Joan
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
LXVIIo .H)rR.
Autorité Ugitime établie; dominalion interdite dans l'Eglise. (Luc, XXII. 2i.)
Il s'e'lem aussi uue dispute entre eux, lequel d'etix tous paraissait être le plus grand*. Celle dispute, assez fréquente parmi les apôtres, est renouvelée au temps de la cène. Saint Luc la place incontinent après qu'il en a fait le récit, et celui de l'élonnemenl où se trouvèrent les apôtres, lorsqu'ils se demandaient les uns aux autres, lequel d'entre eux trahirait leur maître-. Rien ne peut éteindre l'ambition dans les hommes. L'exemple de la douceur et de l'humilité de Jésus-Christ devait faire mourir ce sentiment. El cependant ses disciples, gens grossiers, qu'il avait tirés de la pèche et de la nacelle, s'y laissent emporter. C'est ce qu'on voit souvent dans l'histoire de l'évangile; et Jésus les avait réprimés par les paroles les plus fortes : surtout lorsque les deux llls de Zébédée lui demandcrenl les premières places de son royaume^. Cependant la môme dispute renaît, et dans le plus grand contre-temps qui fût jamais. Ils venaient de voir le lavement des pieds : cl Jésus qui leur ordonnait de suivre cet exemple , pour les exciter davantage, les avait fait souvenir que lui , qui le leur donnait , était leur Seigneur et leur maître. Combien plus se devaient-ils abaisser, eux qui n'étaient que les serviteurs'?
Us l'allaient perdre; déjà il ne leur parlait que de sa mort prochaine, de la trahison qui se tramait contre lui , et de toutes les suites funestes de ce complot. Quoiqu'ils ne dussent être occupés que d'un si triste et si étrange événement, leur ambition les emporte. Et encore assis à la table où Jésus leur avait donné la communion , mystère d'abaissement, où le caractère de l'humilité de Jésus jusqu'à la mort de la croix était imprimé, l'action de grâces étant à peine achevée , ils se disputent entre eux la première place. Connaissons le génie de l'ambition, qui ne nous quitte jamais au milieu des événements tristes, et parmi les pensées et les exemples qui nous devraient le plus porter à des sentiments contraires.
Jésus-Christ leur dit sur ce sujet ce qu'il leur avait déjà dit dans les occasions que nous venons de marquer; et il le répèle dans un temps dont toutes les circonstances le devaient encore plus imprimer dans les esprits, puisque c'était celui de sa mort prochaine, et de son dernier adici).
Mais il faut encore regarder plus loin. Il venait établir un nouvel empire, qui aurait son gouvernement, et pour ainsi parler ses magistrats : et il se sert de cette occasion pour montrer quel devait être le génie de ce nouveau gouvernement.
Ce qu'il a dessein d'établir, c'est la diiïérencc des empires cl des gouvernements du monde, d'avec celui qu'il venait former. Dans ceux-là est le faste; tout s'y fait avec hauteur et avec empire, souvent même avec arrogance, avec violence; mais parmi vous le premier et le plus grand doit détenir le plus petit, et celui qui fjouterne doit Hre le serrileur de toux. De même que le Fils de l'homme n'est pas tenu se faire serrAr, mais servir luimême, et donner sa tiepour la rédemption deplvr
1 . Lue., x»n. 24. — 2. Idem, SCI. — ,3. Mallh., %x . 25; Marc, X. 4i.
sieurs. Car vous voyez que je suis parmi vous coinme celui qui sert* ; puisque môme pendant que vous étiez assis à table, j'en suis sorti pour vous servir, et pour vous laver les pieds.
Il ne dit donc pas qu'il n'y a point de conducteur, ni qu'il n'y a point de premier parmi eux; mais il dil à ces conducteurs, cl à celui môme qu'il avait déjà désigné tant de fois pour être le premier, que leur administration est une servitude : qu'ils doivent à son exemple, cire la victime de ceux qu'ils ont à conduire : et qu'ils doivent paraître les derniers de tous par leur humilité.
C'est ce qu'ont pratiqué les apôtres. Paul se rend serviteur de tous , el se fait tout à tous , afin de les sauver tous- : Pierre, qui était le premier : Je parle à tous, qui êtes prêtre, moi qui suis prêtre comme TOUS , et qui suis de plus témoin des souffrances de Jésus-Christ, et devant participer à sa gloire : paissez le troupeau de Dieu qui vous est commis, veillant sur sa conduite , non par nécessité et par contrainte , ni par intérêt ; mais avec une affection sincère et volontaire ; non en dominant sur l'héritage du Seigneur, mais en vous rendant le modèle de tout le troupeau : et lorsque le prince des pasteurs paraîtra, vous recevrez une couronne de gloire qui ne se flétrira jamais^.
Voyez comme il se souvient des paroles de Jésus- Christ. Le Mai Ire dit : Les rois des nations les dominent; mais il n'en est pas ainsi parmi vous^ : et le disciple : Ne dominant point sur l'héritage du Seigneur. Il faut donc ôlcr du milieu de nous l'esprit de dominalion , l'esprit de fierté et de hauteur, l'esprit d'orgueil, l'esprit d'intérêt; mais songera gagner les cœurs par l'humilité, par amour, et en donnant bon exemple.
Le Maître dit : Ceux qui exercent la domination et la puissance sur eux, sont appelés bienfaiteurs''^ : c'était un litre qu'on avait donné à de grands rois, qu'on appelait Evergètes, bienfaiteurs, et on le donnait ordinairement aux grandes puissances de la terre. Elles aimaient à être honorées de titres qui marquaient bonté, libéralité, magnificence. Les plus grands titres des grands rois sont ceux qui sont tirés de la douceur : témoin ce titre de trèsclément, qu'on donnait aux empereurs : et celui de sérénissime , dont on honore encore les rois et les princes. Mais vous, dit le Sauveur, ne soyez point bienfaiteurs en celte sorte, pour vous faire honneur de ce titre; mais en vous rendant en efl'et serviteurs de ceux que vous aurez à conduire.
Le Maître dit : J'ai été parmi vous comme serviteur : et je suis venu pour donner ma vie en rédemption pour plusieurs*^ . El saint Paul a dit aussi, comme on a vu , non-seulement : Je me suis rendu serviteur de tous ; mais encore : S'il faut que je sois immolé, et tout mon sang répandu en effusion sur le sacrifice de votre foi, je m'en réjouis'' ; et encore : Je vais être immolé , et l'effusion commence déjà*.
Ce n'est pas qu'il ne doive y avoir dans les pasteurs de l'Eglise, une autorité; et s'ils ne devaient pas agir d'une certaine façon avec empire, saint Paul n'aurait pas écrit à Tilc : Parlez avec tout
1. j^/</«A.. XX. 20,27, 28; /.mc, xxii. 20, 27. — 2. /. Cor., ix. 10, 2■^. — 3. 1. Pet., V. 1, 2, 3, 4 . — 4. Luc, xxii. 25, 26, — 5. Idem,\ '£:>. — 0. Mallh., y^f.. 28. —7. /. Philip., u. 17.— 8. //. Tirn. IV. 6.
LA GENE