rr. Cor., IV
LA CENE. — PREMIERE PARTIE
était élevé plus haut , il ne songe qu'à vanter son courage, et il oublie la grâce qui seule le pouvait soutenir.
Les excès où il a poussé sa présomption se déclareront davantage dans la suite; et ils obligèrent son maître à retirer sa main pour un moment. Mais sa chute n'empêcha pas l'effet des promesses et des desseins de Jésus-Christ. Car encore qu'il ait renié, et par trois fois, et la dernière fois avec blasphème et exécration , en sorte que dans ce genre de crime, il ne pouvait pas tomber plus bas : Jésus qui fond les cœurs par ses regards, lui en réserve un des plus elTicaces et des plus tendres; et cet homme si entêté de lui-même et de son courage, se retire fondant en larmes; et celui qui était tombé , parce que son Maître avait détourné sa face pour un moment, apprend qu'il n'est converti, que parce qu'il a daigné jeter sur lui un regard.
C'est donc alors qu'il commenç^^à recevoir cette force qui lui avait été promise. Il fit une grande chute, mais il fut incontinent relevé. Sa foi ne se perdit que pour un moment, mais elle ne défaillit pas pour longtemps. Au contraire, elle revint plus ferme et plus vigoureuse qu'elle n'avait été devant sa chute : Jésus-Christ accomplit en lui ce qu'il lui avait promis ; et il se servit de lui pour confirmer ses frères. C'est pourquoi il fut le premier des apôtres, à qui il apparut après sa résurrection. Il apparut, dit saint Paul ', à Céphas, et puis aux onze : et on disait parmi les disciples : Il est vraiment ressuscité, et il a apparu à Sinion^. Il avait apparu à ces femmes pieuses; mais on ne parlait parmi les frères, que du témoignage de Simon qui les devait confirmer. C'est lui aussi à qui saint Jean avait réservé l'honneur d'entrer le premier dans le tombeau , où il n'était arrivé que le second^; afin qu'il fût le premier témoin des marques de la résurrection. Dès lors il est marqué, que saint Jean vit ces marques, et qu'il crut. i\Iais on ne célèbre avec distinction parmi les disciples, que la foi de Pierre, et non pas celle de Jean-*.
Lorsqu'ils allèrent à la pèche où Jésus devait apparaître, pour montrer les effets de la pèche spirituelle , pour laquelle il les avait choisis; ce fut Pierre qui lui dit le premier : Je m'en vais pêcher; et les autres le suivirent, en disant : Nous y allons aussi. Le bien-aimé disciple qui connut Jésus le premier, l'indiqua à Pierre seul, et il lui dit : C'est le Seigneur. Ce fut Pierre et non pas Jean , qui se jeta dans la mer : ce fut Pierre et non pas Jean, ni les autres, qui amenèrent au Sauveur les cent cinquante-trois poissons mystérieux qui ne rompaient point le filet, et qui figuraient les vrais fidèles qui devaient demeurer pris heureusement dans les rets de la prédication évangélique. Pierre, toujours à la tète de cette pèche mystérieuse , à qui Jésus avait dit spécialement durant sa vie mortelle : Mène la nacelle en pleine eau, et je te ferai pêcheur d' hommes^ : qui, à la parole de Jésus, avait on effet amené tant de poissons, que deux barques en furent pleines, jusque presque à couler à fond : ce Pierre lui-même conduit cette pèche encore plus belle et plus mystérieuse, que les apôtres firent sous les yeux de Jésus-Christ ressuscité. Et tout
1. I. Cor., XV. 5. — 2. Lur., xxiv. 3i. — .S. .Joan., xx. 1, S. — 4. /'/<?>n, XXI. 3, 7, H. — .5. /.kc, v. 4. 11.
cela en figure de la prédication apostolique, qui , commencée par saint Pierre le jour de la Pentecôte et les jours suivants, amena tant de milliers d'àmes à Jésus-Christ , et forma à Jérusalem le corps de l'Eglise, qui devait ensuite se multiplier avec une telle fécondité par toute la terre.
Voilà ce que figurait celte pèche des apôtres, saint Pierre étant à la tète, et les confirmant par son exemjale. C'est pourquoi Jésus-Christ lui dit encore, et non pas à Jean, ni aux autres, dans le temps de celte pèche : Pais mes brebis, pais mes agneaux ' .■ pais les mères comme les petits : ce qui revient au commandement de les affermir dans la foi, puisque cela même, c'est gouverner le troupeau. C'est, dis-je, le gouverner, que d'y affermir cet esprit de foi , et le paître par la parole.
