Cor.,x.. 31; Coloss.,w. 17. —2. Iiom.,\iv
LA GÈNE. — PREMIÈRE PARTIE
Eglise de séparer ce qu'il avait mis ensemble, encore que ses apôtres aussi eussent suivi religieusement celle institution. Et non-seulement l'Eglise a cessé de faire ce que Jésus-Christ avait fait, et les apôtres suivi : mais encore elle a pris la liberté d'interdire sévèrement cette pratique. C'est étant à table, au milieu d'un repas, et y mangeant d'autres viandes, que Jésus-Christ a commandé à ses apôtres de recevoir l'Eucharistie; et l'Eglise a bien osé le défendre, et faire une loi inviolable de communier à jeun. L'Eucharistie qui par son institution était un souper, n'en est plus un : on la prend le matin : on la prend avant tout-e autre viande : on la prend séparément du repas vulgaire; et il n'est plus permis de la prendre comme Jésus-Christ l'a donnée, comme les apôtres l'ont reçue.
On veut dire que c'est que tout cela n'appartenait pas à l'essence de l'institution du Sauveur. Mais le Sauveur a-t-il voulu laisser aux hommes à distinguer par leur propre sens ce qui était de la substance de son institution, d'avec ce qui n'en était pas ? N'a-t-il pas voulu au contraire leur faire voir qu'il leur laissait son Eglise, pour être une fidèle interprète de ses volontés, et une sûre dispensatrice de ses sacrements ?
Quand donc on veut s'imaginer qu'en ne recevant qu'une espèce, on ne reçoit qu'une cène et une communion imparfaite; c'est qu'on n'entend pas que c'est l'Eglise qui sait le secret de Jésus-Christ , qui sait ce qui appartient essentiellement à son institution, ce qui doit être donné à chacun, ce qui doit être dispensé diversement, selon les temps et les conjonctures différentes.
Vous vous étonnez qu'on sépare ce que Jésus- Christ a mis ensemble, et qu'on donne le corps à manger, sans donner en même temps le sang à boire. Etonnez-vous donc aussi, de ce que la cène sacrée esl séparée du souper commun. Mais plutôt ne vous étonnez jamais de ce que l'Eglise fait. Instruite par le Saint-Esprit et par la tradition de tous les siècles , elle sait ce que Jésus-Christ a voulu faire; et que ce qu'il a séparé par une représentation mystique, ne laisse pas d'être uni, non-seulement en vertu, mais encore en substance. Il est vrai , il a fallu , pour la parfaite représentation de sa mort, que son corps parût séparé d'avec son sang, et qu'on les prit chacun à part; mais elle sait en même temps que la vertu du corps livré, n'est pas autre que la vertu du sang répandu; et que non-seulement la vertu, mais encore la substance môme de l'un et de l'autre, après sa résurrection, sont inséparables.
Elle laisse donc ce corps et ce sang dans cette séparation mystique. Mais au fond, elle sait bien, quelque partie que l'on prenne, qu'on reçoit la vertu du tout. Il ne faut que voir comment Jésus- Christ a célébré la cène. Car les évangclistes ont marqué distinctement, qu'il en a donné les deux parties avec quelque distance l'une de l'autre; puisqu'il a donné le corps pendant le souper, selon saint Matthieu'; et le calice du sang après le souper, selon saint Luc et saint PauP. Et non content d'avoir comme séparé ces deux actions par ce caractère , il a voulu montrer que chaque partie de son
1. Matth., XXVI. 26; Marc, xiv. 22.-2. Luc, xxii. 20 ; /. Cor., XI. 25.
action était complète en elle-même, puisqu'il dit après chacune, comme saint Paul le marque expressément : Faites ceci en mémoire de moi*. Ainsi, quelque partie que je prenne, je célèbre la mémoire de la mort de Jésus-Christ; je m'en applique la vertu tout entière; je m'incorpore à Jésus-Christ. Car ne lui suis-je pas incorporé en prenant son corps? N'est-ce pas par là que je suis fait os de ses os, et chair de sa chair, et une même chair avec lui2, ainsi que nous avons vu? Que me faut-il davantage pour accomplir l'œuvre de mon salut, surtout en mangeant ce corps comme le pain descendu du ciel , c'est-à-dire , comme le corps d'un Dieu , comme un corps uni à la vie même, et rempli pour moi de l'esprit qui me vivifie? N'ai-je pas en même temps reçu et son corps et son esprit? Ce qui reste me peut bien donner une plus entière expression de la mort de Jésus-Christ; mais j'en ai toute la vertu dans le corps seul. Et je ne m'étonne pas si saint Paul a dit, que quiconque mange ce pain , ou boit cette coupe indignement, est coupable du corps et du sang^ : oui, dit-il , et il le dit très-distinctement : Quiconque reçoit indignement l'un ou l'autre, est coupable de tous les deux : et par la même raison , qui participe dignement à l'un des deux, honore tous les deux ensemble, et en reçoit le fruit et la sainteté; parce qu'il n'y a dans l'un et dans l'autre qu'une seule et même vertu, une seule et indivisible sainteté. Ainsi qui reçoit l'un, ou qui reçoit l'autre, ou qui reçoit tous les deux, reçoit toujours également son salut. La substance n'en est pas plus dans tous les deux que dans l'un des deux; car où est toute la substance de Jésus-Christ, là est aussi, pour ainsi parler, toute la substance du salut et de la vie. Car, comme dit l'Eglise elle-même , dans le saint concile de Trente'', le même qui a dit : Si vous ne mangez ma chair, et ne buvez mon sang , vous n'aurez pas la vie en vous, a dit aussi : Quiconque mange de ce pain , aura la vie éternelle. Et le même qui a dit : Qui mange ma chair et boit mon sang, aura la vie éternelle, a dit aussi : Le pain que je donnerai, est ma chair pour la vie du monde. Et le môme qui a dit : Qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui, a dit aussi : Qui mange ce pain, vivra éternellement : et Qui me mange vivra pour moi ^.
