‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 315 sur 851 · Matth., XXVI. 28; ATarc, xiv · texte numérisé non relu

Matth., XXVI. 28; ATarc, xiv

celte coupe en est pleine; il s'y répand tous les jours pour nous; c'est de ce sang qu'est écrit le testament de noire Père. Et quel est ce testament? sinon celui dont il est écrit : Cest ici le testament cjueje ferai avec eux : je mettrai ma loi dans leurs cœurs, et je l'écrirai dans leur esprit, et je ne me souviendrai plus de leurs péchés*.

Et pourquoi nous léguer par testament la rémission des péchés, si ce n'est pour lever l'obstacle qui nous empêche d'entrer dans le ciel, qui est noire véritable héritage? Et pourquoi faire cela par un testament, si ce n'est pour nous faire souvenir que pour être en droit de nous léguer cet héritage céleste, il en devait coûter la vie à celui qui nous le léguait par testament? El pourquoi nous donner le sang du Nouveau Testament; ou, comme le tournent saint Luc et saint Paul , pourquoi nous donner ce testament scellé, confirmé, écrit avec le sang du testateur, sinon pour appuyer notre foi et enfiammer notre amour? Qui ne serait attendri, en voyant un testament écrit de cette sorte? Que l'héritage est grand, qui nous est légué par un testament si auguste, si précieux! Qui aurait le cœur si endurci, qui voyant ruisseler encore de cette coupe sacrée le sang de ce testament, par lequel nos péchés sont lavés, ne les aurait en horreur, et n'en déracinerait jusqu'aux moindres restes, à la vue et par la vertu de ce sang?

LXIIJe JOUR, La messe est la continuation de la cène de Jésus-Christ. (Ibid.)

Reconnaissons donc, chrétiens, que toutes grâces abondent dans ce sacrifice. Jésus est mort une fois, et n'a pu être offert qu'une fois en cette sorte; autrement il faudrait conclure , que la vertu de celte mort serait imparfaite ; mais ce qu'il a fait une fois de cette manière , qui était de s'offrir ainsi tout ensanglanté et tout couvert de plaies, et de rendre son âme avec tout son sang, il le continue tous les jours d'une manière nouvelle dans le ciel, où nous avons vu par saint Paul, qu'il ne cesse de se présenter pour nous; et dans son Eglise, où tous les jours, il se rend présent sous ces caractères de mort.

Peuple racheté, assemblez-vous pour célébrer les miséricordes de votre Père céleste par Jésus-Christ immolé pour vous. Où est le corps de Jésus, là est le lieu de votre assemblée : où est ce corps , là les aigles doivent accourir-. Et qu'y ferons-nous? qu'a fait Jésus? Il a pris du pain : il a béni : il a rendu grâces dessus : il a fait de saintes prières : il a pris une coupe^ : il a fait de même dessus. Le prêtre fait comme lui; on mange , on boit ce corps et ce sang; on dit l'hymne et on se retire. Soyons attentifs; suivons le prêtre qui agit en notre nom , qui parle pour nous ; souvenons-nous de la coutume ancienne, d'offrir chacun son pain et son vin, et de fournir la matière de ce sacrifice céleste. La cérémonie a changé; l'esprit en demeure ; nous offrons tous avec le prêtre; nous consentons à tout ce qu'il fait, à tout ce qu'il dit. Et que dit-il? Priez , mes frères, afin que mon sacrifice et le vôtre soit agréable au Seigneur notre Dieu. Et que répondez-vous? Que le Seigneur le reçoive de vos mains. Quoi? notre

1. Jerem., xxxi. 31 , 33 , 34; Jleb., vai. 8, ut seq.; x. 16, 17. — 2. Matth., XXIV. 28. — 3. Idem, xxvi. 26, 27, 30; Marc, xiv. 22, 23, 26.

MÉniTATIONS SUR L'EVANGILE.

saorillcc el le voire. Et que dit encore le prèlre:' Sourenez-rous de cas acnHeurs, pour qui nous tous off)-ons. Est-ce tout'? il ajoute : ou qui vous offrent ce sacrifice. OiVrons donc aussi avec lui; oHrons Jésus-Christ; otlVons-nous nous-mêmes avec toute son Eglise catholique, répandue par toute la terre.