Aussi est-ce lui qui en attendant la descente du Saint-Esprit, fut le conducteur des apôtres dans cette mémorable action où ils firent le supplément du collège apostolique; et mirent à la place de Judas, un témoin de la vie et de la résurrection de Jésus-Christ^, qui recevant avec eux tous le Saint- Esprit qu'ils attendaient, reçut en même temps la grâce de porter ce témoignage dans tout l'univers*. C'est donc par Pierre principalement , qu'il est rangé parmi les apôtres''. Pierre est partout à la tète de la prédication, et mène, pour ainsi dire, ses frères les apôtres au combat. C'est lui qui en entreprit la défense devant tout le peuple, lorsqu'on les accusa d'être ivres de vin pendant qu'ils ne l'étaient que de l'esprit de Dieu^ Pierre fait le premier miracle qui parut, en confirmation de la résurrection de Jésus-Christ^. Ce fut lui qui fit un exemple d'Ananias et de Saphira" : ce premier coup de foudre, qui inspira aux fidèles une salutaire terreur, et qui affermit l'autorité du gouvernement apostolique, partit de sa bouche. Ce fut lui qui frappa d'anathème Simon le magicien, et en sa personne tous les hérétiques , dont cet impie était comme le chef*. Ce fut lui qui visita le premier les Eglises persécutées, comme leur père commun : afin que non-seulement la prédication , mais encore la visite des Eglises , qui est le nerf du gouvernement ecclésiastique, fût commencé et comme consacré en sa personne. Quoique apôtre spécial des Juifs qui étaient dans ces commencements la principale portion, et comme le premier lot de l'héritage de Jésus-Christ, ce fut lui qui consacra les prémices des gentils en la personne de Corneille le Centenier" : les disciples qui appréhendaient qu'il n'eût excédé, en annonçant l'Evangile aux gentils, apprirent de lui que le Saint-Esprit leur était commun avec eux ; et furent affermis dans les véritables sentiments par sa parole'".
Paul destiné par Jésus-Christ à être le prédicateur particulier des gentils , avant que d'être employé à ce ministère, et que d'exercer pleinement son apostolat , va voir Pierre pour le contempler, dit l'original", comme le chef du troupeau , comme la merveille de l'Eglise , ainsi que l'expliquent les saints Pères. Saint Jacques y était : mais ce n'est point saint Jacques, que saint Paul allait voir : il alla, dit-il, voir Pierre : il demeura quinze jours
1. /o^H., XXI. 15, 16, 17. —2. Act., i. 15,22. — 3. /'/em, 20. -- 4. Ibid., II. 14. — 5. Ibid., 15. — 6. lbid.,m. 6. —l.JbUl . V. 3, 5,8, 10. - 8. .\ct., vm.9. 18, 20; ix. 32. -- 9. Idem, x. 9, li». 3.-.. -10. Ihid., xr. 1, 2.3.4,15. 17. — 11. Cal., i. 18, 19.
Mk
MEDITATIONS SUR LÉVANGILE.
avec lui. el il autorise sa prédicalion par ce lémoi- ^nage. Ce qui nous fait voir, que lorsque quatorze ans après, suivant une révélation du Saint-Esprit, il vint à Jérusalem conférer avec les apôtres, de TEvangile qu'il prêchait aux gentils', c'était encore principalement saint Pierre qu'il venait chercher.
Quand il fallut autoriser dans le concile de Jérusalem , la liberté des gentils par un décret qui mérita d'être prononcé au nom du Saint-Esprit, saint Pierre y parait le premier comme partout ailleurs : ce fut lui qui résolut la question pour laquelle on était assemblé , et saint Jacques déclare qu'il se rangeait à son avis. Il est à la tète de tout, et tout est confirmé par son sentiment-. Ainsi la chute de saint Pierre, loin d'avoir anéanti la promesse de Jésus-Christ, en fait éclater davantage la vérité.
Pierre instruit d'où venait sa force, agit avec d'autant plus de confiance, que sa confiance n'avait plus rien d'humain : la modestie et l'humilité le suivent partout. Autant que son autorité est éminente dans l'Eglise, autant est-on édifié par la douceur de son gouvernement. Nous avons vu les belles paroles, avec lesquelles il bannit de l'Eglise l'esprit de domination, et apprend à tous les pasteurs , que la force du gouvernement ecclésiastique est, à faire le premier ce qu'on enseigne aux autres : forma facti gregis ex animo : en un mot, à se rendre le modèle du troupeau, de tout son cœur^. Pour apprendre par son exemple à tous les fidèles, à profiter des corrections où consiste la force de l'Eglise, tout chef de l'Eglise qu'il était, il reçoit la correction de saint Paul avec une déférence qui ne sera jamais assez louée*. Car encore qu'il ne fût pas seul à tenir envers les gentils la conduite que saint Paul blâmait, et que saint Jacques en fût le principal auteur, il reconnut que saint Paul avait raison de se prendre à lui de celte faute, comme à celui qui étant à la tète, l'autorisait davantage par son exemple. Il se laisse donc reprendre en face, devant tout le monde, et loin de s'olfenser de ce qu'on avait consacré la mémoire d'une si vive répréhension dans une Epitre , que toutes les Eglises lisaient comme divine , on a vu qu'il la met lui-même comme les autres Epitros de saint Paul , au rang des Ecritures canonii|ues*. Une seule chute éteignit pour jamais en lui la présomption : il montra que la primauté consiste principalement, à savoir céder à la vérité plus que les autres. On ne put plus résister à la conduite que tenait saint Paul, après que le prince des apôtres eût cédé : cl la véritable manière de traiter avec les gentils demeura autant affermie par l'humilité de saint Pierre, que par la vigueur de saint Paul.
