Joan., XV. 4, 5. ?. idem.J. - 3. //. Cor., m
Saint-Esprit* : ni avoir le Saiiit-Espril que par Jésus-Chrisl qui doit l'envoyer; comme il le dira dans la suite. El non-seulemenl l'envoyer au dehors , mais encore au dedans : selon ce que dit saint Paul : que tous les membres unis ensemble reçoivent l'accroissement par tous les vaisseaux, et par toutes les liaisons qui portent et communiquent la nourriture et la vie'^, chacun selon sa mesure : ce que le môme apôtre attribue ailleurs à la distribution de la grâce du Saint-Esprit, qui partage ses dons à chacun, scloji^ qu'il luiplaît^.
Tenons-nous dans une grande dépendance , à chaque instant, à chaque action.
C'est par la foi qu'on tire le suc de cette divine racine : tenons-nous toujours dans la foi.
Jésus-Christ dans l'Eucharistie , doit être notre cher objet, et le moyen le plus efficace de s'unir à lui comme à celui sans lequel on ne peut rien ; de qui on tire tout le bon suc de la grâce, la vraie nourriture de l'âme.
Mais voici le comble de la joie. C'est que la racine n'aime pas moins à communiquer sa vie , que les branches à la recevoir. Le chef est fait pour se communiquer, et Jésus-Christ pour se donner à nous. C'est pour cela que tous les conduits sont préparés : Les uns sont apôtres, les autres docteurs'' : mais tout cela est pour les membres : oulre que le chef influe par lui-même.
Approchez-vous de lui , et recevez la lumière , et vos visages ne seront jamais chargés de confusion^.
La confusion est pour ceux qui s'éloignent de Jésus : parce que laissés à eux-mêmes , ils sèchent , ils meurent, ils ne sont que faiblesse et péché.
Si la vigne, si les membres du corps pouvaient sentir ce qu'ils doivent à la racine et au chef, ils seraient en conlinuelles actions de grâces. Rendons grâces au Seigneur notre Dieu. Saint Paul ne nous prêche que l'action de grâces. La foi, la prière, l'action de grâces, c'est le principe, c'est le moyen, c'est le fruit de notre union avec Jésus-Christ.
Ilo JOUR.
Le Père est le vigneron. (Ibid., 1.)
Mon Père est le laboureur, ou le vigneron. Il faut exclure ici une fausse idée, qui serait de croire que le Père n'agisse qu'au dehors. Ce divin laboureur est celui qui envoie la pluie dont la vigne se nourrit. C'est lui qui opère dans les cœurs : qui donne l'accroissement , comme dit saint Paul** : qui opère le vouloir et le faire.
Mais ici l'inlluencc intérieure semble être attribuée au Fils comme chef; afin d'établir la confiance des membres, en leur montrant que celui qui agit en eux leur est intimement uni.
Le Père agit dans le Fils, et le Fils agit en nous : le Fils n'a rien que de son Père; et nous n'avons rien que du Fils : ainsi tout retourne au Père : Le Père ne cesse d'agir, dit le Fils de Dieu : et moi j'agis aussi'' : el notre propre action de l'un el de l'autre, c'est d'agir dans les cœurs où nous envoyons notre Saint-Esprit, agissant par lui sans discontinualion, el faisant les hommes un même esprit avec nous. Le Fils donc opère, et le Père
1. /. Cor., XII. 3. — 2. ICp/ins , IV. 10. — 3. /. Cor., xrii. 11, 1.'}. — 4. Idem, 28. — 5. Pa., xxxni. 6. — 0. I. Cor., m. 0, 7i Philip., m. 1.3. —7. Joan., v. 17.
LA GÈNE. — SECONDE PARTIE
opère : el il n'y a de différence, qu'en ce que le Père est Dieu seulement, el le Fils, Dieu et homme tout ensemble. Emmanuel : Dieu avec nous : Dieu uni à nous : Dieu agissant en nous, comme dans une partie de lui-même. C'est donc là le fondement de la confiance.
Quand les ariens disaient : Si l'un est la vigne, et l'autre le vigneron et laboureur, ils ne sont pas de même essence; ils ne songeaient pas que ce même Jésus, qui est notre chef, notre tige, en qualité d'homme, el de même nature que nous; en tant que Dieu, est de même nature que son Père, el laboureur comme lui , qui ne cesse de travailler à sa vigne élue. C'est là tout le fondement de notre espérance, de ce que tout est à nous par Jésus-Christ. Comme homme il est à nous; l'homme est Dieu, Dieu donc est à nous en Jésus-Christ. Le Père est dans le Fils , et le Fils est dans le Père\ Toute la substance de la divinité étant à nous, tous les fruits et tous les dons sont à nous; le Saint-Esprit qui est le don substantiel est à nous; et ce don nous est donné avec tous les dons dont il est plein. Voilà les richesses du chrétien. Peut-il penser à d'autres biens! Il en a besoin , je le sais ; mais pour le corps. Qu'il les prenne donc en passant pour le corps qui passe; mais qu'il cultive, qu'il nourrisse, qu'il enrichisse son âme. Tracaillez , non point à une nourriture qui périt, mais à une nourriture qui mène à une vie éternelle, que le Fils de l'homme vous donjiera- ; qu'il vous a déjà donnée en s'incarnant; qu'il vous donne tous les jours par sa parole; et qu'il vous donnera encore, en se donnant à vous par l'Eucharistie.
