cette chair est indivisible et inconsomptible; qu'on la donne d'une manière spirituelle, surnaturelle, invisible, incompréhensible, et tout ensemble réelle et substantielle; car autrement ce ne serait rien, et il ne faudrait pas étourdir le monde par cette emphase de mots , ni alléguer la réalité de l'ascension , pour expliquer une métaphore. C'est pourquoi à ces mots ils se retirent. Cette nouvelle difficulté les pousse à bout; et ils ne peuvent plus porter la hauteur de ce mystère.

Ah! qu'on fait tort au Sauveur, quand on mesure ses paroles au sens humain. Tout ce qui est à moi, est à vous : tout ce qui est à vous , est à moi ' . Personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils : personne ne connaît le Fils , si ce n'est le Père^. Tout ce que le Père fait , non-seulement le Fils le fait; mais encore il le fait seinblablement^ . Comme le Père a la vie en soi, ainsi le Fils a la vie en soi^. Qui me voit, voit mon Père. Moi et mon Père ce n'est qu'un^. Le Fils est Dieu : il est le vrai Dieu : il est le Dieu béni au-dessus de tout : celui par qui tout est fait'^. Tout cela n'est rien, nous dit-on; il est Dieu en représentation : Dieu et lui ce n'est qu'un en affection et en concorde. Et poiîrquoi donc ces grands mots, s'il en fallait tant rabattre, et les rabattre, et les réduire enfin à des choses si intelhgibles. Mon Sauveur! vous et vos apôtres vous n'êtes pas venus étourdir le monde par un langage prodigieux : et parce que vous n'êtes pas venus pour l'étourdir, ceux qui énervent ainsi vos paroles sont venus pour le tromper.

De même, dire avec tant de force : Si vous ne mangez ma chair, si vous ne buvez mon sang'' : le répéter quatre et cinq fois, et le répéter d'autant plus qu'on le trouve plus étrange ; et après l'avoir tant répété, et avoir rebuté le monde qui ne le voulait pas croire , en venir encore à l'effet , et dire aussi crûment, aussi durement : Prenez , mangez ; ceci est mon corps : buvez ; ceci est mon sa7ig : ce même corps donné pour vous : ce même sang répandu à la croix^ : il le faut croire; et croire encore avec tout cela, qu'on ne les consume point en les mangeant; et que je suis dans le ciel en mon entier, avec tout ce que j'ai pris de l'homme, et la nature humaine tout entière; ou cela est vrai, au pied de la lettre, ou tout cela est inventé pour mettre le trouble et la division dans le monde. Que Dieu fasse des choses hautes , incompréhensibles ; il n'y a rien là au-dessus de lui : que le monde en soit rebuté, et résiste à une si haute révélation , c'est le naturel de l'homme animal. Mais qu'on accable les esprits de difficultés , qui ne sont que dans le langage : que tout soit exagération, et qu'il en faille venir à tout rabaisser à la capacité du sens humain : cela n'est pas. Que ceux-là le croient, qui veulent nous ôter la vérité simple des paroles de Jésus-Christ , et ré duire à rien son Evangile.

1. Joan., xvii. 10. — 2. Luc, x. 22. — 3. Joan., v. 19. — 4. Idem. 26. — 5. Ibid., xiv. 9. 10; x. 30. — 6. Ibid., i. 1, 34, 4<J; nom., ix. 5; Joan., i. 3; Hebr., i. 2, 3. 4, 5, 6, 8, 9, 13; Act., XIII, 33. — 7. Joan., v. 54, 53, 56, 57. — 8. Matt/i., xxvi. 26, 27, 28; LiK., xxii. 19, 20.

MKDITATIONS SUR LÉVANGILI-:.

XL'- JOl K.

Quelle fut l'mcrMuliU des Capharnaïtes. (Joaii.. vi. 41, 43, 50, 51, et soq.)

