Joan., XVII
LA GENE
SECONDE PARTIE
raison avec Dieu. Mais comme il y a en Jésus-Christ une grandeur pareille à celle de Dieu , en sorte qu'il ne craint point de ce côté-là de traiter d'égal avec Dieu, et que dans tout le discours que nous avons ouï, il montre cette égalité; il a été nécessaire de nous faire souvenir aussi de l'endroit par où le Père est plus grand que lui ; de peur qu'on oubliât qu'étant Dieu , il s'était humilié et anéanti jusqu'à prendre , non-seulement la forme d'esclave, mais encore la figure du pécheur.
Que vous êtes grand, mon Sauveur ! Que j'ai de joie de votre grandeur! Que j'ai de joie de la gloire que vous avez naturellement dans le sein de votre Père! Que j'en ai de celle où vous êtes exalté par votre humiliation jusqu'à la mort, et à la mort de la croi.x.
Seigneur, vous m'avez appris comment il vous faut aimer : oserai-je vous dire avec saint Pierre : Seigneur, vous savez que je vous aime'. Excitezvous , chrétien , à cet amour : dites mille et mille fois à Jésus : je vous aime; mais souvenez-vous qu'il vous a dit : Si vous m'aimez, gardez mes commandements .
XGIXe JOUR.
Jésus-Christ prédit tout ce qui lui doit arriver : il va volontairement à la mort. (Joan., xiv. 29.)
Je vous ai dit ces choses atant qu'elles arrivassent ; afin que vous crussiez , lorsqu'elles seraient arrivées-. Que vous crussiez : quoi? deux choses. La première, que je vois tout, que je sais tout, qu'on ne me peut cacher ce qu'on trame contre moi dans les ténèbres. Je vois le traître disciple qui me vend , qui me va livrer, qui se met à la tète de mes ennemis pour me prendre. Je sais tout ce qu'ils feront, et qu'ils me conduiront à la mort. Je vous le dis avant qu'il arrive, afin que vous croyiez en moi : au même sens qu'il venait de dire : Un de vous, qui mange avec moi, me trahira : et je vous le dis avant qu'il arrive; afin que lorsqu'il arrivera, vous croyiez que c'est moi qui suis ^ le Christ : et qu'il avait dit peu de jours auparavant : Notre ami Lazare est mort : je m'en réjouis pour l'amour de vous, a fin que vous croyiez, parce que je n'y étais pas'^. La seconde chose, afin que vous croyiez que le monde ne peut rien sur moi; et que personne n'aurait puissance de me livrer, si je ne me livrais moi-même le premier, pour obéir à mon Père.
C'est ce qu'il confirme par les paroles suivantes : Je n'ai plus guère de temps pour vous parler : le prince de ce monde arrive, et il n'a rien en moi'". Il anime les Juifs, et je les vois avancer par son instinct. Il n'a aucun droit sur moi , parce que je suis sans péché; ainsi il n'a pas de droit de m'assujétir à sa puissance, ni de me donner la mort : Mais afin que le monde sache que j'aime mon Père, et que je fais ce qu'il me commande : Levez-vous , sortons d' ici '^ . C'est ainsi que finit son discours.
Afin que le monde sache : car je lui dois cet exemple : que j'aime mon Père, et que je fais tout ainsi qu'il me l'ordonne; c'est l'exemple que je veux donner, non-seulement d'obéir, mais d'obéir par amour. Je viens de vous dire : Si vous m'aimez, gardez mes commandements : celui qui m'aime garde
1. .loan., XXI. 15. — 2. Idem, xiv. 29. — 3. Ibid., xiii. 18, 19. — 4. Ibid., XI. 11, 15, 15. — 5. Ibid., xiv. 30. — 6. Ibid., 31.
ma parole. Il faut premièrement aimer, et ensuite obéir, mais par amour. C'est ce que je commande, c'est ce que je fais; j'aime mon Père, et j'obéis. Je m'avance volontairement pour exécuter ses ordres : Judas sait le heu où j'ai accoutumé d'aller prier, et il se sert de cette connaissance pour me surprendre : mais il ne me surprend pas. Je vois ses complots; et quelque loin qu'il soit, toutes ses paroles viennent à mes oreilles'. Combien ai-je rompu de complots semblables? Combien ai-je échappé de fois aux Juifs , qui voulaient me prendre? Je pourrais encore rompre ce coup, en n'allant point au jardin où l'on vient me prendre : mais il est temps, mon heure est venue : et mon Père me fait voir que c'est cette fois qu'il faut que je meure. C'est l'heure de mes ennemis, et la puissance des ténèbres : Levez-vous , sortons d'ici : allons au devant de ceux qui me cherchent.
