PREMIERE PARTIE
Mais un des péchés que l'Eucharistie souffre le moins, c'est celui de la dissension et de la haine contre son frère; car le propre effet de l'Eucharistie, c'est de nous unir pour ne faire qu'un même corps, selon ce que dit saint Paul : « Quoique nous soyons plusieurs, nous ne sommes tous ensemble qu'un même pain et un même corps , nous tous qui participons à un môme pain'. » Quiconque donc prend ce pain de vie; qui prend ce corps, qui nous est donné sous la forme et sous l'espèce du pain, pour sustenter notre âme, qui étant distribué à plusieurs, demeure toujours le même, et parfaitement le même, ne souffrant aucune division en sa substance; doit être un avec tous les membres , comme il doit être un avec Jésus-Christ. Et c'est l'impression que porte en soi le pain sacré de l'Eucharistie. Celui-là donc qui la reçoit ayant la haine dans le cœur contre son frère, fait violence au corps du Sauveur, puisqu'il vient pour nous faire un même corps, et que nous demeurons dans la division.
Mais qu'arrivera-t-il à ceux qui demeurent ainsi divisés, pendant que le corps de Jésus-Christ les vient unir? Ce divin corps ne peut demeurer sans efficace : ceux qui ne veulent pas se laisser unir, il les brise, il les met en pièces, il les divise contre eux-mêmes; leur propre conscience les condamne; il les arrache de son unité, il les sépare de son corps mystique. S'ils y demeurent à l'extérieur, ils en sont séparés selon l'esprit; ce sont des membres pourris; des arbres infructueux , doublement morts, déracinés, comme disait l'apôtre saint Jude^. Ils semblent être encore sur pied , et se tenir sur leur racine; mais ils ont la mort dans le sein, et leur racine ne tire plus de nourriture.
Allez &onc, et comme le Sauveur vous l'a ordonné lui-même, allez vous réconcilier avec votre frère^ : non-seulement vous n'êtes pas digae de participer à l'autel , mais encore vous n'êtes pas digne d'y offrir votre présent : non-seulement vous n'êtes pas digne de participer à l'oblation de l'autel, mais vous n'êtes pas digne d"y assister. Le sang de Jésus- Christ, qu'on lève au ciel, crie vengeance contre vous, parce que c'est un sang qui a pacifié et réconcilié toutes choses dans le ciel et dans la terre'' : et non-seulement les hommes avec Dieu , mais encore les hommes entre eux. Et vous n'écoutez pas la voix de ce sang qui parle mieux que celui d'AbeP. Car il parle pour la paix, et le sang d'Abel criait vengeance; mais vous le contraignez à crier vengeance, si vous rejetez la paix fraternelle pour laquelle il est répandu. Ce sang cric au meurtre, à la vengeance; vous êtes le meurtrier, contre qui il crie : car celui qui hait soyi frère est homicide'^. Retirezvous, malheureux, fuyez la voix de ce sang.
XLYIe JOUR.
La communion est la préparation à la mort de Jésus-Christ. (I. Cor., XI, 26.)
Toutes les fois que vous mangerez ce pain de vie, et que tous boirez ce calice, tous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne''. Vous l'annoncerez comme une chose déjà accomplie pour le salut du genre humain : vous l'annoncerez comme
1. I. Cor., 17. — 2. Jud., Ep. 12. — 3. Malth., v. 23, 24. — 4. Col., 1.20. —5. Heb., xii. 21. — G. /. Joan.,m. 15. — 7. /. Cor., XI. 2G.
Bo — T. H.
une chose qui se doit continuer en quelque façon jusques à la fin des siècles. La mort de Jésus-Christ est toujours présente dans l'Eucharistie, par la séparation mystique de son corps et de son sang : l'impression de la mort de Jésus-Christ se doit faire sur tous les fidèles, qui, à l'imitation du Fils de Dieu, se doivent rendre eux-mêmes des victimes. Toute la vertu de la croix est dans ce mystère; on y annonce par tous ces moyens la mort du Sauveur. Quelle est la vertu de la croix? Quand je serai élevé de terre, je tirerai tout à moi \ L'effet a suivi la parole : tout est venu à Jésus crucifié : telle est la vertu de sa croix. Cette vertu est toute vivante dans l'Eucharistie : ceux-là y croient, ceux-là en profitent, et la reçoivent dignement, que le Père tire à son Fils. Jésus-Christ dit qu'ils vivent par lui, qu'ils vivent pour lui, conme lui-même il vit par son Père et pour son Père; ils n'ont d'autre vie que la sienne. Sa chair est toute pleine de l'esprit qui nous communique cette vie; tout est esprit, tout est vie dans ce mystère; toute l'efTicace de la croix pour nous tirer à Jésus, pour nous faire vivre en lui et de lui, y est renfermée. Quelle violence souffre le Sauveur, quand on ne répond pas à son amour; quand on ne se laisse pas possédera lui; quand on résiste à la force avec laquelle il nous tire! Si on lui refuse son cœur, pendant que nonseulement il le demande, mais qu'il fait, pour ainsi parler, de si grands efforts pour se l'unir; c'est un époux méprisé qui entre en fureur contre son épouse insensible; il n'y a plus pour elle que la damnation et la mort. Hélas ! hélas! tout est perdu, de toute la force dont il nous tirait, il nous repousse et nous détruit.
XLVIIe JOUR.
La persévérance , effet de la communion. (Joan., vi. 57.)
Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui^. Le grand don après lequel soupirent les chrétiens , est celui de la persévérance, qui nous assure la couronne, qui nous unit, qui nous incorpore à Jésus-Christ, pour nous faire éternellement un avec lui , sans jamais en pouvoir être séparés. V^oilà le grand don de Dieu; celui qui est joint à sa prédestination éternelle : et Jésus- Christ nous apprend qu'il y a dans l'Eucharistie une grâce particulière pour nous l'obtenir. Si donc nous voulons persévérer dans la vertu , il faut communier et communier souvent; car c'est le plus puissant moyen qui nous soit donné, pour obtenir la persévérance' : c'est le pain des chrétiens, leur nourriture ordinaire, et de tous les jours. 0 moi> Dieu, que les chrétiens ont le cœur dur, puisqu'ils viennent si rarement à la sainte table! S'ils goûtaient Jésus-Christ crucifié, ils viendraient célébrer souvent le mystère de cette mort. On est touché le Vendredi saint, à cause qu'on y célèbre la mémoire de la mort du Sauveur. Venez , mes enfants , c'est tous les jours le Vendredi saint; tous les jours on érige le Calvaire sur le saint autel. Venez, et souvenez-vous de cette mort qui est votre vie; venez recevoir un sacrement, où l'on apprend à demeurer en Jésus-Christ, où l'on reçoit la force , le courage, la grâce d'y demeurer.
Mais aussi on doit trembler, quand on retombe