PREMIÈRE PARTIE
rail de soi-même? qui ne reconnaîtrait hum.blement son impuissance? Avouons-la : n'attendons pas que Notre Seigneur nous dise : Tu ne peux pas : prévenons sa face par la confession de notre impuissance, de peur qu'il ne nous la fasse connaître par notre chute.
Mais encore, qu'est-ce qui trompe saint Pierre? Qu'est-ce qui le trompe? sinon cette aveugle estime qu'on a de soi-même, qui nous fait croire que nous pouvons ce que nous ne pouvons pas.
Mais enfin qu'est-ce qui fait croire à saint Pierre qu'il pouvait ce qu'il ne pouvait pas; si ce n'est qu'il le voulait, et qu'il croyait avoir son pouvoir dans sa volonté?
En eifet, en cette occasion qu'était-ce que pouvoir, sinon vouloir? Il ne s'agissait pas de suivre Jésus- Christ par les pas du corps , il s'agissait de le suivre par une ferme résolution de mourir pour lui : et cette ferme résolution, qu'est-ce autre chose qu'un vouloir? Ainsi saint Pierre, qui le voulait, et le voulait sincèrement ; car il n'avait pas dessein de tromper son maître : et le voulait ardemment, à ce qu'il lui semblait, et en vérité; car il était en effet tout plein de ferveur, et il aimait Jésus-Christ jusqu'à vouloir mourir avec lui, s'il était besoin ; et il croyait qu'il le pouvait, parce qu'il le voulait de celle sorte.
Il ne savait pas ce que c'était que la volonté de l'homme. Car, en effet, quand il s'agit de prendre la résolution de marcher après Jésus-Christ, de l'imiter, de le suivre, pouvoir, c'est vouloir; mais c'est vouloir fortement, c'est vouloir invinciblement, c'est avoir une volonté à l'épreuve de tous les périls, et capable d'affronter la mort.
La volonté de saint Pierre n'en était pas encore à ce degré : et c'est pourquoi Jésus-Christ lui dit qu'il ne pouvait, parce qu'il ne voulait pas encore assez : et lui, au lieu de sentir qu'une volonté faible ne peut rien, et qu'elle cesse, pour ainsi parler, d'être volonté, dans une lenlation qui lapasse, disait hardiment qu'il pouvait tout ce qu'il sentait qu'il voulait, et qu'il voulait avec force, jusqu'à un certain point, mais non pas jusqu'au point qu'il fallait pour accomplir sa promesse. C'est pourquoi Jésus lui disait, non pas simplement : Vous ne pouvez pas , mais tous ne pouvez pas 'me suivre maintenant; et il ajoutait : Vous me suivrez un jour* : qui était lui dire, comme dit saint Augustin^ : Vous ne le pouvez pas encore, parce que votre volonté est faible; mais vous le pourrez, quand vous aurez reçu une volonté assez forte.
Saint Pierre était juste; car Jésus-Christ lui avait dit comme aux autres : Et vous , vous êtes purs , mais non pas tous^, en n'exceptant que Judas. Mais sa justice tenait encore beaucoup de cette justice de la loi , qui croit qu'il n'y a rien qu'à vouloir, et qu'à faire, sans songer par qui on veut , et par qui on fait. Saint Pierre voulait; mais il ne voulait pas assez fortement; et il devait avoir entendu que ce commencement de. bonne volonté ne lui venait pas de lui-môme , mais de Dieu. S'il l'eût entendu , s'il l'eût cru aussi vivement qu'il fallait, il aurait commencé par confesser que le peu qu'il pouvait , venait de la grâce; et que par conséquent pour pou-