Il répète les mêmes paroles en descendant de la montagne des Olives, et en sortant de son agonie : Levez-vous, allons; celui qui me trahit, approche^. Il ne recule pas : il marche à la mort avec une volonté déterminée : il y mène ses disciples : Levezvous, jmrtons. Car encore que leur heure ne soit pas venue, il veut pourtant qu'ils le suivent; et il les mène au combat pour les aguerrir. Ils fuiront à cette fois : mais peu à peu ils s'accoutumeront à combattre : Allons donc , suivez-moi, dit-il, levezvous. C'est à nous qu'il parle aussi. Revôtons-nous à son exemple, de résolution et de courage : ne nous troublons pas : ne craignons rien : à quelque hasard qu'il nous faille aller pour son service , faudrait-il aller à une mort assurée : levons-nous, partons; et quand il sera à la porte, lorsqu'il frappera le dernier coup, et qu'on nous annoncera la mort prochaine, disons avec un air libre et d'une voix ferme : Levez-vous, sortons d'ici.
Cela dit, Jésus se leva : il partit du cénacle et de la maison, pour aller, selon sa coutume, au jardin et à la montagne des Oliviers , et ses disciples le suivirent^.
LA CENE
SECONDE PARTIE
Suite du discours de Notre Seigneur : ce qu'il dit depuis sa sortie de la maison, jusqu'à ce qu'il montât à la montagne des Oliviers.
PREMIER JOUR'
Jésus est la vigne, et les fiddes les membres. Nécessité, efficace, influence continuelle de la grâce. (Joan., xv. 1, jusqu'au 7.)
Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron, le laboureur K On croit que sur le chemin de la montagne des Olives il se trouvait beaucoup de vignes, qui donnèrent lieu au Sauveur de dire ces paroles. Nous devons apprendre par cet exemple, cl par les autres de même nature, à nous servir de tous les objets qui se présentent , pour nous élever
1. Joan., wni. 2,3, J, — 2. 3/rt«/i., xsvi. 46. —3. Luc.,xxii. 39. — 4. Joan., xv. 1.
MEDITATIONS SUR LEVANGILE.
à Dieu ol par ce moyen sanclificr, pour ainsi parler, louio la nature.
Nous avons ici à considérer trois choses : la vigne ou la lige, (|ui est Jésus-Chrisl : les branches de la vigne, c'esl-à-ilire, les lidèles : el le laboureur, <iui est le Père élernel. Les deux premières choses nous font senlir, combien nous sommes unis à Jésus-Christ, cl le besoin extrême que nous avons de cette union.
Notre union avec Jésus-Christ présuppose , premièrement, une même nature entre lui cl nous : comme les branches de la vigne sont de même nature que la lige. Il fallait donc que Jésus-Christ fùl de raème nature que nous : ce qui aussi fait dire à saint Augustin, qu'il a prononcé ces paroles selon qu'il est homme.
Elles présupposent, secondement, une intime union entre lui el nous, jusqu'à faire un même corps avec lui, comme le sarment et les branches de la vigne font un même corps avec la lige.
Elles présupposent en troisième lieu , une inlluence intérieure de Jésus-Christ sur nous , telle qu'est celle de la tige sur les branches qui en tirent tout le suc, dont elles sont nourries.
De là suit une extrême dépendance de tous les fidèles à l'égard de Jésus-Christ. Gomme les branches sécheraient et périraient sans ressource, et ne seraient plus propres que pour le feu , sans le suc qu'elles tirent continuellement de la lige : il en serait de même de nous, si nous ne recevions continuellement de Jésus-Chrisl la grâce qui nous fait vivre.
Remarquons donc bien, qu'il ne suiïît pas que Jésus-Christ nous enseigne par sa parole et par ses exemples, mais encore que nous avons besoin de la continuelle inlluence dosa grâce, sans laquelle nous péririons.
Combien d'un côté, devons-nous avoir de joie, d'être unis si intimement à Jésus-Chrisl; et de l'aulrc, quelle doit être notre humilité dans le besoin continuel que nous avons de la grâce!
Elle ne pouvait être mieux marquée, que par le besoin que les membres ont de leur chef : ou, ce qui est de môme nature, par celui que les branches ont de leur tige. Car un seul moment d'interruption d'une influence si nécessaire les ferait mourir.
Entrons donc dans la pratique de ce commandement du Sauveur : Demeurez en moi, et moi eu tous : comme la branche ne peut porter du fruit : il en est de même de vous : vous ne pouvez rien faire sans moi*.
Vous ne poutez rien faire : rien du loul : vous ne pouvez porter le moindre fruit, ni pousser par conséquent la moindre fleur; [mrce que la fleur n'est que le commencement du fruit. Il avait dit, que /€ laboureur purgerait le plan qui porte du fruit, afin qu'il en portât davatitarje'^. Mais do peur que nous ne crussions, que nous ne devions à gaprAcc que l'abondance des fruits, à cause qu'il avait dit ; que la plante serait purfjée pour porter benurymp ; il ajoute : Vous ne pouvez porter de fruit , si mus ne demeurez en moi ; et encore pliis précisément : Vous ne pouvez rien sans moi : vous ne pouvez commencer le bien, loin que vous le pti- ■■■' -i:f|f;vf;r. Personne ne peut rien penser de *'" , comme de soi-mhne^ : personne ne peut
prononcer le nom du Seigneur Jésus, qw par le