‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 301 sur 851 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

puisse manger la chair de Jésus-Clirist sans la consumer, la mettre en pièces; ni la manger véritablement en sa propre substance sur la terre, sans la tirer du ciel?

Jésus-Christ a dit : Cest l'Esprit qui vivifie^ : est-ce nous qui le nions? Ne croyons-nous pas que sa chair est toute pleine de l'esprit qui vivifie? S'il j a été conçu en chair, il y a été conçu du Saint-Esprit : nous le croyons : Le Saint-Esprit est survenu 1 en Marie^ : nous le croyons. S'il a été offert en la j même chair avec laquelle il a été conçu, c'est par ■ l'Esprit-Saint qu'il s'est offert^, ou comme porte j l'original : c'est par l'Esprit éternel : nous le croyons. Tout ce que Jésus-Christ accomplit en chair, s'accomplit en même temps en esprit. Ce n'est pas précisément de la chair, c'est encore principalement de l'esprit qui lui est uni, que vient la vie : nous le croyons. Nous ne disons pas avec les Capharnaïtes que Jésus soit le fils de Joseph , ni simplement le Fils de l'homme; nous disons que le Fils de l'homme, qui est conçu de Marie, est en même temps le Fils de Dieu , et doit, comme lui dit l'ange, être appelé véritablement et proprement de ce nom. Nous croyons de même, que ce Fils de l'homme, qui a expiré en la croix, n'est pas seulement le Fils de l'homme; et nous disons avec le centenier : C'était vraiment le Fils de Dieu''. Et quand on mange sa chair et qu'on boit son sang, nous croyons qu'il le faut faire en corps et en esprit tout ensemble; et que c'est l'Esprit qui vivifie.

Il a dit : La chair ne sert de rien^ : nous le croyons : et nous remarquons premièrement, car nous pesons avec foi toutes ses paroles , nous remarquons, dis-je, qu'il ne dit pas : Ma chair ne sert de rien : car ce ne serait pas interpréter, comme vous le prétendez, mais détruire son premier discours, où il a dit tant de fois que sa chair nous servait à avoir la vie. S'il dit donc, que la chair ne sert de rien, c'est la chair comme l'entendaient les Capharnaïtes, la chair du fils de Joseph : et encore la chair tellement mangée avec la bouche du corps, qu'elle soit mise en pièces et consumée, en sorte qu'elle ne puisse rester pour être transportée au ciel : car c'est ainsi que l'entendirent ces murmuraleurs. Nous ne l'entendons point de cette sorte : et quand enfin il faudrait entendre que la chair de Jésus-Christ , quoique prise, quoique mangée avec la bouche du corps, de cette manière admirable que les incrédules ne peuvent entendre, 7ie sert de rien; nous le croyons encore de cette sorte : car en mangeant celte chair, nous savons qu'il la faut manger comme une victime qui a été immolée, et se souvenir de lui en la mangeant, s'attendrir dans ce souvenir, se rendre avec lui une hostie sainte, participer à son esprit comme à son corps; en un mot, lui être uni de corps et d'esprit , comme le fut la sainte Vierge , lorsquelle le conçut dans ses entrailles : autrement cette chair ne sert de rien, quoiqu'on la mange, quoiqu'on la reçoive dans son corps. Jésus-Christ ne dit pas aussi qu'on ne la mange point, qu'on ne l'a point en substance; mais qu'elle ne sert de rien : comme saint Paul ne dit pas qu'on n'a point le corps du Sauveur quand on le reçoit indignement; mais cju'on ne le discerne pas*^. Il faut

l./oaii, VI.61. — 2. /.«r., I. 35. — 3. //ei.,ix. U —i.Malth., \\\n. 54. — 5. Joan., v. 64. — 6. /. Cor.. \i. 'iJ.

donc, non-seulement le recevoir par le corps, mais le discerner par l'esprit; autrement, loin de servir, il nous condamne, et nous sommes rendus coupables du corps et du sang du Seigyieur*. La chair ne sert donc de rien, de quelque façon qu'on l'entende : elle ne sert de rien toute seule , ni par elle-même : ce n'est point à elle qu'il faut s'arrêter. Et si l'on veut encore entendre par cette parole , la chair ne sert de rien , c'est-à-dire, le sens charnel ne sert de rien : nous le croyons encore; car ce n'est point la chair ni le sang qui nous a révélé- ce que nous croyons , ni cette manière incompréhensible avec laquelle nous croyons manger la chair du Sauveur. Ainsi tout ce qu'il a dit de sa chair mangée et de son sang bu, encore qu'il le faille entendre au pied de la lettre, de sa chair et de son sang pris en leur propre substance, est esprit et vie, à cause qu'en toute manière il y faut toujours joindre l'esprit : nous le croyons : et pour bien entendre toutes les paroles du Sauveur, nous ne croyons pas que les dernières, où il a parlé de l'esprit, excluent les autres où il a parlé de la chair; mais nous apprennent à unir l'un et l'autre ensemble, et à chercher l'esprit dans la vérité et dans la propriété de la chair.

Où est donc la foi des catholiques? Elle est dans les paroles de saint Pierre : Seigneur, à qui irionsnous; tous avez les paroles de la vie éternelle^? Nous les croyons toutes ; et celles où vous inculquez avec tant de force qu'on mangera en substance votre chair; et celles où vous enseignez avec la même netteté, qu'il faut profiter de votre esprit. Voilà quelle est notre foi : voilà ce que nous croyons. Et où est la foi de ceux qui quittent l'Eglise? sinon dans ces paroles des Capharnaïtes : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger? Nous la donner pour la consumer, c'est chose absurde et inhumaine; nous la donner sans la consumer, et en sorte qu'en même temps elle demeure entière dans le ciel; c'est chose impossible.

Seigneur nous ne sommes'point de cette troupe : on ne peut nous attribuer en aucun sens ce Comment des murmuraleurs. Nous nous rallions avec saint Pierre, nous retournons au cénale, pour y faire la cène avec vous et avec vos disciples. Quelle simplicité! quel silence ! Prenez, mangez; c'est mon corps: Buvez, c'est mon sang. Il ne dit pas : Ils seront en vous par la foi; mais ce que je vous présente : Cela l'est. Croyez-y, n'y croyez pas; cela est, cela est, parce que je le dis, et non pas parce que vous le croyez. Que cela est étonnant! Et néanmoins Jésus le dit sans rien expliquer; les apôtres l'ccoutent sans rien demander : ces questionneurs perpétuels, s'il m'est permis une fois de les appeler ainsi, se taisent : ils font ce qu'on leur dit, nonseulement sans contradiction et sans murmure; mais encore sans avoir besoin d'autre instruction que de celle qu'ils avaient reçue. Les murmures avaient été trop repoussés , les questions trop précisément résolues; tout est calme , tout est soumis : le Père les a tirés. Et les autres? Ah! fidèles, retirez-vous de leur compagnie : séparez-vous de ces séditieux, de ces impies, qui murmurent, non pas contre Moïse \ mais contre Jésus-Christ même : séparez-vous-en, pour n'être point enveloppés dans

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