J'i 1,., XIV '". — -i. l'I-rn. 7—3. Ihid., 8. — i. Ibid
biéli*, comme il l'explique lui-même à Mo'ïse : on voit donc tout ce qui peut attirer l'amour : on l'aime sans bornes; et tout cela c'est le posséder. Disons donc de tout notre cœur avec saint Philippe : Seigneur, montrez-7wus votre Père, et il 7ious suffit : lui seul peut remplir tout notre vide, remplir tous nos besoins , contenter éternellement tous nos désirs, nous rendre heureux.
Vidons donc noire cœur de toule autre chose : car si le Père seul nous suffît, nous n'avons pas besoin des biens que nos sens goûtent par eux-mêmes, encore moins des richesses qui sont hors de nous, encore moins des honneurs qui ne consistent qu'en opinion. Nous n'avons pas même besoin de celle vie mortelle : encore moins avons-nous besoin de tout ce qui est nécessaire pour la conserver; nous n'avons besoin que de Dieu , il nous suffît; en le possédant nous sommes contents.
Que celte parole de saint Philippe est courageuse! Pour la dire en vérité, il faut aussi pouvoir dire avec les apôtres : Seigneur, 7ious avo7is tout quitté pour vous suivre^. Il faut du moins tout quitter par affection, par désir, par résolution; je dis par une invincible résolution de ne s'allacher à rien, de ne chercher de soutien en rien qu'en Dieu seul. Alors on peut dire avec saint Philippe : Mo7itreznous le Père , et il nous suffit: tout est content. Heureux ceux qui poussent à bout ce désir, qui le poussent jusqu'au dernier, actuel et parfait renoncement. Mais qu'ils ne se laissent donc rien; qu'ils ne disent pas : Ce peu à quoi je m'attache encore, n'est rien. Ne connaissez-vous pas le génie et la nature du cœur humain? pour peu qu'on lui laisse, il s'y ramasse tout entier, et y réunit tout son désir. Arrachez tout, rompez tout, ne tenez à rien. Heureux , encore un coup , ceux à qui il est donné de pousser à bout ce désir, de le pousser jusqu'à l'effet. Mais il y a obligation pour tous les chrétiens de le pousser à bout du moins dans le cœur, en vérité, sous les yeux de Dieu; d'avoir du bien comme n'en ayant pas, d'être marié comme ne l'étant pas, d'user de ce monde comme n'en usant pas, mais comme n'en étant pas, mais comme n'y étant pas. C'est à ce vrai bien qu'il nous faut tendre; et nous ne sommes pas chrétiens, si nous ne disons sincèrement avec saint Philippe : Montrez-nous le Père, et il nous suffit.
C'est donc le fond de la foi qui dit cette parole; c'est en quelque façon le fond même de la nature. Car il y a un fond dans la nature qui sent qu'elle a besoin de posséder Dieu; et que lui seul étant capable de la rassasier, elle ne peut que s'inquiéter et se tourmenter elle-même loin de lui. Quand donc, au milieu des autres biens , nous sentons ce vide inévitable, et que quelque chose nous dit que nous sommes malheureux, c'est le fond de la nature qui crie en quelque façon : Mo7ilrez-7ious le Père, et il nous suffit. Mais que sert au malade de désirer la santé, pendant que tous les remèdes lui manquent, et que souvent même il a la mort dans le sein, sans le sentir? Tel est l'état de toute la nature humaine. L'hornme abandonné à lui-même ne sait que faire, ni que devenir. Ses plaisirs l'emportent; et ces mêmes plaisirs le tuent; il se lue par autant de coups, que l'altrail des sens lui fait commettre de