Le prêtre bénit, il rend grâces sur ce pain el sur ce vin , qui vont être changés au corps et au sang; il prie pour toute l'Eglise : bénissez, rendez grâces, priez. On vient à cette spéciale bénédiclion, par laquelle on consacre ce corps el ce sang : écoulez , croyez, consentez. Oflrez avec le prêtre; d'îles Amen sur son invocation , sur sa prière. Le voilà donc; il est présent; la parole a eu son ell'el; voilà Jésus aussi présent qu'il l'a été sur la croix, où il a paru pour nous par l'oblalion de lui-même'; aussi présent qu'il est dans le ciel, où il parait encore pour nous devant la face de Dieu*. Celle consécration, cette sainte cérémonie, ce culte plein de sang, et néanmoins non sanglant, où la mort est partout, el où néanmoins l'hostie est vivante, est le vrai culte des chrétiens; sensible et spirituel, simple et auguste, humble et magnilique en même temps.

Quoil durant un si grand mystère, pas un soupir sur vos péchés; pas un sentiment de componction! Vous assistez de corps seulement! Eh quoi! Jésus n'est-il ici que selon le corps? son esprit n'estil pas aussi avec nous? Et que veut donc dire le prêtre , lorsqu'il nous salue , en disant ; Dominus voBiscuM : Le Seigneur est atec lous : El avec votre esprit, répondez-vous. C'est donc à l'esprit du prêtre, à l'esprit du sacrifice , que vous voulez vous unir; et votre corps est là comme mort, sans esprit, sans foi? Quoi donc, vous ne sentez rien? Vous ne songez pas, que ces espèces sacrées sont l'enveloppe où est renfermé le corps de votre Sauveur, et comme le drap mortuaire dont il est couvert! Vous assistez au tombeau, où est voire Père qui est mort percé de plaies pour vous sauver; et vous êtes insensible! Vous vous réveillez à ces paroles; mais songez-vous bien, que ce Jésus ici présent ne veut pas vous voir avec le moindre ressentiment contre votre frère; ou, pour parler comme lui, avec le moindre ressentiment de votre frère contre vous'! Vos autres dérèglements ne lui causent pas moins d'horreur. Allez, hypocrites, qui ne m'tumorez que des lèrres, et dont le cœur est loin de moi'^ : retirezvous. Non, revenez : ranimez-vous; rentrez en vous-mêmes : donnez du moins un soupir au déplorable état de votre àme. Dites : Je confesserai à Dieu mon péché; et tous me l'avez remis^. Oui, vous le pourrez confesser avec tant de componction el de si bon cœur qu'il vous sera pardonné à l'inslanl.

LXIVe JOUR.

La communion. Il faut communier au moint en euprit. (Ibid.)

O.s vif;nl à la comtnunion : heure terrible ! heure d/îfeirable! Le prêtre a communié : préparez-vous; voire tour viendra dans un moment. Communiez d'abord i-.u esprit; croyez, adorez, désirez. C'est ma viande, ceisl ma vie; je la désire, je la veux. Vous n'èles pas préparé k communier; pleurez, gémis-

ï Heb.. IX. t6. — i. rdem.ii. —3. AfaUh.,\. 2'J. - i. Idem, XV. 7,». —5. Ps., XXXI. 5.

' sez. llélas! où est le temps, où nul n'assistait que les communiants, où l'on chassait, où l'on reprenait , du moins où l'on blâmait ceux qui assistaient au banquet sacré sans manger? En eftet, y assister sans manger, n'esl-ce pas déshonorer le festin et en mépriser les viandes? Quel mépris, quelle maladie, quel dégoût? Mais ce n'est plus la coutume. Ecoutez ce que dit l'Eglise dans le concile de Trente : Le saint concile désirerait , que tous ceux qui assistent au sacrifice y participassent^ . Pourquoi le saint concile le désire-t-il , si ce n'est que Jésus-Christ le désire? Car il ne se change en viande que pour èlrc mangé. L'Eglise désire donc que vous communiiez, vous tous qui assistez au sacrifice. Le concile toutefois ne dit pas qu'il désire : il dit, qu'il désirerait : Optaret sancta synodus : Pourquoi ? l'Eglise n'ose former un désir absolu d'un si grand bien ; elle désirerait que tout le monde le fit, que tout le monde en fût digne. 0 prêtre , désirez aussi que tout le monde communie avec vous! Et vous tous qui assistez, répondez à ce désir de l'Eglise et de son ministre. Si vous ne communiez pas, encore un coup, pleurez du moins, gémissez; reconnaissez en tremblant, que le chrétien devrait vivre de manière qu'il put communier tous les jours. Promettez à Dieu de vous préparer à communier au plus tôt : vous aurez communié du moins en esprit. Le prêtre communie : le prêtre achève , affligé de communier seul ; ce n'est pas sa faute; il ne faut pas laisser de dresser la table, encore que tous n'en approchent pas. Telle est la libéralilé, telle est la bonté du grand Père de famille. Enfin donc le sacrifice est consommé : retirez-vous avec douleur, de n'y avoir pas eu toute la part qui vous était destinée.

