I. J'j<im.,xxi. IS. — t. /d<m, 17. - 3. lUd., xv
n'en est pas encore à ce point. Et qui oserait le dire, si Jésus-Christ ne l'avait dit le premier? Je vous enverrai, dil-il , le Saint-Esprit* : mais vous : vous : à qui parle-t-il? A ses apôtres sans doute, parmi lesquels était saint Pierre : vous donc demeu- I rez dans la ville : renfermez-vous dans le cénacle pour prier, el ne sortez pas , jusqu'à ce que vous I soyez revêtus de la vertu d' en-haut'. De quoi donc j avaient-ils besoin? de vertu, de force, de puissance, pour ôlre capables de prêcher sans crainte l'Evangile , et de goûter la joie de souftVir pour Jésus-Christ. Voilà de quoi ils avaient besoin : tous, et saint Pierre comme les autres, avaient besoin, par-dessus la foi, et par-dessus l'amour qu'ils avaient déjà, de recevoir une verlu, une puissance d'en-haul. Elle vint celle vertu, el le Sainl-Espril descendit. Les voilà forts : Pierre ne craint plus : Pierre est pierre, c'csl-à-dire, un rocher contre qui se brisent tous les flots : el comment , par la nouvelle verlu qui lui est venue d'en-haul. Marche, Pierre ; dis hardiment que lu suivras Jésus-Chrisl jusqu'à la mort. Tu le peux ; et voici le temps que le Sauveur avait marqué : Tu ne peux me suivre à présent , mais après tu le pourras^. Voilà ce temps arrivé : parlez , Pierre : allez à la tète du troupeau attaquer le monde, subjuguer le monde : vous avez expérimenté votre impuissance, vous avez connu la grâce, vous l'avez reçue, vous n'avez plus rien à craindre, vous pouvez tout.
Recueillons-nous un moment sous les yeux de Dieu : et rentrons en nous-mêmes par une profonde connaissance de notre impuissance : confessons que nous ne pouvons rien sans Jésus-Christ : ne nous fions point à notre ardeur, à notre zèle, à ces agréables transports de piété qui nous paraissent sincères , qui le sont peut-être , mais non encore assez forts : ne nous exposons pas volontairement aux tentations, aux périls, à ce commerce, aux dangereuses compagnies du monde : ne disons plus : Je ferai , je puis ; car c'est là ce qui a trompé saint Pierre. Disons : Seigneur, aidez-moi, soutenez mon impuissance, donnez-moi la force ; et s'il faut dire. Je puis, que ce soit comme saint Paul : Je puis tout en celui qui me fortifie''.
LXXVIIe JOUR.
Préparation à l'intelligence des plus hautes vérités par la soumission, el par une sainte frayeur.
Lisez le chapitre xiv; vous y trouverez des profondeurs à faire trembler. Seigneur, j'en suis effrayé; ceux qui ne les sentent pas, n'entendent pas. Profilez de ce que vous entendez : adorez ce que vous n'entendez pas : c'est une grande leçon. Voulez-vous être aidé par quelque pieuse explication des paroles de Jésus-Christ. Aidez-vous vous-même, j cherchez vous-même, demandez au grand Père de famille qu'il vous donne votre pain; prenez toujours , ce qu'il vous donnera par lui-même, et soyez dis- I posé à recevoir ce qu'il voug donnera par ses miî nistres. Accoutumez-vous à cet exercice : c'est ainsi : qu'on vient à entendre. Les difficultés s'aplanissent ! peu à peu. Quand elles demeureraient, que vous ' importe? Ce n'est pas la curiosité que vous voulez^
1. Joan., XVI. 7. — 2. Luc, xxiv. i'J. — -i- Joan., xiii. 36. I — 4. Philip., IV. 13.
LA GÈNE. — PREMIÈRE PARTIE
satisfaire; vous voulez bien ignorer ce que Jésus- 1 Ciirist ne vous veut pas découvrir. Tout ce que vous trouverez clair, c'est ce qu'il vous dit, c'est par là qu'il vous parle : et lorsque vous n'entendez pas, il vous parle d'une autre manière, il vous dit : Crois, adore, humilie-toi, désire, cherche : heureux, soit que tu trouves, soit que Dieu réserve celte grâce à un autre temps; puisqu'en attendant tu te soumets, qui est plus que d'avoir trouvé et d'entendre, puisque c'est le principe pour entendre, et que c'est déjà entendre ce qu'il y a de meilleur.
LXXVIIIe JOUR.
Confiance en Jésus-Christ notre intercesseur. (Ibid.)
Que votre cœur ne se trouble pas, qu'il ne craigne rien, il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père : je m'en cals vous préparer la place*.
Les temps de trouble arrivaient : c'était l'heure de la puissance des ténèbres; les apôtres étaient déjà comme au milieu de ces troubles : Jésus-Christ leur avait déclaré qu'il allait èlre trahi, et par l'un d'eux; il avait désigné le traître à quelques-uns, et ils l'avaient vu partir de la table et de la maison : il venait de leur dire le dernier adieu : Mes petits enfants , je m'en tais, et je ne serai plus avec vous^ : il leur faisait voir la violence de ses ennemis prête à éclater : sa sainte cène ne leur avait remis devant les yeux que du sang répandu et un corps livré; et la tentation était tout ensemble, et si terrible, et si proche, que Pierre, le plus fervent, le plus hardi, le plus favorisé d'eux tous, y devait succomber jusqu'à renoncer à son Maître, et cela dans la nuit même où ils allaient entrer. En cet état, il n'y avait rien de plus nécessaire que de les précaulionner contre tant de troubles. C'est aussi à quoi se termine tout ce discours, jusqu'à la fin de ce chapitre : et après avoir dit dès le commencement : ;Ye vous troublez pas, ne craignez rien : il finit encore par les mêmes mots : Je vous donne ma paix , je vous laisse ma paix; que votre cœur ne se trouble pas, ne craignez pas'^ : après quoi il termine ce discours cl se lève pour aller à la mort.
