‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 305 sur 851 · Joan., XII. 32. — 2. Idem, vi. 57. —3. Ibid.,U · texte numérisé non relu

Joan., XII. 32. — 2. Idem, vi. 57. —3. Ibid.,U

MÉDITATIONS SUR LKVANGILE.

dans ses fautes après la communion; puisque Jcsus-Clirist ne dit pas : Celui qui mange ma chair, esl en moi*; mais il y demeure allaoliê : ni Je suis en lui; mais j'y demeure, et je ne le quille jamais. Jésus esl lidèle; il ne nous quille jamais le premier. Il vienl bien à nous le premier ; mais jamais il n'est le premier qui quille : c'est nous qui le quittons, quand nous lombons dans le péché. Malheureux! nous devons bien craindre de ne l'avoir pas reçu comme il faut : car nous serions demeurés en lui : et hélas! nous l'avons quitté. Le recevoir comme il faut , c'est le recevoir en détestant ses péchés , en éloignant les occasions de le commettre; en cherchant dans l'Eucharistie le soutien de notre faiblesse et de noire instabilité.

XLVIIIt" JOUR.

S'éprovter soi-même. (I. Cor., xi. 28.) Ol'e l'homme s'éprouve lui-même ^ : qu'il éprouve premièrement, s'il n'est point indigne de celle table sacrée; s'il ne vient point au banquet de l'Epoux sans la robe nuptiale , sans être en état de grâce; car on lui dirait : Ami infidèle , ami téméraire , comment acez-vous osé entrer ici sans avoir l'habit nuptial ? Et non-seulement il sera jugé indigne du banquet, mais encore on le jettera, pieds et mains liés, dans le séjour des ténèbres, où il y aura pleurs et grincement de dents ^.

Le maître entra dans la salle du festin pour y toir les conviés , et il y vit un homme qui n'avait point l'habit nuptial''. Représentez-vous Jésus qui vienl lui-même examiner ceux qui sont à sa table. Pour éviter un si terrible examen, que chacun s'examine soi-même , que chacun s'éprouve soi-même.

Mais il y a encore d'autres épreuves plus délicates. Le pain de l'Eucharistie est appelé par les saints, le pain des forts : et il y faut user, en le donnant , du même discernement dont use un sage médecin , en donnant le solide à son malade, c'està-dire qu'il faut songer non-seulement au refus absolu qu'on en doit faire durant la fièvre, mais encore au ménagement avec lequel il le faut donner aux convalescents.

(Julre l'épreuve qu'il faut faire de cette viande céleste, pour n'y pas manger sa condamnation , il y a encore une épreuve , une préparation nécessaire pour la manger avec prolit. Cette viande ne nous esl pas seulement donnée pour entretenir la vie ; mais encore pour nous rendre l'embonpoint. Elle renouvelle, elle engraisse; elle veut détruire de plus en plus jusqu'aux moindres restes du mal. Celle viande ne se digère pas; mais c'est elle , pour ainsi parler, qui nous digère et nous change en elle-même. Il faut considérer le progrès que nous faisons en la mangeant, et la prendre avec réserve, jusqu'il tant que nous soyons rendus propres à recevoir tout son effet. Sinon elle nous surcharge : cl si nous n'avons pas la mort dans le sein, il s'amasse des humeurs qui doivent nous faire craindre une rechute. Il faut donc craindre le fréquent usage de l'eucharisiio. , si on n'en vienl à cet embonpoint spirituel, itl '.i un élut de force. Il esl vrai, (\m c'est en la recevant, que nous devenons propres à la recevoir : c'est elle-même qui par sa vertu nous rend

l, Joan.,rt. 57. — V. /. Cor.. %,. 28. — 3. MalUi., xxri. 12, I» —4. Hem. II.

propres à elle-même et à ses effets; mais il en faut savoir tempérer l'usage. La marque la plus assurée dans les bonnes amcs pour la recevoir souvent, c'est l'appétit spirituel qu'elles en ressentent; mais il faut savoir ménager cet appétit. Il y a des appétits de malade : il y en a que la santé donne. L'appétit est donc équivoque; et il faut le savoir connaître : il faut savoir le réprimer, il faut savoir le réveiller; il faut quelquefois exciter l'ardeur par quelque délai, pour aussi augmenter le goût. Telle âme aura besoin qu'on le lui excite par quelque temps de lecture , et par la seule méditation de la parole divine. Goûter la parole de Jésus-Christ, c'est la marque qu'on le goûte lui-même, et la meilleure préparation à le goûter. Qui est le sage, qui enteyidra et qui discernera ces choses ' ? Qui est cet économe fidèle et prudent , qui saura donner le froment dont la distributio7i lui est confiée , en son temps et selon la mesure^? Remarquez qu'il y a le temps et la mesure à garder, et que ce dispensateur ne doit pas seulement être fidèle, mais encore prudent. Ainsi, que l'homme s'éprouve lui-même : car le temps de l'un n'est pas toujours le temps de l'autre; et la mesure de l'un n'est pas toujours la mesure de l'autre. Il faut donc s'éprouver soi-même : et quand on dit s'éprouver soi-même, ce n'est pas à dire s'approcher ou s'éloigner par son propre jugement : car cette épreuve ne serait ordinairement que la nourriture de l'amour-propre. Une partie de cette épreuve est de bien connaître qu'on ne se peut pas juger soi-même , et qu'on doit savoir chercher ce dispensateur prudent, qui connaisse le temps et la mesure qui nous est propre. Car ce n'est pas sans raison que le Prince des pasteurs a donné à ses ministres le pouvoir de lier et de délier, de retenir et de remettre. Qu'on s'éprouve donc soi-même avec ce conseil, et selon l'ordre de l'obéissance. Tout ce qu'on fait dans cet esprit, porte grâce. Tel qui entend dire que la sécheresse est quelquefois une épreuve et un exercice , prendra sa langueur pour une grâce : tel aussi s'imaginera être de ces tiêdes, que Jésus-Christ vomit de sa bouche, quand il ne sentira pas son goût, et que ce goût se sera, pour ainsi dire, retiré bien avant dans son intérieur. Qui est le sage , encore un coup , qui discernera ces choses ?

Il faut aussi savoir connaître celte viande , qui sait comme la manne prendre toute sorte de goûts. Tantôt on nous y doit faire goûter l'humilité; tantôt la mortification ; tantôt l'amour fraternel et celui des ennemis; tantôt la joie qui nous transporte en esprit dans le ciel; tantôt la sainte tristesse qui nous dégoûte du monde, et nous imprime des sentiments de pénitence. On nous doit faire prendre celle viande avec la disposition où le Saint-Esprit nous met; ou dans celle où l'on ressent qu'il nous veut mettre. Il faut, dis-je, vous la donner ou selon votre attrait présent, ou pour vous inspirer celui dont vous avez besoin. Faut-il exciter en vous, ou y entretenir l'esprit d'ardeur et de zèle? Le charbon pris sur l'autel'', n'est rien pour vous purifier, pour vous embraser, à comparaison de ce corps. Est-ce l'e-sprit de componction et de larmes qui vous est nécessaire? Ce divin corps en tirera plus de vos yeux, que la pécheresse n'en versa aux pieds du Sau-

Page 1