‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 312 sur 851 · Cor., XI. 27. — 2. Apoc, v.O · texte numérisé non relu

Cor., XI. 27. — 2. Apoc, v.O

LA GENE. — PREMIÈRE PARTIE

le même Jésus encore comme lue, et revêtu des signes sacrés de la mort violente qu'il a soufferte, environné de part et d'autre de l'assemblée de ses prêtres. Que nous dit saint Paul, de ce Jésus considéré dans le ciel? Qu'il paraît pour nous devant la face de Dieu : qu'il est dans le ciel toujours vivant , afin d'intercéder pour nous* : qu'il intercède pour nous par sa présence. Et que dirons-nous, à son exemple, de ce Jésus posé sur le saint autel? sinon que sa seule présence, et la représentation de sa mort, est une intercession perpétuelle pour le genre humain.

Accompagnons donc cette action de saintes prières : chargeons de nos vœux Jésus-Christ présent. Nous ne prions que par Jésus-Christ : le voilà présent : prions donc par lui plus que jamais. Agneau sans tache, Agneau qui ôtez les péchés du monde, détournez les yeux de votre Père de dessus mes péchés. Je comparais devant son trône : et j'en vois sortir des éclairs et des tonnerres-, et des voix terribles et fulminantes contre moi, contre mes crimes, Où me cacherai-je?je suis perdu, je suis foudroyé. Mais je vous vois entre deux, Agneau sans tache! Vous arrêtez ces foudres, et le feu de la justice divine s'amortit devant vous : je respire, j'espère , je vis. Mais cet Agneau doux et paisible me dit de devant ce trône : Allez, et ne péchez plus^ : il ne pardonne qu'à cette condition.

LXe JOUR.

Jésus notre victime donné à la croix, donné dans l'Eucharistie. (Luc, XXII. 19, 20.)

Que je trouve de douceur à méditer votre parole! que j'en trouve dans cette parole, par laquelle vous établissez et continuez ce banquet, qui est en même temps un sacrifice ! Je ne me lasse point de la méditer : je la considère de tous côtés : je la rumine, pour ainsi parler, et je la passe et repasse sans cesse dans ma bouche pour la goûter, pour en tirer tout le suc. Ceci est mon corps donné pour vous; en temps présent : qui se donne : Ceci est mon sang répandu pour vous''; dans le même temps : qui se répand. Saint Matthieu parle ainsi, saint Marc, saint Luc, saint Paul : quatre témoins parfaitement uniformes de votre parole. Tous quatre parlent en présent : cela est clair dans l'original, et l'interprète latin qui a traduit au futur : sera livré , sera répandu, par rapport à la croix, où ce corps allait effectivement être livré, et où ce sang allait être répandu, a conservé dans saint Luc le temps présent : Hoc CORPUS , QUOD PRo voBis DATUR : afin que nous entendissions , non-seulement que Jésus-Christ en disant ; Ceci est mon corps, l'entendait de ce même corps qui allait être livré pour nous; mais encore qu'il entendait que ce même corps, qui allait être livré et donné pour nous, l'était déjà par avance dans la consécration mystique, cl le serait à chaque fois qu'on célébrerait ce sacrifice. Croyons donc, non-seulement que le corps de Jésus-Christ devait être donné pour nous à la croix , et l'a été en effet : mais encore qu'à chaque fois qu'on prononce cette parole, il est par cette parole actuellement donné pour nous : Hoc corpus, quod pro vobis uatur.

Il veut donc dire que ce corps non-seulement

1 Heb., IX. 24. vir. 25. —2. Apoc, iv. 3. —3.Joan., viii. 11. — l. Luc, xxii. ly, 20.

nous est donné dans l'Eucharistie : Prenez ; mangez : ceci est mon corps* : mais encore qu'il y est donné pour nous, offert pour nous, aussi bien qu'il l'a été à la croix : ce qui marque qu'il est encore ici notre victime, qu'il y est encore offert, quoique d'une autre manière. Ainsi ce terme : donné pour vous : se dit de Jésus-Christ sur la croix, et se dit de Jésus-Christ dans l'Eucharistie : et convient à ce double état de Notre Seigneur, du corps présent dans l'un et dans l'autre. C'est pourquoi le Sauveur non-seulement parle en temps présent, pour nous montrer qu'il est ici comme en la croix, se donnant actuellement pour nous : mais encore il choisit un terme, qui convient à son sacré corps dans ces deux états. S'il avait dit : Ceci est mon corps , qui est crucifié, percé de plaies, mis à mort pour vous, on ne pourrait pas dire, que cela lui convient dans l'Eucharistie : car il n'y meurt plus : et il faudrait expliquer nécessairement et uniquement : Ceci est ce même corps, qui sera mis en croix pour vous, et y rendra le dernier soupir pour votre salut. Mais il a dit : Ceci est mon corps donné: cela convient à ses deux états; ce corps est donné à la croix; ce corps est encore donné dans l'Eucharistie : et dans l'un et dans l'autre état, donné pour vous. Dès là qu'il est dans l'Eucharistie pour vous y être donné , il est donné pour vous : avant que de vous le donner à manger, la parole de Jésus-Christ le rend présent : et cette présence est encore pour vous. Jésus-Christ est présent pour vous devant son Père; il se présente pour vous, il s'offre pour vous; et sa présence seule est pour vous une intercession toute-puissante.

Voilà donc ce qu'opère dans l'Eucharistie ce précieux terme : Ceci est mon corps donné.

Mais peut-être que les autres termes, rapportés par les écrivains sacrés, n'ont pas été prononcés avec le même choix, et ne conviennent pas également aux deux états de la présence de Jésus-Christ. Voyons , lisons , méditons : Ceci est mon sang répandu : il est répandu sur la croix; mais n'est-il pas encore répandu dans le calice? N'y a-t-il pas dans ce calice de quoi faire à Dieu pour notre salut la plus salutaire effusion qui fut jamais? Ce sang est là pour être répandu sur les fidèles; il est là en état d'être répandu, et sous la forme d'une liqueur, dont le propre est de se répandre. Ce sang qui a été répandu à la croix , et qui a coulé de toutes les veines rompues du Sauveur, coule encore dans ce calice de toutes ses plaies, et principalement de celle du sacré côté. C'est pour cela que nous mêlons ce calice d'un peu d'eau, en mémoire de l'eau qui coula du côté ouvert, avec le sang. Seigneur Jésus, vous êtes la parole , et vos paroles sont prononcées avec un choix digne de vous. En disant : Ceci est mon, sang répandu pour vous, en temps présent, vous me marquez que non-seulement il est répandu pour moi sur la croix, mais encore qu'il se répand pour moi et pour la rémission de mes péchés , dans ce calice, pour m'en assurer, pour me l'appliquer, pour continuer éternellement l'intercession toutepuissante que vous faites pour moi par ce sang.

Continuons à ruminer ces saintes paroles : Ceci est mon corps donné pour vous, avons-nous lu dans saint Luc : mais le mot que saint Paul a mis on la

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