II. IC; m. 0. -- 3. Marc
pas discerné, ils ne l'ont pas traité comme le méritaient sa dignité et son amour.
Quel est donc le vrai elfet, et la chose , pour ainsi parler, de ce sacrement? Etre incorporé à Jésus- Christ : lui être parfaitement uni selon le corps et selon l'esprit : être avec lui une même chair et un même esprit, par la consommation de ce chaste mariage • : être de ses os et de sa chair, comme une épouse fidèle 2; mais être aussi de son esprit, en sorte qu'il jouisse tout ensemble de notre corps, de notre esprit, de notre amour, comme nous jouissons du sien : en un mot, être le corps de Jésus- Christ, lui être uni membre à membre, comme les membres sont unis entre eux, comme tous le sont au chef^ : et cela pour toujours, sans jamais être en division , ni en froideur, ni avec lui, ni avec aucun de ses membres; parce qu'il veut non-seulement venir en nous , mais y demeurer. Il ne s'unit" qu'à regret et à contre-cœur à ceux qu'il voit désunis dans la suite et jusqu'à la fin : il ne répute pas les siens, de cette manière secrète et permanente, dont il veut qu'on soit des siens : autrement son disciple bien-aimé dira : Ils étaient au milieu de nous : ils en sont sortis : mais ils n'étaient point des nôtres : et pourquoi? Parce que s'ils avaient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous''. Qui me mange demeure en moi, et moi en lui^ : et qui n'y demeure pas, ne me mange pas comme il faut.
En elTet, qu'avons-nous dans l'Eucharistie, qu'y avons-nous en substance , si ce n'est celui qui fait la félicité des bienheureux? C'est la même chose, la même substance; et il n'y a qu'à ôter le voile. Seigneur, ôtez ce voile; percez ce nuage : que me restera-t-il entre les mains et devant les yeux, sinon cet objet qui fera ma béatitude? N'ai-je pas déjà cet objet dans votre corps? Dans le corps de Jésus- Christ n'ai-je pas son âme? N'ai-je pas toute sa personne , et dans sa personne celui qui y habite corporellement , avec une entière plénitude^ , c'està-dire , le Verbe divin : et dans ce Verbe , n'ai-je pas son Père? et n'a-t-il pas dit la vérité ; quand il a dit : Qui me voit, voit mon Père' . J'ai donc tout. Que me reste-t-il à désirer, sinon de voir ce que je tiens , de percer le voile , de voir clairement et par une manifeste vision ce que je sais bien que j'ai, mais ce que je ne vois pas ? Mais il n'y a qu'à demeurer en lui : car ainsi il demeurera en nous. Et il ne demande qu'à être vu, qu'à être parfaitement possédé, qu'à jouir parfaitement de nous, en nous donnant tous ses biens et lui-même pour en jouir ; enfin à être connu comme il connaît* : c'est-à-dire , à être connu clairement, vivement, éternellement sans obscurité, au-dessus de toute vision. Voilà le fruit, la vérité , l'entière consommation du mystère de l'Eucharistie.
Le JOUR.
L'Eucharistie est la force de l'âme et du corps.
Mais, dites-vous, qu'était-il besoin d'avoir Jésus- Christ dans son corps? Dites plutôt : Qu'étail-il besoin d'avoir le corps de Jésus-Christ en vérité, en substance? d'avoir la chair de ce sacrifice? d'avoir dans ce sang, le signe certain de la consommation
1. /. Cor., VI. 10, 17. — 2. Eph., v. 30. —3. /. Cor., xii.27. — i. I. Joan., II. 19. — 5. Idem, vi. 57. — 6. Colos., ii. 9. — 7. Jo'in., XIV. 9. — 8. /. Cor., xiii. 12.
MÉDITATIONS SLTx L'ÉVANGILE.
de la rémission des péchés? d'èlre uni à Jésus-Chrisl tout cnlier, comme une chaste épouse à un époux chéri? el en cette qualité, d'avoir puissance sur son corps , pour jouir en nuMne temps de son esprit? El pour parler du corps en particulier, n'y a-t-il rien à faire dans notre corps? N'est-ce pas la chair qui convoite contre l'esprit? Qui la peut mieux tempérer, que le corps de Jésus-Christ appliqué sur elle? N'y a-l-il pas dans nos membres une loi qui combat la loi de l'esprit ? Qui la peut mieux afl'aiblir, et mettre nos membres mortels sous le joug? Ne l'aut-il pas porter dans nos corps la morlitîcalion de Jésus? Mais qui peut mieux y en imprimer le caractère, el sancliUer les peines d'un corps affligé? Mais ne faut-il pas que ce corps mortel sorte un jour du tombeau et de la corruption? Et qui peut mieux nous en tirer que ce corps qui ne l'a jamais sentie? Pour devenir avec Jésus -Christ un corps spirituel , comme l'appelle saint Paul', qu'y avait-il de plus efTicace que son union avec ce même corps, et l'impression de ses divines qualités ? Mon Sauveur, si vous touchez mon corps , il en sortira une vertu : et il faudra qu'il devienne semblable au vôtre. La vertu qui en sortira, ne me donnera pas comme à celle femme, une santé faible et fragile, mais la véritable santé qui est l'immortalité. Mais les enfants qui n'ont pas communié, ne ressusciteront donc pas? Grossiers et charnels , qui n'entendez pas que ce corps est donné à toute l'Eglise, et que ce levain mystérieux est capable de vivifier toute la masse? Ces enfants, dont vous parlez, n'ont-ils pas reçu^ avec le baptême, un droit sur ce corps? il est à eux, encore qu'ils ne le reçoivent pas d'abord , selon la coutume présente : mais ce qui est reçu par quelques-uns, est à tous un même gage d'immorlaliié. Consolez-vous en Notre Seigneur, et jouissez d'une si douce espérance.