Ille JOUR.
Jésus-Christ retranche la branche infructueuse. (Ibid., 2.)
La branche qui ne porte point de fruit en moi, ce céleste vigneron la retranchera; et la branche qui en portera , il la taillera , afin qu'elle en porte davantage^ Voilà deux opérations : de retrancher le bois inutile; el de tailler l'autre pour n'y rien laisser d'impur el de superllu.
La première opération , qui est de retrancher la branche qui ne porte point de fruit, a un effet terrible marqué au t. 6, où il est porté que celle branche retranchée séchera et sera jetée au feu et brûlera.
Il ne faut qu'écouler le saint Prophète : Fils de l'homme, que ferez-tous de la branche de la vigne ? En ferez-vous quelque bel ouvrage'', comme on en fait du cèdre , des autres grands arbres , qu'on n'emploie jamais à de plus beaux usages, qu'après qu'ils sont coupés? en esl-ii de môme de la vigne? Point du tout. Quand même elle était sur pied , on voyail bien quelle n' était propre à aucun ouvrage? Combien plus élanl arrachée, verra-t-on qu'elle n'est bonne que pour le feu? Plus elle est excellente, lorsqu'elle porte son fruit délicieux qui réjouit Dieu et les hommes'"; plus elle est inutile quand elle n'en porte plus; el n'a plus rien à allendre que le feu , dont elle est digne. Ainsi en est-il du chrétien.
El remarquez qu'elle en est digne , non à cause seulement qu'elle porte du mauvais fruit; ce qui lui
1 Joan., XIV. 10. — 2. Idem, vi. 27. — 3. Ibid., xv. 2, — i. E:ech., xv. 2, 'i, i, el seq . — 5. Jud., ix. 13.
arrive lorsque son fruit dégénère, et que son raisin se change en mauvais verjus; mais lorsqu'elle ne porte pas de bon fruit : ainsi en est-il du chrétien : Jetez le serviteur inutile dans les ténèbres, dans les cachots éternels; là sera pleurs et grincements de dents*.
IVe JOUR.
// taille la branche chargée de fruit. (Ibid.)
Mais le céleste laboureur ne tranchera-l-il que le mauvais bois incapable de produire du fruit? Non : il a une seconde opération sur le bon bois; il le taille, il le purifie; il coupe dans le vif; el non content de retrancher le bois sec , il n'épargne pas le vert. Ainsi en est-il du chrétien. Que de choses à retrancher en toi, chrétien! Veux-lu porter un fruit abondant? Il faut qu'il l'en coûte; il faut relranchcr ce bois superffu; celle fécondité de mauvais désirs; cette force qui pousse trop, el se perdrait elle-même en se dissipant; tu crois qu'il faut toujours agir, toujours pousser au dehors; et lu deviens tout extérieur. Non, il faut non-seulement ôter les mauvais désirs; mais ôter le trop qui se trouve souvent dans les bons; le trop agir; l'excessive activité qui se détruit et se consume elle-même; qui épuise les forces de l'àme; qui la remplit d'ellemême, et la rend superbe. Ame chrétienne , abandonne-toi aux mains , au couteau , à l'opération de ce céleste vigneron; laisse-le trancher jusqu'au vif. Le temps de tailler est venu : Tcmpus putationis advenif-. Dans le printemps, lorsque la vigne commence à pousser, on lui doit ôter même jusqu'à la ffeur, quand elle est excessive. Coupez , céleste ouvrier; et loi, âme chrétienne, coupe aussi toi-même; car Dieu l'en donnera la force, et c'est par toi-même qu'il te veut tailler. Coupe non-seulement les mauvaises volontés; mais le trop d'activité de la bonne, qui se repaît d'elle-même? Ame toute pleine d'Adam el du vieux levain, que ne dois-tu pas craindre de tes vices, si tu as tant à craindre de les vertus mêmes!
Qui nous dira ce que c'est que cette âme, qui ne cesse point d'agir el de pousser, qui en poussant néanmoins, ne pousse pas trop , el en agissant n'agit pas trop; qui sait retenir cette force qui se dissiperait au dehors, el ne garderait rien pour le dedans , qui à force de se contenter elle-même , en agissant comme une autre Marthe avec trop d'activité et d'inquiétude, môme sur un bon objet, s'oie le repos , el le veut encore ôter à Marie assise aux pieds de Jésus, comme sans action, et mettant son action dans le repos, avec lequel elle prèle son altcnlion tout entière au Sauveur qui parle au dedans? C'est ainsi que doit être l'àme chrétienne; ni oisive, ni empressée, mais tranquille aux pieds de Jésus, écoutant Jésus. Oh! qu'elle s'est utilement taillée, qu'elle a fait une salutaire blessure à son trop d'activilé! quand il faudra agir, elle trouvera ses forces entières, et son action d'autant plus ferme, qu'elle sera plus paisible; non plus comme ces torrents qui bouillent, qui écumcnt, qui se précipitent et se perdent; mais comme ces lleuves bénins qui coulent tranquillement el toujours. Tel est le fleuve qui réjouit la cité de Dieu : il a une impétuosité^, une force , un mouvement ferme el durable; mais