C'est l'esprit qui rjrj/fe.doiic la chair ne vivilie pas. Si cola est, il ne fallait pas dire : Le pain que je donnerai , c'est ma chair que je donnerai pour la rie du monde; ni : Celui qici mange ma cliair, et qui boit mon sang, aura la cie éternelle. La chair ne sert de rien : si cela veut dire que la chair de Josus-Christ ne sert de rien, il n'en fallait donc pas parler avec tant d'avantage. Les paroles que je vous dis sont esprit et vie : si cela veut dire qu'il ne faut pas s'attacher à la chair et au sang; il n'était pas besoin d'en parler tant, ni de tant obliger à les manger et à les boire : et si tout cela voulait dire qu'il ne fallait les manger et les boire qu'en esprit, il ne fallait point tant inculquer des paroles qui portaient visiblement à de contraires idées. Il y a donc ici un autre sens, qui a frappé les Capharnaïtes. Si la chair de Jésus-Christ donne la vie , et que l'esprit vivilie aussi; c'est donc que celte chair est remplie d'un esprit vivifiant : et si cela est, quand Jésus-Christ dit que la chair ne sert de rien , ou il ne l'entend pas de sa chair, ou si c'est de sa chair qu'il veut parler, il veut dire que sa chair ne sert de rien en la prenant toute seule; mais qu'il la faudra prendre avec l'esprit dont elle est pleine. El lorsqu'il clteclut de là que ses paroles sont esprit et vie, après avoir tant parlé de chair etdesang; c'est dire que cette chair et ce sang sont eux-mêmes esprit et vie, tout remplis de divinité, de l'esprit de Dieu , et de la vie de la grâce : et de plus , qu'il les faut mangor d'une manière qui passe les sens, d'une manière divine qui ne les consume ni ne les altère, mais qui les laisse tout entiers pour le ciel , comme on a vu. Enfin ne paraissant rien dans tout ce discours, de ce manger en figure, de ce boire en allégorie qu'on y veut trouver; ni rien par conséquent qui doive obliger à renoncer au manger et au boire au pied de la lettre; mais seulement à entendre qu'il faut manger cette chair, et boire ce sang, comme pleins d'esprit et de vie, d'une manière si haute cl si divine : il s'ensuit que le Fils de Dieu n'a point tempéré, mais plutôt fortifié ce qu'il avait dit : d'où vient aussi qu'à ce coup les Capharnaïtes l'abandonnent, et ne veulent plus marcher dans sa compagnie.

Qui ne serait étonné du progrès de leur incrédulité , et ne le regarderait avec frayeur? Quand Jésus-Christ leur dit qu'il était descendu du ciel , ils commencent à murmiirer, et ils disent : N'est-ce pas ici le fils de Joseph? Et comment donc se dit-il descendu du ciel'. Quand il enfonce plus avant, el qu'il dit que la nourriture qu'il leur veut donner à manger est sa chair qu'il donnera pour la vie du monde, ils disputent les uns contre les autres, en disant : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger^? Ce qui marque des gens encore irrésolus , et plutôt ébranlés que déterminés à le quitter. Il poursuit, et il leur dit si alTirmativemenl el si souvent qu'il faudra manger et boire son corps et son sang, qu'ils ne voient aucun moyen de s'en dispenser; ce qui leur fait dire : Cette parole est dure : qui pourrait l'entendre^ ? Par où ils se précipitent dans un scandale formel , et dans une incré-

1. JoaH., VI. 42. — 2. /dem., 53, et »eq. — 3. Ibid., vi. Cl.

dulité déclarée. Cependant ils ne s'en vont pas encore : ils attendent s'il viendra enfin quelque sorte d'adoucissement. Mais Jésus-Christ leur ayant dit, pour toute expricalion, qu'ils ne se trompaient qu'en ce qu'ils croyaient manger sa chair el boire son sang d'une manière qui les consumât, et que d'ailleurs ils n'enlendaicnl pas de quel esprit elle était pleine, ni la façon incompréhensible dont il voulait les leur donner; ils voient tout poussé à bout , et la dureté qui troublait leur sens et scandalisait leurs esprits, portée au comble : si bien que ne pouvant la porter, ils renoncent tout à fait à la compagnie de Jésus- Christ, el ne veulent plus se ranger au nombre de ses disciples.

Lui aussi qui avait tout dit de son côté, et qui avait expliqué tout ce qu'il voulait qu'on sût de son mystère , s'adresse à ses apôtres , en leur demandant : Et vous , voulez-vous aussi vous en aller ' ? comme s'il eût dit : Je n'ai rien à augmenter ni à diminuer à mon discours : je n'y veux rien ajouter, ni je n'en puis rien rabattre : prenez maintenant votre parti : je ne veux point de disciple qui n'aille jusque-là, et je mets leur foi à ce prix.

Les Capharnaïtes ont trouvé étrange qu'il se dit descendu du ciel; et pour tout adoucissement, il leur répète qu'il est descendu du cieP, parce que cela est vrai au pied de la lettre : ils commencent à murmurer en demandant comment il pourra donner sa chair à manger; et ils reçoivent pour toute réponse qu'il leur donnerait sa chair à manger, et il y ajoute son sang^, afin qu'il ne manque rien à ce qu'il avait à leur dire. Il le répète, il l'inculque : encore un coup, parce que cela était vrai au pied de la lettre. Ils disent que cela est dur et insupportable; el il l'était en efi'et, de la manière qu'ils l'entendaient, puisqu'ils croyaient démembrer son corps et consumer son sang : il leur ôte ce doute en leur disant qu'avec tout cela il remonterait au ciel dans toute son intégrité, et qu'au reste, ce qu'il avait dit de sa chair et de son sang , et quant au fond et dans la manière de les prendre , était chose au-dessus des sens, et pleine d'esprit et de vie^; sans rien rabattre du littéral, mais y ajoutant seulement le spirituel et le divin. A ce coup donc ils s'en vont : leur soumission est à bout , el ils ne veulent plus d'un Maître qui met leur raison à celle épreuve.