LXVe JOUR.

L'action de grâces. (Matth., xxvi. 30.)

Et après avoir dit l' hymne, ils s'en allèrent à la montagne des Oliviers"^. Ils y allèrent à la vérité : mais avant que Jésus-Christ partît, il se passa plusieurs choses, que nous verrons dans la suite. Arrêtons-nous un moment sur cette hymne, sur ce cantique d'action de grâces et d'allégresse, par lequel Jésus et ses apôtres finirent le saint mystère. Que pouvaient chanter ceux qui étaient rassasiés de Jésus-Christ, et enivrés du vin de son calice , sinon celui dont ils étaient pleins? « L'agneau qui a été immolé , est vraiment digne de recevoir la force , la divinité, la sagesse, la puissance, l'honneur, la gloire, la bénédiction. Et j'entendis toute créature qui est au ciel , sur la terre, sous la terre, sur la mer et dans la mer, et tout ce qui est dans ces lieux, qui criaient en disant : A celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire, et puissance aux siècles des siècles s. »

Le monde chante les joies du monde; et nous que chanterons-nous après avoir reçu le don céleste, que les joies éternelles?

Le monde chante ses passions , ses folles et criminelles amours; el nous que chanterons-nous, sinon celui que nous aimons?

Le monde fait retentir de lous côtés ses joies dissolues; et qu'entendra-t-on de notre bouche;, après

1. .Sfe»». XXII, cap. ù. — 2. Mallh., xxvi. 30. —"A. Apoc, v. 12, 13.

LA CÈNE

PREMIERE SEMAINE

avoir bu ce vin qui germe les' vierges', sinon des cantiques de sobriété et de continence? Remplis de la mort de Jésus-Christ , qui vient de nous être remise devant les yeux , et de la chair de son sacrifice, que chanterons-nous? sinon : Le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde"^.

Ne vous en allez pas sans dire cet hymne, sans réciter le cantique de la rédemption du genre humain. Quoi, Moïse et l'ancien peuple chantèrent avec tant de joie le cantique de leur délivrance, après être sortis de l'Eg'ypte et avoir passsé la mer Rouge I Chantez aussi , peuple délivré , chantez le cantique de Moïse, et le cantique de l'Agneau, en disant ; « Que vos œuvres sont grandes et admirables, ô Seigneur, Dieu tout-puissant! Que vos voies sont justes et véritables, ô Roi des siècles! Seigneur, qui ne vous craindrait, et qui ne glorifierait votre nom? car vous seul êtes saint : toutes les nations viendront et adoreront devant votre face : parce que vos jugements sont manifestes^. Vous avez détruit par votre mort, celui qui avait l'empire de la mort : c'est-à-dire, le diable'' : le prince de ce monde est chassé^ : et attachant à voire croix la cédule de notre condamnation , vous avez désarmé les principautés et les puissances ; vous les avez menées en triomphe hautement, et à la face de tout l'univers, après les avoir vaincues par votre croix^. » Et maintenant, en mémoire d'une si belle victoire, nous offrons par vous et en vous , à votre Père céleste, ce sacrifice de louanges et d'action de grâces : qui au fond n'est autre chose que vous-même, parce que nous n'avons que vous à offrir pour toutes les grâces que nous avons reçues par votre moyen.

LXVIe JOUR.

Trahison de Judas découverte. (Joan., xui. 2G, 30.)

Après la cène achevée; après que Jésus eiit donné à Judas le morceau trempé, qui fut un signe k saint Pierre et à saint Jean pour connaître ce traître ; le malheureux se retira incontinent; et il était nuit ^ .

Pour l'ordre de l'histoire, on peut observer ce qui a déjà été remarqué dans l'Evangile de saint Luc, qu'après la cène, Jésus parla encore à ses disciples, de celui qui le devait trahir : ce qui redoubla leur inquiétude sur l'auteur de la trahison. Ce fut alors que saint Pierre lit signe à saint Jean, et que Jésus leur donna à eux seuls la marque du morceau trempé.

