Matih., XXVI
MÉDITATIONS SUR L'EVANGILE
place osl celui-ci : (Vf* est mou corps rompu pour rous* ; mais que veut dire ce Icrine, selon l'usage de la langue sainte? Isaïe nous l'a explique par ces paroles : Romps ton pain à celui qui a faim- : donne-lui ce pain, iais-lui-en pari : saint Paul explique donc bien : Ceci est mon corps donné pour cous : par : Ceci est mon corps rompu pour vous. Ce corps est rais en état de nous être donné, de nous être distribué, de nous être rompu dans l'Eucharistie; et dès qu'il est mis dans cet état, il est déjà rompu et donné poumons, dans la destination, et par la parole de Jésus-Clirisl. j\Liis ce même terme a aussi son rapport au corps en croix , au corps froissé de coups et percé de plaies, suspendu à une croix dans un état si violent, où son sang ruisselle de tous côtés de ses veines cruellement rompues. .Lt-' niot de rompre convient donc encore aux deux états, et à celui de Jésus-Christ à la croix, et à celui de Jésus-Christ dans l'Eucharistie : le corps est donné dans l'un et l'autre état; il est rompu dans l'un et l'autre. Il en est de même du sang. Le corps est partout donné pour nous , il est partout notre victime : le sang est partout versé pour nous; il a coulé pour nous sur la croix , il coule encore pour nous dans la coupe sacrée.
Mon Sauveur, quel sacrifice ! mon Sauveur, encore un coup, que de douceur à méditer votre pa- , rôle ! J'y trouve toujours de nouveaux goûts comme dans la manne : votre corps et votre sang sont mon oblation , mon sacrifice , ma victime, et sur la croix et sur la sainte table : et comme la croix celte table est un autel. Ah ! vraiment, ce que dit saint Paul est bien véritable! Nous avons un autel , dont ceux qui demeurent attachés au tabernacle ancien , et à l'autel de la loi, n'ont pas pouvoir de mançjer^. Pour y participer, il faut entrer en esprit dans le tabernacle, qui n'est pas fait de main d'homme''.
LXIc JOUR.
L'Euchariitie est le sang du Nouveau Testament. (.Matlh., XXVI. 28.)
Je reviens aux paroles de l'institution avec un nouveau goût, cl j'y trouve ce mol qui me louche : Ceci est mon sang du Xouceau Testament''. Je trouve , dans ce mot de Testament , je ne sais quoi qui me frappe, qui m'atlendril. C'est ici un testament : c'est l'assurance de mon héritage; mais il faut qu'il en coûte la mort à celui qui le fait. J'ouvre encore la divine épitre aux Hébreux, et j'y trouve ces paroles : Partout où il y a un testament, il faut que la mort du testateur s'y rencontre : car le testament est confirmé dans la mort; et il n'a pas sa valeur, tant que le testateur est en rAe : c'est pourquoi l'.incien Testament même n'a pas été consacré sans mnfj. Car après que Moise eut lu le commandement de la loi à tout le peuple , il prit du sançj de la ticlime , et le jeta sur le litre même, et sur tout le peuple , en disant : C'est ici le sanq du Testament que le Seiqneur a fait pour roM.s". Je vois donc l'héritage céleste donné par testament aux enfants de Dieu. Jésus-Christ est le testateur : il faut qu'il meure; \<- testament n'est valable et ne reçoit sa dernifre force r|ue par la mort du testateur; jîi.sque
}.r. Cor., XI. 84; Orac. -2. /«„ i.vin. 7. —.3. /leh., xiii. 10. — *. Idem. i».n. —5. Matlh., xxvi.iW. —6. Ih'h.,ix. 10, 17.
là il est sans eilet; on le peut inènie changer : ce qui le rend sacré et inviolable; ce qui lui donne son plein cl entier effet, et saisit l'hcrilicr de tout le bien qui lui a été laissé par le leslalcur, c'est sa mort. El tout cela s'accomplil parfaitement en Jésus-Christ, qui meurt pour nous assurer noire héritage. C'est pourquoi l'Ancien Testament, qui devait être la figure du Nouveau, n'a pas été consacré sans sang : tout le peuple , et le livre môme de la loi, où la promesse de l'héritage était renfermée , est sanctifié par l'aspersion de ce sang : tout est ensanglanté, et le caractère de mort paraît partout : et Moïse, en jetant ce sang sur le livre de l'alliance , lui donne le caractère de testament , en disant, selon que l'interprète saint Paul : C'est ici le sang du Testament, que fait le Seigneur à votre avantage* : ce que Jésus accomplit en disant aussi : Ceci est le sang , non de l'Ancien Testament , mais du Nouveau.
Ce qui parait donc en ces paroles, et par le rapport qu'elles ont avec les anciennes figures, c'est que le sang de Jésus-Chrisl versé à la croix, et versé d'une manière très-réelle et très-véritable, quoique différente de celle-là, est le sang du Nouveau Testament; c'est-à-dire, le sang versé pour lui donner toute sa force. Il y a des testaments dont la loi est qu'ils sont écrits de la main du testateur; mais la loi du testament de Jésus-Christ , c'est qu'il devait être confirmé, et comme tout écrit, de son sang. L'instrument de ce testament, et l'acte où il est écrit, c'est l'Eucharistie. Les promesses de Jésus-Christ et du nouvel héritage, nous sont faites par la mort de Jésus-Christ, qui nous tire par là de l'enfer, et nous assure le ciel; et l'acte où cette promesse est rédigée , l'instrument où la volonté et la disposition de notre Père est écrite; cet acte, cet instrument est tout écrit de son sang : son testament, en un mol, c'est l'Eucharistie.
Qui donc ne serait ému en entendant tous les jours ces paroles du Sauveur : Ceci est mon sang du Nouveau Testament : ou, comme le tourne saint Luc : Ce calice est le Nouveau Testament par mon sang^, qu'il contient; parce que telle est la nature de ce leslamenl, qu'il doit être écrit tout entier du sang môme du testateur. Venez lire, chrétiens, venez lire ce testament admirable : venez en entendre la publication solennelle dans la célébration des saints mystères; venez jouir des bontés de votre Sauveur, de votre Père , de ce divin testateur qui vous achète par son sang votre héritage, et qui écrit encore de ce même sang le testament par lequel il vous le laisse. Venez lire ce testament : venez posséder; venez jouir; l'héritage céleste est à vous.
LXIJe JOUR.
C'est le Nouveau Testament par le sany de Notre Seigneur.
Ce calice est le Nouveau Testament par mon sang : c'est ainsi que saint f^uc et saint PauP tournent ce que rapportent saint Matthieu et saint Marc : Ceci est le sang du Nouveau Testament.
Il n'y a pas lieu de douter, que les paroles prononcées par Jésus-Christ en donnant son corps, ne soient celles-ci : Ceci est mon corps; puisrine tous ceux qui ont écrit cette institution , saint Matthieu,
1. rif:br.,2(). —2. />«<?., XXII. 20. —3. Idem; I. Cor., xi. 25.
LA GÈNE