LXXJc JOUR.
I.OMlruclion de l'fjjlite. Prière de Solre Seigneur pour saint Pierre; et en la pertonne pour les élus. (Luc, xxii. 32.)
Il faut encore s'élever plus haut, et pour aiïcrmir notre foi, contempler dans les paroles de Jésus- Chri.sl toute la constitution de son Eglise.
La prière qu'il fait pour saint Pierre, n'est pas f>arli«:ulir:rc ii cet apôtre : il est la figure de tous les ^lus, pour qui Jésus-Christ prie spécialement; el quoiqu'il ne leur déclare pas à tous, comme il fait
I. Oa/., II. I. «.». — 2. Àet., XV. 7, 13, 14, 1»,20. — .3. /. Ptl ,r. 3,-4. fjat , ii. Il . 12, 13, 11— .'i. //. /v<., m. 1.5, 10.
à saint Pierre , qu'il prie que leur foi ne défaille pas, il a pourtant fait pour eux tous celte prière d'une certaine façon. Et deux choses sont véritables : l'une que Jésus-Christ leur a obtenu celte grâce singulière, que leur foi ne défaillit pas à jamais et finalement : ce qui emporte la grâce de la persévérance finale. L'aulrc, que nul ne reçoit celle grâce pour qui Jésus-Christ ne l'ail demandée, el ne la demande conlinuellemenl à son Père, par celle perpétuelle intercession qu'il fait pour nous. Reconnaissons donc l'effet de celle intercession loulc-puissanle, dans tout le bien qui est en nous, en quelque degré qu'il nous soil donné; et reconnaissons-le principalement, lorsque remplissant nos cœurs d'une douce confiance en sa miséricorde, il nous fait marcher d'un pas ferme dans ses voies , sans nous détourner à droite ni à gauche.
Gardons-nous pourtant bien de croire , que ce soil lui qui fasse tout sans notre coopération : mais qu'à l'exemple de saint Pierre, la confiance que nous aurons en celle puissante intercession de Jésus-Christ nous rende plus vigilants, plus allenlifs à notre salut, et plus fervents à la prière. Regardons saint Pierre qui monte au temple avec saint Jean à l'heure de la prière de none' : ce qui marque non-seulement une prière réglée , mais encore une prière mullipliée dans un même jour. Il ne dit pas : Je n'ai plus besoin de prier, puisque Jésus- Christ m'a dit fui-même qu'il avait prié pour moi : au contraire , Dieu lui fait sentir qu'il faut se joindre en esprit à cette puissante intercession de notre grand avocat, de noire puissant médiateur; el demander persévéramment en son nom, tout ce qui nous est nécessaire pour notre salut.
Et saint Pierre n'élail pas seulem.ent soigneux d'aller faire sa prière dans le temple aux heures marquées pour l'oraison : mais encore dans la maison , il avait ses heures réglées pour la prière : il monta à l'heure de sexle, c'est-à-dire, vers le midi, au plus haut de la maison, au lieu le plus retiré, pour prier ^.
Prions donc, à son exemple, en union avec Jésus-Christ. Prions avec une ferme foi et une pleine croyance, que si nous persévérons dans la prière, non-seulement rien ne nous manquera pour notre salut, mais encore nous recevrons une abondance de grâce par la continuelle influence de l'esprit de Jésus-Christ dans nos cœurs. Car il veut notre salut, et ne veut la mort de personne, mais plutôt que nous titions tous, et que nous soyons sauvés^. Vivons dans celte espérance, el dans celte foi; tout ce que nous sommes de chrétiens que le baptême a faits ses membres.
LXXIJe JOUR.
La foi de saint Pierre est la foi de l'Er/lisc de Rome, où est le centre de l'uniU catholique. (Luc, xxii. 32.)
Suivons le mystère. Celle parole : Affermis tes frères : n'est pas un commandement qu'il fasse en particulier à saint Pierre : c'est un office qu'il érige et qu'il institue dans son Eglise à pcrpéluitô. La forme que Jésus-Christ a donnée aux disciples qu'il rassemblait autour de lui, est le modèle de l'Eglise chréiiennc jusrju'à la lin dos siècles. Dès le moment