Lie JOUR.
L'Eucharistie est le viatique des mourants.
Considérons ici le corps du Sauveur, comme le doux viatique des mourants. Je me meurs, mes sens s'éteignent, ma vie s'évanouit : qu'ai-je à désirer en cet état, que quelque chose qui m'ôte la crainte de la mort, el me tire de l'esclavage où celle appréhension m'a tenu durant lout le temps de ma vie? Mon Sauveur, on m'apporte votre corps, ce corps immortel, ce corps spirilualisé : je le reçois dans le mien : Je ne mourrai pas ; je livrai'^. Qui mange ma chair, dites-vous', aura la rie éternelle, et je le regsusciterai au dernier jour. Il restera dans ce corps rnorl, un germe de vie que la pourriture ne pourra point altérer; il y restera une impression de vie que rien ne peut elTaccr. Tous les jours de ma vie je veux communier dans celle espérance : je veux me regarder comme mourant, el je le suis; je veux vous recevoir en vialir(ue. Je ne craindrai point la mort : vous m'affranchissez de la servitude que celle crainte m'imposait. Pourquoi craindre le mal , 8i j'en ai toujours l'anlidole? Sans vous la mort est un joug insupportable : avec vous elle est un remède, et un {.assage k la vie. Que je suis heureux! On m'apporte votre précieux corps : vous venez chez moi , hOle céleste ! C'est à ce coup que
l. I. Cor., XV. a, C, 46. —2 p»
ex vil. 17. —
.Toan., v(.
je puis dire : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison*. Vous y venez néanmoins; vous y entrez; vous y oies; el ce n'est pas encore assez pour votre amour : la maison oii vous voulez entrer, c'est mon corps.
C'est ici le temps de se souvenir de votre mort; de celte mort par laquelle la mort a été vaincue; de celte mort qui nous l'ail dire avec confiance : 6 mort, où est ton aiguillon, ô mort, où est ta victoire-? de celte mort par laquelle est accomplie celle parole : Je romprai votre pacte avec la mort ; et votre alliance avec le tombeau ne subsistera plus^. El encore : La mort sera précipitée à jamais dans l'abîme^. Faites ceci en mémoire de moi : souvenezvous de ma mort ; annoncez-la^.
0 Seigneur, on m'a annoncé la mienne; mais qu'on m'annonce la vôtre, el je ne craindrai plus rien. Oui, maintenant je pourrai chanter avec le Psalmisle : Si je marche au milieu de l'ombre de la mort, je ne craindrai rien, parce que vous êtes avec moi^. Ah ! doux souvenir que celui de voire mort, qui a elTacé mes péchés; qui m'a assuré votre royaume I Mon Sauveur, je m'unis à voire agonie : je dis avec vous mon In manus : Mon Dieu , je remets mon esprit entre vos mains'. Seicjneur Jésus, recevez mon esprit^. Quoi, vous le venez quérir vous-même pour le présenter à votre Père! C'en est fait : tout est consommé^. Je veux mourir comme vous en disant celle parole : Tout est consommé; je n'ai plus rien sur la terre, et votre royaume va être mon partage. Tout est consommé; je vois votre royaume céleste, ce sanctuaire éternel, s'ouvrir pour me recevoir par grâce, par miséricorde, en voire nom , ô Jésus! A ce coup sera accomplie cette parole : Qui me mange, demeure en moi , et moi en iwi'". Je ne vous quitterai plus. Maudite soit ma malheureuse el criminelle inconstance, qui m'a fait quitter tant de fois un si bon maître! Et maintenant, mon Sauveur, je serai toujours avec vous : vous m'allez marquer de votre sceau. Ahl Seigneur, gardez-moi jusqu'au dernier soupir, et que je le rende entre vos bras.
Et ce corps que deviendra-t-il ? Le voilà uni au vôtre. Par votre corps ressuscité, je ressusciterai lout nouveau : je ne laisserai à la terre que la mortalité. Je vis dans celte espérance ; mais j'y meurs. Je meurs tous les jours, puisque je ne cesse d'avancer au dernier moment. Mes jours se dissipent comme une fumée, s'en vont comme une eau rapide, dont on ne peut arrêter le cours. Dans un moment on passera où j'étais, et l'on ne m'y trouvera plus. Voilà sa chambre, voilà son lit, dira-l-on, el de tout cela il n'en reste plus que mon tombeau, où l'on dira que je suis; el je n'y serai pas : il n'y aura (|u'un reste de moi-même, el ce reste tel quel, diminuera à chaque moment, et se perdra à la fin.
Que cela est triste! Oui, si je n'avais pas votre corps, pour me redonner la vie. Celte espérance me soutient. Je veux toujours me regarder en élat de mort; me confesser comme un mourant; communier comme un mourant; me disposer à chaque fois comme si j'allais mourir. Je meurs : fermezmoi les yeux : que je ne voie plus les vanités :
1. Mnllh., VIII. 8. — 2. /. Cor., xv. 55. — 3. /»., xxviii. 10. — 1. Idem, XXV. 8. — 5. I. Cor., xi. 24, 25, 26. — 6. Ps., xxii. i. — 7. Luc, XXIII. 46; Ps., xxx. 6. — 8. Ari., vu. 58. — 9. Joan., XIX, 30. — 10. Iilnn, vi. 57.
LA CÈNE