Allez, malheureux; suivez Judas : pour nous, nous suivrons saint Pierre, et nous dirons : Maître, où irions-nous? vous avez des paroles de vie éternelle^. Où irions-nous. Seigneur, où irions-nous? Quoi , à la chair et au sang? à la raison? à la philosophie? aux sages du monde? aux murmurateurs? aux incrédules? à ceux qui sont encore tous les jours à nous demander : Comment nous peut-il donner sa chair à manger? Comment est-il dans le ciel, si en môme temps on le mange sur la terre? Non, Seigneur! nous ne voulons point aller à eux, ni suivre ceux qui vous quittent : Vous seul avez des paroles de vie éternelle.

XLIe JOUR.

Qu'eal-ce à dire : La chair ne sert de rien? (Joan., iv. G't.) Il y a encore une vérité à pénétrer dans ces paroles de notre Sauveur : La chair ne sert de rien :

1. Joan., VI. 68. — 2. Idem, 42, 50 , 51 , 53. — 3. Ibid., 51, 61. — i. Ibid. ,ù3,6i, m. — 5. Ibid. ,09.

LA GÈNE. — PREMIERE PARTIE

et il me semble que Jésus, conçu dans les entrailles bénies de la sainte Vierge, me la va faire entendre. Cherchons, demandons, frappons, et il nous sera ouvert : nous entendrons ce qui rend Marie heureuse. L'ange lui vint annoncer qu'elle serait la Mère de Jésus-Christ. Elle crut, et ce qui lui avait été promis s'accomplit dans son bienheureux sein. Mais que lui dit sur cela sa cousine sainte Elisabeth? Vous êtes heureuse d'avoir cru : ce qui vous a été dit de la part du Seigneur, s accomplira ^ . Une partie en a déjà été accomplie , puisque vous avez conçu : il faut encore que cet enfant, que vous portez en votre sein, naisse de vous; et cela s'accomplira en son temps , comme le reste. Voilà ce qui vous rend heureuse; mais pour entendre tout votre bonheur, il faut encore savoir que vous avez cru : ce Sauveur que vous portez dans votre sein , vous vous y êtes encore unie par la foi : vous avez cru qu'il serait non-seulement votre fils, mais encore le Fils de Dieu : vous avez cru à la descente du Saint-Esprit sur vous, à l'infusion de la vertu du Très-Haut, à la manière admirable et inouïe dont vous concevriez ce béni fruit de vos entrailles; Vous êtes bénie par-dessus toutes les femmes; et le fruit de vos entrailles est béni^ : vous êtes bénie par où vous êtes heureuse : bénie et heureuse par deux choses : heureuse , par le grand mystère qui s'est accompli en vous selon la chair; et heureuse, par la foi qui vous y a unie selon l'esprit.

Cette même vérité nous est encore expliquée en un autre endroit, par Jésus-Christ même. Une femme , ravie de son discours , s'écria parmi la troupe : Heureuses les entrailles qui vous ont porté, et les mamelles que vous avez sucées. Et Jésus dit : Mais plutôt , heureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent^. Mais plutôt : est-ce qu'il veut dire que sa Mère n'est pas heureuse de l'avoir nourri, et de l'avoir eu pour fils? Non, sans doute, ce n'est pas cela : il ne dédit pas sainte Elisabeth, qui a dit par l'instinct du Saint-Esprit : Vous êtes heureuse : ce qui vous a été dit s'accomplira : mais il veut qu'on reconnaisse avec elle, que la vraie cause du bonheur de sa sainte Mère, c'est d'avoir cru : non pour détruire la vérité de ce qui s'est accompli en Marie selon la chair, mais pour y joindre le fruit intérieur qu'elle a reçu en croyant. Il faut donc joindre de même à ce qui s'accomplit en nous selon la chair dans l'Eucharistie, ce qui s'y doit accomplir par la foi et selon l'esprit : et l'esprit nous viviiiera, si nous croyons que le bonheur qui nous est promis nous vient à la vérité de l'un et de l'autre, mais qu'il nous vient comme à Marie plutôt de l'esprit et de la foi que de la chair et du sang.

De même , quand on lui vint dire : Votre mère et vos frères sont là; et qu'il répondit : Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui V accomplissent'' : ce n'était pas qu'il renonçât à la liaison du sang oii il était entré en se faisant homme; et encore moins pour nier, que, comme les autres hommes, il n'eût été conçu du sang de sa Mère : mais afin que l'on entendit d'où venait la liaison véritable qu'il voulait qu'on eût avec lui; et que sa mère, qu'on estimait avec raison

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