‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 300 sur 851 · Joan., VI. M, 15. — 2. Idem · texte numérisé non relu

Joan., VI. M, 15. — 2. Idem

MÉDITATIONS SUR LÉVANGILE.

n'y croient pas comme il faut , et cherchent Jésus- Christ par inlortH, comme ceux-ci ;\ qui il dit : En rérite, en rérité, je rous le dis : tous me cherchez à cause des pains, dont rous arez été rassasies * ? A combien d'autres pourrait-il dire : Vous me cherchez, alinque je contente votre ambition, votre avarice : c'est là dans le fond ce que vous me demandez par tant de vœux, par tant de prières que vous faites dire? Ce n'est pas ma volonté que vous cherchez , mais la vôtre : et vous n'êtes pas contents de moi, que je ne vous Ole tout ce qui vous peine dans l'esprit et dans le corps. Sondez vos cœurs : voyez vos œuvres; quelles elles sont : examinez-vous à fond ; vous ne trouverez rien que de charnel dans vos pensées: Traraillezà une autre nourriture-. Remplissez-vous d'autres objets.

Mais , Seigneur, si ceux-ci étaient charnels , vos apùtres l'étaient encore beaucoup : et néanmoins ils demeurent avec vous, pendant que ces murmuraleurs se scandalisent et vous quittent. Vous me découvrez ici un terrible secret. Car dès que vous voyez naître l'esprit de murmure dans ces incrédules, vous leur dites : Ne murmurez point : personne ne peut tenir à moi, si mon Père qui m'a envoyé', ne le tire^ ; et lorsque vous les vîtes déterminés à vous quitter, vous répétâtes encore une fois : // y en a parmi vous qui ne croient point; et c'est pour cela que je vous disais : Personne ne vient à moi, qu'il ne lui soit donné par mon Père''. Quand donc saint Pierre vous dit, et les autres fidèles avec lui : Seigneur, à qui irio7is-nous? Vous êtes le Christ, le Fils de Dieu^. C'est que votre Père les avait tirés au dedans; c'est qu'il leur avait donné de venir à vous; et non-seulement d'y venir, mais encore d'y demeurer : c'est qu'ils étaient de ce bienheureux nombre, dont il est écrit, comme vous-même vous le rapportez : Ils seront tous enseignés de Dieu^ : de ce bienheureux tout, dont vous prononcez : Tout ce que mon Père me donne vient à moi : c'est-à-dire, tous ceux qu'il tire de cette manière secrète, qui fait qu'on vient; tous ceux à qui il donne de venir : voilà ce tout bienheureux , qui vous est donné par votre Père; tous ceux-là viennent à vous; et comme vous ajoutez : Vous ne les mettez point dehors'' : vous les admettez à votre intime secret, à vos intimes douceurs. Vous leur dites encore ici secrètement, comme vous fîtes autrefois à saint Pierre : Vous êtes heureux, Simon (ils de Jonas , parce que ce n'est pas la chair et le sang qui vous l'a révélé, mais mon Père qui est dans les cieux^. Réjouissezvous, peuple béni; réjouissez-vous, peftt troupeau : parce qu'il a plu à votre Père de vous donner son royaume^, de vous révéler son secret, do vous tirer à son Fils. Et les autres, qu'en faites-vous? o Seigneur, je frémis en le lisant ! vous les livrez à euxmêmes par un juste jugement : ils se cherchent eux-mêmes, et vous les livrez à eux-mêmes, à leur orgueil, à leur sens charnel, à leur murmure, à '• ridale : et ils y demeurent volontairement :

i -jurent dans leur mauvais choix, aurpjel vous

les avez abandonnés par un jugement caché, mais toujours ju.«te. C'est pour cela, dites-vous, que je rous ai dit, que personne ne peut venir à moi, s'il

'.y^""-; " ^- - 2 '''«»"• 5" -" 3- ^''id., 43. 44. - 4. Ibid.. 65. flO. — 5. Jbtd., (/j, 70. — 6. Ibi>/.,i5. — 7. Ibid., 37. — H. Mnith., x»i. 17. — <J. l.tic., xii. '.fi.

ne lui est donné par mon Père* : Personne ne peut sortir de lui-même, de ses sens, de son orgueil, que votre Père ne le tire de là, pour vous le donner. Seigneur, tirez-moi : je vous livre tout.

XLIIIe JOUR.

Saint Pierre et les catholiques s'attachent à Jésus-Christ et à l'Eglise : les Capharnaïtes et les hérétiqves s'en séparent. (Joan., VI. 53.)

Seigneur, vous me jetez dans des vues profondes : je perce dans les siècles à venir. Dans ceux qui demeurent avec Jésus-Christ, saint Pierre à leur tète , je vois tous les catholiques immuablement attachés à Jésus-Christ, et à son Eglise : et dans ceux qui quittent Jésus, je vois tous les hérétiques qui doivent quitter son Eglise. Dans saint Pierre et dans les Apôtres , je vois tous ceux où la foi prévaut sur le sens humain; c'est-à-dire, tous les fidèles : et dans ceux qui font bande à part , et cessent de suivre Jésus, je vois tous ceux oii le sens humain l'emporte sur la foi; c'est-à-dire, tous les incrédules qui abandonnent l'Eglise; et surtout ceux qui l'abandonnent à l'occasion de ce mystère. Ils se perdent avec ceux qui disent : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger^? et ils tournent la vérité en allégorie.

Ma chair est viande, mon sang est breuvage^ : ils le sont vraiment : il les faut manger, il les faut boire; trois et quatre fois : c'est là une allégorie? Mais qui en vit jamais une si outrée? Il ne s'en trouve aucun exemple. Mais qui en vit jamais une si peu expliquée, si peu démêlée? Il y en a encore moins d'exemple : en un mot, il n'y en a point; nous l'avons considéré, nous l'avons vu : et néanmoins ils s'obstinent à l'allégorie. Que le sens humain est opiniâtre à demeurer dans ses préjugés ! C'est qu'ils ne peuvent sortir de cette première peine, qui a été celle des Capharna'ites, comme elle est encore la leur : Comment cet homme nous peutil donner sa chair à manger? Ils y succombent; ils y périssent avec ces grossiers et superbes murmurateurs.

Et cependant, à les écouter, c'est nous qui sommes ces Capharnaïtes : c'est à votre humble troupeau , c'est aux petits de votre Eglise , qui écoutent en simplicité votre parole, qu'ils reprochent d'être les grossiers, d'être les charnels; et de ne pas écouter votre parole.

Et quoi! qu'y a-t-il que nous n'écoulions pas? Jésus-Christ a dit : Que sera-ce, si vous me voyez remonter au ciel''? Et il a montré par là que sa chair ne serait point démembrée, mise en pièces, consumée : croyons-nous qu'elle le soit? No croyonsnous pas que Jésus-Christ est monté au ciel, et qu'il y vit tout entier? Nous le croyons, mon Sauveur! toute la terre le sait. Si nous croyons avec cela que nous vous mangeons, et que ce qu'il vous plaît nous donner à recevoir dans nos corps, est votre corps et votre sang, si nous le croyons ainsi, c'est pour ne pas dire avec les murmu râleurs : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger ? Qui sont donc ceux qui le disent, puisque visiblement ce n'est pas nous? Qui sont ceux qui le disent, sinon ceux qui ne peuvent se résoudre à croire qu'on

Page 1