‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 320 sur 851 · Malth., XXVIII · texte numérisé non relu

Malth., XXVIII

conquérante que jamais : elle contraignit les plus grands empires à porter le joug; en même temps elle ouvrit une large entrée à l'Evangile. Ce qui était reçu à Rome, et dans l'empire romain, prenait de là son cours pour passer encore plus loin. Rome ruina l'ancien sanctuaire de Jérusalem, et ne laissa d'espérance à ceux qui voulaient adorer Dieu en esprit, que le nouveau sanctuaire, que le Seigneur établissait parmi les gentils, c'est-à-dire , l'Eglise chrétienne et catholique : et peu à peu Rome devenait le chef de ce nouvel empire.

Pour préparer les voies à ce grand ouvrage , ô Seigneur! vous fîtes dès lors éclater la foi romaine; et votre apôtre saint Paul écrivit à cette Eglise, que sa foi était devenue célèbre par tout l'uni-

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Comme c'était dans cette Eglise, que devait principalement éclater la vocation des gentils, vous inspirâtes à ce même apôtre, de lui développer le mystère de cette vocation : et l'Eglise romaine reçut dès lors dans la divine Epître aux Romains, le précieux dépôt de la révélation d'un si grand mystère, où était compris le secret de la prédestination et de la grâce.

Lorsqu'il fallut consommer l'ouvrage , et mettre Rome à la tête de toutes les Eglises chrétiennes : Seigneur, vous y envoyâtes l'e grand pêcheur d'hommes, je veux dire l'apôtre saint Pierre; afin de consacrer cette Eglise par son sang, et d'y établir le principal siège des chrétiens , où la foi devait être confirmée.

Ce fut alors qu'il eût besoin de savoir marcher sur les eaux, de savoir fouler aux pieds les flots soulevés, comme vous le lui aviez appris, et de ne pas craindre, lorsqu'il enfoncerait. Car il eut à surmonter toutes les tempêtes, que les fausses religions, la fausse sagesse, la violence, et la politique du monde excitèrent contre l'Eglise. Saint Paul était le maître des Gentils : mais ce n'était pas à lui qu'était donnée cette chaire principale : c'était à saint Pierre; et pour accomplir le dessein de Dieu sur Rome, il fallait que saint Pierre y fixât son siège. Paul y vint dans le même temps : la direction particulière qu'il avait reçue pour les Gentils y expira avec lui. Ces deux apôtres scellèrent dans Rome de leur sang, le témoignage de Jésus-Christ. En allant au dernier supplice, ils annoncèrent aux Juifs leur dernière désolation, comme un événement qu'on allait voir au premier jour, et confirmèrent par là la vocation des gentils. Les évèques qui leur succédèrent dans l'Eglise romaine , qu'ils venaient d'illustrer à jamais par leur martyre, et sanctifier par leur tombeau, recueillirent leur succession : mais la chaire qu'ils remplirent s'appela la chaire de saint Pierre, et non pas la chaire de saint Paul; et ils furent nommés successeurs de saint Pierre cl non pas de saint Paul.

Dès là, Seigneur, vous avez tellement disposé les choses , que les successeurs de saint Pierre , à qui on donna par excellence le nom de papes, c'est-àdire , celui de Pères, ont confirmé leurs frères dans la foi , et la chaire de saint Pierre a été la chaire d'unité, dans laquelle tous les évèques et tous les fidèles , tous les pasteurs et tous les troupeaux se sont unis.

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