Il ne le fit pas connaître à tous les disciples, comme saint Jean le dit expressément*. Gela aurait causé parmi eux un trop grand tumulte, et ils se seraient peut-être portés à quelque violence; à laquelle aussi, par sa bonté, il ne voulait pas exposer le traître, ni le divulguer plus qu'il ne fallait. Mais comme il voulait qu'ils sussent qu'il connaissait parfaitement toutes choses, et que cela leur était utile; il en choisit parmi ses disciples deux, dont il connaissait mieux" la discrétion , pour être , quand il le faudrait, témoins aux autres, qu'il ne savait pas les événements par de vagues connaissances, ou des pressentiments confus; mais avec une lumière claire et distincte.

1. Zach., IX. 17. — 2. Gai., vi. H. — 3. Apoc, xv. 3, 4. — 4. Heb., II. 14. — 5. Joan., xii. 31 . — 6. Colons. , ii. 14, 15. — 7. Joan., xui. 30. — 8. Idem, xiii. 28.

Il parla donc à saint Jean assez bas, pour n'être entendu que de lui seul, ou tout au plus de saint Pierre, qui y était attentif : les autres ne connurent rien à ce signal; et Judas, après avoir pris ce morceau, se relira incontinent, selon saint Jean.

Cette sortie précipitée du traître disciple eût étonné les autres apôtres, s'ils n'eussent ouï Jésus- Christ, qui lui avait dit : Fais vite ce que tu as à faire' : ce qu'ils avaient entendu de quelque ordre, qu'il lui donnait pour la fête ou pour les pauvres. Ils connaissaient la tendresse de leur maître pour ces derniers. Il donnait souvent de pareils ordres pour eux; et on jugeait bien qu'il ne les oublierait pas au milieu de ses extrêmes périls. Aimons donc les pauvres, et prenons-en tant de soin, qu'on ait sujet de penser que nous songeons toujours à eux.

Quelques-uns ont cru , que ce morceau , après lequel Satan entra en Judas , fut celui du pain sacré de l'Eucharistie. Mais visiblement ce fut un morceau que Jésus-Christ trempa dans quelque plat; ce qui ne convient point à ce pain divin.

Il faut donc entendre que ce morceau fut à saint Jean, le signe qu'il demandait, et à Judas, la dernière marque de familiarité et de communication qu'il aurait avec lui; après quoi ce cœur ingrat, que rien ne put fléchir, fut livré à Satan.

Quant à ce que dit saint Jean, que Judas sortit incontinent après, on peut entendre cet incontinent en deux manières. L'une, que ce morceau trempé fut donné au traître pendant le souper; auquel cas, l'incontinent ne voudrait pas dire le moment immédiatement suivant, puisqu'il y eut entre deux la consécration du sang qui se fit après le souper, et à laquelle Judas assista selon saint Luc, comme il a été dit souvent. L'incontinent , en ce cas , voudrait dire peu de temps après, el signifierait seulement, qu'il n'y eut point d'autre action entre la sortie de table qui devait arriver un moment après , et la retraite de Judas. L'autre manière d'expliquer ce morceau trempé , c'est qu'il fut donné à Judas après la consécration de la coupe sacrée. Car encore que le souper fût achevé, on voit par saint Luc, qu'on demeura encore quelque temps à table, puisque Jésus-Christ y parla encore du traître. Ce put donc être alors qu'il donna ce morceau à Judas comme extraordinairement, et après le souper; peut-être même, pour le mieux marquer aux deux disciples, à qui il voulut bien le faire connaître. Au reste il n'est pas besoin d'être curieux sur ces circonstances : et lorsqu'on voit quelque obscurité dans les évangiles sur de telles choses, on doit croire qu'elles ne sont pas fort importantes , ou du moins qu'elles ne le sont pas pour tout le monde. Quoi qu'il en soit, après la cène , Judas sortit; et ce n'est pas sans raison que saint Jean remarque. qu'il était nuit; afin de nous faire entendre, que tout ceci et ce qui suit, arriva peu d'heures avant que le Sauveur fût livré. Car il fut livré la même nuit. Cette circonstance du temps auquel Jésus parle , sert à nous rendre attentifs à ses dernières paroles, qui contiennent son dernier adieu et ses dernières instructions ; celles par conséquent qu'il veut laisser le plus profondément gravées dans le cœur de ses disciples. En voici une très-importante (jue nous tirerons de saint Luc.

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