‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 310 sur 851 · Marc, XVI. l'i. — 2. Mallh., xx\i. m · texte numérisé non relu

Marc, XVI. l'i. — 2. Mallh., xx\i. m

Jésus-Ciirist? Mais discerner avec saint Paul ce corps du Sauveur; le discerner iclleracnt qu'on entende que c'est le corps, non-seulement d'un homme, mais d'un Dieu, et le vrai pain descendu du ciel; y mettre son espérance , y chercher sa vie, y attacher tout son amour; n'est-ce pas encore l'adorer parfaitement? Et qu'ajoute à cette foi la génuflexion, l'inclination du corps, son proslerncmcnt, en un mol l'adoration extérieure, sinon un témoignage sensible de ce qu'on a dans le cœur?

Croyez-vous au Fils de Dieu? dit le Sauveur à 'l'aveugle-né qu'il avait guéri : Qui est-il, répondit-il , afm que j'y croie? C'est celui qui vous parle, répondit Jésus : et l'aveugle repartit : J'y crois, Seigneur; et se prosternant , il l'adora*. Que fit-il en se prosternant devant lui, sinon de répéter d'une autre manière et par un autre langage, ce Je crois, qu'il venait de prononcer avec la bouche? El ceux qui disent : Je crois, sans se prosterner devant lui, l'adorent-ils? ou ceux dont on n'a point écrit qu'ils l'aient fait, l'adorent-ils moins que les autres? Et cette femme, qui le toucha pour être guérie^, ne l'avait-elle pas déjà adoré dans son cœur, avant que de se jeter à ses pieds? Et quand les apôtres disent au Sauveur : Seigneur, augmentez-nous la foi^, ne connaissent-ils pas tout ce qu'il est, et ne l'adorent-ils pas intérieurement comme un Dieu , encore qu'alors ils ne fussent pas à genoux devant lui?

Qui ne voit donc que croire à Jésus, qui dit : Ceci est mon corps , ceci est m,on sang : et les recevoir dans cette foi , et discerner que ce corps est le corps d'un Dieu, par lequel la vie nous est donnée; quand on n'y verrait que cela , et qu'on ne trouverait pas dans le reste de l'Ecriture ce qui est dû à Jésus-Christ, c'est un acte d'adoration de la nature la plus haute, et que tous les prosternements qu'on fera à Jésus-Christ n'en seront que l'expression et le témoignage? C'est donc avec raison qu'on joint dans l'Eucharistie l'adoration intérieure et l'extérieure, c'est-à-dire, le sentiment et le signe, la foi et le témoignage. C'est avec raison, comme le rapportent les saints, qu'on manifestait au dehors par la posture du corps , l'abaissement de l'esprit, et que nul ne prend cette chair, qu'il ne l'ait premièrement adorée : ce sont les mots de saint Augustin*, tt le témoignage constant de la pratique de l'Eglise. Mais pourquoi chercher ces témoignages, quand manger, quand boire ce corps et ce sang, comme le corps et le sang de Dieu, et y attacher son espérance, c'est une si haute adoration, qu'on voit bien qu'elle doit attirer toutes les autres.

Vous me dites : Pourquoi exposer? où cela est-il écrit? l'ancienne Eglise ra-t-ellc observé? Grossier et charnel I lequel est le plus, ou d'exposer dans l'Eglise le corps du Sauveur, ou le porter avec soi, et le garder dans sa maison? El ce dernier est-il plus écrit que l'autre? Qui ne voit donc que la substance étant écrite et bien entendue par l'Eglise; tout le reste (\\\\ en est la suite a été diversement pratiqué, selon la sage dispensation de la même Eglise, pour l'édification du peuple saint?

Allons de ce pas; ne tardons i)as davantage; allons adorer Jésus qui repose sur l'autel. Ah! c'est là qu'on me le garde; c'est de là qu'on me l'appor-

1. Jonn.,i\. 35, 36, .^7. —2. Luc, viii. 4.'5,4J,47. —3. Idem, XVII. 5. — 4. Enar. m Ps-, xcvm. n. f.

LA GENE

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