I. A9*rt., m
retire deux fois dans le désert , comme nous l'avons l'ait voir'; el les protestants devaient trouver, nonseulement une fois , mais deux fois douze cent soixante ans de persécution papistique, c'est-à-dire, deux mille cinq cent vingt années el plus, selon eux, que ne devait durer depuis saint Jean le christianisme el l'univers même. Ce n'est pas lout, et nous verrons au chapitre xiii que la femme sera opprimée un pareil temps que nous montrerons distingué de celui-ci. C'est faire monter le temps des persécutions à près de quatre mille ans. Qui ne voit donc que ce temps souvent répété nous marque diverses persécutions, toutes courtes, et à diverses reprises? Mais si les protestants ont à passer quatre mille ans sous le pape, ils voient par là ce qu'il leur reste : il n'y a plus rien à chercher dans cet avenir immense: et l'Apocalypse est un abîme où il n'y a plus ni fond ni rive.
D'ailleurs, l'interprétation prolestante ne nous montre point les trois efforts du démon coup sur coup, ni les persécutions trois fois rendues inutiles, et la seconde en particulier par le secours de la terre, non plus que la troisième plus faible que les deux autres , dont aussi pour cette raison sainl Jean ne marque aucun effel : c'est néanmoins ce que nous voyons très-distinctement au chapitre xm, t. 4, 13, 17, comme on peut voir dans le commentaire^. On ne nous explique pas non plus ce redoublement de la colère du diable à cause du peu de temps qui lui restait, et qu'il se voyait à la fin de sa domination^ : ce peu de temps, dis-je, ne s'explique pas dans le système protestant, puisqu'il restait au démon encore douze cent soixante ans entiers à tenir la femme opprimée dans le désert , et que l'Antéchrist qu'il animait, n'allait que commencer son empire. Voilà des énigmes inexplicables pour la réforme : aussi avons-nous vu qu'elle s'y perd; le subtil Jurieu s'y contredit*; Dumoulin y abandonne les jours prophétiques^; et réduit à se renfermer dans les trois ans et demi que passèrent les chrétiens convertis du judaïsme à la petite ville de Pella, pendant que Tile détruisait Jérusalem, il fait deviner mystérieusement à saint Jean des choses passées aux yeux de toute la terre il y avait plus de vingt ans.
Mais notre interprétation n'a point ces inconvénients : on y voit l'Eglise en travail dans la dernière persécution : on voit parmi les divers relâchements qu'elle pouvait avoir, trois intervalles marqués , et trois reprises plus nettes sous trois princes : l'Eglise par deux fois contrainte à se retirer, mais toujours pour un peu de temps, dans ces retraites obscures où elle avait accoutumé de cacher son culte : la terre l'aidant à la seconde fuite , c'est-àdire, Constantin et Licinius combattant pour elle : là, paraissent les efi'orts du diable ; la résistance et la victoire des anges, avec la rage impuissante de l'ennemi altéré qui voit la fin de son règne , enfin le dernier effort du dragon encore frémissant , el sous la tyrannie de Licinius, la persécution renouvelée, mais -trop faible pour mériter qu'on en raconte les effets.
7'i. La b(' te aux sept têtes et aux dix cornes, et les
1. Voyez la note sur le chap. xii , f. 13, 14. — 2. Voyez /a note $ur ces p'jstages. — .3. Apoc, Ibid. 12 et les notes. — i. Avert., n. 25, 20. —5. Dumoulin, Ace, p. 17S.
SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE
sept formes de gouvernement ruinées par de nouvelles remarques. — Nous avons vu que pour bien entendre la bète aux sept tètes et aux dix cornes, il faut joindre ensemble les chapitres xni et xvii^ où nous en avons la peinture. Pour commencer par les sept tètes, qui , selon saint Jean, sont sept rois , et sept formes de gouvernement pour les protestants, nous avons démontré :
Premièrement, combien peu il était utile au dessein de l'Apocalypse, de reprendre les choses de si loin, et de remonter jusqu'à l'origine de Rome, pour nous montrer tous les états par où elle avait passé durant sept à huit cents ans, avant que saint Jean lut au monde; et c'était si peu le dessein de cet apôtre , qu'il nous déclare au contraire que la bète à sept tètes, où il déclare qu'il voulait représenter Rome, devait sortir de l'abime après son temps; ce n'est donc pas Rome dans tous ses états, y compris les siècles passés, qu'il a dessein de représenter dans cette bète ; c'est Rome dans un certain état particulier que cet apôtre avait en vue'.
En effet, nous avons vu en second lieu^ que saint Jean ne fait paraître la bète que comme blasphématrice et persécutrice , revêtue de la puissance du dragon, cruelle, enivrée de sang, ennemie de Dieu et de ses saints, tout en s'élevant de l'abîme, c'est-à-dire, dès aussitôt qu'elle paraît, et également dans ses sept tètes : au lieu que dans le système protestant, il n'y aurait tout au plus que deux lêtës persécutrices, c'est-à-dire, les empereurs et les papes, et les autres auraient occupé sept ou huit cents ans avant que les chrétiens eussent paru.
