Joan., XIII. 3i
MHDITATIONS SUPx LKVANGILE.
lesquello? il avait une convonance parliculièro avec son niailro? Aimez donc en celle sorle. El ce! amour particulier dont il honora sainl Jean, lui til-il avoir de l'indulgence pour lui, quand il avail tort? El l'empècha-t-il de lui dire aussi bien qu'à son frère saint Jacques : Vous 7ie savez ce que vous detnandez ' : et dans une autre occasion : Vous ne savez de quel esprit vous êtes-? Faites donc de même. Mais sa tendresse lui iil-elle préférer sainl Jean aux autres? N'est-ce pas Pierre qu'il mil à la tête du collège apostolique et de toute l'Eglise? A la tin il conlia à saint Jean sa sainte Mère. Qui convenait davantage avec elle comme avec lui par toutes les qualités que nous avons vues, et en particulier par la virginité'? Il s'agissait de sa famille, de son domestique, et il préfère saint Jean, qui, outre les autres choses que nous avons vues, était encore son proche parent. Aimez donc de même ; ayez les égards que le sang demande : mais réglez le fond de vos allections par la vertu. Et jusqu'où est-ce que Jésus a porté son amour'? Jusqu'à donner sa vie pour ceux qu'il aimait. Ne doutez pas qu'il y ait des occasions où vous en devez faire autant pour votre frère. Aimez comme j'ai aimé : voilà mon nouveau précepte : le modèle de votre amour, c'est le mien. Ecoutez , mes petits ertfants : faites comme moi.
Mais voici le dernier mol qui presse plus que tous les autres : En cela tous connaîtront, que vous êtes mes disciples, si tous vous aimez mutuellement^. Voilà le caractère de chrétien, et de disciple de Jésus-Christ. Qui renonce à la charité, renonce à la foi, abjure le christianisme, sort de l'école de Jésus-Christ, c'est-à-dire, de son Eglise. Tremblez donc, cœurs endurcis; tremblez, insensibles; tremblez, vous tous, dont les aversions sont implacables, les inimitiés irréconciliables : vous n'êtes plus disciples de Jésus-Christ, vous n'êtes plus chrétiens; vous renoncez à voire baptême.
Voyez l'Eglise naissante : Un cœur et une âme : tout commun : et ils étaient tous una^iimement assemblés dans la galerie de Salomon"* : sans dissension, sans envie, sans intérêt; rendant le bien pour le mal : Et tout le peuple les admirait : et on disait : Voilà les disciples de Jésus : c'était là leur caractère particulier. L'envie, l'intérêt, la haine régnent dans loul le reste des hommes : l'innocent troupeau de Jésus ne connaissait point ces maux. Mon Sauveur, où sont vos disciples maintenant? où est la charité? où esl l'amour fraternel? Qu'il est rare! Aussi avezvous dit, que le temps tiendrait , que les scandales, que V iniquité abonderait , que la charité serait refroidie dans la multitude''; et que quand vous tiendriez sur la terre, à peine y trouveriez-vous de la foi'^, de celte foi animée de la charité.
Pleurons, mes frères, pleurons la charité refroidie, refroidie dans la multitude, dans la plupart de ceux qui se disent chrétiens : mais refroidie en nous-mêmes. Réchauffons- la : venons à Jésus : écoutons avec tendresse son dernier discours; avec Ifr ■ ce qu'il dit si tendrement. La charité fra-
ler; ;ious devient rccommandable par ces raisons, par la tendresse avec laquelle Jésu.s-Clirisi nou?« la recommande; par le temps qu'il choisi! pour nous la recommander; par le modèle qu'il
I. ifaUh., XX. 22. — 2. Luc, ix. 05, — :{. Joan., xiir. 3.5. — 4. Aet.,tr. 32; r, 12. — 5. Matth., xxiv. 12. — fl. Luc., xviii.8.
nous donne de la charité fraternelle en sa personne; par le caractère de chrétien qu'il attache à celte divine vertu. Soyons disciples de Jésus-Christ; soyons chrétiens; c'esl-à-dire, aimons nos frères-: et comment? Comm,e Jésus-Christ nous a aimés. A ces mots il se tut; et nous laisse à goùler ce nouveau commandement de la loi de grâce.
LXXVP JOUR.
présomption et chute de saint Pierre. (Joan., xni. 3, et seq.)
Comme Jésus-Christ se fut lu, sainl Pierre frappé de celte parole : Vous me chercherez ; et ainsi que j'ai dit aux Juifs , vous ne pouvez pas venir où, je vas' : car elle paraissait rude, et il semblait les avoir rangés avec les Juifs, qui ne croyaient point à sa parole : frappé donc de ce discours, il dit au Sauveur : Seigneur, où allez-vous? Et Jésus lui dit : Vous ne pouvez mainteyia^it me suivre où je vas ; mais vous me suivrez après^. Jésus console ses apôtres en la personne de Pierre; et leur donne espérance de le suivre un jour où il allait. Mais il leur déclara en même temps qu'ils ne le pouvaient pas encore. Et Pierre, dont le zèle n'était pas content de celte explication, lui répondit tout ému : Pourquoi ne puis-je pas vous suivre maintenant? Il entendit bien que son maître allait à la mort, et il ajouta : Je donnerai ma vie pour vous. Vous donnerez votre vie pour moi? Le coq ne chantera point, que vous ne m'ayez renié trois fois'^.
La faute, la grande faute, la cause de son reniement, de son crime, et déjà peut-être un terrible commencement de ce crime, c'est que Jésus-Christ lui disant : Vous ne pouvez pas; au lieu de reconnaître son impuissance, et de lui dire : Il est vrai. Seigneur, je ne le puis; je devrais bien le sentir, et«ie connaître mieux moi-même; mais je veux du moins vous en croire, m'humilier devant vous, et confesser, non pas ma faiblesse, mais mon impuissance : mais vous, qui êtes lout-puissant , aidezmoi; donnez-moi la force : au lieu donc de répondre ainsi, et de dire comme il avail dit autrefois avec les autres apôtres : Seigneur, augmentez-moi la foi''; rendez-la forte, rendez-la ardente , rendez-la toule-puissanle : ou avec cet autre : Je crois, aidez mon incrédulité^ : en un mot, au lieu de s'humilier et de prier, il s'élève contre Jésus-Christ : et avec une témérité pitoyable, mais punissable, il dit qu'il peut, à celui qui sait tout, et qui lui dit qu'il ne peut pas.
Quand Jésus demande à Pierre par trois fois : M'aimez-vous, m'aimez-vous, m'aimez-vous plus que ceux-ci? il sut bien lui dire : Seigneur, vous savez tout; vous savez que je vous aime^ : il devait donc dire ici : Seigneur, vous savez tout; vous savez ce que je puis, mieux que moi-môme : aidez-moi donc, aiin que je puisse ce que je vous promets de faire.
Faute d'avoir fait celte réponse, il tombe d'une manière déplorable, mais plutôt il est déjà tombé bien bas, faute de la faire : car il est tombé dauf^ la [irésomplion , faute qui mérite qu'on soit livré à tous les crimes, et qui, en cfret, livra saint Pierre au reniement par trois fois.
0 mon Dieu! qui ne Ircmblcrait, qui ne se défie-
1. Joan., XIII. 33. — 2. Idem, 30. — 3. Ihid., 37, 38. — 4. Lur., xvu. 5. — 5. Marc . , XI . 2:i . —0. Joan. ,yi\i. 15, 10, 17.
LA CÈNE