Sur ce fondement inébranlable, l'Eglise a administré la communion en plusieurs manières dillcrentes. Elle l'a donnée dans l'Eglise; elle l'a portée aux absents; les malades l'ont eue sous l'une des espèces; les petits enfants l'ont eue sous l'autre; les fidèles l'ont emportée dans leur maison , encore que Jésus-Christ n'eût rien fait, ni rien dit de semblable, et l'ont emportée sous la seule espèce du pain. Les Grecs ont mêlé les deux espèces , et les ont données au peuple toutes deux ensemble. Tout est bon, pourvu qu'on ait Jésus-Christ des mains de l'Eglise. Car c'est là l'effet véritable que doivent opérer dans chaque fidèle, ces différentes manières de communier : elles doivent, dis-je, nous apprendre que la plus parfaite et la plus nécessaire disposition qu'il faut apporter à l'Eucharistie, c'est d'en approcher avec un sincère et parfait attachement à l'Eglise. Elle est le corps de Jésus-Christ : il faut
1. /. Cor., XI. 24,25. —2. Ephes.,\. 30.— 3. /. Cor., xi. 27.— 4. Sess., XXI. cap. i. — 5 Joan., vi. 52, 54, 55, 57, ,58, 59.
Mi:i)lTATU)NS S un L'ÉVANGILE.
ùlrc incorporé ii l'Eglise, pour l'èlro au Sauveur. O Jésus! je le crois ainsi : malheur à ceu.>L t]ui chicanenl contre votre Eglise! C'est chicaner et disputer contre vous-niémo. Si l'on écoute ces chicanes, on doutera de son hapléme. \'ous avez dit : Baplisez , plongez dans l'eau, en signe qu'on est enseveli avec moi : mais votre Eglise se contente de jeter quelques gouttes d'eau sur la tête. Vous avez dit : Enseignez, et baptisez; et ceux qui croiront et seront baptises, seront satceés ' . La foi et l'instruction sont marquées dans ces paroles comme la préparation au baptême : et au contraire, on nous baptise avant que nous soyons capables d'être instruits et de croire; et l'instruction n'est plus ce qui nous prépare au baptême; mais c'est le baptême qui nous rend dociles, pour recevoir l'instruction. On nous reçoit sur la foi d'autrui; d'autres disent en notre nom : Je crois, je renonce ; et votre Eglise accepte la réponse, sans qu'il en soit rien écrit dans votre parole. Quelle sûreté pour nous, si nous n'entendons que la foi constante de l'Eglise, quel'inlerprélation de l'Eglise, que la pratique inviolable de l'Eglise est aussi bien votre parole, que votre parole même rédigée dans vos Ecritures. Oui, ce que vous avez écrit dans les cœurs, et que l'Eglise a toujours prêché, est la vérité. Je vis en cette foi, et je m'unis d'esprit et de cœur à votre Eglise et à sa doctrine; protestant sincèrement devant vous que je suis content de vos sacrements, suivant qu'elle me les administre, elle que vous en avez établie la dispensatrice.
LVIe JOUR.
Adoration, exposition, réserve de l'Eucharistie.
Mon Sauveur, puisque les chicanes des rebelles de votre Eglise me conduisent à une grande intelligence de votre vérité, je veux encore considérer celles qu'ils lui font sur l'adoration, sur la réserve, sur l'exposition de votre adorable sacrement.
<Jn ne voit point, disent-ils, dans les paroles de l'Evangile, que les ApOtres aient adoré le corps et le sang de Jésus-Christ en les recevant. Et voit-on qu'ils aient adoré Jésus-Christ, qui bien constamment était assis avec eux en sa forme visible et naturelle? 0 mon Dieu ! ces dispuleurs ne verront-ils jamais que, quoi qu'ils répondent, ils se font à euxmêmes leur procès. Les apôtres adoraient-ils Jésus- Christ en sa propre et naturelle ligure? Mais ils le croient sans qu'il soit écrit en ce lieu-là. Ne l'adoraient-ils pas? Et que veulent-ils donc conclure de ce qu'il n'est pas écrit qu'ils l'aient adoré dans l'Eucharistie?
Mais que ces hommes, qui se croient subtils , et appellent les autres grossiers, sont grossiers euxmêmes; puisrju'ils n'entendent seulement pas quelle est la véritable adoration ! Car à nous tenir mol à mot, à ce qui est écrit dans l'histoire de la cène, et sans chercher à suppléer un endroit de l'Evangile par les autres : croire en Jésus-Clirisl, lorsqu'il dit, Prenez, mangez ; ceci est mon corps"^ : le croire : dis-je, .sans hésiter et sans disputer, lorsqu'il dit une c^ 'lante : faire ce qu'il dit, et manger ce
F'" . , 'I , avec une foi certaine que c'est son vrai corps; en faire autant du sacré calice : faire un acte de f<»i .si pur et .si haut, n'est-ce pas adorer