On a vu en troisième lieu^, que si saint Jean avait voulu nous représenter sept formes de gouvernement, il aurait pris toute autre chose que sept rois, dont môme il aurait fallu que l'un fût l'abolition de la royauté, et l'érection de l'état populaire; que bien éloigné qu'on puisse trouver dans les saints livres, ou historiques, ou dogmatiques, ou prophétiques, aucun exemple d'une locution pareille, on trouve tout le contraire '', notamment dans ce môme endroit de l'Apocalypse, et enfin que les dix rois du t. 12, étant de vrais rois, les sept rois du t. 9, ne peuvent pas être d'une autre nature.
En quatrième lieu^, nous avons vu que les six formes de gouvernement qu'on met à Rome jusqu'à saint Jean, n'ont nulle justesse; que c'est un nombre fait à plaisir, et qu'il y en a ou plus , ou moins. Quant à la septième forme de gouvernement, qu'on veut être la papauté", pour soutenir le système, il la faut faire commencer sous saint Léon, et changer le gouvernement de Rome vers le temps que l'empire fut dissipé; ce qui emporte un si prodigieux renversement de l'histoire, que jusqu'ici on n'en vit jamais de pareil exemple.
Nous pouvons ajouter en cinquième lieu, sur ces sept formes de gouvernement, que si saint Jean eût eu en vue de nous faire voir par plaisir tous les états de Rome , jusqu'au temps que les papes y ont été souverains, il eût fallu la faire passer de la main des empereurs en celle des rois llérules et Oslrogoths , rois au reste de bien différente nature, et d'un pouvoir bien plus étendu que les sept premiers,
1. Apoc, XI, 7 ; xiii, 1 ; xvii, 8. Voyez les notes ihid. Avfrt., n. 20. — 2. Idem , Apoc. xi, xiii, 1, 2 ; xvii, 2, 3, etc. — 3. Ibid. 4. Averl,, n. 14. — 5. Idem. — G. Ibid., 15.
sous qui elle commença. En faisant revenir les empereurs, comme ils revinrent sous Juslinien, il faudrait marquer à la fin les exarques et les patrices, dont la puissance approchait si fort de la souveraine; puis encore le pouvoir du peuple sous la direction volontaire des papes, comme leurs pasteurs, sans qu'ils eussent le litre de princes; ensuite le patriciat, et l'empire des Français; et les papes par leur concession ayant alors quelque part à la souveraineté, mais toujours sous l'autorité supérieure de ces princes. Il ne faudrait pas oublier après la maison de Charleraagne, l'anarchie qui revient plusieurs fois et surtout la tyrannie des barons romains, pendant environ cent ans; le gouvernement des empereurs d'Allemagne modifié en tant de manières; et enfin, avant de venir à la souveraineté absolue des papes, la puissance du sénateur changée aussi en tant de façons. Que si l'on ne veut pas, que le Saint-Esprit descende dans ce détail, après l'avoir fait descendre jusqu'aux décemvirs et aux tribuns militaires, qu'on nous dise donc dans quelles bornes il faut renfermer la curiosité de saint Jean, ou plutôt qu'on avoue de bonne foi que la justesse qu'on a cru voir dans ces sept formes de gouvernement, n'est venue que de l'ignorance de l'histoire, ou du peu d'attention qu'on y a faite.
C'est encore un sixième inconvénient', supposé que le dessein de l'Apocalypse ait été de représenter dans sept tètes, sept formes de gouvernement, de mettre sur la sixième, qui est celle des empereurs, et universellement comme sur les autres, des noms de blasphème , sans faire du moins prévoir à saint Jean qu'une si grande partie de ces empereurs devaient être chrétiens, en sorte qu'il aura mis au rang des blasphémateurs, les Constantin, les Gratien et les Théodose.
Enfin, en septième lieu 2, quand on aurait dévoré tant d'absurdités manifestes, ce petit mot de l'Apocalypse, qui forcerait les protestants à reconnaître la papauté, comme un gouvernement de peu de durée, quoiqu'il dure douze cent soixante ans, et plus que tous les autres ensemble, sera toujours un écueil où leur système sera mis en pièces; de sorte qu'il n'y a rien en toutes manières de plus ruiné que ces sept prétendus gouvernements.
C'est néanmoins le bel endroit des protestants : mais en vérité d'autant plus faible, qu'ils ne savent encore comment expliquer ce roi qui fait un des sept, et qui néanmoins est le huitième. Ils veulent que ce soit le pape , à cause qu'il est tout ensem])le, et le septième comme pape, par la puissance spirituelle qu'il usurpe, et le huitième comme empereur, en imitant comme ils l'interprètent, et en s'altribuant la puissance temporelle et impériale; sans songer que ce composé est précisément ce qui le doit faire la septième tète, ou le septième roi : car s'il n'était qu'empereur, il le faudrait ranger avec le sixième; de sorte que ce qui lui donne le septième rang, c'est précisément ce composé par lequel on prétend lui en donner un huitième. A quoi il faut ajouter, que si c'était le septième roi qui dût être en même temps le huitième, saint Jean, qui venait de nommer ce septième roi au t. 10, et qui, par manière de dire, était en train d'en niarquer le caractère en disant qu'il demeure peu, l'aurait conti-