Il faut donc entendre et peser toutes ses paroles. Par rapport à celle-ci : .Ye vous troublez pas : nous verrons qu'au lieu de trouble, tout inspire la confiance aux apôtres. Ce qui leur causait le plus de trouble, c'est qu'en leur disant : Je m'en vais, il semblait ne leur laisser aucune espérance de le suivre : il les avait mis au rang des Juifs, qui semblaient exclus de cette grâce : Je m'en vais ; et , comme j'ai dit aux Juifs, tous ne sauriez venir où je vais''.
Il est vrai qu'il avait dit à saint Pierre : Vous ne pouvez encore me suivre , mais vous me suivrez après^ : par oii il leur donnait quelque espérance ; puisque saint Pierre devait le suivre un jour où il allait, les autres semblaient aussi y être appelés. Mais pour ne leur laisser aucun doute : Il y a ^ ditil , plusieurs demeures dans la maison de mon Père^' : il n'y en a pas seulement pour moi et pour Pierre; il y en a pour plusieurs, il y en a pour vous : Je m'en vais, mais c'est pour vous préparer la place; ne vous troublez donc jms; ne craignez
l.JoHn.,\iv. 1.2. — 2. l'iem, xui. 33. — .'?. /fciJ., xiv.27, 28. — i. Ibid., \iii. 33. —3. Ibid. ,36. —G. Ibid., \i\-. ï, 2.
rien. Vous croyez en Dieu; c'est dans son royaume que votre demeure vous est préparée : Croyez aussi en moi; car c'est moi qui y vais préparer la place. Ne vous troublez donc pas , ne craignez rien : Croyez en moi comme vous croyez en Dieu , et tout est en sûreté pour vous.
Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père; s'il n'en était pas ainsi , je vous le dirais : avec tant de bonté, avec tant d'amour, vous cache rais-je votre sort? Admirez et ressentez la tendresse de ces paroles : S'il n'en était pas ainsi, je vous le dirais. Ce n'est pas aux seuls apôtres qu'elles sont dites, c'est encore à nous. Répétons-les encore un coup, et laissons-nous-en pénétrer : S'il n'en était pas ainsi, je vous le dirais; je ne veux vous rien cacher, et avant que de partir je veux vous apprendre tous les secrets qui vous regardent. Ayant aimé les siens, il les a aimés jusqu'à la fin' , et en s'en allant il leur veut ôter tout sujet de crainte.
Si je m'en vais , c'est que je vais vous préparer la place^. Jésus, notre avant- coureur, est entré pour nous; et c'est pour cela qu'il est appelé notre pontife selon l'ordre de Melchisédech^. Nous avons uii grand Pontife qui a pénétré les deux'' : il est entré dans ce sanctuaire éternel , dont l'entrée était interdite aux hommes à cause de leurs péchés. Il a percé au dedans du voil&^ : et notre foi , notre espérance y entre après lui; car il nous est allé préparer la place, et c'est pour cela qu'il y entre.
Remettons-nous devant les yeux la structure de l'ancien temple , où était le lieu très-saint , le Saint des saints, la partie du sanctuaire la plus intime , celle où était l'arche où Dieu même avait établi sa résidence, lieu inaccessible à tout autre qu'au souverain Pontife, qui encore n'y pouvait entrer qu'une fois l'an. Il était couvert d'un grand voile parsemé de chérubins, pour nous faire souvenir de ce chérubin , qui , avec une épée flamboyante qu'il remuait d'une manière menaçante, gardait la porte du paradis^, pour empêcher nos premiers pères d'y rentrer, après qu'ils en eurent été chassés. Ce voile sacré et ces chérubins répandus dessus, semblaient encore nous dire, à l'entrée du sanctuaire : N'entrez pas; rien d'impur ne doit entrer en ce lieu; c'est la figure du ciel, où personne ne doit entrer jusqu'à ce que le souverain Pontife en ait ouvert l'entrée.
C'est là ce voile qui nous cachait la gloire de Dieu : c'est lace voile qui nous rendait le sanctuaire inaccessible : c'est le voile qui nous marquait que nous étions interdits, fûipurs, incapables d'entrer jamais dans le Saint des saints : c'est ce voile qui fut déchiré de haut en bas par le milieu, et mis en deux parts, lorsque Jésus-Christ expira^. La terre trembla en même temps; les tombeaux s'ouvrirent, et les morts ressuscitèrent , en témoignage que par la mort et par le sang de Jésus , le sanctuaire était ouvert, les morts recevaient la vie, l'interdit était levé, tout était changé pour les hommes.
Le pontife s'ouvrait l'entrée dans le sanctuaire par le sang des animaux; mais Jésus-Christ y devait entrer par son propre sang, par l'oblation de luimême". Le pontife, avant que d'entrer dans le sanctuaire, offrait pour ses péchés et pour ceux du
1. Joan., XIII. 1. — 2. Idem, xiv. 3. — 3. Ileb., vi. 20.— l. Idem, IV. M.-- 5. Ibtd.,\i. 19.-6. Gen., m. 24, —7. Matlh.. xxvii. 51 , 52; Luc, xxiii, 45. — 8. lleb., ix. 7, 12, 25.